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LA GAULE APRES LES INVASIONS DES BARBARES

I>epui8 la oliute de l'empire d'Oooident jiisau.*à la féodalité. (V« au X« siècle).

Les Germains avant les invasions.

Avant de nous occuper de la société qui s'établit en Gaule à la suite des invasions germaniques, indiquons brièvement l'état dans lequel se trouvaient les Germains avant la période des invasions. Nous n*avons guère sur ce point qu'à rappeler les usages des Aryens primitifs que nous avons déjà signalés dans notre partie générale. Le document auquel il faut recourir pour connaître les anciens Germains, est surtout, comme on sait, le traité De moribus germanorum de Tacite', et, s'il est possible que Tacite se soit moins préoccupé d'être exact que de faire la critique des mœurs romaines en les opposant aux mœurs germaniques, néanmoins il est permis de penser, à raison des relations fréquentes des Romains avec la Germanie, que le tableau qui nous est présenté par cet auteur est fidèlement tracé , et que les traits généraux en sont sensiblement exacts.

Organisation politique. — La Germanie était composée d'un grand nombre de peuplades ayant à leur tête des chefs auxquels on donnait le nom de rois. Ces rois étaient élus et choisis dans la classe aristocratique parmi les membres de la tribu les plus distingués par la naissance, ce qui n'empêchait pas les Germains en temps de guerre de choisir les généraux plutôt d'après leur valeur que d'aprè$ leur origine : « Reges ex nobilitate, duces ex virtute sumuntW. »

Les affaires de la tribu les moins importantes étaient abandonnées aux chefs, les plus graves résolues par la tribu tout

(1) Tacite, De moribus germanorum, § 7.

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entière. D'après Tacite, les Germains se rendaient les armes à la main à ces assemblées dans lesquelles Montesquieu a voulu voir l'origine du régime parlementaire. Ils manifestaient leur désapprobation par des murmures, et leur assentiment en agitant leurs framées W.

A côté de la tribu existait d'ailleurs ce qu'on peut appeler le régime du patronage militaire. Dans les peuplades guerrières, les jeunes gens, dès qu'ils étaient en état de porter les armes, se réunissaient autour d'un chef et il n'y avait aucune honte à se trouver sous une semblable dépendance. Une sorte d'émulatioa s'établissait entre le chef et les soldats à qui se distinguerait le plus par son courage. On appelait arimanie le groupe de soldats réunis sous un même chef. Il existait dans ce groupe des rapports de confraternité, mais aussi de dépendance; le chef devait protection à ses hommes et ceux-ci en retour devaient obéissance et combattaient pour la gloire du chef: principes pro Victoria pugiiant, comités pro principe (2). C'était une sorte de féodalité, mais sans la possession de la terre et la hiérarchie des propriétés. Trois siècles après Tacite, le régime de la tribu pastorale et agricole qui dominait de son temps fut presque partout remplacé par celui du patronage militaire.

La justice pour les crimes les plus graves était rendue par l'assemblée du peuple. Pour les affaires les moins importantes, on choisissait dans cette assemblée des chefs qui rendaient la justice, assistés d'un certain nombre d'assesseurs qui devaient les aider de leurs conseils et les appuyer de leur autorité. « Eliguntur in iisdem coyiciliis principes qui jura per pagos vicosque reddunt. Centeni singulis ex plèbe comités consilium simul et auctoritas adsunt (3). »

Droit de famille. — Chez les Germains le mariage était monogame à l'époque de Tacite, mais les grands et les riches pouvaient pratiquer la polygamie : Singulis uxoribus contenti sunt, exceptis admodum paucis qui non libidine sed ob nobilitatem

(1) Tacite, Demoribus gennanorum, § ii.

(2)I6id„§§13etl4.

(3) Ibid,, § 42. — Comparer César, De bello Gallico, VI, 23 : « Principes regionum atque pagorum inter suos jus dicunt controversias que minuunt. »

LA FAMILLE CHEZ LES pSRMAINS. 83

plurimis niiptiisambiunturW. La femme est d'ailleurs en tutelle perpétuelle : pendant le mariage, elle est placée sous la puissance de son mari; devenue veuve elle Test sous celle des parents du mari et ne peut se remarier qu avec leur consentement. La femme n'apporte aucune dot au mari , c'est le mari qui dote la femme. Il y a là, comme nous l'avons remarqué plus haut, un reste de l'achat qui est le mode originaire de mariage chez un grand nombre de peuples. Les objets donnés à titre de dot sont plutôt destinés à l'utilité qu'à l'agrément, ce sont des bœufs, un cheval et un bouclier (2). Tacite donne à ces objets un sens symbolique , et y voit un moyen d'avertir la femme qu'elle doit partager les fatigues et les dangers de son époux.

