I.IVHE III. CIIAIMTIU: IV
taffetas, peluches et autres étoffes de pure laine, de pure soie, de poil, ou mêlées de laine, de soie, poil, lil ou colon ; chapeaux ; couvertures de laine ; cuirs tannés, corroyés ou apprêtés ; j^ants ; coutellerie ; quincaillerie ; serrurerie ; boutons, rubans de soie, de laine ou de fil ; articles d'horlogerie ; vins de liqueurs ; étain ouvré ou non ouvré ; plomb ; merceries ; drogueries ; épiceries. En ce qui concerne les marchandises permises, les droits d'entrée étaient élevés sur un certain nombre d'entre elles ; en outre, les marchands anglais ne pouvaient importer que des marchandises anglaises, lorsqu'ils se servaient de navires tiers ou de navires même anglais commandés par des capitaines non anglais ou appartenant à des négociants non anglais ; outre les droits d'entrée et, de sortie, ils devaient acquitter un droit de tonnage de .'> livres 10 sous (au lieu du droit ordinaire de 50 sous) ; enfin, les négociants et maîtres de navires anglais et les individus opérant pour le compte des négociants anglais étaient astreints à recourir, pour leurs transactions, à l'intermédiaire d'un courtier français (1). — En 1703, l'Angleterre porta un nouveau coup au commerce français par le traité de Methuen conclu avec le Portugal ; elle s'engagea à frapper les vins portugais de droits trois fois moindres que ceux établis sur les vins français, afin de faire cesser l'importation de ces derniers dans la Grande- Bretagne. Avant d'arriver à Londres, une pièce de vin de Champagne avait à payer, non compris les frais de transport et d'assurance, 475 francs ; et une pièce de vin de Bourgogne 750 francs, quelle que tut la valeur du vin. Le traité d'Utrecht de 1713 n'améliora guère les relations économicpies de ces deux pays. 11 fut stipulé que les citoyens de l'un et de l'autre Etat pourraient circuler et commercer librement, que les surtaxes de pavillon seraient supprimées, etc. ; mais, par suite des résistances de l'opinion publique en Angleterre, les prohibitions ne furent levées de part ni d'autre.
Les Hollandais obtinrent de la France un meilleur traitement ;
(1) V. Clément, Ili.fl. (lusi/sl. prnterfriir, pièces justificatives, p. 2S.3-
THKOHii: i)i: L i:m{1(:iiissi;.mi;m dks nations -I>
le traité do HysNvick, en 1097, leur concéda un tarif intermédiaire entie celui de 1664 et celui de 1667.
C'est également à cette époque que prit naissance la question des toiles peintes qui fit tant do bruit, (^es tissus furent d'abord frappés de surtaxes d'entrée en 1686, puis complùtemont prohibés, et dés lors il ne se passa i>uére d'année sans que le (^louseil d'Etat légiférât à leur égard.
PririU'ges. — Créations royales. — L'on conlinua <l'octroyer des privilèges; jamais les créations de manufactures royales ne furent aussi nombreuses ; Ton en connaît 243 pourvues de brevets de 1683 à 1753. « La faveur, dit M. Levasseur, a eu une large part dans ces concessions On voit de grands seigneurs et des courtisans qui ont l'oreille des ministres s'associer avec des inventeurs ou des entrepreneurs et obtenir plus facilement que ces derniers des brevets de manufactures. Tantôt ils mettent de l'argent dans l'afiaire, tantôt ils apportent seulement leur influence et ils prennent leur part dans les bénéfices » (1). L'on continua également d'accorder des subventions et de consentir des prêts à ces sortes d'établissements ; une caisse fut créée spécialement poiucel objet on 1727. Enfin l'on continua do créer d<>s compagnies privilégiées de commerce ol do colonisation.
Réglemenlalion. — Les règlements se multiplièrent et devinrent de plus en plus minutieux. Sous Louis XV, il en fut confectionné plusieurs centaines. Le règlement do 1732 pour les manufactures de draps, ratines, serges et autres étoffes fabriquées dans le Dauphiné, se composait de 26."S articles ; le règlement pour les étoiles de laine ou métiers de laine, soie et fil de Lyon en avait 208 ; le règlement de 1744 pour les fabriques de Lyon contenait 14 titres et 183 articles, etc. 11 devenait de plus en plus difficile de ne pas se perdre dans cette inextricable forêt (2).
Le Conseil du commerce supprimé depuis la mort de Colbei't, fut rétabli en 1700, aboli de nouveau on 1722, puis restauré en
(l) Levasseur, Hifil . des ri. aiivr.. I. IL p. 490-491. 2) Lovasspur. H/s/, rhs cl. niirr.. I. II, p. 49S, notes 2 el '^.
2I(> LIVHE III. CIIAI'ITIU: IV
17H0. Mais il no se réiiiiissail. que très rarement; les alVaires élaienL expédiées par le Bureau du commerce créé en 1722. L'on institua en outre, au contrôle jifénéral, un directeur du commerce, président du Conseil et du Bureau du commerce, et chargé de la police générale de Tindustrie. Le cadre des agents de contrôle fut complété par les intendants du commerce créés sous le ministère de Desmarets ; le nombre des inspecteurs fut accru ; outre les inspecteurs généraux et les inspecteurs des manufactures, l'on vit naître des inspecteurs alîectés spécialement à certaines industries, des inspecteurs ambulants, des sous-inspecteurs et des « élèves des manufactures » fou inspecteurs surnuméraires) (1).
§4. — La Politique mercantiliste à l'étranger.
La politique que nous venons de décrire n'a pas été spéciale à la France. Elle a été, dans ses traits généraux, celle de tous les grands Etats d'Europe (2) ; celle de l'Angleterre, surtout à partir du règne de la reine Elisabeth (le gouvernement anglais l'appliqua plus rigoureusement à la France qu'à tout autre pays) ; celle de l'Espagne, principalement à partir de Charles-Ouint ; celle de l'Allemagne et surtout du Grand Frédéric. En Autriche, le système mercantiliste inauguré par Léopokl I"' dans la seconde moitié du xvii" siècle ne fut systématiquement appliqué que sous Charles VI. Pierre le Grand l'introduisit en Russie (3).
(1) Levasseur, op. cit., l. II, p. 474 et suiv.
(2) V. Schanz, Englischc Handelspolilik ge(jen Ende des M'Utelallers, 1881 ; Ehrenberg', Hamburg und England in Zeitaller der Kônigin Elisabeth, 1890 ; Schmoller, Die englischc handelspolilik des xvii und xviii lahrliundcrls, dans lahrb. f. gesctzgeb. Wei'v. und Volksivirdiscli., 1800, l'nirisse und U ntersuchungen zuv Verfassungs, Vericaltungs und Wirlschaflsgeschichte des Preussichen Slaats ini xvii und xviii lahrhund., 1898; Ansiaux, Jiist. écononi. de l'Espagne au xvi'^ cl au xvii'= siècles, dans la Revue d'Econ. polit., 1893 (p. 509 et suiv., 102!) et suiv.) ; Goury de Roslau, Essai sur l'hisl. écon. de l'Espagne, s. d. ; Ch.Weiss,Des causes de la décadence de Vind. et du comm. en Espagne, etc. Thèse Lettres, Strasbourg, 1838-1839 ; Inama-Sterneg'g,Deu/sc/ie Wirtschaflsgeschichte, 1879 et suiv. ; Schulze-Gsevernitz, Eine Studie zuni osleuropàischen Merkantilisnius, dans Archiv f. soc. gesetzgeb., 1895.
(3) V. Possoschkow, Pauvreté et richesse, 1724 ; Briickner, J. Possoschkow, etc., 1878.
TIIKOini: DE l/jlMilCmSSI'MrNT DES NATIONS 217
La Hollande (jiii s'rtail faite la voilurière maritime de l'Europe praliciua, au contraire, une politique très libérale. Ses tarifs d'entrée et de sortie étaient très modérés ; pourtant des traces de mercantilisme se révèlent dans son système fiscal. Les produits manufacturés venus de l'étrang-er étaient plus lourdement frappés que les produits nationaux ; les matières premières payaient moins à l'entrée qu'à la sortie, et plusieurs jouissaient à Tentrée, mais non à la sortie, d'une franchise complète. L'huile de baleine devait acquitter un droit de 10 0/0 quand elle était apportée par les vaisseaux étrangers ; mais sous pavillon national elle entrait en franchise ; le même traitement était appliqué aux harengs. Les épiceries arrivant sur les navires de la Compagnie hollandaise des Indes Occidentales étaient exemptes de toute taxe (1). au lieu que les poivres étrangers étaient grevés d'un droit d'entrée de 10 0/0, etc.
SECTION III. — La théorie. — Analyse de la
LITTÉRATURE MERCANTILISTE.
Nous distinguerons le pur mercantilisme et le mercantilisme dégradé.
Nous appelons mercantilistes purs les écrivains qui se montrent préoccupés d'attirer et de conserver par des moyens artihciels les métaux précieux, parce qu'ils les considèrent comme la richesse suprême d'une nation.
Par mercantilisme dégradé, nous entendons les systèmes qui tendent au même but, mais répondent imparfaitement à la définition précédente, soit que leurs auteurs n'aient plus la même foi dans l'action exercée par les procédés législatifs sur les phénomènes économiques, soit qu'ils n'aient plus la même conception de la nature économique des métaux précieux. Il ne sera question dans ce chapitre que du mercantilisme pur.
(1) V. Ustariz, Théorie et pratique du commerce, trad. fr., l'orbonnais, 1753, I, p. 105-106 et II, p. 183. — C'est la politique que conseillait Jean de Witt (Pierre de la Court) dans ses Mémoires, F^ partie, c h . XIII (trad. fr., Ratisbonne, 1709, p. 56 et suiv.).
