‹ Précis de l'histoire du Moyen Âge par m. des MichelsChapitre 8 sur 75 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Suite et fin de l'invasion des Barbares. — Établissement et domination des Ostrogofhs en Italie. — Origine du royaume des Lombards et de l'exarchat de Rnvenne. — Invasion de la Grande-Bretagne par les Anglo-Saxons. — Émigration des Slaves , des Avares et des Bulgares.

. § ï. — Règne de Thèodoric- le- Grand, 489-820.

Les Goths orientaux, délivrés du joug des Huns par la défaite d'Irnak eu 455 , s'étaient fixés dans la Pannouie , du consentement de l'empereur Marcien , qui leur confia la défense du Danube. Ils obéissaient à trois frères, Walamir, Théodemîr el Widimir. Thèodoric, fils de Théodemir, fut élevé comme otage à la cour de l'empereur Léon I er , qui l'adopta par les armes. Après la mort de ses oncles et de son père , il fut reconnu pour roi par les Ostro goths Walamirs. Les services qu'il rendit à Zénon contre l'usurpateur Basiliscus lui méritèrent les titres de patrïce et de consul. Mais la défection des Goths Triariens ayant entraîné celle des Walamirs, Thèodoric se vit contraint de faire la guerre aux Romains orientaux. Pour éloigner un ennemi si redoutable, la cour de

Byzance lui délégua les droits de l'Empire sur l'Italie, et l'invita à les faire valoir.

Conquête de l'Italie, 489-493. — Les Ostrogoths se mettent en marche pour l'Italie , et dispersent les tribus gépides , slaves el bulgares qui devaient leur en fermer le chemin. Après avoir vaincu sur les bords du Soutins les troupes mercenaires d'Odoacre , Théodoric s'empare de l'Isf rte et de la Yéuétie et remporte une seconde victoire près de Vérone. Le vainqueur éprouve à son tour des revers dans la Ligurie; mais un secours de Visigoths rétablit sa fortune. Le roi des Hérules , battu de nouveau sur l'Adige , se réfugie à Ravenne, où les Goths vont l'assiéger. Pendant le blocus, qui dura deux ans, Théodoric reçoit la soumission de Rome et de toute l'Italie. Pour se le rendre favorable , le roi des Vandales, Trasimond , lui cède la Sicile.

483. — Désespérant d'une plus longue résistance , Odoacre se livre à Théodoric sur la promesse de partager avec lui le gouvernement de l'Italie. Mais le roi des Goths le fait égorger au milieu d'un festin. A l'exemple des derniers Césars , il fixe sa résidence à Ravenne , prend le titre de roi d'Italie, et se fait reconnaître en celte qualité par l'empereur Anastase.

Sans sortir de l'Italie , Théodoric ajouta à son roya\ime l'illyrie , la Paunonie , la Norique et la Rhétie. Les Bavarois devinrent ses tributaires; quelques tribus ailemaniques sollicitèrent son patronage pour échapper à celui de Clovis. Une guerre contre Jes Bourguignons lui valut la seconde Narbounaise ; la victoire d'Arles lui acquit le reste de la Provence et

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la Septimame , pendant que la minorité de son petitfils AmaWic amenait la réunion temporaire des deux grands États fondés par lcsGoths.

Relations étrangères. — Thcodoric s'appliqua d'abord à se concilier la cour byzantine par ses déféreraces. Il voulut persuader à l'empereur Anastaseque la souveraineté impériale n'avait reçu aucune atteinte en Italie. Mais lorsqu'on lui demanda autre chose que des hommages , il jeta le masque de la soumission , et défendit avec vigueur l'indépendance de sa couronne. A l'égard des rois barbares , il eut l'ai t de les placer presque tous sous sa dépendance par des liens de famille ou de protection.

Gouvernement. — Le conquérant de l'Italie , voulant donner pour bases à son Empire la propriété territoriale et la force des armes, distribua à ses guerriers le tiers des terres conquises, et leur réserva l'honneur comme les charges du service militaire. Il leur interdit la fréquentation des écoles, et les rendit par là inhabiles aux emplois civils , qui restèrent le privilège des Romains. Les deux nations se trouvèrent ainsi séparées par leurs capacités respectives ; mais elles furent soumises à la même loi civile, qui n'était autre que le droit romain modifié par l'édit de Théodoric.

