‹ Précis de l'histoire des doctrines économiques, dans leurs rapports avec les faits et avec les institutionsChapitre 35 sur 59 · DOCTRINES RELATIVES AU SYSTÈME MONETAIRE · texte numérisé non relu

DOCTRINES RELATIVES AU SYSTÈME MONETAIRE

1863, Stanley Jevons (1) estime que la baisse de la valeur de l'or est de 9 0/0 au minimum et de 15 0/0 au maximum. Dans un Mémoire, couronné en 1873 par l'Académie des Sciences morales et politiques, INI. de Foville est d'avis que depuis 1820-1825 la hausse moyenne est de 33 0/0, due jusqu'à concurrence de 25 0/0 à la diminution de la puissance d'achat des métaux précieux (2).

Depuis cette époque, c'est la production de l'argent qui l'emporte et il y a maintenant une question de l'argent. Dans la querelle entre monométallistes et bi-métallistes,la théorie quantitative des prix est invoquée de part et d'autre. Les bi-métallistes se réclamen t d'elle pour soutenir que la démonétisation de l'argent en raréfiant la monnaie, en augmentant le pouvoir de l'or devenu l'élalon unique, a produit une baisse des prix funeste ; les partisans du monométallisme-or font valoir que l'accroissement }»rodigieux de la production de l'argent a fait de ce métal une matière avilie, impropre au rôle monétaire parce que son pouvoir d'acquisition est devenu trop faible comparativement à son volume.

Ouellcs additions les économistes modernes ont-ils apportées à la théorie de Bodin et de Cantillon? Avec raison ils ont fait remarquer que, dans l'analyse de la demande des métaux précieux, il faut tenir compte et de l'importance de la consommation industrielle de l'or et de l'argent (elle peut être variable), et de la masse des échanges à réaliser (le stock monétaire peut s'accroître, si le volume des échanges augmente plus vite encore, par suite des progrès agricoles et industriels, la monnaie devient relativement plus rare et inversement). Il convient, en effet, que ces facteurs soient énoncés dans la formule du théorème ; mais il nous paraît certain qu'ils sont tout au moins sous-entendus par les anciens économistes dans leur démonstration ; ils sont par eux supposés inchangés.

(1) Stanley .levons, Invoslifjndons in ciirrenci/ and finance, ouvrage réédité en 1884.

(2) De F*oville, Essai sur les variations des pria: au xi.\« siècle. — V. L'Econoniiste français, 1874-1879.

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Plus iinportanle esl lobseivalioii suivanle. Les variations dans le chillVe de la production ou du monnayage n'ont de signilication que comparées au stock monétaire déjà existant. LapporI de 100 nouveaux quintaux de blé n'est d'aucune importance sur nu marchti qui en possède des millions ; il peut exercer une yi'ande inlluence sur les cours d'un petit marché local qui n en possède (jue 500. Il en est de mêuK^ pour les métaux précieux et la monnaie. Ce qui importe, ce n'est pas le chiflVe absolu, mais la proportion entre ce chift're et le montant du stock. Or, les métaux précieux sont d'une durée 1res longue. Ils éprouvent sans doute des pertes. Divisés en menues parcelles (monnaies, bijoux), ils s'usent peu à peu ; une certaine quantité, sans être détruite, se trouve reléguée dans des endroits inaccessibles ou pour longtemps inconnus ; mais ces pertes sont de peu d'importance. Les métaux précieux s'accumulent de génération en génération ; il s'ensuit que, de plus en plus, les variations de la production doivent être considérables pour exercer une influence sensible.

La théorie (juantitative des prix doit donc être énoncée de la laron suivante : En siipposanl inchangcs la vitesse de circulation de la monnaie, le développement du crédit et des moyens de paiement sans intervention de monnaie, ainsi que la masse des échanges à effectuer, une variation dans la quantité de monnaie suffisamment forte par rapport au stock antérieurement existant tendra à produire une variation inverse du pouvoir crachat de la monnaie^ c'est-à-dire une variation inverse des prix nominaux.

Nous ajouterons, pour notre compte personnel, qu'à un moment donné, quand la hausse des prix s'étend en surface, cette tendance doit se trouver comprimée par une sorte de loi d'inertie ou d'indifférence. Supposons qu'à une certaine date un cultivateur vende un bœuf 500 francs et qu'avec ces 500 francs il puisse se procurer 10 moutons à 50 francs lun : il lui importo peu, sous prétexte que le stock monétaire a doublé, de vendre son bœuf 1.000 francs si avec ces 1.000 francs il ne peut, comme auparavant, se procurer que 10 moutons au prix de 100 francs l'un. L'équilibre seia r(''l;djli et la réadaptation achevée par nue

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^«imple haiisjse tlun tiers, par exemple, sur les prix des moulons el (les boeufs, en dépit du doublement de la quantité de monnaie en circulation. Nous pensons que ce facteur psychologique contribue, pour sa pari, à expliquer pourquoi la hausse et la baisse lies j>rix ne sont pas proportionnelles à Taugmentation et à la diminution du numéraire (1).

Sous celte forme, la théorie quantitative des prix nous |)aratl (Mre d'une exactitude indiscutable, établie par le raisonnement cl confirmée par l'expérience (2). Bodin et Gantillon n'ont pas \ n loute la vérité, mais ils en ont découvert une grande partic (o), el mis en lumière les principes les plus essentiels de celle importante doctrine (4).

(1) .Malgié que cetLo formule soil très discutée, nous croyons exact de dire que la valeur d'usage de la monnaie se confond, en <,a"ande partie, avec sa valeur d'écliange : on recherche la monnaie non pour la consommer, mais pour s'en servir dans les échanges ; il est inadmissililc (|uc le l'ail dètrc linslrumenl universel d'échange n'influe pas sur sa valeur d usage.

I 2) Il est impossi])le de déterminer avec une jjrécision qui ne laisse ]jlace à aucun doute la proportion suivant laquelle les variations de la ipianlité de monnaie agissent sur les variations subies par les prix. Comment s'assurer que, dans la période étudiée, la valeur propre des marchandises est demeurée constante? ou, si l'on estime qu'elle a varié, comment discerner dans quelle mesure elle a haussé ou baissé ? Aucun des procédés proposés ou employés n'est entièrement satisfaisant. Mais ils suffisent amplement à établir une relation de cause à ell'et entre les deux pliénomènes.

(•t) Les historiens économistes s'accordent à donner raison à Bodin. — N'. Pigeonneau, Ilisl. iln coinni., l. II, p. 197 et suiv. ; Levasseur, llisl. des Cl. oiiv., t. II, ]). 70-77 ; d'Avencl, Ilist. éconoin., t. I, p. 21 el suiv.

(4 Cantillon a réfuté en outre, comme l'avait fait déjà Barbon, une opinion très répandue parait-il (elle fui partagée par Locke et parLaw), suivant laquelle l'abondance de numéraire devrait avoir pour conséquence une baisse du laux de l'intérêt. Cette baisse n'est possible que si (comme à la Bourse) malgré son abondance lelative l'argent conserve le même pouvoir d'acquisition ; s'il s'est déprécié dans la même proportion que sa quantilé a augmenté, l'offre n'en est pas réellement devenue plus considérable. Or, le taux de l'intérêt dépend de l'altercation, de hi " proportion numérique des prêteurs el des emprunteurs » {Essai sur la nul. du contin., 11, ch. x, p. 284-285). Hume et Massie ont repris celte argumentation. Mais que devient-elle si l'on suppose que la dépréciation de l'argent se trouve inférieure à son augmentation en «{uanlilé ?

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