A la mort de Louis l'Enfant , la descen
dance de Charlemagne étant venue â manquer en Germanie, la couronne y devint élective, et parmi les quatre grands vassaux, ducs de Fianconie.de Souabe, de Bavière et de Saxe , la nation assemblée fit chois de Conrad de Franconie, qui, en mourant, désigna aux suffrages de la diète le duc de Saxe, Henri l'Oiseleur (919). Henri fut le chef de la maison royale de Saie, qui sans autre droit que le vœu de la nation , donna cinq rois à la Germanie et renouvela l'empire de Charlcmagne. Il sut défendre son royaume contre les Danois, les Slaves transalbins et les Hongrois. Pour le protéger à l'avenir contre ces barbares, il fonda les margraviats de Sleswik, de Brandebourg, de Misnîe , d'Autriche et de Styrie, qui relevèrent d'abord des grands-duchés de Saxe et de Bavière, mais qui devaient un jour prendre rang parmi les fiefs immédiats. L'Allemagne doit aussi a Henri I er l'établissement de ses premières villes municipales.
Règne d'Othon le Grand, 936-973. — Ce fils de Henri I", désigné par son père de préférence à son frère aîné, élu parla nation et couronné à Aîx-Ia- Chapelle par l'archevêque de Mayence , archichancelier, réunissait tous les titres de légitimité : mais il ne put empêcher les grands vassaux de se révolter, comme ils l'avaient [ai( sous ses deux prédécesseurs. Le sort des armes le délivra des plus intraitables , et rendit ainsi vacans les duchés de Souabe, de Franconie , de Lorraine et de Bavière, dont il investit des seigneurs de sa famille, sans leur accorder toutefois le privilège de l'hérédité.
Guerre de Bohême , 938-850. — Depuis Cbarlemagne, les ducs de Bohême avaient été plusieurs fois rendus tributaires, et récemment encore Wenceslas I" s'était avoué vassal de Henri l'Oiseleur. Ce prince ayant été assassiné par son frère B oies las I" , qui prit sa place , Olhon crut devoir veDgerson vassal , et punir un usurpateur qui méconnaissait les droits de sa couronne et persécutait le christianisme nouvellement prêché aux Bohémiens par MélUodius (894). Il entra deux fois en Bohême, et reçut la soumission de Boieslas, qui s'engagea a payer un tribut annuel et à favoriser la propagation de la foi.
Affaires d' Italie , 952-963. — La féodalité, près, que aussi ancienne en Italie que la conquête lombarde, avait déjà fait d'immenses progrès, et si les grands fiefs n'y étaient pas encore héréditaires de droit , on ne peut nier qu'ils ne le fussent de fait. Trois principautés démembrées du duché de Bénéveut s'étaient rendues indépendantes. Les ducs de Spolète et de Frioul se disputaient le trône, et l'anarchie générale favorisait les empiétemens des seigneurs deCamerino, de Toscane, de Lucques, d'Ivrée, de Tusculum, comme aussi les progrès des papes, des évêques de Ravenne, de Milan, de Turin, et des républiques marchandes de Venise , de Gènes et de Pise.
Les rois de Bourgogne s'étaient jelés au milieu de tant d'intérêts et de prétentions pour enlever aux feudataires italiens la couronne de fer et la couronne impériale, regardées comme inséparables. Cependant depuis la mort du roi Bérenger I" , dernier duc de Frioul, en 924, ses successeurs s'avaient porté que
le titre de rois d'Italie. Au jeune Lothaire II , mort sans enfant, veDait de succéder, en 960 , son tuteur Bérenger II, marquis d'Ivrée. Ce prince demanda pour sonfils Adalbert la main de la veuve de Lothaire; mais Adélaïde la refusa, et. pour se soustraire aux persécutions de Bérenger , elle appela à son secours le roi de Germanie.
96S. Othon se rendit eu Italie, épousa Adélaïde, et prit le titre de roi des Lombards. Cependant Bérenger, s'étant reconnu vassal du roi de Germanie, obtint la restitution de ses États, a l'exception du Frioul et des Marches de l'Adige. Mais bientôt , profitant des embarras que donnait à Othon la révolte de son lils Ludolph, il persécuta les partisans d'Adélaïde , et méconnut ses devoirs envers son suzerain. Othon envoya Ludolph pour le réduire ; mais, après quelques avantages, ce jeune prince mourut sans avoir eu le temps de faire oublier sa rébellion.
