‹ Précis de l'histoire du Moyen Âge par m. des MichelsChapitre 44 sur 75 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

De l'Empire grec et tic la domination musulmane.

jj I. — Empire grec- État de l'Empire. — Entouré de toutes parts Je nations barbares encore mal assises et souvent ébranlées ou déplacées par des secousses subites, l'Empire est exposé à des assauts continuels et à des invasions fréquentes. A l'ouest , les Slaves de l'Iilyrie, harcelant l'Épi re et la Macédoine, donnent la main aux Bulgares, que le Danube protège, et que le mont Hémus ne peut arrêter. Dans les contrées laissées désertes par les Avares, vont se succéder les Hongrois et les Petchénègues , qui sauront se faire jour à travers la Bulgarie pour venir ravager les provinces grecques. Au nord de la mer Noire , les Russes menaceront Constantinople de leurs Hottes et de leurs armées, et subjugueront les Turcs Khozares, ces fidèles alliés de l'Empire dont ils dérendaient la frontière caucasienne. Plus tard , une autre race de Turcs , les SeIdjoucid.es , franchiront le mont Taurus; et , plus heureux que les khalifes, apporteront en deçà de cette barrière la dominai ion musulmane. Nous avons vu

les Sarrasins , maîtres de la Sicile , disputer aux Lombards les provinces grecques d'Italie, et céder cette proie à d'autres conquérons. Leurs succès dans l'Archipel seront encore moins durables.

Si nous jetons les yeux sur la cour de Byzance et sur l'état inoral de la nation, nous ne rencontrons partout qu'abjection et misère. Depuis la mort d'Héraclius jusqu'à l'avènement des Comnènes , pendant l'espace de quatre cent quarante ans, les annales byzantines présentent une succession uniforme de crimes rarement interrompue par l'apparition de quelques princes guerriers, plus rarement encore par celle d'un prince vertueux. Au milieu de révolutions sans intérêt et d'usurpation sans grandeur, une superstition universelle dégrade le culte et la inorale publique, en donnant matière aux plus indécentes querelles, et en servant d'instrument à la politique.

Querelles religieuses. — Depuis qu'Irène avait fait l'établir le culte des images par le second concile général de Nicée ,en 787, la secte des iconoclastes s'affaiblissait chaque jour sans désespérer de sa cause. Relevée parïhéophile, elle fut proscrite par sa veuve Théodora , pendant la minorité de son iils Michel III (84a). Le succès de son zèle orthodoxe animant cette princesse contre l'hérésie, elle lit la guerre aux Pau- Jiciens , qui remplissaient le Pont et l'Arménie , et fit couler le sang de cent mille sectaires.

Schisme de V Église grecque , 861-1054. — Le fils de Théodora, poussé au vice par les conseils et les exemples de sou oncle Bardas, s'irrite desremou-

trauces du patriarche Ignace, et fait asseoir sur le siège de Conslanlinople le savant Pholius, sou capitaine des gardes. Un concile approuve ce changement ; mais le pape Nicolas I er excommunie l'intrus, qui l'excommunie à sou tour. Bientôt la fin tragique de ses deux protecteurs, eu 867, laisse Photius sans appui, et Basile le Macédonien l'exile, et rétablit Ignace. Le huitième concile œcuménique donne à cet acte de justice la sanction de son autorité , et mccoutente le saint Siège , en soumettant les Bulgares , récemment convertis, à la juridiction de Coustantïnople(S69}. La mort d'Ignace , en 873 , fait rendre à Pholius la diguité patriarcale , et le pape Jean VIII le reçoit à sa communion, espérant, par cette indulgence, le faire renoncer au gouvernement de l'Église bulgare. Son attente fut trompée , et depuis ce moment , la division éclate entre les pontifes romains et les patriarches de Constantinople. Cette malheureuse querelle aboutit, en 1064, à la séparation complète des deux Églises.

Guerres avec les Russes , 865-1046. — Les pirates de la Scandinavie, transplantés sur les côtes du Pont- Euxiu , n'avaient pas renoncé à leurs habitudes , et la mer, qui les séparait des richesses de Byzance, devait tenter leur courage aventureux. Les premiers coiiquérans de Kief, Ascold et Dir , descendirent le Borysthèneen 885, et l'apparition de leurs navires devant Conslanlinople y troubla les plaisirs de Michel III. Les flottes russes pénétrèrent encore deux fois dans le Bosphore , en 004 et 041 , sous le règne du grandprince Igor , (ils de Rurik, et les empereurs Léon le

Philosophe et Constantin Porphyrogénète les éloignèrent par le feu grégeois et par des promesses.

Constanlinople courut un plus grand danger lorsque Swiatoslaf, vainqueur des Kbozares , des Petchénègues, des Hongrois et des Bulgares, voulut établir sa nation sur la rive droite du Danube. Mais Jean Zimiscés régnait alors à Byzance; sa valeur chassa les Russes de la Thrace, et dicta la paix au Grand- Prince (972).

