LE SYSTEME DE I.AW
à restreindre le cours légal des espèces à une certaine somme alors que le billet avait un cours légal illimité. Law fit même deux tentatives pour enlever toute force libératoire à la monnaie d'or.
Pour être à même de mieux diriger cette guerre, Law se fit nommer, en 1720, contrôleur général. Il institua alors une véritable Terreur monétaire, il no recula point devant les mesures les plus violentes et les plus attentatoires à la liberté des citoyens. Ce fut un échec complet : l'or et l'argent l'emportèrent sur lui.
§ 6. — La chute du système.
Tel fut le système. Il échoua. Deux causes déterminèrent sa chute : 1° l'exagération du cours des actions qui était absolument hors de proportion avec les bénéfices de la Compagnie ; 2" l'exagération de l'émission des billets qui était absolument hors de proportion avec l'encaisse métallique de la Banque ; la circulation dépassa trois milliards et, pour faire face à ce passif à vue, la Banque disposait de 21 millions en espèces, 28 millions en lingots, 240 millions d'effets en portefeuille, au total 289 millions (1), soit une proportion inférieure à 1/10. Billets et actions se déprécièrent ; un arrêt du 21 mai 1720 réduisit, par suite, la valeur légale qui leur avait été assignée : ce fut le signal de la débâcle. La panique fut aussi irraisonnée que la spéculation avait été extravagante. Des milliers de personnes se pressaient dans la rue Vivienne, dès deux heures du matin, se ruant à l'assaut des guichets de la Banque. Une nuit, quinze personnes furent étouffées dans la cohue ; leurs (cadavres furent promenés dans les rues ; trois d'entre eux furent portés sous les fenêtres du Régent. Le peuple conçut une haine violente contre le Régent et contre Law, car les ouvriers étaient payés en billets que la Banque ne remboursait pas et que personne ne voulait accepter. Une émeute éclata ; Law faillit être tué en se rendant au Palais- Royal où logeait le Régent ; il dut y rester enfermé pendant dix jours. En vain il essaya de résister en édictant des mesures,
(1) Cliiffres constatés le 29 mai 1720, lors de la vérification faite par deux intendants de finances accompagnés du prévôt des marchands.