CARACTÈRES DE LA ROYAUTÉ CAPETIENNE
lilé. Ainsi les ducs de Normandie , alors même qu'ils sont rois d'Angleterre et ducs d'Aquitaine, se soumettent à la suzeraineté du roi de France et ne lui adressent leurs réclamations qu'avec les formes les plus respectueuses. La monarchie Capétienne établie au sein d'un société féodale n*a pu subsister qu'à la condition de s'adapter aux mœurs de cette société , aussi les rois sont-ils considérés surtout comme des seigneurs et des suzerains placés au sommet de la hiérarchie féodale. Mais ce caractère ne faisait point disparaître ceux que nous avons déjà indiqués et la vérité est que la royauté Capétienne était une institution complexe reposant sur des conceptions d'origine diverse.
4* La royauté Capétienne a été d'abord élective et n'est devenue vraiment héréditaire qu'à partir de Philippe-Auguste. Déjà sous les derniers Carolingiens les grands du royaume avaient à diverses reprises appelé à la couronne des membres de la famille de Robert le Fort et, quoique à partir de Hugues Capet les rois de France aient transmis le pouvoir à leurs fils , pourtant l'ancien usage ne cessa pas tout d'un coup. Les premiers Capétiens, pour assurer le trône à leurs descendants , associèrent de leur vivant à la couronne leur futur successeur. Le procédé n'était pas nouveau du reste, car déjà les rois mérovingiens l'avaient employé et nous possédons la formule des ordres donnés aux comtes pour venir prêter le serment de fidélité au jeune prince (0. Sans doute il y eut souvent de la part des seigneurs des protestations et même des prises d'armes, mais l'hérédité qui prévalut pour les fiefs finit par être acceptée également pour la royauté.
Il semble aussi que, sous les premiers Capétiens, il soit resté quelques traces du partage égal entre les enfants du roi qui avait été si longtemps appliqué sous les Mérovingiens et les Carohngiens. Le roi Robert II paraît n'avoir associé son fils Henri I" à la couronne qu'après quelques hésitations entre celui-ci et un de ses frères. Pourtant le droit de primogéniture finit par l'emporter et par être définitivement reconnu à partir de Louis le Gros.
(ilMarculf,I,40.
Quelles étaient les institutions des premiers Capétiens?
Le roi était surtout un seigneur féodal et les officiers impériaux des Carolingiens s'étaient transformés en souverains indépendants , aussi l'administration du royaume se réduisait-elle aux domaines qui étaient la propriété directe des rois de France. Toutefois les rois de la troisième race apparaissent entourés, comme leurs prédécesseurs , d'un grand nombre d'officiers qui sont à la fois attachés au service de la personne royale et préposés à telle ou telle partie de l'administration. On distinguait un camerarius ou chambrier gardien du trésor royal, un bouteiller ou buticularius chargé des vignobles du domaine du roi, un sénéchal ou senescallus veillant au service de la table , ayant des attributions militaires et judiciaires, un chancelier ou cancellarius chargé de souscrire les diplômes royaux et de les sceller du sceau royal, etc.
Dans les villes soumises à l'autorité directe des rois l'administration est confiée à des prévôts {prœpositi) qui ont pour mission de recevoir les revenus et en même temps de rendre la justice. Us sont mentionnés pour la première fois sous le règne de Robert II (0. Quelquefois au lieu de prévôts on se sert du terme de baillis pour désigner d'une façon généFale les agents ou représentants de la royauté. Au-dessous d'eux sont des viguiers ou voyers {vicarius ou viarius) qui semblent avoir succédé aux vicarii subordonnés des comtes à l'époque carolingienne.
La royauté Capétienne reposant sur le droit divin présente le même caractère absolu que celle des Mérovingiens et de Charlemagne. Elle n'a pas besoin , pour prendre des décisions, de s'appuyer sur l'assentiment des grands du royaume et des vassaux de la royauté, quoique pourtant en fait les premiers Capétiens ait eu souvent recours à l'assistance et au conseil des seigneurs. La plupart des diplômes de cette époque en gardent la trace par les expressions souvent répétées qu'ils contiennent consensu, voluntate, consilio et assensu, etc. D'ailleurs la composition de ces assemblées, le lieu et l'époque de leurs réunions, rien n'était fixé d'avance. Les grands du royaume
(i) Luchaire, Histoire des institutions monarchiques de la France sous les premiers Capétiens, t. I, p. 85