‹ Précis de l'histoire des doctrines économiques, dans leurs rapports avec les faits et avec les institutionsChapitre 22 sur 59 · LIVRE III. CIIAPITHi; l'IJKMIKH · texte numérisé non relu

LIVRE III. CIIAPITHi; l'IJKMIKH

Mexique et surtout <lu Pérou jetèrent un colossal afflux d'or cl d'argent sur l'ancien continent, principalement par la voie de l'Espagne. Voici d'après les spécialistes en cette matière (1), (juels auraient été les chiffres de la production des métaux précieux pendant la période 1493-1750 :

Or

Arp.ent

valei;h TOTAi.r; des

PmiionES

deux métaux

Kilos exliaits

Valeur en francs

Kilos extraits

Valeur en francs

en fi'uncs.

Dans ce tableau, les évaluations sont faites comme si, pendant toute la période, le kilo d'or fin avait valu constamment 2.444 fr. 44 et le kilo d'argent fin 222 fr. 22 de notre monnaie actuelle. Il est impossible, en elï'et, de déterminer exactement les fluctuations des cours commerciaux de ces métaux dans le passé.

A supposer que tout cet apport de métau.x; précieux se fût déversé uniquement sur l'Europe, et qu'en outre aucune perte ne se fût produite, le stock d'or et d'argent de l'Ancien Monde aurait plus qu'octuplé pendant le cours du xvi^ siècle ; à cette masse de huit milliards, le xvn<= en aurait ajouté onze autres, et en 17r)0 le total eût atteint près de trente milliards au lieu de 1 milliard en 1492.

La monnaie joua un rôle beaucoup plus important que jadis dans les transactions. 11 fallait, d'ailleurs, une énorme augmentation de numéraire pour satisfaire aux besoins considérablement accrus des échanges. Cependant, au début, la production des

(1) V. Soetbeer, Mufcrialicn znr Evlautcrtinçf iind Bctirlfioilung der unrthchnfllichen EdelmefaUvcrliùlIrtisac (/eauiiiiiicll, lîorlin ISS;», el le [{apport au minisirc des financea xiir l'adminitifration des Monnaies et Médaille:i publié chaque année, depuis IHDO, par le Diiecleur de notre Monnaie (années 1890 ol suiv).

MU

métaux pivcieux s'accrut beaucoup plus vite que ces besoins : il en résulta une forte et brusque hausse des prix et, par suite, une crise dont nous reparlerons bientôl (1). Le système monétaire continua de souft'rir des mêmes maux que par le passé : 1" laltéralion ou la contrefaçon des monnaies par les particuliers ; 2° les modifications continuelles du poids, du titre et du cours légal des pièces ; 3° l'inextricable multiplicité des pièces de poids, titres et types divers, pièces nationales nombreuses et pièces étrangères de toutes sortes que le développement du commerce international amenait en foule. Un inventaire dressé en 1512 constate la présence, dans la caisse d'un petit bourgeois de Brive, de jwh/es à la rose, nobles à reçu, nobles ù la nef, éciis vieux, aigles, francs à cheval, francs à pied, philippus, re'aux, chaises, moulons, demi-moutons, angelots, nobles Henry d'Angleterre, aigles d'Allemagne, florins d'Utrecht, gros d'Espagne et de toutes provenances, etc. (2). Pour évaluer toutes ces pièces en livres, sous et deniers, les commerçants recouraient à des tables rédigées par des spécialistes ; quant au peuple, rien n'étaitplus facile que de le tromper. « Il est difficile d'en connaître le pair, dit Bodin parlant de toutes ces monnaies ; le pauvre peuple en est fort travaillé ; c'est pourquoi on dit d'un homme rompu aux affaires qu'il entend le pair » (3) ; 4° le stock monétaire était sujet à des fluctuations incessantes dues aux mêmes causes que par le passé et notamment aux différences que le rapport légal de l'or à l'argent présentait dans les divers pays (4j.

(1) V. infra.

(2) V. d'Avenel, //is/ . Econ., etc., t. I, p. ;')8, (.3) Bodin, République, 1. VI, ch. m.

(4) V. Shaw, Hist. de. la Monnaie, trad, fr., 1895. — Voici d'après col auteur quel fut, pendant le xvi® siècle, à des dates concomitantes, le rapport légal de l'or à l'argent en France, aux Pays-Bas, en Espagne et à Venise :

France .

Pays-Bas Espafijne.

Venise .

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