- I (S MMu: 111. — ciiAi'iiKi; i\
La théorie inercanlilisle n'esL, pus plus (jue la poliLicpie nicrcantilisle, un système parfaitement homogène construit comme une géométrie où tous les théorèmes s'enchaînent, logiquement déduits d'une proposition unique considérée comme un axiome, ('/est ce que nous allons pouvoir constater en analysant la notion mercantiliste de richesse nnlionale, et In politique éronomiqiu' déduite de rette notion.
§ 1. — La notion mercantiliste de richesse nationale.
Les écrivains mercantilistes n'ont pas sur la nature de la richesse nationale des idées absolument nettes. La plupart (ainsi Montchrétien, Locke, Petty, Cantillon) répètent un certain nombre d'arguments classiques qui tendent à faire considérer Top et l'argent comme la richesse par excellenee. Ces arguments sont les suivants :
Les denrées et marchandises sont périssables, et elles ne se troquent pas comme l'on veut, à toute minute et avec le premier venu ; les métaux précieux, au contraire, durent indéfiniment et ils sont immédiatement et universellement échangeables. L'argent, par suite, c'est pour l'homme la puissance, l'instrument de domination sur les choses et sur les autres hommes. Or, ce qui est vrai pour un individu, pour une famille, peut-il être faux pour un Etat? La nation n'est-elle pas une famille dont le roi est le chef (])? Le roi, en outre, a besoin d'argent pour faire la guerre, pour payer et entretenir ses troupes à l'étranger ; sans argent, sans trésor constitué en temps de paix, point de sécurité extérieure.
Mais il n'est pas difficile de relever chez les mômes écrivains des contradictions. « Ce n'est point l'abondance d'or et d'argent, dit Montchrétien, la quantité de perles et de diamants qui font les Etats riches et opulents ; c'est l'accommodement des choses
(1) Locive, par exemple, déclare « qu'entre une ferme et un royaume il n'y a .sur ce point de différence que du plus grand au plus petit » ; qu' « il en est d'un royaume comme d'une famillo « (Cnnsider.idonft on llip ronficquencea nf Ihc lowerinfi nf Inferesl, etc., à la siiilo i.\o Mao- Ciillocli, Prinriplea of Vol. Ernn., 1872, p. 2.32 ot p. 209.
THEOKU; 1)K I- KNUlClMSSlvMKM DKS NATIONS -1.'
nécessaires à la vie et propres à la vie. Oiiand tant de pistolles no rempliraient nos coffres, qu'impoiterait si, comme à nos pères, ces choses coulaient peu, les ayant toujours en égale
abondance?» De vray, nous sommes devenus plus abon-
(lans <l'or et d'argent que n'esloient nos pères, majs non pas plus iiisés ni plus riches » (1). Mais en un autre endroit il écrit : u II laul de largent. et n'en ayant point, il faut en avoir des étrangers. Soyez curieux d'en faire rechercher (il s'adresse au roi), et vous trouverez qu'il en sort plus de vos pays que l'on n'y en apporte. C'est voirement par une grande et inexcusable négligence, car vos sujets ont assez d'industrie au bout des doigts pour attirer, au contraire, chez eux l'or et l'argent des autres contrées si le bon ordre règne une fois en cet Estât » i'2). Et ailleurs : « On peut dire à présent que nous ne vivons pas tant par le commerce des élémens que par l'or et l'argent ; ce sont deux grands et fidèles amis. Ils suppléent aux nécessitez de tous hommes » (3).
Les idées de Locke sur ce point sont tout aussi confuses. « L'or et largent, dit-il, sont de jieu d'utilité ; mais ils nous mettent en état de nous procurer toutes les commodités de la vie : c'est pourquoi la inchessc consislc dans Vabondance de ces nie'laii.r.... La richesse, ajoute-t-il, ne consiste pas à avoir plus dor et d'argent en quantité absolue, mais à en avoir proportionnellement plus que le reste du monde ou que nos voisins : de manière (jue nous puissions nous procurer une quantité de choses nécessaires à la vie plus grande que celle qui est à la portée des Etats et royaumes voisins qui, participant en proportion moindre à l'or et à l'argent du monde, manquent des moyens qui donnent l'abondance et la puissance et ainsi sont plus pauvres » (4). Ces propositions sont contradictoires dans
(Il Montclirétien, Traictp de VEcon. pnlil., édit. Fiinck-Brenlaiio, p. 241.
(2j IbUL, p. 246-247.
(3) IbUL, p. 141-142.
(4) Loclce, (lonsideratinna on fhe conxpquenccs of thc lowerlnçj of Interosl (à la suite de Mac-Ciilloch, Priiiriplm^ of Pnlltir. /•>., édil. 1872, p. 220-227}.
LIVRI. III. CIIAPITHi: IV
leurs termes ; si la richesse nationale consiste dans l'abondance de choses propres à satisfaire nos besoins, elle ne peut consister en môme temps dans l'abondance de numéraire ; ou nous acquérons ces choses, alors nous augmentons nos jouissances, mais nous nous appauvrissons de monnaie ; ou nous conservons notre argent comme un trésor sacré, alors ndus augmentons notre provision de monnaie, mais nous nous privons de certaines jouissances que nous pourrions nous procurer. Il faut absolument choisir entre lune ou l'autre conception.
Le même auteur déclare encore qu'il faut à un pays une certaine cjiiantilé de monnaie pour les besoins de son commerce : si donc, peut-on lui demander, le stock monétaire est suffisant pour assurer le fonctionnement du mécanisme des échanges, ne sera-t-il pas pour le moins inutile de thésauriser indéfiniment(l) ?
Des antinomies analogues se rencontrent dans Mun. Cet auteur proclame qu'une balance du commerce extérieur se liquidant par un solde créditeur en argent est le seul moyen pour une nation de s'enrichir (si l'on excepte les dons qu'elle pourrait recevoir et le pillage d'autres Etats) (?) ; son livre est consacré uniquement à l'exposition des moyens propres à produire des excédents de rentrée d'or et d'argent, et pourtant l'on y trouve ces lignes : « On ne peut pas dire que la monnaie soit l'âme du commerce de sorte que celui-ci ne puisse subsister sans celle-là ; car nous savons qu'il y a eu un grand trafic qui se pratiquait sous forme d'échange ou de troc à une époque où il n'y avait que peu de monnaie dans le monde. » 11 donne pour titre à cet ouvrage : /)e /« co72s/i7«//o/? d'un trésor en Angleterre par le commerce extérieur ; et cependant il y écrit qu'il est aussi ridicule pour une nation que pour un individu de thésauriser, que l'argent doit être réengagé dans le commerce, que trop d'argent nuit, la surabondance de numéraire produisant la hausse des prix et, par suite, la diminution de la consommation (3).
(1) Cette quantité, ajoute l'auteur, est plus ou moins grande suivant que la circulation de la monnaie est plus ou moins rapide iop. cit., p. 234).
(2) Mun, England's Treasure by forraign Trade, ch. ii.
(3) Mun, EnglamVs Treasure, ch. iv, § 3, édit. Macmillan, p. 22-24.
THÉOHli: 13K LENtllCHlSSEMKNT DES \AT1UNS 22 1
Petly n'est pas non plus toujours craccord avec lui-même. Voici, résumée dans l'un de ses ouvrages, la pure théorie mercanliliste : « Le principal et dernier résultat du commerce est de produire non la richesse en i^énéral, mais spécialemenl l'abondance d'or, d'argent et de bijoux ; or, ceux-ci ne sont pas périssables et de valeur variable comme les autres marchandises; mais ils constituent une richesse en tous temps et en lous lieux, au lieu que le vin, le blé, les volailles, la viande, etc., ne sont des richesses que hic et mine ; par suite, les industries et les commerces qui sont de nature à approvisionner le pays d'or, d'argent et de bijoux sont ceux qui lui procurent le plus de profit » (1). Mais comment concilier ce passage avec les suivants ? « La conservation ou l'amoindrissement du stock monétairena pas autant d'importance qu'on se l'imagine souvent. Car, en beaucoup d'endroits en Irlande et même en Angleterre, le stock monétaire de la nation ne forme que le 1, 10 des dépenses annuelles ; ainsi on estime que l'Irlande ne possède que 400.000 £ d'espèces, alors qu'elle dépense environ 4 millions par an. C'est donc une très mauvaise politique de doubler l'encaisse de la nation en détruisant la moitié de sa richesse, ou d'accroître son encaisse autrement qu'en accroissant la richesse siniiil et semel.
« Quand une nation possède 1/10 de plus en espèces, se peutil même que sa richesse s'accroisse de 1/10 ? Il peut y avoir excès aussi bien que disette de monnaie.... Il existe, il est vrai, un remède à cet excès de métaux précieux, et il est d'un emploi facile : il consiste à convertir le superflu en objets de luxe, en vaisselle d'or et d'argent... » (2).
Voici, tout au début de l'ouvrage de Cantillon, une définition très correcte de la richesse : « La richesse, en elle-même n'est autre chose que la nourriture, les commodités et les agrémens de
(1) Veiiy,PolUical Arithmetic, ch. iv, § 3, édit. Hull, I, p. 260. — Cf. ch. H, p. 269.
(2) Petly, Political Analomy of Ireland, ch. xi, édit. Hull, I, p. 192-19.3. — Cf. QuanlulumcunKjfue conccrning money^ questions 2.0-27, nie me édit., Il, p. 446.