Les enfants ainsi que la femme étaient placés sous le mundium du mari, terme qui correspond à la fois à l'idée de puissance paternelle et à celle de protection. Le mundium était sans doute, à l'origine, un pouvoir analogue à celui qui, chez les Romains, s'appelait la patria potestas, mais qui, avec le temps devint moins rigoureux, et consista surtout dans un droit de garde et de protection (3).

Au-dessous du chef de famille se trouvaient des esclaves , des affranchis et des clients, à peu près de la même manière que dans la famille romaine. Les esclaves, au dire de Tacite W, jouissaient d'une certaine indépendance. Chacun avait son habitation particulière, ses pénates, et ne devait rien au maître au delà d'un certain tribut en blé, en bestiaux, en vêtements. Il élait rare qu'on les frappât ou qu'on les condamnât aux fers, mais on les tuait souvent, moins pour les châtier que par emportement et par colère. Les affranchis n'avaient pas une condition fiociale bien supérieure à celle de l'esclave, ils avaient peu d'influence dans la famille , aucune dans la cité.

Des successions. — Les Germains, comme nous l'avons vu, ne connaissaient pas le testament. Quant à la succession ab intestat^ elle se réglait de la manière suivante : les enfants succédaient à

(1) Tacite, § i8.

(2) Tacite, § 48,m/Sntf.

(3) Laferrière, Histoire du droit , t. III, p. 53.

(4) Tacite, §25.

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leur père, et, à défaut d'enfants, la succession se transmettait & ceux qui étaient au plus proche degré de parenté, aux frères, aux oncles paternels et aux oncles maternels : « Si liberi non sunt, proximus gradus in possessimie, fratres, patrui, aounculiW. Il semble pourtant qu'il y ait eu encore chez les Germains, aTépoque de Tacite, des vestiges de la parenté maternelle. Les neveux maternels, d'après le grand historien , sont aussi chers à leur oncle qu'à leur père. Quelques-uns regardent même ce degré de parenté comme plus saint et plus étroit, et quand ils reçoivent des otages , ils préfèrent aux fils les enfants d'une sœur comme si ces neveux tenaient au cœur par de plus fortes attaches, à la famille par des liens plus nombreux.

De la propriété. — La propriété chez les Germains n'était pas encore devenue individuelle, les champs étaient occupés en commun, et chaque année on procédait dans la communauté de village, appelée dans le langage germanique la mark, à un lotissement et à une distribution des lots en tenant compte de la condition des copartageantsW. Les Germains faisaient d'ailleurs comme les peuples qui peuvent cultiver à leur gré sur de vastes surfaces, tantôt une portion, tantôt une autre. Ils ne défrichaient qu'une partie du sol et changeaient chaque année la portion à cultiver. Cette culture était toute superficielle, ils ne cherchaient ni à arroser leurs champs, ni à enclore leurs prairies, et il leur suffisait d'obtenir de quoi pourvoir à leur subsistance (3).

Du droit pénal. — Quant aux crimes et délits , les Germains pratiquaient le système des compensations que nous avons vu

(1) Tacite, §20.

(2) Tacite, § 26. — « Agri pro numéro cuUorum ab universis in vices occupantur, quos mox inter se secundum dignationem partiunlur.... Arva per annos mutant et superest ager. » D'après Topinion dominante, ce passage de Tacite prouve que les Germains pratiquaient la propriété collective. Cette opinion vient d'être contestée par M. Fustel de Codanges, dans ses Becherehes sur quelques problèmes d'histoire, p. 263. — Gaes., vi, § 22; iv, 1, 3.

