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CHAPITRE II

Seconde Maison de Lannoy ; origine légendaire, franchimontoise. — Origine probable; Mahaud de Lannoy et Jean d'AIlery. ~ Origine des armes de la Maison de Lannoy. — Hugues l or de Lannoy.— Robert de Lannoy; fait rapport du fief de Lannoy et Lys en 1392 — Hugues IL — Jean II , dit Ramager.

xm e siècle. — 1415.

La maison de Lannoy , qui compte encore des représentants , est une des plus illustres de notre pays. Elle a produit un grand maître des arbalétriers de France, des généraux fameux , des hommes d'État du plus haut mérite, seize chevaliers de la Toison ' d'Or, un abbé de Saint-Bertin , etc. Celle-ci fait remonter son origine aux anciens seigneurs de Franchimont , dont elle porte les armes : d'argent à trois lions de sinople couronnés d'or, armés et lampassés de gueules. Son auteur serait Arnulphe de Franchimont , qui aurait relevé la terre et le château de Franchimont en 1139.

Hellin, comte et marquis de Franchimont, petit fils d'Arnulphe, épousa Agnès, fille d'Othon , premier duc de Bavière, avec laquelle il fonda le monastère de Sainte-Agnès. — Leur fils Hellin fut allié à Agnès, fille de Gilbert , comte de Duras , et de Gertrudede Namur, qui lui donna deux fils, Baldericet Jean.— Jean serendit en Flandre , près de Gui de Dampierre, auquel il amena un corps de 3,000 Franchimontois. Il épousa Mahienne de Lannoy, héritière des biens de la maison de Lannoy et Lys ; elle le rendit père d'un fils qui adopta le nom de sa mère.

Telle est, ajoute l'auteur à qui nous empruntons ce qui précède 1 , a telle est la légende dont nous nous bornons à faire

1 Jnnuaire d« la nobUtse de Belgique , publié par le Baron de Stein d'AltensteU , W aimé*. Bruxelles, 1852.

mention. » Légende , en effet, que bien des versions viennent obscurcir. Il existe sur ce sujet, aux Archives générales du Nord et aux Archives communales de Lannoy, un mémoire d'une grande naïveté, intitulé : Discours de la ville et de l'origine de Villustre maison de Lannoy. Voici en substance ce qui, dans ce discours, touche à l'origine franchimontoise„et à l'étyniologie du nom de Lannoy.

Il est à savoir qu'autrefois, et pendant de longues années, les seigneurs de Lannoy ont habité Lys où ils avaient fait bâtir une belle et ample demeure nommée La Cour, et que pour cela ils ont été appelés seigneurs de Lys et Lannoy. Au temps qui se rapporte à ce récit, le seigneur de Lys avait une fille pour tout héritier; il était riche et tenait grand état. Or, il arriva qu'un comte de la Basse-Allemagne nommé de Franchimont, qui avait pris charge dans les guerres du comte de Flandre, vint en ces quartiers avec un fils âgé de vingt ans. Le comte contracta une étroite amitié avec le seigneur de Lys et, de leur côté, les deux jeunes gens s'éprirent l'un de l'autre et furent unis au grand contentement des parents.

Retirés en v la maison paternelle en Allemagne , les nouveaux époux y vécurent heureux plusieurs années et virent leur union bénie par la naissance d'un fils et d'une fille. Mais le jeune chevalier, plein de feu , de courage et , dit la chronique , plein de boutade, tua en querelle un prince allemand, et ne se croyant plus, dès lors, en sûreté dans son pays, vint avec sa femme et ses enfants chercher un asile près de son beau-père à Lys, en l'an 1255, n'emportant que ses hardes les plus précieuses , ses armes et la généalogie de sa maison. Il portait un écu d'argent à trois lions de simple, et telles sont demeurées depuis les armes de la noble maison de Lannoy.

a En ce temps, c'étoit presque tout bois aux environs où il y avoit quantité d'arbres montans et la pluspart aulnes d'où ils

ont pris le nom de Lannoy. Divers oiseaux s'y plaisoient qui, par leur doux ramage, rendoient la place agréable, où se délectant, ce seigneur y fit construire une maison au milieu du bois pour donner récréation et divertissement aux personnes de condition qui le venoient visiter, de sorte qu'il s'est acquis quantité d'amis qui le congratuloient» bénissant l'heure de sa venue et demeure en' ces quartiers. ..... Les enfants se sont alliés par

mariages à autres de condition élevée, dont la postérité a été très-grande. »

