PROPRIÉTÉS ET PERSONNES DE CONDITION SERVILE
De même que celui qui possédait un fief était par là même gentilhomme et appartenait à la noblesse, de même celui qui résidait sur certaines terres était par là même réduit à la condition servile. C'est ce que nous apprend Beaumanoir W : « Il y a des terres qui sont telles, que si tin homme franc qui n'est pas gentix hons de lignage y va manoir, et il y est résidens un an et un jour, il devient sers au segneur desoz'qui il veut astre résidens.» Dans plusieurs provinces, et notanjment en Bourgogne, ceux qui sont serfs ne le sont qu'à cause de leurs héritages et ils deviennent francs en les abandonnant. En Champagne et dans d'autres provinces, la condition des serfs varie selon la nature des terres des seigneuries dont ils dépendent (-). Aussi appelle-t-on les serfs gens conditionnes à cause des conditions diverses qui leur sont imposées par les seigneurs sur les terres desquels ils habitent (3).
Origines du servage.
Les serfs du moyen âge étaient les descendants de ces serfs de la glèbe , de ces colons ou lides que nous avons vus fixés sur le sol à Tépoque carolingienne; mais leur nombre s'était considérablement accru au x° siècle où il n'y avait plus guère que deux classes de personnes sur le sol de la France , les nobles ou possesseurs de fiefs et la multitude de gens de poeste (du latin potestas, parce qu'ils étaient soumis à la puissance d'un maître) vivant dans des conditions semblables à celles des serfs. Beaucoup d^hommes qui étaient libres avant cette époque sont devenus serfs , soit que d'eux-mêmes ils se soient vendus au
{l)Chap xLv,§19.
(2) Laurière, Glossaire, v° Sei'f.
(3) Giraud, Précisée l'ancien droit coutumier, p. o.