(3) César, qui avait été sans doute fort étonné de ce communisme si opposé aux mœurs romaines, invoque, pour Texpliquer, plusieurs considérations ingénieuses : « Ces institutions ont été imaginées afin que les Germains, par reiïet des habitudes sédentaires , ne perdent pas le goût de la guerre pour prendre celui de Tagriculture; pour qu'ils ne s'efforcent pas d'étendre

LES GERMAINS COLONS PB L'eMPIRE. 87

être en vigueur chez tous les peuples aaciens. Seulement, comme à Tépoque de Tacite, ils u'étaieat pas encore arrivés à se servir de monnaie comme intermédiaire des échanges, c'est en têtes de bétail que cette compensation était arbitrée. Ainsi Vhomicide pouvait être racheté par un certain nombre de bœufs ou de moutons qui étaient remis à la famille de U victime. Pour les crimes les plus graves et qui ont un caractère public, par exemple pour la trahison et la désertion (^), les coupables étaient pendus aux arbres. Comme on le voit par les indications que nous venons de donner, les Germains, avant l'invasion, présentent tous les caractères des peuples aryens primitifs.

Gomment les Germains sont-ils entrés dans la Gaale?

On a longtemps imaginé que les Germains pénétrèrent en vainqueurs sur le sol gallo-romain , que les chefs barbares s'attribuèrent vis-à-vis des vaincus tous les droits que nous voyons an moyen âge appartenir aux seigneurs et que telle fut l'origine de la féodalité (2). D'autres auteurs (3) ont soutenu au contraire que les Barbares n'entrèrent en Gaule qu'en vertu de traités passés avec les empereurs romains et que , s'ils s'arrogèrent des droits spéciaux vîe-à-vis des habitants de la Gaule, ce fut par une véritable usurpation. Chacune de ces thèses présente cet avantage d'expliquer d'une façon assez simple les origines du régime féodal, mais il est rare que les transformations sociales qui sont ordinairement complexes s'accomplissent avec autant de simplicité , et la vérité paraît être , diaprés les travaux les plus récents , que l'entrée des Germains sur le sol gaulois est due à diverses causes, qu'ils y vinrent sans doute comme

les limites de leurs champs et que les puissants ne ebassent pas les faibles de leurs possessions; pour qu'ils ne oessent pas de s'endurcir contre le froid et le chaud en élevant des habitations construites avec trop de soin , etc. » César allait chercher bien loin les motifs d'un ordre de choses commun à la plupart des peuples anciens, (i) Tacite, §§iSlet2i.

(2) Boulainvilliers, Essais sur la noblesse de France, — Augustin Thierry.

(3) L'abbé Dubos, Établissement de la monarchie française dans les Gaules,

ennemis et en conquérants , mais qu'ils y avaient déjà pénétré à d'autres titres, comme colons, ou laboureurs, et même comme soldats à la solde de l'Ertipire romain.

I. D'abord les Germains entrèrent souvent sur le sol gaulois attirés par la perspective de jouir des avantages que la civilisation romaine, jusqu'à la décadence de l'Empire, assurait à ceux qui vivaient sous son ombre. Quatre grandes voies stratégiques ouvertes par Auguste (*), des travaux d'entretien et d'endiguement exécutés le long des fleuves, des ouvrages publics de toute sorte, avaient, en facilitant les communications, permis de tirer un meilleur parti de la fertilité du sol et rendu la vie à la fois plus facile et plus agréable. Au lieu d'être déchirée par des dissensions intestines comme avant la conquête, la Gaule, pacifiée et défendue par les légions des Césars, présentait des conditions de sécurité inconnues en Germanie. Aussi s'explique-t-on fort bien que les Germains, chassés de leur pays par des guerres incessantes, à l'étroit d'ailleurs sur un sol moins fertile et moins bien cultivé, soient venus offrir leurs bras aux propriétaires de la Gaule et aient été attachés à la culture du sol à titre de colons ou d'adscriptitii. Déjà au temps de Néron, d'après les Annales de Tacite (2), les Ansibarii offrirent de se soumettre à la domination romaine si on leur permettait d'occuper les terres qui étaient vacantes.

II. De plus les Germains furent souvent employés par les généraux de Rome à titre de soldats. Depuis l'Empire, le service militaire avait, comme nous l'avons indiqué, reçu de profondes modifications. Jusque-là c'étaient les citoyens qui pouvaient seuls faire partie de l'armée, et ce système, qui était d'une application facile quand les guerres n'étaient ni trop lointaines ni trop prolongées, avait durant de longs siècles assuré à Rome la prépondérance entre les nations. Mais un tel mode de recrutement ne pouvait suffire quand il fallait faire campagne sur les bords du Rhin ou du Danube, et laisser des légions en permanence le long des frontières pour repousser les incursions incessantes des

(!) Strabon, iv, ch. 3. — Pigeonneau, Histoire du commerce de la France, t. I, ch. II.

(2) Tacite, Annales, xii, §53.

