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GHILDES ET CORPS DE METIERS

qu'autant qu*il y avait une place vacante , que l'on prouvait sa connaissance du métier, et que Ton payait au seigneur, à la corporation ou au roi , un droit qui était déterminé par les usages. Presque dans chaque métier, des règlements minutieux Axaient le mode de fabrication des produits , et non-seulement le maître devait veiller à ce que ses ouvriers ne s'écartassent point des conditions prescrites par les statuts, mais on nommait des prud'hommes ou gardes du métier qui étaient chargés de veiller à l'exécution des règlements. Ces gardes avaient le droit de faire des visites dans les ateliers, et s'ils surprenaient quelques dérogations aux statuts, ils pouvaient saisir les objets fabriqués et citer le maître devant le juge pour le faire condamner à Tamende. Chaque corporation était renfermée par ses statuts dans un certain ordre de fabrication , et ne pouvait empiéter sur les attributions d un corps de métier différent. De là de nombreux procès entre des corps de métiers exerçant des professions qui présentaient entre elles quelque analogie (0.

Les corps de métiers organisés d'une façon si étroite devaient mettre obstacle d'une manière presque absolue aux progrès de l'industrie . Et pourtant quand on se reporte au temps où cette organisation prit naissance, on comprend qu'elle a été une conséquence des conditions sociales du moyen âge, et que, au point de vue politique aussi bien qu'au point de vue économique, elle a eu sa raison d'être. Les corporations, en réunissant les gens qui exerçaient les mêmes professions , leur permettaient de se défendre avec plus de succès contre les seigneurs féodaux et leurs ofBciers , et ceux-ci devaient traiter une association nombreuse avec plus de ménagements que des individus isolés. De plus, au moyen âge, les transports étaient difficiles et les débouchés restreints , l'artisan ne travaillait que pour un marché étroit et qui n'était guère susceptible d'extension. Les besoins de la consommation étaient peu variables et, lorsque dans une localité le nombre des producteurs était en équilibre avec le nombre et les besoins des consommateurs, il s'établissait un ordre de choses presque immobile et le nombre des mé-

^1) Levasseur, Histoire des classes ouvrières en France, t. I, p. 263. G. 20

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tiers, celui des compagnons et des afifranchis, et la façon même de fabriquer étaient définitivement arrêtés W. Enfin , comme le nombre des maîtrises était limité, les statuts étaient rédigés de manière à assurer la loyauté de la concurrence entre ceux qui exerçaient le même métier. Ainsi le règlement de mainte corporation défendait à ses membres d'appeler de loin les chalands, de les détourner de la boutique du voisin et de leur faire des offres de services au moment où ils étaient en marché avec un autre.

Pour le commerce, les x* et xi® siècles furent des époques de stagnation et d'inertie, mais à partir du xii' siècle, l'émancipation des communes et surtout les croisades imprimèrent une impulsion toute nouvelle. Les croisades surtout eurent une grande influence. Elles établirent des relations entre des peuples qui étaient étrangers Tun à l'autre, ouvrirent des routes jusque-là fermées et eurent pour conséquence Tenvoi en Orient, chaque année, de flottes qui rapportaient des marchandises distribuées ensuite dans toute la France et les pays étrangers. L'Italie que traversaient les croisés et qui leur fournissait les moyens de transport, s'enrichissait de ce peissage et voyait se développer la prospérité croissante de ses grandes cités, Gênes, Pise, Venise, etc.

Les marchés et les foires avaient au moyen âge une grande importance, parce qu'ils étaient des lieux de réunion dans lesquels se faisaient les approvisionnements de villes et même de régions entières. Dans un temps où les transports étaient difflciles, où les routes n'étaient pas toujours très sûres, les marchands avaient imaginé de se réunir ainsi à certaines époques fixes dans des lieux déterminés , où ils trouvaient une grande réunion de marchandises et où ils étaient placés sous une protection efficace. Les grandes foires, au xnf siècle, étaient celle du Lendit [forum iiidictum) qui se tenait dans une grande place au nord de Paris, entre la Chapelle et Saint-Denis, les foires de Champagne et dans le midi celle de Beaucaire i^). Des

(1) De MoUnari, U évolution économique au xjx^ siècle, p. 206.

(2) Voir Pigeonneau, Histoire du commerce de la Froncent. I, p. 20:).

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