CHAPITRE I er
Étymologie et formes du nom de Lannoy. — Origine romane ou française de Lannoy ; mouvance et nature du fief. — Condition de Lannoy relativement à Lys. — Première Maison de Lannoy ; Hugues de Lannoy au tournoi d'Anchin. — Mention de chevaliers du nom de Lannoy aux Xir et XIII* siècles.
Les origines de Lannoy sont anecdotiques et pittoresques. Son nom vient du latin Alnetum, lieu planté d'aulnes, en roman alnoi , et par une transposition facile , Lanoi , Lannoy. Cette étymologie est adoptée par Jacques Meyer , qui donne Alnetum et adjectivement Alnetanus comme nom tiré des aulnes qui abondaient autrefois en ce lieu. Monstrelet écrit souvent Launay . Chastcllain parfois Lanoy. Buzelin dit que dans les textes français , il a trouvé plus souvent Launoy que Lannoy ; pour lui , suivant son habitude, il latinise le nom moderne et en fait Lan-
noya. Ce ne sont pas là du reste les seules variantes du nom de Lannoy; nous signalerons les autres en même temps que les documents qui nous les auront fournies.
N'est-ce pas le moment , nous demande-t-on , de faire ici la guerre à l'y du nom de Lannoy , comme on l'a faite victorieusement à l'y du nom de Tournai? I . En effet , ce signe caudé et bifurqué qu'on nomme i grec, cet usurpateur de 1'* légitime , ce monstre enfin, que le docteur Le Glay conseillait d'écraser avec la massue du grammairien et du logicien, est-il autre chose qu'un simple agrément calligraphique dû à la main agile ou fantasque des copistes, et sans aucune action sur la prononciation? Depuis longtemps déjà il s'en est allé des mots octroi , beffroi, loi , roi, foi, etc., où il n'avait que faire , pourquoi ne disparaîtrait-il pas de Lannoy qui n'en a nul besoin? — A ces arguments sans réplique , nous opposerons cependant notre respect pour un usage trois ou quatre fois séculaire ; pour nous il y a prescription , et expulser maintenant Yy du nom de Lannoy nous paraît aussi oiseux qu'il a été autrefois inutile de l'introduire. Réservant donc les rectifications pour des formes qui changent le sens étymologique des noms et font perdre la trace de leur origine, nous continuerons à écrire Lannoy où se reconnaît Alnetum aussi bien que dans Lannoi.
On pourrait, par l'étyraologie romane, faire remonter l'origine de Lannoy à l'époque où notre langue prenait naissance, où même, par l'élymologie latine, à la domination romaine dans les Gaules ; mais les plus anciens documents n'en révèlent l'existence qu'au temps où déjà fonctionnait régulièrement le régime féodal. Lannoy apparaît dans l'histoire tout constitué en seigneurie, laquelle relevait de labaronnie de Cysoing. C'était
1 Mémoires de la Société historique de Tournai, t. I, p. tf.
un arrière-fie de la Salle de Lille et non une terre d'Empire ou du Comté, comme l'ont pensé Buzelin et Jacques Le Groux, trompés peut-être par cette circonstance qu'en 1458, se constituant ville, elle fut déclarée franche et exempte des tailles, aides et subsides levés sur les autres terres de la Châtellenie qui ne jouissaient pas du même privilège.
Dans leurs rapports et dénombrements, les seigneurs de Lannoy ne séparent point cette terre de celle de Lys; ensemble et sous le nom collectif de Lannoy et Lys, elles y sont reprises en un seul et même fief, contenant 68 bonniers cts'étendantsur Toufflers , Hem et Sailly. Il est hors de doute que c'est là l'effet de la réunion des deux terres d'abord distinctes et dont on a voulu former un domaine d une certaine importance , soit à l'époque de sa première inféodalion, soit plus tard , quand les seigneurs de Lannoy eurent acquis assez de considération , de noblesse et d'éclat pour désirer plus de valeur à la lerre dont ils portaient le nom. Cette réunion à laquelle il ne serait pas facile d'assigner une dale quelque peu précise, est certainement antérieure au dénombrement de 1392.
