CHAPITRE XIX
CHAPBLLB CASTRA Ll.
Ed coQstruisanl son château dans la partie de soq fief la plus éloignée de l'église paroissiale qui était à Lys, JeandeLannoy pourvut aux besoins spirituels des gens de sa maison et des hôtes du voisinage par l'édification d'une chapelle dite castrale : Capella in Castro teu fortalitio aw de Lannoy. Il accomplissait ainsi le vœu de ses prédécesseurs qui, surpris par la mort, n'avaient pu donner suite à leur pieuse intention de fonder une semblable chapelle où l'on célébrât chaque jour la messe pour leur salut éternel.
L'abbé de Cysoing, sous le patronat duquel se trouvait la paroisse de Lys, consentit, le 15 novembre 1458, à la construction de cette chapelle avec campanile et cloche, et laissa au fondateur la faculté de l'ériger dans la çuite en église collégiale, mais à certaine- conditions parmi lesquelles il faut remarquer celle qui enjoignait aux chapelains ou aux chanoines qulon y instituerait, de n'y célébrer la messe que sur un autel portatif 1
Le seigneur de Lannoy y établit un chapitre , une eham$ie ,
1 Spicilége (W d Acherj. u , 88*7. — Camtratutn ehristiamum , p. 981.
selon son expression Nous transcrivons l'acle de fondation qui est du 3 février 1460.
« Jehan , seigneur de Lannoy, de Rume et de Boussul-suriEscault, conseiller et chambellan de mon très-redoubté seigneur, Monseigneur de Bourgoigne, de Brabant, et son lieutenant-général en ses pays de Hollande, Zellande et Frise, gouverneur du souveraiu bailliage de Lille , Douai et Orchies et des appartenances , et capitaine de Gorrechem , fay savoir pour en effet ensievre en fiant la voulenté que Dieu par sa divine grâce m'a envoyée touchant la channesie en mon chastel de Lannoy et la parfection d'icelle, si avant que notre benoît créateur m'en donra la puissance ; aujourd'hui , pour le commencement d'icelle, jou ay, par bon avis et meure délibéracion, donné et donne à messire Nicole Boidin, à sire Oste Meurisse, à sire Jacques Lamont, à sire Jehan de Requigny, à sire Jehan Duque9ne et à sire Jehan Le Vaule, prestres, lesquels ont emprins et së sont lyés à faire le saint service divin ainsi comme il est contenu es ordonnances faites par moy touchant la fondation et service d'icelle bien au long déclaré esdites ordonnances, toutes les dismes et terrages de mon fief de Neufville séant en la paroisse de Sailly, sans en nulles réserver , lesquelles se taillent et lèvent d'an en an , tant en la paroisse de Sailly comme de Willem sur les héritages qui s'ensuivent
toutes lesquelles dismes et terrages je leur ay donné et donne pour eux et leurs successeurs de bénéfices , chanoines de Lannoy atousjours et à jamais perpétuellement sans rappel ni rachat, si ce n'estoit par le consentement de tout le collège entièrement, et que le seigneur de Neufville et non autre le volsist ravoir... »
Suivant les ordonnances où le seigneur dit avoir bien au long déclaré le service d'icelle chapelle , les chanoines chantaient tous
les jours les heures canoniales avec te Sahe Regina et l'antienne y appartenant, en les solennisant selon les jours et selon que le cas le requérait ; ils célébraient chaque jour trois messes , la messe de Notre-Dame , la messe de prime et celle des trépassés ; celle-ci chantée à note de l'office du jour. Us chantaient en outre vigiles trois fois la semaine selon l'ordinaire de l'évéché de Tournai.
Le fondateur amortit aussi pour le cantuairede cette chapelle, « dédiée à l'honneur de Dieu et de monseigneur sain t Christophe, » le fief de La Moussonnerie , les terrages de Templeuve et de Rume ; mais considérant que cette dotation n'était pas encore suffisante pour fournir au salaire de six prêtres, d'un clerc t de trois enfants de choeur et d'un organiste , à l'entretien des ornements et des choses nécessaires à la célébration du service divin, il y ajouta par son testament la terre et seigneurie de Locon- Couture. La dernière volonté du seigneur de Lannoy reçut son exécution par un acte du 1 er avril 1532 , où il est dit que la chapelle du château était fondée et dotée depuis passé 80 ans 1 ; ce qui reporterait la date de cet établissement à 1452, à moins qu'à d'aussi nombreuses années de distance on eût perd i la mémoire précise du fait.