Rétablissement de l'Empire, 963. — Appelé par le pape Jean XII , Othon alla se faire couronner roi d'Italie à Milan , de là il se rendit à Rome , où le pape lui conféra la dignité impériale, qui se trouva ainsi rétablie, et pour toujours attachée à la couronne de Germanie. Le nouvel empereur reçut les sermeus du pape, des Romains , des princes et des seigneurs lombards. La versatilité et les désordres de Jean XII compromirent la conquête de l'Italie, et excitèrent de grands scandales dans Rome. Othon rétablit la pair, et fit donner la tiare à Léon "VIII, puis à Jean XIII. * .
Relations avec VEmpire grec, 966-972. — L'his-
torlen Luitprand alla demander à l'empereur Nicéphore Phocas la main de la princesse Théophanie pour le fils aîné d'Othon I". Un refus injurieux alluma entre les deux empires une guerre qui eut pour théâtre l'Italie méridionale. La paix se rétablit après la déposition de Nicéphore , et Théophanie apporta en dot au roi des Romains des prétentions sur la Pouilte et la Calabre. Othon II succéda à son père l'année suivante (973),
Otlroo I" avait eu l'adresse de réunir tous les grands gouvernemens dans sa famille ; mais la nécessité où il fut de résigner son duché de Saxe l'empêcha de constituer une véritable monarchie en Allemagne. Toutefois, rendant à ses vassaux défiance pour défiance , il les plaça sous la surveillance des comtes palatins, de même qu'il mit le temporel des évSques sous la tutèle des avoues. La féodalité, arrêtée dans ses progrès par l'habileté et l'énergie d'Othon I", reprit son cours après la mort de ce grand homme.
Derniers empereurs saxons , 073-1024. — La maison de Saxe avait été élevée si haut au-dessus des autres, qu'il était difficile de chercher ailleurs le successeur du grand Othon. Sa famille occupa la dignité impériale avec les trônes de Germanie, et d'Italie aussi long-temps qu'elle exista ; mais, dans sa courte durée, elle ne donna que trois successeurs au héros qui l'avait illustrée, Oihon II (973) , Othon III (983) et Henri II (1008-1034). Tous les trois eurent à combattre les prétentions des grands vassaux allemands et italiens , qui se débattaient contre le pouvoir royal .pour s'affranchir de sa dépendance. Sous ces trois
règnes, toute la politique extérieure eut pour objet d'assurer les frontières de la Germanie par l'assujettissement ou la conversion des Slaves et des Hongrois, d'affermir la puissance impériale dans Rome , et de conquérir les provinces grecques d'Italie. Othoa III conféra la dignité royale à Boleslas-Chiobry , second duc chrétien des Polonais (lOOO). Huit ans après, Henri II accorda le môme honneur au second wayvode chrétien des Hongrois, qui, sous le nom d'Etienne, s'acquit une gloire immortelle par ses lois et son apostolat. En Italie , les entreprises des empereurs saxons sur la Pouille ne servirent qu'à distraire leurs forces sans utilité, lorsqu'ils auraient dû les appliquer à consolider leur puissance dans la Lombardie, et surtout à Rome, oix elle avait pour ennemis l'ambition temporelle des papes et l'esprit républicain de la noblesse.
Constitution germanique. — La période de la maison royale de Saxe est d'une grande importance dans l'histoire de l'Allemagne. C'est alors véritablement que s'établit la constitution germanique. La couronne impériale resta éleotiveet les fiefs cessèrent de l'être. La plupart des droits régaliens furent usurpés par les grands feudataires, qui participèrent dans la diète à ceux qu'ils n'exerçaient pas encore dans leurs États respectifs. Les archevêques deMayence, de Cologne et de Trêves s'assimilèrent aux ducs de Saxe , de Bavière , de Franconie et de Soimbe , et le comte palatin s'attribua les mêmes droits. Tous ajoutèrent à leurs prérogatives féodales la possession héréditaire d'une des grandes dignités de la couronne.
Les grands prélats s'affranchirent de la tutèle des avoués , les ducs de la surveillance des palatins provinciaux. Ainsi, le haut clergé, que les Othons avaient voulu opposer a la noblesse , profita , comme elle des dépouilles de la couronne.