'l'Sl MVKi; m. — ciiAi'iriîi; iv
la vi(> » il). Elle u ciupèclie pns 1 aulciir dariirmer (jirun Elal csl, d'aulanl plus riche que le travail est employé à pioduire des choses plus durables. « Il le sera surtout, ajoutet-il, si l'on emploie ces habitants (ceux qui travaillent) à tirer du sein de la terre de l'or et de Targenl qui sont des métaux non seulement durables, mais, pour ainsi dire, permanens, qu<' le feu même ne saurait consumer, qui sont généralement reçus comme la mesure des valeurs et qu'on peut éternellement échanger pour tout ce (|ui est nécessaire dans la vie ; et si ces habitants travaillent à attirer l'or et l'argent dans l'Etat en échange des manuiactures et des ouvrages qu'ils y font et qui sont envoyés dans les pais étrangers, leur travail sera également utile, et améliorera réellement l'Elal.
-« Car le point (jui semble déterminer la grandeur comparative des Etats est le corps de réserve tpiils ont, au delà de la cousommation annuelle, comme les magasins de drap, de linge, de blés, etc., pour servir dans les années stériles, en cas de besoin ou de guerre Et d'autant que lor et l'argent peuvent toujours acheter tout cela des ennemis môme de l'Etat, le vrai corps de réserve d'un Etat est l'or et l'argent, dont la plus grande ou la plus petite quantité actuelle détermine la grandeur comparative des royaumes et des Etats » (?).
(1) Canlillon, Essai sur la naluvc du roinnierce en général, liv. I, cli. i, édit. 17r)i>, p. 1-2.
(2) Canlillon, op. cil., I. ch . xvi, édil. 17o5, p. 117-119. — Cf. II, cil. v, p. 210; II, ch. VIII, p. 249. Comme il fallait s'y attendre, on a essayé de lever cette antinomie par le procédé casuistique. M. Legrand [Richard Cantillon, Thèse Droit, Paris, 1900) croit pouvoir concilier ces passages en disant que dans le premier l'auteur parle de la richesse en elle-même et dans le second de la richesse compai'ative. Toujours est-il ({ue si la richesse en elle-même consiste dans la possession de choses propres à satisfaire nos besoins et nos désirs, parmi les divers pays comparés, celui-là devra être déclaré le plus riche où la consommation de ces choses est la plus forte. Or, Canlillon n'a pas soutenu cette idée (que son ouvrage dément), qu'une quantité d'ai'gent plus grande dans un Etat y révèle l'existence d'une plus grande quantité de produits consommables : c'est d'or et d'argent et non de denrées périssables que doit être constituée la réserve d'une nation, et on doit épargner le plus possiJdc sur la consommalion pour la grossir.
TIIKUHli: DE 1. l.NHK.lllSSL.MEM DES .NATlUNS --0
Ce sont, (•foyons-noii!?, les plus émincnls parmi les iiici'cmililistes que nous avons cilés. Au fond, leur doctrine sur la nature des richesses est un amalgame, en proportions inégales, de trois idées hétérogènes : 1° l'or et l'argent sont la plus excellente des richesses : 2" la richesse consiste dans les choses propres à satisfaire nos besoins et nos désirs ; 3"* la monnaie n'est ([ii'un instrument, mais c'est un instrument tout-puissant pour pioduire ou se procurer la richesse. (Vest sur ce dernier principe, nébuleux encore chez eux, que Law fondera son système. Ces trois idées sont englobées dans cette maxime que l'or et l'argent tout la richesse et la puissance des Etats. Celle-ci est, en quelque sorte, le cri de guerre des mercantilisles comme le fameux laissez faire, laissez passer sera celui de l'école physiocratique.
C'est sur elles qu'ils basent leur politique économique. Mais, étant donné l'incertitude de leur conception de la richesse, il ne faut pas s'attendre à trouver chez eux une parfaite unité dans la justiiication théorique de leur système.
,^ 2. — La politique économique des inercantilistes . Principes fondamentaux.
Le principe fondamental est qu'un Etat doit combiner ses clVorts de manière à attirer et à retenir chez lui les métaux précieux, par conséquent vendre le plus possible à l'étranger et lui acheter le moins possible, d'objets manufacturés surtout. Les théoriciens crurent pouvoir, ici encore, transporter dans le domaine de l'économie nationale certains principes dont l'exaclilude,en matière d'économie domestique, devait leur apparaître, dans le milieu où ils vivaient, avec un saisissant relief: un particulier s'enrichit quand il vend et s'appauvrit quand il achète ; dans une transaction entre individus, l'un perd ce que l'autre gagne {\) ; pourquoi en serait-il autrement, dans les rapports entre nations ?
Ce sont là, en quelque sorte, les inscriptions gravées en lettres très apparentes sur la façade de l'édifice : dans l'ombre,
I \'. Mnntjiifjne, E^tsais, liv. 1, eh. \xi (édil. Hvil', [>. "iO) : c I,e |)n)lil (le 1 lia e^l iloiiiuueji' de laiilre. »
224 LivHi: iii. - — chaItihi: iv
on entrevoll celle auLce maxime, donl lapplicalioii devait concourir à donner le même aspect à l'aménagement intérieur, (|ue l'Etat doit assurer le développement de toutes les forces productives du pays. Parmi ces dernières, les industries manufacturières occupent le premier rang ; l'agriculture, dont l'importance est grande, ne doit pas être sacriliée de pYirli-pris ; mais en cas de contlit, les intérêts des premières passeront avani ceux de la seconde. L'industrie manufacturière est de toutes les formes de ractivité économique celle qui fait vivre le plus grand nombre d'individus sur le plus petit espace ; or, la densité de la population est considérée comme une cause de force militaire et aussi de force économique ; au point de vue économique elle est à la fois effet et cause d'une grande productivité. Pelty, notamment, traite la population comme une richesse; il imagine même une méthode pour l'évaluer en argent (1). 11 montre comment l'accroissement de la population fait hausser la rente du sol (ce qui à ses yeux est un bien^ parce qu'il nécessite une culture plus intensive, et parce que, les mœurs devenant plus raffinées, le niveau de la vie s'élève, les individus se montrent plus exigeants et augmentent leurs dépenses (2). Il remarque, en outre, que la densité de la population amène une plus grande spécialisation dans les professions (3) et une plus grande division des tâches dans les manufactures (4) ; or, la division du travail en accroît la productivité : l'exécution en est plus parfaite et moins coûteuse (5).
(1) Voici quel est son mode de calcul. Des dépenses annuelles totales du pays, il faut déduire les revenus de la terre et les revenus de la Ijropriété mobilière, et multiplier le reste, qui doit être considéré comme le produit du travail humain, par 20. Le revenu du travail doit être, en effet, capitalisé au même taux (5 0/0) que le revenu de la terre ; car un peuple est perpétuel comme la terre. L'auteur trouve ainsi que la valeur moyenne de l'Ang'lais est, à son époque, de liO ^ [Political Arilhmelick, ch. I (édit. Hull, 1, p. 267).
(2) Petty, Polil. ArUhmet., ch. iv (Hull, 1, j). 289-290).
(3) Petty, Polit. Arithrnel., ch. i (Hull, I, p. 2r):i-2;;6l.
(4) Petty, Another Essay in Polit. Arilhm. (■onccniiiig iJw i/mirlh uf Ihc Cilif of Lomlnn (Hull, H, p. 47.3).
(H) PeUy, Ihid. et /'«///. Arilhiwl., ch. i Hull, I, p. :iG01. L'auleur re-
TiiiîoRii: DE l'enrichissement des nations 225
Ces deux idées différentes, accumulation des métaux précieux et développement des forces productives, sont les conséquences de la dualité de conception de la richesse chez les mercantilistes.
Tous n'ont pas préconisé les mêmes procédés. L'on peut, croyons-nous, les classer de la manière suivante : 1« bullionistes ; 2° industrialistes ; 3° on peut même citer un écrivain bullioniste-agrarien qui est, il est vrai, un narrateur, un autobiographe, plus qu'un théoricien, le ministre de Henri IV, Sully ; 4° les adeptes de l'Ecole de la Balance du commerce.
§ 3. — Les bullionistes.
Les bullionistes défendent les prohibitions d'exporter les métaux précieux en ling'ots ou en monnaie et le système dit de la Balance des contrais (simple variété du précédent) (1). Tels sont, en Angleterre, Armstrong au xvi° siècle et Milles au xvii*^ ; en Italie, Marc-Antoine de Santis, Biblia, Lunetti, Bocchi (2), Zuccolo au xvii^ ; en Espagne, Ortiz à la fin du xvl^ Certains proposent un procédé qui ne fut guère appliqué, croyons-nous (3), la fixation arbitraire du cours du change extérieur par l'Etat. Tels sont les Italiens Marc Antoine de Santis et Lunetti (déjà cités), et le Hollandais Malynes (dont les ouvrages ont paru en anglais de 1601 à 1623). Ce dernier est le grand apôtre du système. Il demande que le prix de la lettre de change soit invariablement fixé au pair : ainsi les nationaux débiteurs de l'étranger se garderaient d'exporter des espèces, car l'envoi d'une lettre de
connaît pourtant qu'il faut tenir compte non seulement du nombre mais de la qualité des habitants {Polit. Arilhmet., cli. i, Hull, I, p. 249-2150). 11 n'en est pas moins vrai qu'à égalité dans la qualité, une nation qui compte 8 millions d'habitants est plus que deux fois aussi riche que celle qui n'en compte que quatre [Treatise of Taxes, ch. lu, § 12, Hull, I,p. 34).
(1) Sur ces deux procédés, v. suprà, p. 273-274.
(2) Bocchi approuve la prohibition d'exporter les métaux pi^écieux, mais ne croit pas à son efficacité ; il préfère des droits très élevés frappant leur exportation.
