‹ Précis de l'histoire des doctrines économiques, dans leurs rapports avec les faits et avec les institutionsChapitre 46 sur 59 · LE SYSTÈME DE LAW · texte numérisé non relu

LE SYSTÈME DE LAW

les procédés d'agiolage dont on a depuis ta ni de l'ois usé et abusé. Les opérations g'igantesques de la Compagnie nécessi- I aient laccroissemenl de son capital. Les émissions succédaient aux émissions ; il y en eut sept de 1717 à 1720 ; 624. 000 actions furent créées ; 200.000 étaient en circulation. Pour les lancer, il avait fallu exciter l'imagination et les nerfs des capitalistes. Avant tout, il fallait leur créer un marché actif; un moyen aujourd'hui bien connu consiste pour la Compagnie à vendre et acheter elle-même ses actions. C'est tout d'abord à ce procédé que Law recourut. En mai 1719, les actions de la Compagnie d'Occident, dont le taux nominal était de 500 livres, n'en valaient que 300. La^v achète '200 de ces titres au pair, payables dans six mois, et verse immédiatement, comme couverture, la somme de 40.000 livres. Six mois après, en novembre 1719, le cours atteignait 10 à 12.000 livres. Law réalisa un bénéfice de près de deux millions.

, LaAV imagina, en outre, les actions privilégiées. Lors de la seconde émission, pour être admis à souscrire, il fallut être détenteur de quatre actions anciennes que. pour cette raison, l'on appela des mères ; lors de la troisième émission, il fallut, pour pouvoir souscrire aux petites- filles, justifier de la possession de quatre mères et d'une fille. Les spéculateurs, éblouis par le mirage grandiose d'opérations toujours plus vastes se jetaient avec avidité sur ces actions privilégiées, souches d'actions nouvelles dont on espérait une plus-value énorme.

Chaque émission, à partir de la seconde, se faisait très audessus du pair, parce que le cours des actions antérieures était très supérieur à leur valeur nominale; mais Law prit le soin de IVaclionner le paiement du prix d'achat. Pour souscrire une action de 500 livres, par exemple, il suffisait d'un capital initial de 5.000 livres ; le reste n'était payable qu'à des échéances successives. Le spéculateur à la hausse pouvait donc, avec une somme relativement faible, se livrer à une vaste opération, souscrire un grand nombre d'actions qu'il se proposait de revendre avec bénéfices, avant même d'avoir eu à compléter ses versements.

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Enfin Law recourut à un procédé plus condamnable que ceux qui précèdent, à celui qui consiste à promettre ou à distribuer des dividendes fictifs. Le 20 juillet 1719, lors de l'émission des petites-filles, il s'engagea à payer deux fois par an, à partir de janvier 1720, deux dividendes de 6 0/0 du taux nominal des actions. Or, l'état des affaires de la Compagnie était loin de permettre ce dividende de 12 0/0. Mais Law escomptait l'avenir. A l'assemblée de décembre 1719, il fit décider la distribution, pour 1720, de 200 livres par action, soit 40 0/0 du taux nominal. Ce dividende était fictif pour moitié au moins ; pourtant il représentait à peine 2 0/0 du cours des actions sur le marché ! C'est dire que les manœuvres de Law réussirent au delà de toute espérance; les scènes les plus extraordinaires se produisirent soit rue Vivienne oi^i était établi le siège de la Banque, soit rue Quincampoix où s'était installée la Bourse des actions (1). La fureur de l'agiotage fut telle que les actions atteignirent 18.000 livres le 6 janvier 1 720.

§ 5. — Guerre à l'or et à l'argent.

Entre temps, Law avait entrepris une lutte sans merci contre les rivaux de son papier, l'or et l'argent ; cette guerre commença en 1718. Elle revêtit deux formes. Un premier mode d'attaque consistait à attribuer une force libératoire plus grande aux billets qu'à la monnaie métallique ; tantôt le roi augmentait le cours légal des billets : il déclarait, par exemple, qu'une dette de 110 livres tournois pouvait être payée avec un billet de 100 livres ; tantôt il diminuait la force libératoire de la monnaie sans réduire celle du billet ; un billet de 100 livres pouvait par exemple être échangé aux guichets de la Banque contre 16 écus en argent ; mais, par suite d'une diminution imposée à l'écu, il arrivait que, pour acquitter une dette de 100 livres il fallait 20 écus alors qu'un seul billet de 100 livres suffisait. C'était un moyen de faire refluer les espèces vers la Banque et de défendre l'encaisse contre les attaques de porteurs de billets. Le second système consistait

(l) Levasseur, lirrh. Iiislor. sur le Sijst. de Lan:, p. 120 et suiv. et p. ^'^Q et suiv.

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