‹ Précis de l'histoire du Moyen Âge par m. des MichelsChapitre 39 sur 75 · Hugues Capet , voulant assurer la couronne · texte numérisé non relu

Hugues Capet , voulant assurer la couronne

à son fils Robert , se hâta de le faire sacrer à Orléans, et donna ainsi un exemple de prévoyance que ses premiers successeurs devaient imiter. Le clergé se prêtait aux intérêts d'un prince dont le premier acte connu fut une cliarte qui assurait ou rendait aux églises et aux monastères leurs biens et leurs immunités.

988-991. — Après un an d'hésitation, Charles de Lorraine entreprit de Élire valoir les droits que lui donnait sa naissance , et que sa qualité de vassal de l'Empire n'avait pu lui faire perdre. Il mit dans ses intérêts son beau-père Herbert, comte de Troyes , Arnoul, comte de Flandre , Eudes , comte de Blois , et Guillaume Fier- à -Bras , duc d'Aquitaine. Un prêtre , nommé Arnoul , fils naturel du roi Lothaire , lui livra la ville de Laon , devenue importante par la résidence des derniers Carlovingiens. Ce même Arnoul , promu , en 989 , à l'archevêché de Reims , par la protection de Hugues Cflpel , trahit son bienfaiteur, et ouvrit à son frère les portes de celte ville. Là se bornèrent les succès du prétendant. Ce que la trahison lui avait donné, la trahison le lui fit perdre. Les troupes de Hugues, introduites dans Laon par l'évêque Ascelin Adalbéron , s'emparèrent de la personne de Charles , pendant que Reims rentrait sous la puissance du roi , que la Flandre était envahie , et le duc d'Aquitaine ténu en échec au delà de la Loire. Charles fut enfermé an château d'Orléans , où il mourut , laissant trois fils qui n'eurent pas de postérité mâle. Les grands vassaux qui s'étaient déclarés pour le prétendant firent hommage au nouveau roi , que

plusieurs seigneurs d'outre Loire s'obstinèrent touteibis à ne point reconnaître.

898. — Hugues mourut à Paris , qui , depuis ce temps , a toujours été la capitale du royaume. Le règne de ce prince n'avait offert de remarquable que le fait même de son usurpation. Il ne faut pas chercher plus d'intérêt dans les actes de ses deux premiers successeurs. Comme l'exercice de la royauté était concentré dans les limites du duché de France , son histoire ressemble à celle de (ouïes les provinces.

Robert, 990. — Robert succéda à son père sans opposition. Sa vie ne fut troublée que dans ses affections domestiques. Il avait épousé, contre les canons de l'Église, Bcrtbe de Bourgogne, veuve du comte de Blois. Le pape Grégoire V l'obligea a répudier celle princesse , sous peine d'excommunication. Robert obéit à regret ; mais il ne tarda pas ù demander la main de Constance de Toulouse , princesse frivole et méchante , qui corrompit la cour , domina son faible époux , et fit allumer les premiers bûchers contre tes hérétiques.

1002-1015. — Henri de France, frère de Hugues Capet , ayant succédé à son second frère Othon dans le duché de Bourgogne , avait réuni à ce fief le comté de Bourgogne , par son mariage avec Gerberge. Ce grand feudataire étant mort sans enfans , le droit de proximité et la loi féodale attribuaient son héritage, au roi Robert , son neveu et son suzerain. Toutefois Otte-Guillaume, /ils de Gerberge, éleva des prétentions sur le duché; mais Robert en resta maître après six ans de guerre , et il le donna , en 1016, à

son fils Henri , qui devait y renoncer après sou avènement à la couronne.

1030. — Les querelles des vassaux pouvaient encore alors compromettre la monarchie. Dans une guerre qui éclata entre Eudes , comte de Blois , et Hichard II, duc de Normandie , ce dernier , pressé par ses ennemis , appela à son secours les Northmans de la Scandinavie ; mais la médiation de Robert rétablit la paix, elles étrangers se retirèrent.

Henri I er , 1031. — Henri I", à peine sur le trône, trouva un concurrent dans sort frère Robert, que leur mère Constance poussait à la révolte ; mais la victoire de Villeneuve-Saint-Georges rétablit Henri dans ses droits , et Robert obtint le duché de Bourgogne , que ses des ce n dan s possédèrent jusq'en 1361. Un second frère du roï , Eudes , ayant imité l'exemple de Robert, fut vaincu , malgré ses puissans appuis , et renfermé dans la tour d'Orléans, en 1041.