(3) L'expérience en fut tentée à Naples, en 1G07, sur les conseils de de Santis, mais abandonnée au bout de quelques mois.
change leur serait toujours un moyen moins coûteux d'eflectuer leurs paiements au dehors. Si le cours du change est constamment défavorable, c'est, croit-il, parce que le trafic des lettres de change est accaparé par un petit nombre d'individus qui abusent de leur monopole pour faire payer très cher leur intervention. Leur commerce est un chancre qui ^ ronge la richesse de l'Angleterre ; il leur permet de s'enrichir sans risques et sans travail en exploitant le travail d'autrui ; il est cause que l'argent sort du royaume ; il prive le Souverain de ses revenus en diminuant le rendement des impôts ; les cambistes trahissent même leur patrie à l'occasion, car ils vendent leurs services aux enchères, et ils sont toujours avec les Souverains riches contre leurs ennemis pauvres, quels qu'ils soient. Que l'Etat s'empare donc de ce commerce monopolisé, et qu'ainsi cet instrument de ruine contribue désormais à l'utilité générale. On croirait entendre un socialiste moderne dénonçant avec indignation certaines « féodalités financières ».
Seulement, en considérant la raréfaction du numéraire comme la conséquence d'un change défavorable, l'auteur prend la cause pour l'effet ; et c'est une singulière illusion de croire à l'efficacité d'une loi obligeant l'Etat à vendre les lettres de change immuablement au pair : tantôt la marchandise lui ferait défaut parce qu'il l'achèterait trop bon marché (1) ; et tantôt il n'en trouverait pas le placement parce qu'il en exigerait un prix trop élevé. Malgré toutes les prohibitions, le commerce clandestin aurait vite fait d'éliminer le commerce officiel. Les erreurs des buUionistes ont été réfutées par d'autres mercantilistes, et notamment d'une façon magistrale par le théoricien de la Balance du commerce Mun.
§ 4. - Sully.
Sully est bullioniste. Il raconte avec complaisance comment il réussit à faire saisir une somme de 48.000 écus (144.000 livres) que l'on transportait hors du royaume ("2) ; il se félicite, en
(1) A moins qu'il ne se décide à acheter à un prix supérieur à son tarif de vente.
(2) Sully, Economies royales, année 1601 ; dans l'édition de l'abbé de l'Ecluse (parue sous le titre de Mémoires), 1767, l. IV, p. 11.
TIIKOHIK DE L ENRICHISSEMKNT DES NATIONS
outre, d'avoir ordonné le surhaussement des monnaies, pour en empêcher la sortie (1).
11 est en même temps agrarien. « Le pastourage et le labourage, dit-il, sont les deux mamelles dont la France est alimentée, ses vraies mines et trésors du Pérou » (2). C'est que, pour attirer les métaux précieux dans le royaume, il compte avant tout sur l'exportation des denrées agricoles. Pourtant il admet aussi l'industrie des draps et des toiles : l'exportation de ces marchandises peut concourir au même but.
Mais, grand ennemi du luxe, il se montre hostile aux industries nouvelles, et notamment à l'industrie de la soie que le roi, sur les conseils de Latïemas, seflbrce d'acclimater en France. Il prévoit, en elYet, qu'elles alimenteront la consommation nationale plus que l'exportation. Si on lui objecte que les objets de luxe devront être tirés des pays étrangers, ce qui produira la fuite du numéraire, il répond que l'on doit s'en passer complètement et que, par de rigoureux Edits somptuaires. l'on en réprimera l'usage (3).
Ce qu'il veut, c'est donc le maintien de l'étal économique actuel. Et il justifie ses tendances conservatrices en disant que c'est là un état voulu par Dieu. La Providence a donné aux diverses nations des aptitudes économiques différentes : « Votre Majesté doit mettre en considération qu'autant qu'il y a de di- 1 vers climats, régions et contrées, autant, semble-t-il, que Dieu les I aye voulu diversement faire abonder en certaines proprietez, ! commodiiez, denrées, matières, arts et mestiers spéciaux et particuliers qui ne sont point communs ou, pour le moins, de telle bonté aux autres lieux, afin que par le trafic de ces choses (dont , les uns ont abondance et les autres disette) la fréquentation, conversation et société humaine soit entretenue entre les nations, Itant éloignées pussent-elles estre les unes des autres » (4). j Nous retrouvons là le principe de la division internationale du
1) Sully, Econ. roy., même édit., t. IV, p. 184.
2) Ihid,, année 1598, petite collect. Guillaumin, p. 96.
3) Ihid., année 1603, petite collect. Guillaumin, p. 101-102. i 4) Ihid., année 1603, petite collect. Guillaumin, p. 100.
228 LlVRi: III. CIIAI'ITHK IV
travail engendrant la solidarité économique entre Etats (1 ). L'auteur se montre logique en se déclarant favorable au développement du commerce extérieur et en faisant preuve d'un certain libéralisme à son égard : il est hostile aux taxes qui peuvent l'entraver (2), il regrette l'établissement de droits d'ancrage et de tonnage sur les vaisseaux étrangers, malgré que les navires français en supportent d'analogues dans les ports d'autres pays (3). Mais il est clair que des Edits somptuaires doivent avoir pour corollaire la prohibition d'importer les marchandises dont l'usage est interdit..
§ 5. — Les Industrialistes.
Nous entendons par industrialistes ceux qui, sans dénigrer l'agriculture (4), voient dans l'exportation des objets ouvrés, et par suite dans le développement de l'industrie manufacturière nationale, le grand moyen de faire affluer l'or et l'argent (5). Nous rangerons dans cette catégorie, les Anglais W. Stafford (xvi* siècle) et Raleigh (xvii" siècle) ; les Italiens Boléro (xvi° siècle), Antonio Serra et de Luca (xvii^ siècle) ; les Français Bodin (6) (xvi" siècle), Laffemas, INIontchrétien (xv!!*^ siècle), etc.
(1) C'est la seconde fois que nous rencontrons ce principe chez un mercantiliste. Mais, à la différence de Bodin, Sully est logique avec lui-même. I
(2) Sully, op. cit., année 1603, cdit. abbé de l'Ecluse, 1767, t. V, l p. 61.
(3) Ibid., année 1603, édit. de l'Ecluse, 1767, t. V, p. 50.
(4) V. l'éloge que Montchrétien fait de l'agriculture dans son Traicté j de VEcon. polit., liv. I (édit. Funck-Brentano, p. 41-42). |
(î>) Montchrétien, op. cit., liv. 1 (édit. Funck-Brentano, p. 99) : « Ne | plus ni moins que tous animaux qui ont sang ont creur, tous pays qui | ont richesse ont industrie. L'industrie y tenant tel lieu doit être donc leur pi-emier vivant et leur dernier mourant. »
(6) Bodin dans sa Bépublique se montre partisan de la politique mercantiliste ; mais il ne déclare pas nettement que son but soit de faire abonder l'or et l'argent ; il se sert du terme vague de profit. Voici le
passage: « Desquelles (denrées, sel, vin, blé) le sage prince ne
doit permettre la traite, que son peuple n'en soit fourni et soulagé, et les finances accreues ; ce qu'on ne peut faire sans hausser l'imposition foraine Il est donc expédient de hausser pareillement l'imposition foraine à l'estranger des choses desquelles il ne se peut passer et, par ce moyen, accroislre les finances et soulager les sujets. Et quant
THÉORIE DE l'eNRICHISSEMENT DES NATIONS 229
C'est Antonio Serra (et son ouvrage est important à ce titre) qui le premier a montré avec netteté la supériorité de l'industrie sur l'ag-riculture pour faire abonder l'or et l'argent dans un pays dépourvu de mines (1). C'est que la production agricole est limitée : l'intensité de la culture ne peut dépasser un certain point (c'est à peu près la loi du rendement proporlionnellenienl décroissant en agriculture dont les successeurs d'Adam Smith ont tiré un si grand parti) ; le sort de la récolte dépend de hasards météorologiques'contre lesquels le cultivateur ne peut rien ; l'agriculteur ne peut pas vendre ses denrées comme il veut et quand il veut, car elles se détériorent, il ne peut donc pas les garder indéfiniment. Il n'en est pas de même dans l'industrie : le manufacturier peut accroître à volonté sa fabrication ; ses bénéfices sont illimités ; il peut restreindre ses risques ; il peut régler aisément l'écoulement de ses marchandises, car elles se conservent. Bref, l'homme est tout-puissant dans l'industrie qui est sa création, mais non dans l'agriculture qui exige la collaboration de la nature ; il peut augmenter à sa guise l'excédent de la production industrielle sur la consommation, mais non l'excédent de la production agricole ; il possède deux mines artificielles de métaux précieux, l'industrie et l'agriculture, la fécondité de la première est dans sa dépendance, mais non la fécondité de la seconde (2).
Serra est anti-bullioniste (il engagea sur ce point une polémique avec son compatriote de Santis). Il n'est pas certain qu'il
aux matières qu'on apporte des pays étrangers, il est besoin de rabaisser l'inipost et le hausser aux ouvrages de main et ne permettre qu'il en soit apporté de pays estranger, ny souffrir qu'on emporte des denrées crues comme fer, cuivre, acier, lame, fil, soye crue et autres matières semblables, afin que le subject gaigne le profit de l'ouvrage et le prince l'imposition foraine » [Les six livres de la République, liv. VI, clî. II, édit. 1577, p. 632).
(1) Il y a chez le même auteur une ébauche de la théorie de la Balance du commerce ; mais c'est l'industrialisme qui domine dans son ouvrage.
(2) Antonio Serra, Brève trattato délie cause che possono far abbondare li regni d'oro e d'argenio dove non sono minière, 1613, I, ch. ii et suiv., dans Scritlori class. ital. d'Econ. polit.. Parte antica, t. I, p. 21 et suiv.
soit protectionniste (1). S'il ne l'est pas, il y a là une exception rare, car la plupart des mercantilistes industrialistes, sinon tous, défendent celte législation économique faite de prohibitions, de tarifs douaniers protecteurs, de privilèges et déréglementations intérieures dont nous avons tracé plus haut le tableau (il en est ainsi de tous ceux que nous avons cités sauf Serra).