Joseph de Saint-Genois 1 , sans rejeter entièrement la légende, change noms, alliances et dates. Ce qui paraît le plus clair, c'est qu'à la fin du XIII e siècle, la maison de Lannoy tombait en quenouille en la personne de notre Mahaud et que sur cette souche s'est entée une nouvelle tige pleine d'une sève que six siècles n'ont point épuisée. Mais cette greffe lui est-elle bien venue de Franchimont comme le rapporte la légende? Là est l'incertitude. Nous produisons à ce propos deux notes puisées dans le Supplément au nobiliaire des Pays-Bas, par de Vesiano, seigneur de Hove, et dans le Nouveau vrai supplément au même nobiliaire.

a La maison de Lannoy, dit la première note, a pour auteur un chevalier nommé Jean, qui vint en Flandre au commencement du XIV e siècle, où il épousa, en 1312, Mahaut, dame de Lannoy et de Lys, héritière de l'ancienne et illustre maison de Lannoy, laquelle tirait son nom de la petite ville de Lannoy dans la châtellenie de Lille en Flandres. On ignore si ce- chevalier était de ' la maison d'AHery en Picardie, ou de celle de Franchimont au pays de Liège. Ce qui est certain, c'est que Hugues, son fils, aussi bien que toute sa postérité , a continué à porter le nom de Lannoy avec les armes de son père'.

1 Monument* anciens , tome II.

î Gand. Duquesne , 1861. Copie de l'édition de Louvain de 1775 , p. 106.

La seconde note, qui s'appuie sur une charte de 1325, s'exprime avec plus d'assurance et dit que Mabaud de Lanuoy, dame héritière dudit lieu et dernière de cette maison, épousa, l'an 1312, Jean d'Allery, chevalier, cadet de sa maison, venu de Picardie à un tournoi en Flandres ; il portait d'argent à trois lions de sinople, couronnés d'or, armés et lampassés de gueules. Lesquelles armes ses successeurs ont conservées avec le nom de Lannoy, abandonnant celui d'Allery \

Consignons en passant l'opinion tout autre émise par M. Kervyn de Leltenhove sur l'origine des armoiries de la maison de Lannoy. Ne fut-ce pas, dit-il, en parlant du lion de Flandre, que Robert de Jérusalem portait sur son armure à Antioche et à Ascalon, « ne fut-ce pas comme compagnons du héros de la première Croisade, que les sires dWnloing, de Lcns , de Bergues, d'Halewyn, de Barbançon, de Lannoy, de Condé, gravèrent le même écusson sur leurs boucliers ? La gloire seule a le privilège de créer les souvenirs qui ne périssent point, et de faire vivre jusqu'aux images destinées à les retracer 9 . »

Cette Mahaud, ajoute-t-on, fille aînée et héritière de Jean de Lannoy, chevalier, seigneur dudit lieu, fut maintenue dans le droit de vingt livres parisis de rente qu'elle avait sur le travers de Lille, par lettres du bailli de Lille, Douai et Orchies, de juin 1311, auxquelles furent témoins: Gilles, châtelain de Douai, Jean de Croix et autres. En l'an 1325, ladite Mahaut et Jean d'Allery, chevalier, son mari, vendirent lesdites vingt livres de rentes à Charles-le-Bel , roi de France , par lettres passées à Lille. — Ces deux chartes se trouvent au-dessus de la Sainte Chapelle de Paris , où est le trésor des chartes de la couronne de France, comme se voit par l'inventaire coté Picardie, pièces

1 Gand. Duquesne, 1861. Copie de l'édition de La Haye, 1T74, p. 19. * Histoire de Flandre , t. II, p. *70.

25 et 26 1 . — Il y a dans ce dernier document un ton de vérité gui nous fait abandonner entièrement Jean de Franchimontet la légende dont nous nous sommes peut-être trop occupés.