Sous les princes de la maison de Franconie, qui succéda à celle de Saxe dans la personne de Conrad le Snlique , en 1024, les vassaux de Germanie suivirent le même plan d'agrandissement ; les seigneurs 11 aliéna obtinrent la sanction de leurs droits héréditaires par un édit que ce prince publia en 1037, et la querelle qui vint à éclater entre l'Empire et le sacerdoce ne permit pas aux successeurs de Conrad II de maîtriser le pouvoir féodal.
Réunion et démembrement du royaume tt Arles , 1033. — Les deux Bourgognes, réunies à la couronne de Germanie, loin de lui donner un appui , ajoutèrent à sa faiblesse. Cet héritage, légué à Conrad II par Rodolphe III , arriva déjà tout dissipé entre les mains des empereurs. Le principe de dissolution s'y était développé de bonne heure , et avait donné naissance aux comlés souverains de Provence, de Viennois, de Savoie , de Lyon , de Bourgogne , et autres , que leur passage sous la suzeraineté de princes étrangers affermit encore dons leur indépendance.
§ II. — France.
C'est en France que la féodalité reçut d'abord tous ses développe mens et la plus complète organisation. On regarde Charles le Chauve comme le fondateur involontaire de ce système de gouvernement. II est ■vrai qu'on vit s'introduire sous son règne une grande innovation qui changea l'essence de la constitution primitive du royaume. Par le capilulaire de Kiersy, en 877, il autorisa, sous certaines conditions, la transmission héréditaire des comtés , consacrant ainsi légalement une aliénation du pouvoir royal qu'il avait déjà consentie en faveur de plusieurs gouverneurs de provinces. Les offices de ducs et de comtes devinrent par là de véritables fiefs , qui eurent sous leur mouvance les anciens fiefs territoriaux compris dans le ressort de leur juridiction. Parmi les gouvernemens rendus héréditaires par Charles le Chauve, et qui restèrent toujours au premier rang, on trouve les comtés de Vermandois, de Toulouse, de Flandre, et les duchés de France et de Bourgogne. Le duché d'Aquitaine jouit plus tard de ce privilège , et celui de Normandie n'existait pas encore. L'ordre féodal acheva de s'établir pendant les troubles intérieurs , qui amenèrent la dépositon de Charles le Simple , et précipitèrent la ruine de la race carlovingienne.
Décadence des Carlowingiens , 888-887. — Un siècle sépare la première et la dernière usurpation des descendans de Ilohert le Fort. Durant cette période, la guerre civile, commencée entre Eudes et Charles
le Simple , pour la possession de la couronne , se renouvelle souvent entre les rois el les vassaux. Le 61s posthume de Louis le Bègue eut une destinée déplorable pour un roi , et éprouva tous les genres d'usurpation. Exclu du trône à sa naissance par ses frères , on prétexte ensuite sa jeunesse pour lui préférer Charles le Gros ; puis on se prévaut des dangers publics pour donner sa place à un seigneur capable de défendre l'État, Eudes meurt en 898, et le roi légitime règne ; mais c'est pour perdre sa plus belle province , et ajouter au nombre de ses vassaux un vassal plus redoutable que tous les autres (912). Il croit se donner un appui dans le Northman Rollon ; mais cet appui lui manque lorsque la faveur d'un favori excite les grands à la révolte, et que leurs suffrages défèrent la couronne à Robert de France. Ce prétendant triomphe et meurt à la bataille de Soissons ; mais Charles est captif de ses vassaux , et voit s'asseoir sur le trône un troisième prince qui n'était pas du sang royal (923).
Ce nouvel usurpateur était Raoul, duc de Bourgogne, qui fut élu par le crédit de son beau-frère , Hugues le Grand, duc de France. Les grands vassaux du midi , et les ducs de Normandie, lui refusèrent leur hommage jusqu'en 932, et le comte Herbert de Yermandois fut sur le point de replacer la couronne sur la tète de Charles le Simple; Mais l'appui du duc de France maintint l'usurpateur, el le besoin de s'unir pour repousser les Hongrois réconcilia les vassaux avec le souverain , et fit conclure une ligue entre les rois de France , d'Allemagne et de Bourgogne
(925). Raoul mourut l'année suivante sans postérité.
