LA FÉODALITÉ EN EUROPE
La féodalité anglaise remonte, comme on le sait, à la conquête des Normands en 1066. Guillaume le Conquérant après s'être emparé de l'Angleterre, fit dresser un état de toutes les terres et propriétés qui s'appela le domesday book. Lorsque ce livre fut achevé, Guillaume réunit les principaux propriétaires et leur fît prêter le serment d'hommage et de fidélité. La féodalité anglaise présentait ce caractèreque toutes les terres y étaient censées données par le roi et tenues de lui : aussi se sert-on aujourd'hui encore en Angleterre pour désigner la propriété de l'expression significative de tenure. La noblesse anglaise n'avait pas d'autres pouvoirs que ceux qu'elle tenait de la générosité royale, et l'on s'explique par là que ses droits fussent moins étendus que dans les autres pays féodaux. Elle n'eut jamais, en effet, le droit de battre monnaie, ni le droit de guerre privée qui appartenait aux seigneurs français. Aussi Buckle, dans son Histoire de la civilisation (*), attribue-t-il à cette condition de la noblesse en Angleterre l'acquisition des libertés publiques ; si elle fut plus rapide dans ce pays que dans tout autre c'est que les nobles , étant moins favorisés que sur le continent européen, se joignirent aux bourgeois et au peuple pour lutter avec eux contre le pouvoir de la royauté.
Revenons à la féodalité française. Nous distinguerons dans l'histoire de cette féodalité deux périodes : l'une dans laquelle le fief est organisé militairement et où les seigneurs sont investis de tous les pouvoirs politiques, et l'autre, postérieure au xm* siècle, dans laquelle, par suite de diverses causes, nous verrons la féodalité perdre insensiblement son caractère militaire pour devenir une institution purement civile. Indiquons tout d'abord quels sont les textes auxquels il faut recourir pour connaître les principes du droit féodal.
(1) Traduction Baillot, t. II, p. 322.