MESURES PRISES CONTRE LES PROTESTANTS. S
dans un délai fixé. A partir de ce moment, les décimes étant devenues ordinaires, od créa des receveurs des décimes en titre d'office^ et des tribunaux spéciaux, appelés Chambres ecclésiastiques ou Bureaux des décimes et composés de [membres du clergé, furent chargés de juger les contestations relatives au paiement des décimes.
Les décimes étant employées au paiement des rentes sur la ville de Paris et ne tombant pas dans le trésor public , les rois se firent plusieurs fois céder, par les assemblées du clergé, des subventions extraordinaires appelées dons gratuits, pour montrer qu'il s'agissait non d'une imposition régulière, mais d'une offre gracieuse consentie par le clergé. Les dons gratuits furent sollicités et accordés dans un grand nombre de circonstances; ainsi en 1652 pour le sacre de Louis XIV, en 1660 pour son mariage, et ils finirent même par être réclamés aux assemblées du clergé de cinq en cinq ans.
B. — Mesures prises par les rois de France contre les protestants.
En même temps que la royauté soutenait contre le pape les libertés de l'Église gallicane , elle défendait la pureté de la foi catholique contre les protestants par une série de mesures empreintes de la plus grande rigueur U). Dans ce double rôle que remplissait la monarchie, la contradiction n'est qu'apparente. Dans les deux cas, en effet, les rois de France cherchaient à assurer la prépondérance de leur pouvoir politique qui leur paraissait compromis aussi bien par l'extension de la puissance ecclésiastique que par l'adoption d'une foi nouvelle et, s'ils redoutaient les divisions religieuses, c'est qu'ils craignaient
(1) Les rois de France, au moment de leur sacre, faisaient le serment d'exterminer les hérétiques. Voici la formule qu'ils prononçaient à ce moment entre les mains du clergé :
Hœc populo christiano et mihi subdito in Christi promitto nomine : de terra mea ac juridictione mihi subdiCa universos hereticos ab ecclesia denolatos pro viribus bona fide exterminare studebo.
Ce serment a été prêté jusqu'à la fin du dernier siècle, par le roi Louis XVI, en 1775.
qu'à la longue elles ne portassent atteinte à cette unité politique qu'ils avaient obtenue au prix de si longs edorts.
Nous n'entrerons pas dans le détail des ordonnances nombreuses qui , au cours des guerres de religion et suivant les vicissitudes de la lutte , tantôt prononcèrent des mesures rigoureuses contre les calvinistes, tantôt au contraire se montrèrent favorables à la religion réformée. La déclaration de Saint- Germain de janvier 1561 défendait, aux calvinistes de tenir des prêches dans les villes et de fo?tier des synodes ou consistoires, sans autorisation des offlciers du roi (*). Cette déclaration fut révoquée par redit de Saint-Maur de 1568, suivi bientôt, en août 1570, d'un édit de pacification accordant aux protestants le libre exercice de leur culte et le droit d'entretenir des troupes pour leur sûreté dans certaines places ou forteresses. On sait combien peu cet édit fut observé. 11 ne devait malheureusement pas empêcher, deux ans après , les terribles massacres de la Saint- Barthélémy. Une déclaration de 1585 enjoignit à tous les sujets du roi de pratiquer la religion cathoUque.
Édit de Nantes. — Cette triste période des guerres de religion aboutit enfin à l'édit de Naiîtes d'avril 1598 (2) qui devait fixer pour près d'un siècle la condition des protestants. L'édit de Nantes, sans établir une assimilation absolue entre prolestants et catholiques, accordait néanmoins aux partisans de la religion réformée de nombreux avantages. Ils avaient le libre exercice de leur culte , et devenaient admissibles à toutes dignités et offices. Une chamb^e dite Chambre de l'édit était créée dans les Parlements, composée moitié de protestants, moitié de catholiques , pour juger les causes débattues entre des personnes de religion différente. D'autre part, les protestants ne pouvaient jpratiquer leur culte dans Paris et ses environs. Ainsi Henri IV devançant son temps proclamait pour la première fois le principe de la tolérance religieuse et assurait aux protestants pour près d un siècle de paix et de sécurité. Voici comment il s'exprimait dans le préambule de l'édit : « Maintenant
(1) Isambert, t. XV, p. 170.
(2)lBambert, t. XyiII, p. 23.