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PRESTIGE DE LA ROYAUTÉ

Les rois capétiens ont de plus un caractère religieux et sont surtout les protecteurs de TÉglise qu'ils s'engagent spécialement à défendre le jour de leur sacre. En échange de cette protection 5 la royauté était toute-puissante sur les terres d'Église et en tirait ses principales ressources. Non-seulement les rois capétiens font des évêques et des abbés leurs conseils et leurs auxiliaires habituels, mais s'ils ont besoin d'argent ils en empruntent aux évêques ou aux ordres religieux; s'ils ont besoin de soldats, ils requièrent les milices des évêchés, des abbayes et des paroisses. La plupart des biens des Églises étaient dus aux libéralités des rois des deux premières races et se trouvaient naturellement placés sous l'autorité des Capétiens. Cette étroite alliance de la société ecclésiastique avec la royauté doit être comptée au nombre des principales causes qui concoururent à fortifier la royauté et à la rendre assez puissante pour faire valoir ses droits vis-à-vis des hauts barons féodaux (0.

Enfin, comme pour augmenter encore le prestige de la royauté, ajoutons que les légistes qui furent les conseillers souvent écoutés des rois de France et leurs auxiliaires les plus utiles dans la lutte contre les seigneurs, trouvèrent dans les études et les souvenirs du droit romain de nouveaux motifs pour concevoir une haute idée du pouvoir royal. Ils virent dans le roi le continuateur de ce princeps souvent cité dans les textes des jurisconsultes qui, ayant réuni sur sa tête toutes les fonctions publiques, était investi de pouvoirs absolus et pouvait, par sa seule volonté, faire et modifier la loi. Aussi furent-ils conduits à transporter dans le droit français le principe des Institutes (2), quod principi plactiit, legis habet vigorem, qu'ils traduisirent en ces termes énergiques : Si veut le roi, si veut la loi. Boutillier dans la Somme rural W, exprime la même idée en disant : « Les nobles rois de France sont empereurs en leur royaume et faiseurs et conditeurs en la loi. Si sachez que le roi de France peut généralement faire tout autant que à droit impérial appar-

(1) Luchaire, Histoire des inslitulions monarchiques de la France, liv. IV, ch. II.

(2) § 6, De jure nat.

(3) Somme rural; II» partie, tit. i.

lient. » Ainsi s'appuyanl sur les légistes et sur les bourgeois des communes, fortifié par le progrès des mœurs devenues plus douces et une sécurité qui, en grandissant, enlevait à la féodalité sa raison d'être, le pouvoir royal, assimilé à celui des empereurs romains , devait finir par être absolu et sans contrepoids comme celui de ces empereurs Tavait été dans le passé.

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