LES GERMAINS SOLDATS DE l'eMPIRE. 89

Barbares. La perspective de passer des années loin de Rome, un certain adoucissement des mœurs qui était le résultat de l'accumulation dans la même ville des richesses du monde entier, écartaient les citoyens valides du service militaire et rendaient nécessaire de pourvoir par d autres moyens à la défense de l'Empire. Aussi les empereurs romains furent-ils souvent amenés à prendre à leur solde des hordes barbares et à opposer aux envahisseurs des hommes de même race qu'eux et de même origine. Les bandes germaniques qui entrèrent au service de Rome y subirent des conditions différentes suivant qu'elles étaient acceptées comme populi fœderati om comme lœti.

Les fœderati ou alliés étaient ceux qui passaient à la solde de Rome en vertu d'un contrat par lequel ils s'engageaient à rendre le service militaire. Ils entraient librement dans l'alliance romaine et par suite ils conservaient leurs chefs, leur organisation, leurs usages. Ils étaient ordinairement rétribués au moyen de Vannona, c'est-à-dire des contributions en nature fournies par les habitants des provinces où ils étaient cantonnés.

C'est pour eux surtout qu'on imagina l'usage de V hospitalitas qui devait jouer un si grand rôle au moment de l'invasion des Barbares. Au lieu d'être installés dans des bâtiments appartenant à l'État, ces Germains, devenus soldats pour le compte de Rome, étaient logés chez les habitants comme hôtes ou hospites et ceux-ci devaient pourvoir à leur entretien (0. Il s'établissait ainsi, entre les propriétaires et ceux qui profitaient de Vhospitaliias^ une sorte de partage de jouissance qui explique comment plus tard les Barbares, notamment les Burgondes et les Wisigoths, purent s'attribuer une portion des biens des contrées qu'ils avaient envahies. Ils procédèrent par imitation des usages qui avaient été observés antérieurement à leur égard, lorsqu'ils étaient reçus dans l'Empire comme fœderati ou auxiliaires.

Les lœti dont le nom indique un rapport de sujétion (du radical germanique leûte) étaient les Barbares qui, après avoir été battus et faits prisonniers, étaient établis par les généraux romains sur les frontières de l'Empire. Là, cantonnés dans des

(1) C. Th., 1. VIII, t. IV, De erogalione militaris annonm, lois 11, 23.

colonies militaires, ils étaient obligés de défendre le territoire romain contre les incursions de Tennemi W. Au lieu d'être rétribués par Vannone comme les fœderati^ les lasti ou lètes devaient vivre des produits du sol qu'ils cultivaient et dont ils avaient reçu la jouissance* Les terres qui leur étaient affectées portaient le nom de terres létiques; ils étaient tenus d'y résider sous peine d'être traités comme déserteurs.

Les lètes vivaient dans une situation assez semblable à celle des colons ; comme eux ils étaient fixés au sol et ne pouvaient l'abandonner, leur condition était héréditaire et transmissible à leurs enfants (2). Ils pouvaient se marier entre eux et eurent même jusqu'en 365 le connubium avec les citoyens romains. A cette époque, ils tombèrent sous le coup d'une constitution de Valentinien et Valons (3) qui défendait le mariage entre Romains et Barbares; mais il paraît que cette constitution ne fut pas longtemps mise en pratique et peut-être même ne fut-elle poiat appliquée aux Francs (*).

Le terme de Imti était spécialement employé pour désigner les Barbares établis dans la Gaule à charge de service militaire. 11 y avait sur d'autres points de l'Empire, dans une condition toute semblable, d'autres Barbares à qui on avait donné le nom de gentiles. Cette expression désignait surtout les Barbares d'origine slave.

Les terres létiques ne furent pas les seules qui furent concédées à charge de service mihtaire. Dans des régions éloignées de l'Empire, où la nécessité de défendre la frontière se faisait sentir, les empereurs imaginèrent de donner des terres à des vétérans, à charge par eux de rendre le service militaire auquel ils s'engageaient par serment. C'est ce que l'on appela les terrœ Hmitcmeœ ou furuli limitrophi (^). L'obligation imposée à ces vétérans passait comme celle dés lètes à leurs enfants

(i] C'était un système semblable à celui des confins militaires de TAutnche. Elysée Reclus, t. III, p. 283.

(2) G. Th., 1. VII, t. XX, lois 10 et 12 et 1. XIII, 1. 1, loi 10.,

(3) Code Th., 1. III , t. xiv. De nupHis gerUilium,

(4) Garsonnet, Histoire des locations perpétuelles , p. 170.