1047-1064. — Le roi de France , reconnaissant des secours que lui avait donnés Robert le Diable, duc de Normandie , aida Guillaume, son fils naturel , à se mettre eu possession du duché. Les vassaux rebelles furent réduits par le courage et l'énergie du jeune prince. La guerre s'étant rallumée , Henri changea de drapeaux et se fit battre à Mortemer.

Henri I er avait épousé, en 1051 , Amie de Russie , fille du grand-duc laroslaf ; alliance étrange , qui n*avait élë précédée d'aucune relation avec celte cour lointaine , et qui établit une amitié passagère entre deux nations destinées à s'oublier encore pendant six siècles. De ce mariage naquirent deux fils, Phi-

lippe qui succéda à son père, et Hugues, qui fut comte tle Vermandois.

Philippe I" , 1060 1108. — Dans le long règne de Philippe I" il faut bien distinguer les actions personnelles du roi , qui furent presque toutes houleuses ou criminelles , et les entreprises de la chevalerie française, qui rendirent à la nation le lustre de gloire qu'elle avait perdu. Philippe resta étranger et même indifférent à tous les grands événemens de son règne! à la conquête de l'Angleterre , que sa jeunesse ne lui permit ni d'empêcher ni de rendre profitable à sa puissance ; à la conquête de l'Italie méridionale , qui fut l'ouvrage de quelques aventuriers normands, à l'établissement du royaume de Portugal, qu'un prince de son sang fondait à son insu : enfin à la Croisade , qui mit toute l'Europe en mouvement , et fit éclater tant de beaux faits d'armes.

Dans l'intérieur du royaume, Philippe prit part à quelques guerres, sans utilité comme sans gloire. Dans sa vie privée , il se laissa entraîner à deux passions honteuses, l'incontinence et la cupidité, qui appelèrent sur lui les anat hemes de l'Église et le mépris de ses sujets.

Guerre de Flandre, 107Ï. — Philippe avait eu pour tuteur, et le royaume pour régent, Baudouin V, comte de Flandre , qui trahit ses devoirs eiï vers son pupille , en favorisant l'entreprise de Guillaume le Conquérant , son gendre, sur la couronne d'Angleterre. Après la mort de Baudouin V et de son fils aîné Baudouin VI , son second fils, Robert le Frison, dépouilla le jeune Arnoul III du comté , secondé par

les Flamands, que révoltaient les tyrannies de 1; régente Richilde. Le roi de France crut devoir soi appui à son vassal dépossédé, et alla combattre l'u surpateur. Une grande bataille s'engagea près di Cassel (1071). Le coinle Arnoul y périt ; Philippe re gagna sesélats;et Robert, vainqueur de Richilde dans une seconde bataille, resta maître de la Flandre L'année suivante, le roi reçut l'hommage du vassa' qui l'avait battu, et épousa Berlhe de Hollande -'belle-tille du Frison , née du premier mariage de s;- femme Gerlrude avec Florent I er , comte de Hollande

Affaires de Normandie, 1075-1087. — Avant d'en- ■ (reprendre la conquête de l'Angleterre, Guillaum* le Bâtard, voulant se rendre la cour de France favo- -. rable, s'était engagé à céder la Normandie à son fil- : Robert. Mais cette promesse n'ayant pas eu son effet Philippe 1" en conçut de justes inquiétudes, et sppolitique fut dès lors de susciter des ennemis à CVitillaume. En 1075 , il marcha au secours du duc de Bre tagne Hoël V , dont le roi d'Angleterre menaçai! le) - 7 ■—. états , et força les Normands de lever le siège de Dol Dans les différentes tentatives que fit le jeune Robert* pour se mettre en possession de la Normandie, Phi ^ lippe se déclara , suivant les circonstances , pour h-'^j. père ou pour le fils. Guillaume, irrité contre le ro...^. de France , réclama le Venin français , promis , disait il , à son père , et se mit eu devoir de s'en emparera Mais la mort de ce redoutable ennemi arrêta la guern à sa naissance (1087).

