DE LA FAMILLE
frappés de l'uniformité que nous présentent leurs mœurs et leurs coutumes, et nous voyons que les uns et les autres ont débuté par l'état patriarcal. Cet état peut se caractériser par les traits suivants : Les hommes vivent groupés en tribus plutôt qu'en nations et le seul lien qui les rattache les uns aux autres est le lien de famille. Le groupe de la famille est soumis à la puissance et à l'autorité du parent mâle le plus âgé. Ce pouvoir pread le nom , chez les Romains de Pot es tas, chez les Grecs de Xtipwç, chez les Germains de Mundium, Le chef de famille a un droit de vie et de mort sur ses enfants, ses esclaves et sa femme. Tout ce qui est acquis par ces personnes lui appartient. A sa mort, ses biens sont partagés entre ses descendants, et, à défaut de descendants, entre les parents mâles qui descendent d'un auteur commun.
Dans l'état patriarcal, l'individu n'a donc aucun droit particuher, pas plus qu'il ne possède des biens personnels. L'unité juridique, au lieu d'être la personne, est le groupe de famille, et c'est au nom de ce groupé que le chef passera les divers actes juridiques qui seront nécessaires. Ce qui est vrai au point de vue civil Test également au point de vue pénal. C'est la famille toute entière qui est responsable des fautes commises par quelqu'un de ses membres, à moins toutefois qu'elle ne se décharge de cette obligation par l'abandon noxal , c'est-à-dire par l'abandon de la personne dont la faute a rejailli sur toute la communauté.
Comment expliquer que les hommes aient vécu pendant bien des siècles sous le régime du patriarcat? Il paraît probable qu'il y a un lien intime entre cet état et l'état pastoral. S'il est vrai que l'humanité a passé par diverses étapes, qu'après avoir vécu longtemps de la chasse ou de la pêche, elle a fini par domestiquer quelques animaux et les amener dans des pâturages, on s'explique que les hommes soient allés, accompagnés de leurs familles, là où ces pâturages étaient plus abondants , et, quand ils devenaient trop nombreux, se soient séparés en groupes distincts. Certains passages de la Genèse (*) peuvent nous don-
(i) Chapitre xni, if, 5.
ner une idée de ce mode d'existence. Ainsi Abraham et Lolh, son neveu, après avoir vécu ensemble, finissent par se séparer, et chacun conduit avec lui sa famille, ses esclaves et ses troupeaux.
Dans les groupes ainsi formés, le pouvoir appartient au chef de famille, parce qu'il est le plus fort et le plus expérimenté. Son autorité ne peut être tenue en échec par personne, et d'ailleurs , ainsi que le remarque ingénieusement Spencer, dans sa Sociologie (0, le patriarche était un directeur d'industrie. Une division du travait s'opérait dans le sein de la collectivité familiale, l'un gardant les troupeaux, l'autre faisant les vêtements, celui-ci confectionnant les tentes, et comme, en l'absence de monnaie, il était difficile d'évaluer les services de chacun, c'était le chef de famille qui répartissait à chacun sa tâche et qui était obligé de pourvoir à l'entretien des divers membres du groupe.
Ce pouvoir du chef, qui était à peu près absolu en droit, était sans doute limité en fait, et dans les cas les plus graves, par des tribunaux domestiques dont l'existence chez les Romains primitifs était certaine, quoiqu'il soit difficile de préciser avec quelque exactitude quelle était l'étendue de leurs attributions (2). Le tribunal de famille se composait des parents, des alliés ou même des amis. Il intervenait dans les événements importants, quand il s'agissait de punir les fautes des enfants ou des femmes, quand on fiançait ou mariait les filles. On s'explique que ce tribunal, dont l'organisation était à Rome plutôt déterminée par les mœurs que par les lois, intervînt utilement pour tempérer le pouvoir absolu qui appartenait au chef de famille.
Les sociétés qui furent fondées à l'état patriarcal eurent des caractères spéciaux qui se rencontrent chez toutes, ce sont le culte de l'ancêtre commun et la subordination étroite des enfants et des femmes vis-à-vis du père. La famille ancienne avait surtout un caractère religieux. Dans chaque famille, lorsque
(1) Traduction Gazelle, t. II, p. 335.
(2) Gide, Condition de la femme, p. J30.