C'est principalement chez les écrivains appartenant à cette variété du mercantilisme qu'émerge la théorie suivant laquelle une nation, par le développement et le groupement des forces productives, doit se suffire à elle-même. A ce point de vue, Montchrétien surtout est à retenir. Le panégyrique traditionnel de l'or et de l'argent se retrouve dans son ouvrage ; mais, somme toute, il n'y tient que peu de place Par contre, l'on rencontre fréquemment des déclarations de ce genre : « Qui peut faire soy-mesme doit-il faire par aulruy ? Est-ce un bon mesnager qui met la main à la bourse pour achepter ce qu'il peut cueillir de son propre fonds ; qui, pour faire valloir la terre d'autruy laisse la sienne en friche ; qui, ayant des bras, ne les peut trouver pour travailler et s'en rapporte à son voisin ? » (2). — « En admettre et recevoir^d'élrangère (il s'agit de quincaillerie) c'est oster la vie à plusieurs millions de vos subjects dont cette industrie est l'héritage et ce travail le fonds de leur revenu » (3). « Chacun doit faire valoir sa propre terre ; chaque pays doit nourrir et entretenir ses hommes » (4). « Le royaume qui peut soy-mesme fournir à ses propres nécessitez est toujours plus riche, plus fort, plus redoutable » (5). A l'appui des mesures protectrices qu'i sollicite en faveur de la métallurgie, il fait
(1) Il demande seulement, en termes vagues, l'intervention de l'Etat en faveur des industries qu'il est possible d'acclimater dans le royaume de Naples et déclare qu'il n'exposera son système de politique que si son chef le lui commande (V. op. cit., III, ch. vi et suiv., dans Scritt. class. it. d'Econ. polit., Parte Antica, t. I. p. 161 et suiv.).
(2) Montchrétien, Traicté de VEcon. polit., liv. I, édit. Funck-Brentano, p. 50,
(3) Montchrétien, op. cit., liv. I, édit. Funck-Brentano, p. 51.
(4) Ihid., p. 113.
(5) Ibid., liv. II, p. 131.
THKORIE DE L ENRICHISSEMENT DES NATIONS
valoir l'intérêt militaire ; il importe à la sécurité de l'Etat que le roi ne dépende pas de l'industrie étrangère pour l'armement de ses troupes (1). Il y a donc dans Montchrctien l'ébauche des doctrines de List. L'auteur insiste pour que le travail national soit réservé aux nationaux ; Ja mise en valeur des ressources du pays leur appartient, suivant lui, de droit naturel ; l'étranger qui vient trafitjuer ou travailler dans le pays (à moins qu'il n'apporte une industrie nouvelle) est un usurpateur (2).
§ 6. — Les commercialistes ou l'école de la Balance du commerce.
Le principe essentiel de celte école est le suivant. Pour que l'or et l'argent affluent, il faut que l'établissement du compte global des transactions intervenues entre l'Etat et les nations étrangères fasse apparaître un excédent des créances sur les dettes, et notamment de la valeur totale des exportations sur celle des importations. Il faut que la Balance du commerce soit favorable, c'est-à-dire se liquide par un solde créditeur. Si cette condition se trouve réalisée, les métaux précieux arriveront nécessairement ; et ils ne peuvent arriver qu'à cette condition ; les procédés bullionistes sont inefficaces quand la Balance du commerce est défavorable, et inutiles dans le cas contraire. Ce système est donc hostile au bullionisme.
Il diffère également du mercantilisme industrialiste par ses visées et par sa politique relativement plus libérale. 1° Il s'agit avant tout de vendre plus que l'on achète , il n'est pas nécessaire de ne pas acheter du tout ; cela n'est même pas possible. Pour
(1) Ibid., liv. I, p. 58.
(2) Ibid., liv. I, p. 65 et 73. — Montchrélien parle de « la superbe naturelle et l'oi^gueil qu'ils (les étrangers) prennent de s'engraisser de notre maigresse et de nous voir, à faute de profit que, comme harpies, ils nous ravissent de la main, si tristes, si hâves, si rompus et délabrez ». Ce sont, dit-il encoi'e, « des sangsues qui s'attachent à ce grand corps, tirent son meilleur sang et s'en gorgent, puis quittent la peau et se dépriment. Ce sont des poux affamez qui en sucçent le suc et s'en nourrissent jusques au crever, mais qu'ils quitteraient s'ils estoit mort » (liv. 11, p. 152 et 161-162).
vendre il faut acheter ; l'on tâchera que les achats portent principalement sur des matières premières que le pays ne produit pas; ce sera là une affaire d'habileté diplomatique, mais il ne faut pas que l'accès du territoire soit complètement fermé aux marchandises étrangères ; des concessions sont nécessaires, le mécanisme douanier doit présenter une^ certaine souplesse ; 2° spécialement dans les relations avec un Etat donné, il se peut que la Balance du commerce soit défavorable et que pourtant le trafic avec ce pays soit très avantageux; il en sera ainsi si les marchandises importées sont destinées à être réexportées, et revendues avec bénéfices à d'autres nations ; il convient donc de ne pas observer les mêmes règles de conduite avec tous les Etats ; 3° comme l'essentiel est de vendre plus qu'on n'achète, le commerce extérieur a plus d'importance encore que l'industrie ; celle-ci n'est intéressante qu'en tant qu'elle alimente le commerce d'exportation ; or, la prospérité des manufactures nationales lui est sans doute de la plus grande utilité ; elle ne lui est cependant pas rigoureusement indispensable ; la Hollande en est une preuve éclatante. L'industrie n'est pas le but, elle n'est que le moyen. Elle est dans la dépendance du commerce et non le commerce dans sa dépendance. Par suite, le protectionnisme industriel et le système réglementaire ne se présentent plus avec le même caractère de nécessité. Ce sont des pièces accessoires. Des représentants notables de l'école en parlent à peine ou même en critiquent certaines parties. Par contre, les Actes de navigation, protecteurs de la marine marchande nationale, sont hautement loués.
La théorie de la Balance du commerce a été surtout propagée par les écrivains anglais. C'est une fille du haut négoce, née à une époque où l'Angleterre commençait à disputer le premier rang à la Hollande dans le commerce international. Elle trouva son expression théorique la plus parfaite chez Mun, riche marchand trafiquant avec l'étranger ; elle fut renouvelée par Child, armateur adonné lui aussi au commerce d'exportation, et par Cantillon, grand banquier d'origine irlandaise établi à Paris et possédant sept maisons dans les principaux pays d'Europe.
THKORIE DK LENRICHISSEMENT DES NATIONS 233
A) ^fun. — L'idée générale qui domine le livre de M un est que dans un pays le mouvement d'enlrée et^de sortie du numéraire dépend de l'état de la Balance du commerce. C'est là une loi irréfragable « a necessity beyond ail résistance », dont les résultats ne peuvent être modifiés, ni par les pratiques des cambistes, ni par les transports de numéraire etîeclués par les marchands pour commercer au dehors (1), et contre laquelle sont impuissantes toutes les mesures bullionistes. Sur vingt et un chapitres que contient l'ouvrage, onze (2) sont consacrés à la réfutation des diverses doctrines du buUionisme ; le cadre de ce Précis ne nous permet pas de nous arrêter à cette partie critique. Nous analyserons seulement les développements que l'auteurconsacre aux deux questions positives suivantes : 1° comment établir la Balance du commerce ; quels articles doivent figui'er à l'actif et au passif du compte ? 2° par quels moyens obtenir que la Balance du commerce soit favorable et amène des rentrées d'or et d'argent ?
1° Comment calculer la Balance du commerce? En premier lieu, doivent figurer à l'actif les exportations, et au passif les importations. Les registres des douanes nous permettent de nous documenter sur ce point. Cependant ils n'indiquent que les quantités importées ou exportées. Il faut évaluer ces quantités. Pour les marchandises exportées l'on ajoutera au coût de production, si elles naviguent sous pavillon national, 25 0/0 représentant le fret, le prix de l'assurance et le profit du commerçant, car ce sont là autant de créances au profit des nationaux ; si elles naviguent sous pavillon étranger, le protit du commerçant seulement, car les autres sommes seront payées à des étrangers. — S'il s'agit de marchandises importées, l'on prendra comme base le prix de vente dans le pays importateur dont on déduira 25 0/0, et le montant des droits de douane et d'accise, si elles ont été amenées par des vaisseaux de la marine nationale, et seulement les droits de douane et d'accise, quand
(1) Mun, England's Treasure hy forraign Trade, ch. ii et cli. xxt.
(2) Chapitres iv-xiv.
elles ont été introduites par des navires étrangers. En outre, il faudra tenir compte des fraudes (il arrive souvent que des marchandises de grande valeur ne soient pas déclarées à l'entrée), et des pertes qui surviennent au cours de la navigation (la valeur de ces dernières devra, suivant les cas, être déduite du total des exportations ou ajoutée au montant des importations). Dans le compte devront, en outre, figurer, au passif, le montant des dépenses faites au dehors par le Souverain pour soutenir une guerre étrangère, les présents faits aux ambassadeurs ou à d'autres étrangers, les gains réalisés dans le pays par des étrangers ; à l'actif, les dépenses faites dans le pays par des étrangers, les gains réalisés à l'étranger par des nationaux. Mun dit même qu'il faut tenir compte (au passif) des sommes tirées du pays et emportées au- dehors par les prêtres et les jésuites ; mais il ajoute qu'elles sont probablement compensées (à l'actif) par les dépenses faites par certaines puissances étrangères pour entretenir en Angleterre une police secrète et des espions (1). L'on voit donc que par Balance du commerce Mun entend, en^'réalité, la Balance générale des comptes, des créances et des dettes de toute nature. En cela, sa doctrine échappe à une partie des critiques que Bastiat et d'autres ont adressées à la théorie. Il est inexact de dire, comme le fait par exemple M. Leroy-Beaulieu, que « les anciens auteurs ne considéraient, [comme sources de dettes et de créances d'une nation vis-à-vis d'une autre, que le commerce international, à savoir les importations qui constituaient des dettes, et les exportations qui constituaient des créances » (2).
