‹ Précis de l'histoire du Moyen Âge par m. des MichelsChapitre 40 sur 75 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

Conquête de l'Italie méridionale par las Horaïaad». - République» maritime».

§ I". — Conquête des Deux-Siciies.

État du pays. — Quatre peuples étrangers se disputaient l'Italie méridionale : les Grecs, les Lombards, les Allemands et les Sarrasins.

1» Les empereurs grecs possédaient encore la Pouille et la Calabre, qui formaient le Thème de LombardU , sous l'autorité précaire d'un catapan ou patrice. Les villes maritimes de la Campante, Naples, Gaëte , Amalfî , Sorrente, s'étaient érigées en républiques ; comme Gênes et Venise, et les richesses de leur commerce les rendaient redoutables à leurs voisins.

2° Les Lornbards-Bénéventins avaient conservé leur indépendance après h conquête du royaume de Lombard ie. D'abord tributaires des empereurs francs, ils reconnurent parfois la suprématie des autocrates byzantins , et flottèrent ensuite entre leur suzeraineté et celle des empereurs saxons ou fran-

coniens. Depuis l'an 861, le grand-duché de Cénévent avait perdu Capoue et Salerne , qui s'étaieut érigées en principautés.

3° Les empereurs allemands , comme successeurs des Carlovingiens , réclamaient l'hommage féodal des princes lombards ; et le mariage d'Olhon II avec Théophanie leur avait donné des prétentions sur les possessions grecques d'ilalie. Mais leurs expéditions n'eurent jamais de résultat décisif.

4° Les Sarrasins Aglabiles d'Afrique avaient commencé à se rendre maîtres de la Sicile eu 827. De là ils faisaient de fréquentes descentes sur les cilles d'Italie , où ils établirent des colonies rnilïtaires plus ou moins durables. Les querelles des princes lombards et des républiques campaniennes favorisaient leurs entreprises. Les papes alarmés ne cessèrent d'implorer contre les Infidèles la piété des rois d'Italie , et les combattirent quelquefois eux-mêmes. Léon IV sauva Rome en 846, et Jean X chassa les Sarrasins des bordsdiiGarillanen015.

Premiers aventuriers normands, 1008-1027. — Dans les premières années du onzième siècle, quarante pèlerins normands, ayant abordé à Salerne, mirent en fuite les Sarrasins espagnols qui vinrent assiéger cette ville. Rentrés dans leur patrie , ils apprirent à leurs compatriotes qu'il existait au delà des monts un pays où les exploits étaient faciles et le butin précieux. Trois cents chevaliers se décidèrent à passer en Italie, sous la conduite de Drengot, Rainulfe , Osmoud, et autres aventuriers (1016). Ils échouèrent dans une première attaque sur Bari, et se mirent au

service des princes lombards ou des ducs de Naples , mesurant au prix de leur solde leur constance et leur fidélité. Le duc Sergius III, rétabli dans Naples par leur valeur, en 1025, céda à Rainulfe le territoire d'Aversa avec le titre de comte , qui lui fut confirmé par l'empereur Conrad le Salique ; ce premier établissement des Normands servit de ralliement et d'asile à d'autres aventuriers.

Illustration des fils de Tancrede , 1037, etc.— Trois fils de Tancrede d'Hauieville , Guillaume , Drogon et Humfroi , devancèrent leurs autres frères en Italie. Après avoir pris Atnàllï pour le prince de Salerne , ils s'enrôlèrent sous les drapeaux du patrice Maniacès, et entreprirent avec lui la conquête de la Sicile. Les chevaliers normands se signalèrent dans divers combats livrés aux Sarrasins, et ils auraient achevé la soumission de l'île saus la perfidie des Grecs, qui voulurent les frustrer de leur part du bulin. Forcés de déserter la cause de leurs alliés, ils repassèrent sur le continent , et se liguèrent avec le comte d'Aversa et Pandulfe III , prince de Bénévent. Le nouveau patrice Cokéan, qui avait succédé au rebelle Mauiacès , fut vaiucu à la bataille de Cannes. Peu de temps après, la révolte de ce patrice ayant rtiis la division parmi les Grecs , la plus grande partie de la Pouille tomba au pouvoir des étrangers. Dans une assemblée tenue à Molli en 1043 , les conquêtes normandes furent partagées entre les douze principaux chefs, et Guillaume obtint le litre de comte de Pouille, qui devait passer à trois de ses frères.