Démêlèsavec le saint Siège , 1074-1105. — Deu: raisons des plus graves brouillèrent Philippe I" ave<

l'Eglise, sa simonie et son divorce. Prodigue et débauché comme l'empereur Henri IV, son contemporain, Philippe faisait trafic des choses saintes , vendant au plus offrant les évéchés et les bénéfices. Grégoire VU lui en fît , en 1074 , de sévères réprimandes , et menaça de jeter l'interdit sur la France ; mais la querelle de ce pontife avec l'empereur détourna sa sévérité* vers l'Allemagne. Sous le pontificat d'Urbain H , Philippe appela sur lui les anathemes de l'Église par la répudiation de la reine Berlhe et le rapt de Bertrade de Montfort , comtesse d'Anjou , qu'un mariage adultère plaça sur le trône de France. Le pape excommunia le roi aux conciles d'Autun et de Clennont. Le successeur d'Urbain , Paschal II , renouvela cet anatbéme. Mais après la mort de Berlhe, il se montra plus indulgent , et Philippe I" fut rétabli dans la communion de l'Église, d'abord par une décision conditionnelle du pape , et enfin par un concile tenu à Paris en 1105.

1099-1108. — Les dernières années de ce règne furent remplies de désordres intérieurs. Plusieurs vassaux de la couronne, que la Croisade n'avait pas entraînés dans ses glorieuses aventures, ne cessèrent de troubler l'Ile-de-France. Mais le prince Louis, que son père venait d'associer à la royauté , triompha de la turbulence des seigneurs rebelles et des intrigues de sa marâtre.

• CHAPITRE XVIH.

Conquête de l'Angleterre par les Northmans-Danoii et le» Sur m and a-Français. — Alfred le Grand et Guillaume le Conquérant.

§ 1«. — Première période de l'invasion danoise , et règne d'Alfred le Grand.

Ala suite des guerres qui divisèrent l'heptarchie saxonne, l'inégalité primitive des sept royaumesavait amené entre eux des rapports de supériorité et de subordination. Wessex, Mercie et Nortbumberland dominaient sur les autres états rendus tributaires, lorsque Egbert le.Grand, élu roi de "Wessex en 800 , modifia cet ordre de choses. It fit passer à l'état de sujets les peuples tributaires de Kent, d'Essex,de Susses et d'Est-Anglie , et soumit au tribut les royaumes indépendans de Mercie (818) et de Northumberltmd (827). Depuis ce moment, l'Angleterre peut être considérée comme ne formant plus qo'uue seule monarchie. Cette révolution promettait un heureux avenir à une nation que su position géographique semblait mettre à l'abri de toute invasion étrangère.

Maïs ce qui devait la protéger fut la première cause de sa ruine , et la monarchie anglo-saxonne se trouva destinée à subir tour à tour le joug des Northmans du Danemarck, qui la démembrèrent j et celui des Normands-IVeusIneus, qui surent la conquérir et la conserver.

Les descentes des Danois , commencées en 793 et reprises sous Ejjbert en 832, et suspendues par ses victoires , devinrent plus fréquentes et plus terribles lorsque , après la mort d'Elhelwolf en 857 , le partage du royaume et les divisions des princes ouvrirent l'Angleterre, comme la France, aux pirates du Nord. Dans celte île , plus lût encore que sur le continent, les Northmans formèrent des établissemens durables ; et, secondés par l'alliance des Gallois et des Écossais, ils subjuguèrent d'abord le Northumberland et l'Est- Anglie , et enfin tout le royaume.

Rhgne d'Alfred, 671-900. — Un grand homme retarda pour un siècle ce résultat futur de l'invasion danoise. Alfred, le plus jeune des (ils d'Elhelwolf, élevé à Rome sous les yeux du pape Léon IV, apporta sur le trône de Wessex les vertus d'un sage et les qnalitës d'un héros. Sept ans de revers et d'infortunes lui apprirent à vaincre et à régner. Tout semblait perdu pour lui , lorsque la victoire de Devon lui ren* dit les Étals qu'il avait hérités de ses frères et ceux que leurs défaites avaient livrés aux étrangers (878). Les Danois de l'Est-Anglie et du Northumberland reconnurent Alfred pour souverain , et embrassèrent le christianisme. Dès-lors les Northmans d'outre-mer

tournèrent pour un temps leurs courses vers d'autres contrées.