Saint Wladïmir fit aussi la guerre à l'Empire, et rechercha ensuite l'alliance de l'empereur Basile II, dont il épousa In sœur (988). Converti au christianisme à la suile de ce mariage, il s'appliqua a policer sa nation par l'Évangile, et attacha la Russie a l'Église grecque. Dès-iors les relations des Russes avec Byzance furent toujours amicales, si on en excepte une expédition malheureuse d'Iaroslaf(1046). Les longues divisions qui suivirent le règne de ce prince ne permettaient plus aux Russes de se répandre au dehors, et leurs guerriers mercenaires s'enrôlèrent sous les drapeaux byzantins.

Guerres avec les Bulgares. — Nicéphore le Logothète avait péri en combattant leur roi Crum , un des pins féroces dévastateurs de l'Empire (81 1). — Lorsque les Bulgares eurent reçu de Constantinople la lumière de la foi (86S) , leurs incursions devinrent moins fréquentes. Cependant Simcon , le plus grand de leurs rots, alla deux fois assiéger la capitale de l'Empire , entre les années 888 et 987. Après lui , le royaume bulgare fut frappé au cœur par l'invasion de Swiatoslaf, et le prince qui aurait pu en relever la

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gloire ne put qu'en retarder la chute. Vingt-six campagnes, offensives ou défensives, remplirent le règne de Samuel (988-1014). Il eut la gloire de résister à l'empereur Basile II, qui soutenait alors nvec honneur le rang où les exploits de Nicépbore Phocas et de Zimîsces venaient de replacer le trône d'Orient. Samuel laissa à son fils Wladislas l'honneur de défendre, jusqu'au dernier soupir, l'indépendance de sa nation. La Bulgarie fut alors réunie à l'Empire (1019).

Guerres contre les Sarrasins. — Depuis leurs revers éprouvés devant Constant inople pendant le règne de LéonlTsaurieu, leâ Musulmans n'avaient plus menacé cette capitale , et leur domination n'avait pas fait de nouveaux progrès. Ils recommencèrent leurs entreprises sur terre et sur mer au neuvième siècle. Vers le même temps que les Sarrasins d'Afrique s'établissaient en Sicile , des exilés de Cordoue s'emparaient de l'île de Crète (824). Ce nouveau point d'appui donné à leurs (lottes leur inspira plus d'audace, et les provinces maritimes de l'Empire furent de plus eu plus exposées aux déprédations de leurs pirates.

Sur terre, l'Asie mineure fut plusieurs fois envahie par tes armées des khalifes de Bagdad , et , en 838 , l'empereur Théophile vit avec douleur la ruine d'Amorium , sa ville natale. D;ms le siècle suivant , Nicêphore Phocas rétablit l'honneur des armes impériales. Général de Romain II , il reconquit la Crète ; empereur , il chassa les Infidèles de Chypre , de la Cilicie , et s'avança en vainqueur jusques aux bords du Tigre (863-069). Zimiscès marcha sur ses traces; mais la mort arrêta le Vainqueur de C Orient dans la conquête

de la Syrie (976). Les victoires de ces deux empereurs ne furent pas poursuivies par leur successeur Basile II, dont la vie entière se consuma en exploits contre les Bulgares. Son gendre , l'empereur Romain Argyre, reporta la guerre eu Asie , el ses succès, réparant un premier revers , ébranlèrent le khalïfat de Bagdad , déjà tant épuisé par ses divisions. La domination romaine semblait relevée en Orient. Maïs peudant que deux femmes , Zoé et Tljéodora , indignes filles de Basile II, prostituaient la pourpre , au gré de leurs passions, à un changeur de monnaies , à un calfateur de navires, ou à des courtisans débauchés , il s'élevait an delà de l'Eupbrate un ennemi nouveau, également formidable aux khalifes de Bagdad et aux empereurs de Byzance.

Guerres contre les Turcs Seldjoucidcs, 1063-1074. — Ces nouveaux Musulmans, après avoir détruit la domination des Gazné vides, et pris les khalifes Abbassides sous leur tntèle, attaquèrent l'empire grec, et lui enlevèrent l'Asie mineure. {Voy. le § II.) Celte invasion jeta l'alarme dans la chrétienté , et y prépara les esprits aux guerres saintes.

Avènement des Comnènes , 1 081. — Depuis la fin de la dynastie macédonienne, en 1028 , l'histoire byzantine a\ait ajouté au dégoût qu'elle inspire une complication de règnes qui fatiguent sans fruit la mémoire. Parmi les princes, que des intrigues de cour ou la faveur militaire placèrent sur le trûne , on distingue le vertueux Isaac Comnène , qui ne paraît que pour annoncer les hautes destinées de sa famille (1056). — Son neveu Alexis, après avoir délivré

Nicéphore Botoniate de deux compétiteurs, le détrône lui-même, et se met à sa place. L'histoire de sa race va se perdre dans celle des Croisades.

§ II. Empire musulman.

Depuis la révolution qui avait renversé les Oinmiades du trône de Damas , l'empire mahométan se trouvait divisé en deuxkhalifals, et les émirs d'Afrique sciant rendus indépendans , le plus puissant d'entre eux finit par s'arroger le titre et les honneurs de Commandant des Fidèles. Le nombre de khalifaf s fut ainsi porté a trois.

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