(5) C. Th., 1. VII, t. XV,

LES GERMAINS ENVAHISSEURS DE l'EMPIRE. 91

mâles et les terres faisaient retour, à la mort des ayants-droit, au corps dont ils faisaient partie.

Il ne faudrait pas confondre avec les lètes des Barbares auxquels on donnait le nom de dedùices. Ceux-ci , comme leur nom l'indique, s'étaient rendus à la discrétion du peuple romain et avaient conservé leurs terres ou obtenu des concessions, mais à titre de colons et sans être astreints au service militaire. Us n'avaient donc rien de commun avec les lâgii dont nous venons de parler.

III. Nous venons de voir comment les Barbares entrèrent dans TEmpire romain, non par la violence, mais à titre d'alliés et d auxiliaires ; mais s'il est vrai qu'ils n'y arrivèrent pas seulement en conquérants, on ne saurait, d'autre part, faire abstraction de ces invasions formidables qui bouleversèrent le vieux monde romain et préparèrent la séparation des peuples placés sous le même joug en un grand nombre de nations diverses. Nous n'avons pas ici à faire l'histoire de ces incursions incessantes que, à partir d'Auguste, les empereurs romains furent constamment occupés à repousser. Rappelons seulement cette invasion terrible que causa la poussée des Huns, en l'an i06, et où deux cent mille Germains se répandirent sur la Gaule en ravageant tout sur leur passage.

On comprend que, à la suite de ces violentes secousses et de rinsécurité sociale qui en était la conséquence , les conditions 'l'équilibre de la société gallo-romaine durent se modifier. A mesirre que l'Empire romain s'affaiblissait, on vit reparaître le patronage; les hommes préféraient être soumis à l'autorité dan homme puissant qui pouvait les prendre sous sa protection plutôt que d'être subordonnés à une autorité centrale , niais éloignée, et qui était devenue totalement impuissante.

Nous avons déjà vu le patronage se manifester sous la forme des précaires, des fundorum patrocinia, mais il n'était pas toujours individuel. Poussés par la nécessité de trouver un prolecteur, des bourgs, des villages entiers, se donnaient à un homme, se plaçaient sous sa protection. C'est ce qu'on appelait les patrocinia vicorum. Ainsi , peu à peu , le lien qui obligeait l'individu vis-à-vis de la puissance publique disparaissait

et se trouvait remplacé par une série de liens personnels qui le rattachaient à un chef, à un senior. Les empereurs comprirent bien qu'il y avait là une grave cause de désordre. Celui qui était soumis au patronage avait-il un procès , il recourait à son patron qui venait le défendre en justice ; avait-il à payer Timpôt, il renvoyait également à son patron. En vain considéra-t-on le patronage comme un acte coupable , on frappa d'une amende, on arriva même jusqu'à prononcer la confiscation des biens à la fois contre le patron et contre le client {*î. Rien n'y fit, aucune rigueur ne pouvait arrêter cette tendance générale qui portait les hommes à se mettre sous la domination d'un autre homme. Au milieu de la désorganisation sociale un courant irrésistible poussait les individus à se soustraire au régime de l'État et d'un pouvoir public central pour s'acheminer vers la féodalité.

Quelle était à la fin de l'Empire cT Occident la situation de la Gaule?

Lorsque les diverses causes que nous venons d'énumérer eurent agi pendant des siècles et que les Barbares eurent à divers titres pénétré sur le sol romain , nous voyons que vers la fin du v"* siècle, à la chute de l'Empire d'Occident, la Gaule était occupée par certains peuples barbares répartis de la manière suivante : les Wisigoths au sud de la Loire, les Burgondes sur les rives du Rhône, les Francs au nord, sur les bords du Rhin et de l'Escaut.

Les Wisigoths après avoir, vers l'an 410, pénétré jusqu'à Rome même, obtinrent de l'empereur Honorius, en l'an 419, la permission de se fixer au sud de la Loire et d'occuper la plus grande partie de l'Aquitaine. Les rois wisigoths demeurèrent à Toulouse, d'où ils débordèrent sur l'Espagne où ils finirent par être rejetés par les victoires des rois Francs. Leur histoire fait donc partie plutôt de celle de la péninsule ibérique que de la France.

[\) Code Théod., Depatrociniis vicorum, 1. XI, tit. xxiv, loi 5.

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