2° Par quels moyens obtenir une balance du commerce favorable? Mun indique surtout les suivants : développer la production des denrées et matières premières qu'il appelle la richesse naturelle (3), mais plus encore ;[des objets manufacturés qu'il
(1) Mun, op. cit., ch. xx.
(2) Leroy-Beaulieu, Traité théorique et pratique d'Economie politique, 2« édit., 1896, t. IV, p. 175.
(3) Mun, Engla.nd's Treasure, ch. m. L'auteur conseille à l'Angleterre de s'adonner moins exclusivement à l'industrie du drap et un peu plus à l'agriculture ; il est dangereux, en effet, pour un Etat d'être dans
THEORIE DE L ENRICHISSEMENT DES NATIONS
appelle la richesse artificielle ; s'abstenir d'un luxe exagéré ; n'exporter que le superflu des matièrespremières nationales ; consommer le moins possible de marchandises étrangères ; développer la marine marchande; développer l'industrie de la pêche qui fournit des matelots et un excellent fret de sortie à la marine marchande ; faire du pays comme l'entrepôt, le centre du trafic international de l'Europe (1). L'auteur fait-il appel à l'intervention du Souverain pour réaliser ces desiderata ? Il condamne les prohibitions d'importer certaines marchandises ; il demande que les navires etles marchands étrangers soient librement admis (2); il demande, en outre, que l'exportation des marchandises fabriquées dans le pays soit permise à tout individu et exemptée de toutes taxes alors même que ces marchandises auraient été confectionnées avec des matières premières étrangères (3). D'autre part, il ne repousse pas les droits de douane ; mais les conçoit-il avec un caractère purement fiscal ou comme un instrument de protection ? Il déclare qu'ils doivent être modérés sur les marchandises importées pour être ensuite réexportées (4) ; on peut en induire que le tarif doit frapper plus lourdement les marchandises destinées à la consommation ; ces taxes différentielles impliquent que le système douanier n'est pas un simple appareil fiscal, mais qu'il a la prétention d'être un régulateur économique. « La consommation des marchandises étrangères dans le royaume, ajoute-t-il, peut être plus lourdement grevée [que la consommation des marchandises nationales] ; cela tournera au profit du royaume dans la Balance du commerce et par ce moyen permettra au roi d'économiser un trésor plus considérable sur ses revenus annuels » (5). Il s'agit, semble-t-il, d'impôts de conta dépendance de l'étranger pour son approvisionnement en denrées alimentaires ; en cas de guerre les vivres peuvent lui être coupés. L'auteur craint du mercantilisme ce que certains craignent aujourd'hui du libre-échangisme. V.ch. xix.
(1) Sur tous ces points, v, ch. m, xv, xix.
(2) Ch. XV.
(3) Ch. III.
(4) Ch. III.
(5) Ch. III, § 11, édit. Macmillan, 1895, p. 16.
236 LIVHK m. — CHAIMTHF. IV
sommation et non de droits d'entrée ; mais, ici encore, il y a des traces de protectionnisme. Ce sont, d'ailleurs, les seules ; sur tous les autres points (tarifs douaniers protecteurs, prohibitions d'exporter les matières premières, Edits somptuaires, encouragements au moyen de primes, de subventions et de privilèges, réglementations), l'auteur garde le silence.
Mun est partisan d'un taux élevé de l'intérêt : c'est là pour lui un signe et une cause de prospérité commerciale : « Le commerce et l'intérêt, dit-il, s'élèvent et tombent ensemble, riscand fall together » (1).
Ajoutons enfin que ses idées sur l'impôt dérivent, en partie, de sa théorie de la Balance du commerce. L'impôt idéal est celui qui frappant tous les citoyens sans distinction et voté par les représentants de la nation se répercute principalement sur les riches : car il oblige ces derniers dont les revenus se trouvent réduits à travailler pour vivre, à s'adonner à l'industrie ou au commerce, à concourir à l'enrichissement de l'Etat,
Sur le produit de l'impôt, le Souverain doit prélever annuellement certaines sommes pour se constituer un trésor de guerre. Et même dans les petits Etats, riches mais politiquement et militairement faibles et entourés de voisins redoutables, ce trésor doit être considérable et, pour le constituer, le gouvernement doit recourir à des contributions extraordinaires levées en temps de paix, car en cas de guerre les ressources feraient défaut. 11 en est autrement pour les grands Etats qui, disposant d'abondantes réserves de vivres et de munitions, peuvent facilement prendre l'offensive, sont difticilement envahissables et ont des alliés puissants : chez ces derniers, il suffit au prince de se constituer un trésor au moyen des recettes ordinaires. 11 doit alors observer les deux règles suivantes : en premier lieu,
(1) V. ch. XV. — L'auteur démontre, en outre, l'utilité du prêt à intérêt. D'une part, le prêt à intérêt est utile à ceux qui ne peuvent faire valoir eux-mêmes leurs capitaux, aux veuves, orphelins, vieillards, etc. ; d'autre part, il est comme le correctif de l'inégalité des richesses ; grâce à lui, l'argent va aux mains de ceux qui sont pauvres, mais qui ont pour eux la jeunesse, l'habileté, en un mot l'aptitude à lui donner son maximum de productivité.
THÉORIE DE l'enrichissement DES NATIONS 237
le montanl du prélèvement ne doit pas être supérieur au montant du solde créditeur de la Balance du commerce, ou sinon le prince appauvrirait son royaume ; en outre, ce solde créditeur no doit môme pas être affecté en entier au trésor de guerre ; le prince doit en consacrer une partie à des œuvres d'utilité générale telles que l'augmentation de l'outillage militaire, l'établissement de greniers à blé pour le cas de disette, la création d'une Banque d'Etat (1).
B) Child (2). — Nous étudierons chez cet auteur les deux mêmes questions que chez Mun.
1° Comment connaître Fétat de la Balance du commerce (3) ? — Child expose la méthode de Mun ; sans la condamner, il déclare que l'application en est très difficile, qu'avec ce mode d'estimation les erreurs sont à peu près inévitables. On ne peut donc s'en contenter. 11 en indique d'autres ; on peut se baser sur le cours du change, mais c'est là encore un moyen insuffisant, car le cours du change n'est établi qu'avec un petit nombre de places ; en outre, il peut être affecté par des causes accidentelles, complètement étrangères au mouvement du commerce extérieur, la guerre par exemple. On a encore proposé, dit l'auteur, de rechercher si la quantité de monnaie et de lingots d'or ou d'argent existant dans le pays augmente ou diminue ; mais il est impossible de dresser cette statistique avec exactitude. Le meilleur moyen, à son avis, de savoir si la Balance du commerce est favorable ou défavorable consiste à voir si la marine marchande croît ou décroît : « Car, dit-il, si notre navigation et le nombre de nos vaisseaux marchands diminuent, quelque profit particulier que nos négocians puissent faire, la nation perd indubitablement ; et, au contraire, si notre navigation et le nombre de nos vaisseaux augmentent, quelque minces que soient les profits des particuliers, c'est une preuve infaillible que l'Etat en général gagne » (4). L'auteur se contente de cette affirmation ;
• (1) Cil. XVI xviii.
(2) D'après la traduction française de Vincent de Gournay, Traités sur le commerce, etc., 1735.
(.3) Traités sur le commerce, p. 211 et suiv.
(4) Op. cit., p. 126.
238 LIVRE m. CHAPITRE IV
il est difficile de savoir par quelles raisons il entend la justifier, car l'on conçoit que le fret payé à des étrangers soit inférieur aux gains réalisés par les exportateurs nationaux et inversement. A coup sûr, cette méthode ne réalise pas un progrès sur celle de Mun.
2° Par quels moyens obtenir une balance du commerce favorable? — Clîild est anti-buUioniste ; en outre, il s'attaque aux corporations, il demande l'abolition de certaines institutions essentielles à ce régime (1) : limitation du nombre des apprentis, restrictions rendant difficile l'accès à la maîtrise, interdiction de cumuler deux métiers, défense d'entrer dans une communauté si l'on n'est bourgeois du lieu. 11 est en outre hostile à la réglementation de la fabrication (2) : encore la maintient-il pour certaines étoffes des.tinées à l'exportation « dont le roi et le Parlement jugeraient à propos d'établir des dépôts ou magasins», et qui [devraient être marquées de sceaux publics attestant leur qualité (3). Enfin, il combat les mesures destinées à protéger le travail national contre l'immigration étrangère ; il veut que la naturalisation soit largement octroyée, même aux Juifs (4).
Mais à cela se borne le libéralisme de Child. De la politique mercantiliste, il approuve toutes les autres parties : droits d'entrée protecteurs ou môme prohibitions d'importer certaines marchandises ; prohibitions de la sortie de certaines matières premières telles que la laine ; pacte colonial ; Acte de navigation (il n'avait pas encore été rendu à l'époque où Mun écrivait) ; privilèges et autres « encouragements extraordinaires » à cer-
[i) Ibid., p. 33-34; p. 206-207, et, sous la rubrique Augmenter les mains dans le commerce, p. 234.
(2) Ibid., p. 205 et suiv. « Je soutiens formellement, dit-il, qu'aucun ou très peu de nos règlements actuellement en vigueur, quoique le recueil que nous en avons soit déjà très gros, ne tend pas plus au progrès de nos manufactures qu'aucun écrit que j'aye vu sortir de dessous la presse. Tout le monde sait que le droit attribué aux aulneurs est tout à fait indifférent à la qualité et à la perfection de la marchandise ; qu'il lui est plutôt à charge et préjudiciable... »
(3) Ibid., p. 208.