Devenu paisible possesseur de ses Étals, Alfred s'appliqua à les mettre à l'abri des attaques étrangères et à civiliser la nation anglo-saxonne. Londres , agrandie et fortifiée, devint la capitale et l'arsenal maritime du royaume. Les navires construits dans son port servirent à la défense des côtes ou furent employés aux besoins du commerce. La prospérité commença à renaître sous ce prince, qui savait protéger la paix publique par son épée et par ses lois. Pour faciliter la marche de l'administration et la distribution de la justice , Alfred renouvela la division du royaume en comtés (countY , shire) , centuries (hundred) et décuries {decennarf) ; les lois d'Ina , d'OtTa, d'Elhelbert furent recueillies et améliorées; le clergé, honteux de son ignorance, se livra à l'étude pour plaire à un monarque qui fondait des écoles et appelait dans ses Étals les savans étrangers; enfin Alfred put espérer que la civilisation de l'Angleterre serait le fruit de ses efforts. Mais ses grandes pensées périrent avec lui , et l'émule de Clwlemagne ne fut pas plus heureux que son modèle.

Paix intérieure après Alfred, 900-978. — Édouard l'Ancien, fils d'Alfred, prit le litre de roi d'Angleterre , qu'ont porté tous ses successeurs. Sous son règne, et durant six autres règnes consécutifs ('), l'Angleterre n'eut rien à redouter des Hortlimans-

(') AtlieliUn , 925 1 Edmond I», 941 ; Edred , 940 ; Edivi , BS5 ; Edg»r le Pacifique, 959 ; Édouird le Martyr, 978.

Scandinaves; mais les Danois naturalisés sur le sol anglais inquiétèrent souvent le royaume en s'armant pour lu cause tles prétend ans que faisait naître l'irrégularité de la succession royale. L'ordre public fut aussi troublé par l'ambition des moines , qui s'ingérèrent dans les affaires publiques , et furent sur le point de faire abolir le clergé séculier.

§ II. — Seconde période de l'invasion danoise, et fin de la dynastie saxonne, 978-1008.

Pendant la minorité d'Ethelred II, les Danois d'outremer recommencèrent leurs attaques. Le succès d'une première descente engagea les rois de Danemark et de Norwége, Suënou et Olaf, à tenter la conquête de l'Angleterre; mais l'or des vaincus les désarma, et les Anglo-Saxons subirent l'impôt du Danegeld (argent des Danois), au pris duquel ils venaient d'acbeter une paix honteuse (1001). Dans l'espoir de s'affranchir de ce tribut, Ethelred ordonna, pour le jour de la Sainl-Brice , le massacre des Danois établis dans ses États ; mais cette nouvelle lâcheté appela de nouveaux malheurs sur l'Angleterre. Suénon reparut avec une nombreuse armée ; et, après quelques anniîcs d'hostilités, il força le monarque saxon à se réfugier en Normandie auprès de son beau-frère Richard II, et se fit proclamer lui-même roi d'Angleterre (1014).

Canut le Grand, 1016-1036. — A la mort de

( IW I

Suéiion , son fils Canut lui succède dans sa conquête comme dans ses États héréditaires. Deux ans après , Edouard II , fils d'Eihelred, ayant été assassiné , il se fait reconnaîlre roi de toute l'Angleterre par un xvittenagemot composé de Danois et de Saxons. Son mariage avec la veuve d'Ethelred lui concilie les vaincus et désarme le duc de Normandie. Par une politique sage et généreuse, il rétablit les lois d'Alfred , si chères à la nation, confond les Dauois et les Saxons dans la dispensaliou des faveurs , et donne sa fille au comte Godwin , dont la popularité égalait l'illustration guerrière. Les Anglais, dévoués à ce grand prince, le servent avec fidélité , et contribuent à la conquête de la Norwége , qui est un moment réunie au Danemarck.

Canut , en mourant, laisse trois couronnes et trois fils. Deux régnent successivement sur l'Angleterre , et fout détester à leurs sujets insulaires la domination danoise ; mais leur mort prématurée rend le trône libre, et les Saxons reviennent au sang de leurs anciens rois.

Edouard le Confesseur , fils d'Ethelred II , occupe vingt-cinq ans le trône avec bonheur, sinon avec gloire. Son règne n'est troublé que par des hostilités passagères avec les Écossais et les Gallois , et par une révolte du comte Godmn, qui exerçait sous le dernier roi saxon la même influence que Hugues le Grand sous les derniers Carlovingiens. Edouard, élevé en Normandie, avait apporté en Angleterre la langue et les habitudes des Normands français. Eu prodiguant à ces étrangers les charges civiles et les dignités

ecclésiastiques , il leur livrait d'avance l'Angleterre.

js III. — Conquête Je V Angleterre par Guillaume de Normandie , 1086-1087.