Les empereurs Constantin IX et Henri III s'étant

ligués avec le pape Léon IX contre les conquérais français, tout l'avantage resta à ces derniers, qui battirent les Grecs et les Allemands , et firent le pape prisonnier à la bataille deCivitella (1063). Léon IX, pour recouvrer sa liberté , donna l'investiture de la Pouille au comte Humfroi.

Robert Guiscard et Roger. — Ces deux héros, fib de Tancrède , étaient venus, dès l'an 1046, s'associer aux exploits de leur frères. Robert , ayant succédé à Humfroi en 1057 , se rendit maître des deuxCalabres, s'arrogea la dignité ducale, et se mit ainsi bois de pair parmi les comtes normands. Excommunié par Nicolas II, pour s'être emparé de Troja, il obtint son absolution moyennant l'hommage et un tribut annuel. Le pape ajouta à cette indulgence l'investiture du duché de Pouille et de la Sicile (1058;. Ce même pontife venait d'investir Richard d'Aversa de la principauté* de Capoue , qui fut enlevée à Pandulfe VI en 1063.

Conquête de la Sicile , 1081-1101. — Eu vertu de la donation pontificale , et à la faveur des discordes qui divisaient les Sarrasins, Robert et Roger forment le dessein de conquérir la Sicile. L'émir Ebn-Temnath leur en offre l'occasion , en appelant Roger à son secours contre ses rivaux, La prise de Messine est suivie de nouveaux avantages, maïs la retraite momentanée de Robert suspend les succès, et réduit son frère à une détresse d'où il ne sort qu'à force d'héroïsme. Au retour du duc de Pouille les Normands avaient déjà repris l'offensive, et l'union des deux chefs amène la prise de Catane et de Palerme (1074).

En peu d'années toute l'île tombe au pouvoir de Roger, qui la gouverne avecaagesse , jusqu'en 1101, sous le titre de Grand Comte. C'est ainsi que d'obscurs chevaliers mirent fin à la domination musulmane en Sicile, et que cette ancienne province de l'empire byzantin et de l'église grecque fut replacée sous In juridiction pontificale.

Conquéteen Terre-Ferme, 1074-1084. — Pendant que Roger achève la conquête de la Sicile, Robert s'applique à mettre sous ses lois toutes les possessions des Grecs et des Lombards. Avec le secours des Amalfitains et du comte normand de Capoue , il assiège son beau-frère Gisulfe II dans Salerne , et se rend maître de cette ville importante (1077). L'année suivante , Bénûvent tombe en son pouvoir , et la domination lombarde y finit dans la personne de Landulfe VI (1078). Tournant alors ses armes contre les villes grecques , Guiscard s'empare de Bari,de Tarante et d'Otrante, derniers asiles de la domination byzantine eu Italie (1080).

1081-1084. — Robert veut poursuivre ses succès au delà dé la mer. Il va assiéger Durozio, qu'il prend d'assaut après une grande victoire remportée sur Alexis Comnène. Rappelé en Italie , il fait lever le siège de Rome à l'empereur Henri IV , et ouvre un refuge au pape Grégoire VII. Il reprend ensuite ses projets sur l'empire grec; mais , après une victoire navale, la mort surprend ce grand homme à Céphalonie (1084).

Après la mort de Robert Guiscard, son second fils, Roger Bursa , fut duc de Fouille au détriment de

Bohémond. Mais ni ce prince ni son (ils Guillaume ne soutinrent l'honneur de leur race. La mort de ce dernier livra au fils de Roger I er , comte de Sicile , la succession de Robert Guiscard, et les possessions des deux brandies normandes se trouvèrent ainsi réunies en 1133.