(4) La question de la naturalisation des Juifs était alors à l'ordre du jour en Angleterre (Ibid.. p. d96 et suiv.).
THKOKIK DE LKMUCIIISSK.MKNT DKS NATIONS 239
laines industries ou à certaines branches du commerce ; impôts somptuaires. Il demande seulement que, dans les relations internationales, cette politique soit appliquée avec une habile courtoisie ; il ne faut pas irriter l'élranger qui fermerait l'accès de ses marchés (1). Notamment, « si nous voulons engager les autres nations à commercer avec nous, il faut que nous recevions d'elles les fruits et denrées de leur pays, tout comme nous leur envoyons les nôtres » (2). Pour un mercantiliste, c'est là une concession de peu d'importance. D'ailleurs, si la douceur ne réussit pas, on usera de violence ; on recourra même à la force des armes. Nous devons, dit-il, nous constituer une puissante marine de guerre « tant pour nous défendre que pour attaquer, toutes les fois que l'honneur de la nation l'exigera et que l'on nous en aura donné une juste occasion. Par là, nous acquerrons une réputation de sagesse, et nous nous ferons respecter des autres nations ; nous serons conséquemment en état de les oblige?' à nous admettre à commercer non seulement librement avec elles, mais avec les conditions les plus favorables pour nous, et à nous traiter partout comme une nation que l'on considère » (3). L'âme anglaise se montre ici à nu ; l'on ne peut s'empêcher d'admirer la claire intuition que l'auteur eut de l'avenir de son pays.
Mais, chez notre auteur, la politique protectionniste n'occupe pas la première place ; elle cède le pas à un autre procédé : l'abaissement artificiel, par voie législative, du taux de l'intérêt. C'est là, dit-il, « le grand, l'unique moyen, VUnuni Ma-
il) Child, op. cit. (Iraduct. fr.), p. 23o et suiv. Ces mesures sont proposées sous les deux rubriques suivantes : augmenter notre fonds capital dans le commerce ; faire en sorte qu'il soit de l'intérêt des autres nations de commercer avec nous. — Sur l'Acte de navigation, v. p. 161 et suiv.: « C'est, dit-il, une des plus prudentes et des plus excellentes lois qui ayent jamais été faites en Angleterre, et sans elle nous ne serions jamais parvenus à avoir la moitié des vaisseaux, du commerce, de la navigation et des matelots que nous possédons à présent. » Il voudrait même qu'il fût encore renforcé dans certaines de ses parties,
(2) Ibid., p. 242.
(3) Ibid., p. 239-240.
çjniim » (1). Plus que tout autre, il est propre à rendre favorable la Balance du commerce. C'est principalement à un faible taux de l'intérêt que la Hollande doit sa prodigieuse prospérité (2), et l'Angleterre n'aura rien fait tant qu'elle ne sera pas arrivée à obtenir le même résultat chez elle. Avec un faible taux de l'intérêt les autres mesures sont utiles ; avec un taux élevé, elles sont insuffisantes.
L'abaissement du taux de l'intérêt amène la hausse de la valeur des terres, des fermages et rentes foncières, et donne l'essor au commerce extérieur; car alors agriculteurs et négociants empruntent à bon compte les capitaux nécessaires au développement de leurs entreprises ; et, d'autre part, comme les placements à intérêts fixes ne procurent que de maigres revenus force est aux capitalistes de chercher pour leur argent des emplois plus rémunérateurs dans les entreprises agricoles ou commerciales ; le commerçant est obligé de rester plus longtemps à la tête de sa maison avant de pouvoir se retirer ; et ses enfants, ne pouvant vivre en oisifs de la fortune acquise par lui, doivent reprendre l'établissement ; élevés dans le commerce, ils y apportent plus de connaissances ; l'œuvre du père ne disparaît pas avec lui. — L'abaissement du taux de l'intérêt multiplie, en outre, les artisans et « les ouvriers domestiques », fournit du travail aux pauvres, produit un accroissement de la population: ces heureux résultats sont les conséquences du développement du commerce et de l'agriculture ; la prospérité de l'industrie dépend surtout de la prospérité du commerce. Enfin, suivant l'auteur, l'abaissement du taux de l'intérêt porte une nation à l'économie ; c'est une sorte de loi somptuaire ; comme il faut plus d'argent pour vivre en rentier, l'on épargne davantage (3).
(1) IbicL, p. 239. — Child reprend ici une idée déjà émise par Culpeper. Ces deux auteurs rencontrèrent un contradicteur en la personne de Manley, une polémique s'engagea entre eux trois.
(2) IbicL, p. 39.
(3) Ibid., p. 82 et suiv. — On retrouve la même théorie dans un Mémoire français lu au Conseil du roi et rapporté dans Forbonnais, Recherches et consicl. (édit. Liège, 17b8, t. V, p. 154 et suiv.). L'auteur de ce Mémoire demande la réduction du taux de l'intérêt et, à l'appui
THÉORIE DE L ENRICHISSEMENT DES NATIONS 241
C'est celte théorie de la réduction du taux de Tinlérét qui constitue l'originalité de Child (1). L'auteur a prévu l'objection décisive que l'on peut faire à son système. L'abaissement du taux de l'intérêt est la conséquence et non la cause de la prospérité économique d'un pays : dès lors, la loi sera impuissante à produire ce résultat ; s'il suffisait d'une loi réduisant le taux de l'intérêt pour qu'un Etat soit riche, tous les Etats le seraient à peu de frais. A cet argument, l'auteur se contente de faire celte réponse manifestement insuffisante : « Je conviendrai que beaucoup de richesses occasionneront, dans quelque royaume que ce soit, une diminution d'intérêt ; cela n'empêche cependant pas que la fixation de l'intérêt par une loi à un bas prix
ne puisse être une cause de richesse Il n'est point absurde de
dire que la même chose peut être en même temps cause dans certaines circonstances et effet dans d'autres.. Une personne respectable a dit en dernier lieu en Parlement à l'occasion de cette même question : l'œuf est la cause de la poule et la poule est la cause de l'œuf » (2). Child prétend, en outre (car chez lui les raisons de fait accompagnent toujours les arguments théoriques), que certains pays comme l'Italie, la Hollande, l'Angleterre elle-même, d'abord pauvres, se sont enrichis à la suite de lois semblables (3).
de cette proposition, invoque une partie des arguments exposés par Cliild.
(1) Cliild demande encore [op. cit., p. 178 et suiv.) que la clause à ordre soit permise dans les billets contenant une reconnaissance de dette, comme elle l'est déjà dans les lettres de change ; le billet à ordre devrait même être obligatoire pour tout achat à crédit d'une valeur supérieure à 10 £. Il demande aussi la réforme de l'assistance publique ; il expose en détail un plan qu'il a imaginé (V. op. cit., p. 127 et suiv.).
(2) Op. cit., p. 105-106.
(3) L'auteur a prévu quelques autres objections de moindre importance. Les prêteurs ne retireront-ils pas leur argent ? Non, s'ils ne trouvent pas un placement meilleur ; en outre, le mal ne serait pas grand, car le débiteur est toujours l'esclave du prêteur. La valeur des terres et, en général, les prix des choses ne hausseront-ils pas? Et dès lors comment vivront les pauvres ? Ils trouveront plus d'emplois, gagneront plus d'argent. Le roi trouvera-t-il à emprunter au taux nouveau ? Oui,
Le système de Child n'obtint qu'un succès médiocre dans la littérature mercantiliste. Locke prit la plume pour le combattre (1) ; il fut également rejeté par Cantillon, par Petly, par Steuart, etc. En général, les mercanlilistes considèrent un faible taux de l'intérêt comme bienfaisant ; mais il-s ne croient pas qu'on puisse réaliser cet idéal par une loi (2). ^
C) Cantillon. — Bien que mercantiliste, Canlillon est un précurseur des Pliysiocrales ; il donne de la Balance du commerce une formule qui fait présager l'avènement d'un système économique où l'agriculture occupera la première ph e.
Recherchant les facteurs qui concourent à la pi !iction d'une richesse échangeable, il en trouve deux qui se combinent en proportions variables : une certaine quantité de terre (celle ci fournit la matière première), et une certaine quantité de travail (3)' Pour que le commerce extérieur soit avantageux à la nation, i faut que les objets importés contiennent le plus possible et les objets exportés le moins possible de « produits de terre » (4). A
si la réduction n'est pas excessive, il en profitera comme les autres. Les veuves et orphelins dont les fonds sont placés à intérêts n'en soufîriront-ils pas ? L'intérêt général doit l'emporter sur les intérêts particuliers.
(1) Voici quelle est l'opinion de Locke. Le taux de l'intérêt ne peut être réglé par une loi ; la loi sera impuissante. Si d'ailleurs elle réussissait à abaisser le taux de l'intérêt, elle ne produirait que de funestes conséquences (notamment la fuite du numéraire); un faible taux de l'intérêt n'est bienfaisant que s'il est l'effet du consentement universel. L'auteur admet cependant que la loi peut, en prenant pour base le taux courant, fixer un taux d'intérêt légal ou judiciaire, et décréter un taux maximum pour protéger les emprunteurs contre les extorsions des usuriers (V. Considérations on Ihe Conséquences of the loweving of Interest, passim).
(2) Le système de Child fut cependant accepté par l'anti-mercantiliste anglais Barbon [Discourse on trade, ch. v, p. 78 et suiv.) et parle français Clicquot-Blervache, négociant à Reims, grand ennemi des corporations, des privilèges et des règlements. V. Dissertation sur les effets que produit le taux de l intérêt, 1755. — Cette dissertation fut couronnée en 1755, par 1" Académie d'Amiens.
(3) Cantillon, Essai sur la nature du comni. en général, i'" partie,! ch. I, édit. 1755, p. 1-2. De là dérive sa théorie de la « valeur intrinsèque » (ou coût de production) ; Ibid., 1'"'' partie, ch. x, p. 33 et suiv.