A cinq ou six siècles de distance le fait tend à se reproduire : La ville de Lannoy , resserrée trop étroitement dans ses propres limites , et à coup sûr la plus petite ville de France en étendue, cherche aujourd'hui le moyen de s'assimiler encore , au moins en partie , le territoire de Lys qui lui a été uni , comme fief, en corps et en nom pendant une si longue suite d'années. Toutefois en remuant cette question , qui est du domaine administratif, notre intention n'est pas de la discuter à fond , mais d'établir seulement les faits pour le cas où l'on voulût appeler à sa solution l'aide et l'autorité de l'histoire. L'union de Lannoy et de Lys en une seule et même terre féodale a duré de fait jusqu'à la Révolution. Des circonstances indiquées plus loin ont fait de Lannoy une ville en 1458 , sans briser l'unité du fief ni aucuns
des liens qui y rattachaient tes deux localités. La ville s'est nécessairement créé des intérêts particuliers dont la représentation a donné naissance à la prévôté de Lannoy , renfermée dans ses murs ; mais l'ensemble est resté le bailliage de Lannoy et Lys qui s'étendait en outre aux fiefs du Prêt , de Laoutre, du Troncquoy, des Boux et de Burie-Courcelles.
Le fief, les seigneurs qui le possédaient et le bailliage qui en était la juridiction, sont les premiers en date ; c'est par eux que nous devions commencer, et c'est par eux que nous entrons résolument dans notre sujet.
A une époque qui peut avoir suivi de près la première organisation féodale, la seigneurie de Lannoy donna son nom à une famille noble du pays qu'on rencontre fréquemment , dès le XI e siècle, dans les documents généalogiques et diplomatiques. Parmi les chevaliers qui se croisèrent en 1096 , au tournoi d'Anchin, paraît Hugues de Lannoy 1 . Nous ne recueillons cette note, on le pense bien, que sous toutes les réserves qu'on voudra faire à propos du fameux tournoi. La charte sur laquelle repose le fait historique a soulevé bien des doutes ; mais quelle qu'elle soit , cette pièce occupe une place considérable dans l'histoire des familles nobles du pays, et la discuter ici nous retiendrait ' trop loin de notre sujet.
On trouverait dans VHistoire généalogique des Pays-Bas ou Histoire de Cambrai, de Carpentier 1 ; — dans l'Inventaire analytique des archives de la Chambre des Comptes de Lille, publié par la Société Impériale des Sciences , de l'Agriculture et des
1 (Lannois). Carpentier. Histoire généalogique des Pays-Bas, page 15 des preuves.
8 Pages n et 84 des preuves, 640, 118, *719
Arts de Lille; 1 — dans Roisin, édité par M. Brun-Lavaine; 9 — dans la Recherche des antiquitez et noblesse de Flandre , de Ph. de l'Espinoy ; 3 — dans Y Inventaire des chartes des comtes de Flandre , autrefois déposées au château de Rupelmonde , . . . par V. Gaillard, * de nombreuses mentions de chevaliers du nom de Lannoy (de Lannois , de Lannais , de Alnoi , de Alneto , del Ausnoit, del Aunoi) ; mais il faudrait se garder de tomber dans quelque méprise, de confondre notre famille de Lannoy avec ses homonymes d'origine différente, de prendre par exemple l'Aulnoi des environs de Valenciennes pour le Lannoy qui nous occupe , ces deux noms ayant une commune étymologie : Alnetum. 11 vaut mieux s'en tenir à un personnage sur lequel pèse moins d'incertitude , c'est-à-dire à Mahaud ou Mahienne de Lannoy, héritière des biens de la maison de Lannoy et Lys, et souche d'une nouvelle famille de ce nom.
1 1866, page* 150,218, 808, 338,848, 615.
* Pages 236 -242.
3 Page 148.
* 185*7, pages 180 et 181.