936-954. — Un fils de Charles le Simple fut rappelé par Hugues le Grand au trône de ses pères , sous le nom de Louis IV (d'Outremer). La Bourgogne devint le prix de ce service. Louis s'efforça de rattacher à sa couronne la Lorraine et la Normandie; mais la première de ces provinces tomba au pouvoir d'Olhon le Grand, et les Normands défendirent avec succès l'héritage de leur jeune duc. Le pape et le clergé , par leur médiation, rendirent deux fois la paix à la France.
054-087. — Louis d'Outremer laissait deux fils, dont l'aîné, Lothaire, lui succéda , à l'exclusion de Charles. Pour la première fois, en un cas pareil, la royauté ne fut pas divisée, et suivit la règle des fiefs. Hugues le Grand s'étant fait donner l'investiture de l'Aquitaine , voulut la réunir aux deux duchés qu'il possédait déjà. Mais sa mort (950) laissa Guillaume maître paisible de ce grand fief, qu'il transmit à ses descendais. Les duchés de France et de Bourgogne furent de nouveau divisés, et Hugues Capet hérita du premier. Les rois de France, n'ayant presque plus rien en propre dans la Ne usine , ue pouvaient renoncer à leurs prétentions sur les deux Lorraines. Mais les efforts tentés par Lothaire, pour s'approprier ces provinces , n'aboutirent qu'à amener Othon II sous les murs de Paris; et le traité de Reims , en 980, stipula la renonciation de la couronne de France à la suzeraineté des deux duchés, et la cession de la Basse-Lorraine au frère de Lothaire. Ce fut là le dernier acte important de la période carlovingienne. Louis V, qui succéda à son père en 930, ne porta
qu'un an le vain titre de roi ; et la race royale de Charlemagne finit en lui , sans s'éleindre encore (987). La couronne semblait revenir à Charles de Lorraine ; niais Hugues Capet prit le titre de roi à l'assemblée de Noyon , et se fit sacrer à Reims avant que l'héritier naturel eût le temps de se reconnaître. Lorsque Charles voulut faire valoir ses droits , il échoua dans son entreprise , et mourut prisonnier de son rival.
L'hérédité des bénéfices avait ruiné la première dynastie; l'hérédité des gouvernemens perdit la seconde. Les Héiistals, maires du palais, préparèrent la chute et recueillirent l'héritage des Mérovingiens ; les ducs de France , comtes du palais , suivirent leurs traces et obtirent le mêmes succès. Les commencemens des Carlavingiens avaient été plus biîllans; ceux des Capétiens jetèrent moins d'éclat ; mais leur famille présente l'exemple unique d'une dynastie qui règne encore après plus de trente-deux générations de rois.
Grands fiefs de la couronne. — Avant l'élection de Hugues Capet il existait sept grands fiefs ou pairies relevant directement du roi. La réunion du duché de Fronce à la couronne les réduisît à six , savoir :
1° Le comté de Vermandois, donné, vers l'an 830 , à Pépin, fils du roi Bernard , et qui cessa d'être une pairie vers le temps où le comté de Champagne commença à le devenir (1019).
a° Le comté de Toulouse, détaché, en 850 , de l'ancien duché de ce nom , en faveur de Frédelon, a qui succéda son frère Raymond I", — Peu d'années
après, en 864 , le comté de Barcelone fut aussi disirait du duché de Gothie , et resta sous la mouvance de la France jusqu'en 1258.
3° Le comté de Flandre , dont Baudouin Bras-de- .Ferfutle premier comte-propriétaire , en 883.
4° Le duché de Bourgogne, que Charles le Chauve donna à son beau-frère Richard le Justicier, en 877 ; Hugues ie Grand le réunit au duché de France, créé, Tan 861 , en faveur de son aïeul Robert le Fort , et après lui ses deux fils puînés le possédèrent successivement.
5° Le duché d' Aquitaine ou de Guienne , rétabli , au profit de Rainulfe I" , en 845 , mais bénéficiaire jusqu'en 951, où Guillaume Tête d'étoupe le rendit héréditaire; Guillaume VI y réunit le duché de Gascogne, en 1052.
6" Le duché de Normandie , érigé en faveur de Rollon , qui épousa une fille de Charles III , et se fit chrétien (912). Rollon obtint aussi la suzeraineté de la Bretagne , alors divisée en quatre comtés depuis la mort d'Alain II , en 007.
Le nombre des pairies fut porté à douze par la création des six pairies ecclésiastiques, qui étaient les archevêchés de Reims et de Sens , et les.évêchés de Koyon , de Beauvais , de Châlons et de Langres.