(4) Ibid., I, ch. XV, p. 111 ; III, ch, i, p. 297 et suiv. — Le commerce
THEORIE DE L ENRICHISSEMENT DES NATIONS
celui qui veut se renseigner sur l'étal de la Balance du commerce il est donc nécessaire de décomposer les objets importés ou exportés en « produits de terre » et quantités de travail ; et la balance sera favorable si elle fait apparaître un excédent de « produits de terre » à l'importation.
C'est que plus de « produits de terre » entretient plus d'individus. Lhomme vit de la matière et non de l'elïort dépensé pour la transformer ; à quantité égale de matière, plus de travail procure une vie plus raffinée, mais non plus de subsistances : quatorze années de travail incorporé à une livre de lin, pour en faire des dentelles, ne serviront qu'à la satisfaction momentanée de la fantaisie d'une seule personne (1).
Or, une population nombreuse est une cause de force et de prospérité. Ce surplus de population, entretenu par les produits de terre de l'étranger et occupé à des ouvrages où il entre beaucoup de travail par rapport à la matière, produit plus de valeurs qu'il n'en consomme (2) ; l'étranger qui achète ces objets ne pourra acquitter sa dette exclusivement en produits de terre ; il devra payer la différence en or et en argent, et nous savons que
avec Fétranger est avantageux dans les liypothèses suivantes : 1° c lors qu'un Etat échange un petit produit de terre contre un plus grand... » ; 2° •< lorsque l'Etat échange son travail contre le produit de terre de l'étranger » ; 3" « lorsqu'un Etat échange son produit conjointement avec son travail contre un plus grand produit de l'étranger conjointement avec un travail égal ou plus grand. . . » 4° il est encore avantageux lorsque l'on exporte les denrées agricoles surabondantes, à la condition essentielle que les retours s'effectuent en or et en argent et non en objets manufacturés. Le commerce est funeste lorsque l'Etat échange des produits de terre contre du travail, lorsque, par exemple, pour payer 150 livres de dentelles importées de Bruxelles et représentant le produit d'un quart d'arpent de terres de Brabant, il faut exporter en vins de Champagne le produit de 4.170 arpents et demi de terres françaises « sans compter le produit de deux mille arpents de prairies et de terres pour avoir le foin et l'avoine que consomment les chevaux de transport >>.
i) Ibicl., 1, ch. XV, p, 86 et suiv.
2) Sur ce point il y a un désaccord complet entre Cantillon et les Physiocrates.
LlVHi: m. — • CHAPITRK IV
ces métaux sont, par excellence, « le corps de réserve » des Etats (1).
Celte argumentation subtile n'apporte à la théorie de la Balance du commerce qu'une modilication' de forme, et non une transformation quant au fond, car elle aboutit toujours à la même conclusion : importer le moins posàible et exporter le plus possible de produits manufacturés.
Cependant, il est deux particularités qu'il importe de noter chez cet auteur. 1° Les mercantilistes, d'ordinaire, considèrent surtout la population comme une cause de richesse ; Cantillon la considère à la fois comme une cause et comme un effet, mais surtout (ainsi que le feront après lui les Physiocrates), comme un effet de l'état économique du pays, du développement des subsistances (2). 2° La plupart des mercantilistes présentent l'abondance d'or et d'argent comme étant l'effet — l'effet souhaité — d'une Balance du commerce favorable ; ce phénomène est, lui aussi, présenté par Cantillon à la fois comme un effet et comme une cause. Il est le résultat (et nous savons comment) d'une Balance du commerce favorable ; mais, d'autre part, il contribue, tant qui! dure, à rendre cette balance plus favorable encore, car il produit la hausse des prix : la nation qui possède plus de métaux précieux que ses voisines vend relativement cher et achète relativement à bon marché. Donc, ou bien elle échange des quantités de travail contre d'autres quantités de travail plus grandes : alors elle vit mieux, avec plus de bien-être ou de luxe, mais sans s'appauvrir ; ou bien elle échange un petit produit de terre contre un autre plus grand : alors, nous l'avons vu, elle s'enrichit et se fortifie réellement (3). Seulement, cet état de choses ne peut se maintenir éternellement ; c'est un point que nous retrouverons en parlant de la dynamique mercantiliste de Cantillon.
(1) Ihid., I, ch. XVI, p. 11.3 et suiv.
(2) Ihid., l, ch. XV : « Les hommes se multiplient comme des souris dans une grange, s'ils ont le moïen de subsister sans limitation... » (p. 110).
(3) Ihid., III, ch. I, p. 298 et p. 307 ; II, ch. viii, p. 240.
TIIKORIE DE l'enrichissement DES NATIONS 245
Il n'entrait pas dans le plan de l'auteur d'exposer la politique économique qui découle de sa théorie. Il parle seulement, en termes vagues, de « discréditer les manufactures étrangères (1) », d'encourager les manufactures nationales el l'exportation d'objets manufacturés (2) ; de plus, il approuve nettement l'une des clauses de l'Acte de navigation (3). Ajoutons qu'il est anti-buUioniste (4) et qu'il rejette également la réduction artificielle du taux de l'intérêt (5).
La formule que Cantillon a donnée de la Balance du commerce se retrouve chez le caméraliste autrichien Sonnenfels. Celui-ci distingue entre la « Balance numérique » et la « Balance des profits». La première est favorable si elle se liquide par un solde créditeur en argent ; la seconde, s'il résulte de son examen que le commerce extérieur fait vivre, par l'industrie, un grand nombre d'hommes (6). Comme dans la doctrine de Cantillon, il faut donc rechercher la nature des objets importés ou exportés ; seulement, au lieu que Cantillon demande un excédent d'importation de « produits de terre », Sonnenfels veut un excédent d'exportations de quantités de travail. Il y a donc chez ces deux auteurs identité de principes.
L'on pourrait croire, au premier abord, que la formule de Sonnenfels nous achemine vers la conception moderne de la Balance du commerce ; en réalité, il n'en est rien. Sonnenfels demeure mercantiliste comme Cantillon. Pour éclairer sa pensée, il prend l'exemple suivant. Que l'Autriche importe du Portugal pour 2 millions 1/2 de diamants et y envoie pour 2 millions de toiles, elle aura contre elle la Balance numérique, mais elle aura en sa faveur la Balance des profits : la production de toiles valant 2 millions occupe plus d'individus que la production de diamants valant 2 millions 1/2. Mais il faut remarquer que,
(1) Ibid., I, ch. XVI. p. 120-121.
(2) Ibid., III, ch. I, p. 309.
(3) Ibid., m, ch. I, p. 319-320.
(4) Ibid., III, ch. ni, p. 353-354.
(5) Ibid., II, ch. X, p. 292 et suiv.
(6) Sonnenfels, Politischen Abhandlungen, II, p. 329 et suiv.
dans cette hypothèse, TAutriche reçoit 2 millions 1/2 et donne seulement 1/2 million de « choses durables » ; les diamants, dans la doctrine mercanliliste, sont toujours assimilés aux métaux précieux (1).
En outre, quand l'auteur indique les divers degrés de profils qu'un pays relire de son commerce extérieur, il place au premier rang, comme étant la plus favorable, Thypothèse dans laquelle la nation exporte des produits manufacturés contre de l'argent comptant. Viennent ensuite, par ordre décroissant, l'exportation de produits manufacturés contre des matières premières ; — l'exportation de produits manufacturés contre d'autres produits manufacturés ; — l'exportation de matières premières contre d'autres matières premières ; — et en dernier lieu l'exportation de matières premières contre des produits manufacturés.
Enfin, Sonnenfels dit très nettement dans certains passages que le gain de l'importateur constitue une perle pour le pays auquel il vend ses marchandises ; qu'une nation gagne toujours à exporter et perd toujours à importer des produits manufacturés (2). Chez Sonnenfels comme chez Cantillon, il n'y a de changement que dans la formule, non dans le fond des idées. Chez d'autres auteurs, nous Talions voir, le système s'écarta plus fortement du principe primitif.
Parmi les diverses variétés du mercantilisme, la théorie anglaise de la Balance du commerce est, à coup sûr, celle qui obtient le plus grand succès et fournit la plus abondante littérature. Aux noms déjà cités nous pouvons ajouter ceux de Tem-;
(1) La pensée de Sonnenfels nous paraît être uniquement que le chiffre de la balance peut être parfois trompeur parce qu'il est toujours évalué en monnaie, alors qu'il y a des choses précieuses autres que l'or et l'argent dont il est avantageux d'avoir un excédent à l'importation parce qu'elles jouent le même rôle économique que ces métaux.
(2) Sonnenfels déclare également qu'un pays ne peut pas avoir la prétention de tout produire ; qu'il doit, dans le choix des industries auxquelles il veut s'adonner, tenir compte des talents spéciaux de ses habitants, des matières premières que son sol lui offre ; mais une telle affirmation n'a rien de contraire au mercantilisme et n'indique qu'un mercantilisme éclairé.
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pie, Fortrey, Coke, Pollexfen, Locke, etc., au xvir siècle ; King, Cîee, etc., au xvni". Au xviii'= siècle, cette doctrine fut importée sur le continent en France, en Italie, en Espagne, en Allemagne ; nous la retrouvons presque à l'état pur dans Necker (1), et c'est sous cette forme que le mercantilisme a survécu. Mais avec le temps et au contact d'autres principes il s'altéra.
Nous allons étudier rapidement les diverses dégradations qu'il subit au cours des xvu" et xviii« siècles, avant son rajeunissement au xix^ par l'Ecole de l'Economie politique nationale.
(1) Necker, Administration des Finances, t. II, ch. m (édit. 1784, p. 116 et suiv.), et t. III, ch. x (édit. 1784, p. 77 et suiv.).