Royaume des Deux-Siciles , 1130. — Roger II , tout puissant dans l'Italie méridionale par l'héritage de Guillaume II, prit le titre de roi , dont l'anti pape Anaclet II , son beau-frère , et ensuite Innocent II , lui donnèrent la confirmation. Malgré les efforts de l'empereur Lothaire II et des Pisans, il se maintint dans ses possessions , se rendit maître de Naples en 1139, lutta avec avantage contre les forces navales de l'empereur Manuel, forma des élablissemens en Afrique , et fonda sur des institutions utiles une puissance qui allait bientôt passer à des princes d'une autre famille.

§ II. — Républiques maritimes.

Les conquêtes des Normands avaient fait disparaître les républiques campaniennes de Kaples , d'Amalfi, de Gaéte, pendant que trois autres cités de l'Italie, enrichies comme elles par le commerce de la mer, consolidaient leur indépendance , et commençaient à faire sentir à leurs voisins leur importance politique. Ces républiques naissantes étaient Venise, Gènes et Pise.

Denise. — Depuis que les Vénitiens, en se donnant un duc , avaient annoncé l'intention de se gouverner eux-mêmes , les empereurs grecs n'avaient conservé qu'un patronage honorifique sur des républicains qui s'avouaient sujets de l'Empire pour mieux assurer leur liberté. Chnrlemagne obtint deux des sermens stériles , et l'autorité de ses descendans ne dépassa jamais les lagunes , à moins qu'on ne regarde comme un acte de souveraineté la charte par laquelle le roi Gui confirma, en 881, les privilèges dont Venise était dès long-temps en possession.

Depuis cette époque jusqu'au milieu du siècle suivant , la Seigneurie ne posséda sur le continent que les terres riveraines des deux Piaves*. Vers l'an 669 , sousledogat de Pierre Catidiauo III , l'enlèvement des fiancées vénitiennes par des pirates Istriot es donna lieu a UDe rupture hostile avec les états slaves d'IIlyrie. D'abord les forbans de Narenla et de Capo d'Istria furent rendustributaires, et bientôt les villes grecques de la cole illyrienne, Zara, Triesle, Pola, Trau , Raguse , Spalatro , toujours menacées ou rançonnées par les rois croates et dalmales, demandèrent à Venise une protection que Byzauce ne pouvait plus leur donner. Le doge Urséolo 11 leur imposa des podestats vénitiens, et prit le litre de duc de Dalmatie (897). Dès-lors la république domina sur la mer Adriatique ; mais ses divisions intestines , et surtout la rivalité des Morosini et des Caloprini , retardèrent les progrès de sa puissance pendant le onzième siècle. Les croisades devaient lui ouvrir une vaste carrière.

Gènes et Pîse. — Ces deux républiques naquirent de l'anarchie qui commença en Italie après la déposition de Charles le Gros , en 888. C'est à cette année que les Génois rapportent l'origine de leurs consuls , de leur sénat, de leur assemblée du peuple , et de toutes leurs, anciennes formes municipales , que le roi Bérenger II reconnut par une charte de l'an 058. Pise se donna dans le dixième siècle des institutions à peu près les mêmes , et, comme Gênes, elle chercha sa prospérité dans le commerce maritime. Les premiers ennemis que ces deux cités eurent à combattre furent les Sarrasins ; Gènes fut pillée par ces pirates en 936, et Pise en 1005. C'est par ces deux désastres que commence l'histoire de leur prospérité.

1017. Le besoin de s'unir contre l'ennemi commun lit conclure la première alliance connue entre les Génois et les Pisans. Leurs flottes attaquèrent d'abord la Sardaigne, qui servait de rendez-vous et d'asile aux Musulmans. Les Pisans la conquirent deux fois sur Mougheit , roi de Dénia et de Majorque , et en restèrent maîtres en 1050. Les Génois s'établirent dans la Corse , dont la possession était nécessaire à leur sûreté. Mais les deux républiques ayant élevé des prétentions opposées sur ces deux grandes îles , il s'ensuivit de longues guerres , qui , après un siècle et demi , devaient amener la ruine de la puissance pisane.

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