Le 1 er avril 1532, Philippe et Bonne de Lannoy, confirmant la donation faite par leur père de la seigneurie de Locon-Couture, fixèrent le salaire de chacun des six chapelains à 72 livres de Flandre avec demeure gratuite , celui du clerc à 42 livres avec demeure aussi gratuite , celui des trois enfants de chœur à chacun 6 livres, celui de l'organiste à 18 livres, à condition qu'il jouerait des orgues aux jours solennels et aux fêtes d'apôtres. Les trois messes quotidiennes laissant libres trois des six chapelains , l'un d'eux devait célébrer chaque jour, à sept ou huit
i Archivas de Lanaoy .
heures selon le temps, une messe fondée en l'église Saint- Philippe.
Philippe et Bonne fondèrent eux-mêmes dans la chapelle castrai e douze obits par an , un par mois , pour le repos de leur âme et de celles de leurs prédécesseurs , assignant à cette fondation le revenu de la censé et seigneurie de Courcelles, à Roubaix, qui valait annuellement 60 rasièrcs de blé et 90 livres en argent. Ce revenu ils le distribuèrent ainsi : Trois rasières de blé à chacun des six chapelains, deux rasières au clerc et une aux trois enfants de chœur, ensemble 21 rasières ; réservant 30 livres et 24 rasières de blé pour une autre fondation à l'église Saint-Philippe, et affectant le reste aux dépenses du luminaire de la chapelle et à l'entretien des édifices de la censé dont ils conservaient la gestion , la seigneurie et la justice.
Dans cet acte il n'est plus question de chapitre ni de chanoines; Jean de Lannoy avait donné cours à un autre projet par rétablissement d'un monastère de Croisiersdont les pères purent desservir les trois messes fondées dans la chapelle, conjointement avec un seul chapelain titulaire qui était en même temps vicaire de l'église Saint-Philippe.
Le 11 décembre 1656 , Jean Stévenarl, chapelain de la chapelle castrale et de l'église paroissiale de Lannoy, pour la bonne affection qu'il porte à l'église deToufflers, donne 8 livres degro» pour faire un guidon rouge à l'honneur de Dieu, de saint Denis et de saint Guislain , patron d'icelle église , sur lequel guidon seront mises les armes du donateur.
On rencontre encore comme chapelains du château : Alexandre Deleporte , mort à Lannoy le 28 septembre 1728 , et Grégoire Waterloop , mort le 9 février 1730.
En 1732, dit le Petit Dictionnaire historique et géographique de la Chdtellenie de Lille \ la chapelle restait debout parmi les
i LHU, Daoel , H83.
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ruines du château ; ou y remarquait des stalles , ce qui faisait croire qu'en l'édifiant le seigneur de Lannoy avait eu d'abord l'idée d'y fonder un chapitre. À cette époque, on trouva chez un receveur, dans un coffre qu'on n'avait point ouvert depuis deui cents ans, un ciboire de vermeille, un calice d'argent, de trèsbeaux ornements , un saint Christophe , patron de la chapelle, aussi d'argent, el un missel manuscrit sur velin, et comme on y remarqua les armes de Lannoy, on rendit le tout au chapelain nommé par le seigneur.
D'après l'estimation de 1769 , qui suivit la donation faite au profit du comte de Gand, marquis d'Hem, de la terre et seigneurie de. Lannoy et Lys, on payait annuellement aux chapelains de la chapelle castrale 152 florins et 6 rasières et demi de blé, 22 florins pour pain, vin , luminaire et encens , et 9 florins pour entretien des linges, chandeliers en étain et livraison de fleurs et violettes pour la décoration de la chapelle.
En novembre 1774-, Nicolas-Joseph Liénard, résidant en la maisou di s anciens prêtres à Tournai , déclare se déporter volontairement des fonctions de vicaire castrai de Lannoy, si bien que le comte de Gand, seigneur de ladite ville de Lannoy, peut en disposer en faveur de qui il trouvera bon, implorant des secours dudit seigneur , car la chute qu'il a faite étant à son service , l'a réduit au lit depuis cinq à six mois et laissé sans ressources.
Le 9 ventôse, an II, le citoyen Renard, maire de la commune de Lannoy, déposait à l'administration du district de Lille les cuivres provenant de la chapelle du château et consistant en un pélican et son piétement et une petite cloche. — La chapelle a partagé le sort du château qui fut vendu comme bien national et entièrement démoli.