Édouard le Confesseur étant mort sans cnfans et sans héritier prochain , il s'élève deux piélendans à la couronne, Harold , fils de Codwin , et Guillaume le Bâtard, duc de Normandie. Le premier se fait élire parles grands de 1.1 nation; le second invoque un prétendu testament d'Edouard, et fait prononcer le pape en sa faveur. Les Normands français se liguent contre Harold avec les Norwégiens. Mais les deux attaques n'ayant pu se faire de concert, le roi Halfager est vaincu , et périt à la bataille de Slansford.

Bataille iCHnslings , 1066. — Guillaume débarque dans le comlé.de Susse» avec une année de soixante mille hommes. Harold perd la vie à la mémorable bataille de Hastîngs , qui décide du sort de l'Angleterre. Le vainqueur va se faire couronner à Londres , et reçoit les sermens du clergé et des chefs de la nation.

1067. — Pendant que le conquérant visitait la Normandie , les Saxons , déjà aliénés par la spoliation de ceux qui avaient embrassé la cause d'Harold , sont poussés à la révolte par la tyrannie des régens et les vexalions des vainqueurs. Mais Guillaume va rétablir l'ordre et effraie tes vaincus par le massacre d'Exeter.

Cependant une insurrection générale éclate dans

les provinces. Les Anglo-Saxons, soutenus par les Écossais , les Danois , les Gallois et les Irlandais, prennent les armes sous les comtes EHvvin et Morkar. Un descendant de Cerdic, ÏEÛteUng ou prince royal Edgar, est reconnu pour roi au nord de l'Humber et dans les Marches galloises. Mais Guillaume vient à bout de tous ses ennemis, fait la loi à MalcolmlII, roi d'Ecosse , et se montre inexorable dans ses rigueurs contre les vaincus. Tous les prélats anglais sont déposés, et les biens de toute la nation août compris dans une confiscation générale. La dépouille des déshérités sert ;i doter les chevaliers normands , qui se trouvent tous enveloppés dans les liens de la vassalité à l'égard de la couronne. Par là le gouvernement de l'Angleterre devient purement féodal, mais d'une féodalité modifiée au profit de la couronne.

1078-1087. — Le Conquérant venait de châtier quelques seigneurs qui avaient conspiré contre lui , lorsqu*il fut appelé dans ses Liais héréditaires par la défection des Manceaux , qui s'étaient donnés au comte d'Anjou , et par la révolte de son fils Robert , qui voulait s'approprier la Normandie. Il réussit à réduire tous ses -ennemis ; mais Hubert, excité par Philippe I", renouvela ses prétentions en 1084 , et résista avec succès à son père. Guillaume voulut s'en venger sur le roi de France ; mais la mort vint l'arrêter pendant qu'il marchait sur Paris. Des trois fils qu'il avait eus de Malbilde de Flandre , Robert , l'aîné , fut frustré de la couronne et obtint seulement la Normandie , qu'il perdit ensuite ; Guillaume , sur-

nommé le Roux , se saisit du trône, où s'assit après lui son frère Henri I er , troisième fils du fondateur de la dynastie normande d'Angleterre.

L'île des Anglo-Saxons, conquise par l'habileté et le courage de Guillaume le Bâtard , écrasée sous sa tyrannie, venait de subir le joug le plus dur elle plus humiliant. Elle avait vu ses habitans dépouillés rie leurs biens , privés de tous leurs droits , voués à l'outrage; une race d'étrangers altiers mise en possession de toutes ses richesses , seule libre , seule honorée ; une langue étrangère parlée dans le palais des rois, dans les châteaux , dans les cours de justice, qui devait laisser dans l'idiome national des traces ineffaçables de la conquête. Toutefois cette langue servait de véhicule à des formes de politesse et à des élétnens d'une civilisation nouvelle, dont les vaincus eux-mêmes devaient un jour profiter; et l'Angleterre, désormais en rapport direct avec le continent, acquérait une nouvelle importance. Ennemie et rivale de la France par la position féodale de ses nouveaux mis, elle soutiendra son rôle avec gloire, et compromettra plus d'une fois les destinées de cet empire.

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