Le fils de Mahaud, Hugues de Lannoy, premier du nom, chevalier, seigneur de Lannoy et de Lys, épousa en 1329, suivant l'Annuaire de la noblesse de Belgique, Marguerite, dame héritière de Maingoval en Artois. Hugues est l'un des quinze nobles de la châtellenie de Lille, déboutés le 29 mai 1350, par arrêt du Parlement de Paris, de leurs plaintes contre le privilège de Varsin que possédaient les bourgeois de Lille et en vertu duquel ils pouvaient brûler la maison de tout habitant du dehors qui avait navré un des leurs*. L'arrêt ne fut pas rendu du vivant du seigneur de Lannoy, car celui-ci mourut en 1349. Il fut enterré ainsi que sa femme dans l'église de Lys où se voyaient leurs tombeaux avec ces épitaphes :

« Chy gist Hue de Lannoy, chevalier, et fu seigneur de Lys , qui mourut

* en juillet l'an 1349. Priez pour s'ame. »

« Chy gist dessoubs ceste lame ,

• Marguerite , de Maingoval dame , > Dont Dieu ait l'âme ,

• Qui dame fu de telle affaire ,

» Qu'à tout le monde sut bien plaire, » Et bien en honneur mit son tems ,

* Et rendit l'âme à soixante ans. • a

Hugues de Lannoy et Marguerite de Maingoval laissèrent trois fils et une fille : Robert, qui suit; Hugues, seigneur de Lannoy

ouveau vrai supplément <'-i Nobiliàire des l'ays-ïias, édition Duquesne,

2 /ioisin , p. 385. (Huon del Annoit).

3 Essai chronologique pour servir à l'histoire de Tournai, t. 64, p. 31 ; — Mémoires de la Société historique de Tournai, t. VI. p, 26T.

après son frère ainé; Gillebert, seigneur de Beaumont et de Santés.

Robert, sire de Lannoy, de Maingoval et de Lys, vivait encore en janvier 1392 \ Il est repris en ces qualités dans le rapport . et dénombrement de Cysoing, du 8 mars de la même année, où son fief est appelé le fief de Lannoit et ville de Lys*. Robert mourut, paraît-il, sans postérité légitime, le 8 juin 1405, et fut inhumé dans l'église de Lys. Il avait donné par son testament du 26 mai 1400, ses fiefs et seigneuries à son frère Hugues, qui suit, et aux enfants de Gillebert, son autre frère 3 .

Hugues II succéda à son frère Robert, du moins à ce que disent certaines notes généalogiques, comme seigneur de Lannoy el Lys et de Maingoval , dès le mois de mai 1400, ou au moins en 1405. Nous trouvons dans le dénombrement de Roubaix en 1401 , monseigneur Hue de Lannoit, homme des fiefs du Prêt à Lys et de Laoutre à Wasquehal, relevant de Roubaix à cause de la seigneurie de Wasquehal, dite de La Marque.

Suivant les mêmes notes inédites , Hugues II aurait fait , dès 1373, une fondation dans l'église de Lys où il aurait été depuis inhumé. On le fait père par Marie de Berlaymont, sa femme, de Jean, qui suit.

Jean II de Lannoy, dit Ramager, avait, avant d'être seigneur de Lannoy et Lys et de Maingoval , fait montre avec six écuyers, le 22 avril 1378. Il devint conseiller et chambellan de Jean,

1 Inventaire sommaire des Archives générales du Nord, B. 1198.

2 Archives générales du Nord. Registre aux dénombrements des fiefs de la Salle de Lille.

Notes généalogiques modernes , aux archives de Lannoy.

duc de Bourgogne, fut nommé gouverneur de Lille par lettres de

ce prince, données à Paris, le 8 octobre 1410, et prêta serment

le 8 novembre de la même année. Jean est le deuxième de ce

nom, que l'on admette Jean de Lannoy, père de Mabaud, Jean

de Franchimont ou Jean d'Allery pour auteur de la maison de

Lannoy. Nous suivons en ce point les diverses généalogies que

nous avons sous les veux.

Jean de Lannoy fut du nombre des chevaliers qui trouvèrent la mort sur le champ de bataille d'Azincourt, en 1415 Sa veuve, Jeanne de Croy, fille de Jean, grand bouteiller de France , et de Marguerite de Craon, se remaria au sire de Sombresse. — Jean de Lannoy et Jeanne de Croy eurent deux fils : Jean III, qui suit, et Antoine, seigneur de Maingoval et de Locron, aïeul de Charles de Lannoy, le vainqueur de Pavie, créé prince de Sulmone par la reconnaissance de Charles-Quint.

1 Monatrelet, édition Buchon, t. III, p. 353 — Azincourt , par René de Belleval ; Paria , 1865.

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