La royauté, modelée sur l'autorité impériale, était absolue comme elle ; car il ne paraît pas que les réunions armées qui avaient lieu chaque année aient pris aucune part aux délibérations publiques. Les lois, discutées dans un conseil d'État , n'étaient communiquées que pour la forme au sénat de Rome, dont h.

Théodoric avait conservé le fantôme , ainsi que toute la hiérarchie administrative de l'Empire. L'ordre ancien ne fut modifié que par rétablissement des comtes goths , chargés de rendre la justice aux barbares , et de commander la force publique. Celte force consistait dans l'armée nationale , toujours disponible et rarement employée , et dans des corfjs de troupes mercenaires chargés de protéger la tranquillité iutérïeure et la sûreté des frontières. Les côtes., souvent assaillies par les Grecs , ou inquiétées par les pirates , furent défendues par mille légers navires appelés dromon.es ou corsaires.

L'agriculture et les arts industriels fleurirent à l'ombre de la paix et de la liberté civile. La division des terres en multiplia les produits , et l'Italie , naguère à la merci de l'Afrique et de la Sicile , put suffire à la nourriture de ses habitans. Les contributions arrivèrent sans peine dans les coffres de l'État, et fournirent au prince les moyens de réparer les maux de l'invasion, d'animer toutes les industries , et de déployer une magnificence royale dans les monumeus d'utilité publique ou de pure ostentation. On sait que Théodoric fut un des plus généreux protecteurs des lettres et des arts : il eut pour amis et pour ministres les plus heaux génies de son siècle. De ce nombre furent le consul Boèce, l'évèque Ennodius, et surtout le préfet du prétoire Cassiodore , qui fut le glorieux instrument et peut-être le promoteur des grandes idées de Théodoric.

Ce grand homme montra une raison supérieure à son siècle dans les affaires de religion. Quoiqu'il pro-

fessât avec toute sa nation , les erreurs d'Anus , l'esprit de secte ne l'égara jamais. Il ne fut ni persécuteur ui intolérant ; et si on le trouve quelquefois partial, c'est toujours en faveur du catholicisme. Cette tolérance fut un moment sur le point de se démentir, lorsque l'empereur Justin se mit^à persécuter les Ariens en Orient. Théodoric menaça d'user de représailles contre les Catholiques. La crainte d'une persécution se répandit en Italie; quelques ambilieux, profitant du mécontentement général, tramèrent une conspiration, qui fut déjouée. Mais Boèce etson beaupère Syramaque , impliqués dans le complot , furent cruellement torturés , et mis à mort sans jugement. Théodoric reconnut trop tard leur innocence , et les remords qu'il éprouva troublèrent sa raison et hâtèrent la fin de ses jours (5S6).

536. — A la mort de Théodoric, ses deux petits-fils se partagèrent l'Empire gothique. Atnalaric , fils d'AlaricLï, fut proclamé roi parles Visigoths d'Espagne; les Ostrogoths reconnurent le jeune Atlialaric, né du mariage d'Amalasonte avec un prince de la famille de Théodoric. Cet enfant régna sous la tutèle de sa mère , et termina bientôt sa carrière,

§ 11. — Décadence et chute du royaume des Golan , 534-554.

534 630. — La mort d'Athalaric faisant déchoir sa mère d'un pouvoir qu'elle avait exercé au profit des

Romains , Amalasonte employa fout son crédit pour faire élire son cousin Théodat , qui promettait de partager avec elle la souvéraine puissance. Trompée dans son attente, elle se disposait à quitter l'Italie lorsque Théodat la fit enfermer et mettre à mort. II donna ainsi ^un prétexte de guerre à Justinieu , qui envoya contre lui Bélisaire , le destructeur des Vandales africains. La Sicile se soumit sans combat , Naples et Rome tombèrent au pouvoir du général romain , et Théodat fut mis à mort pal- les siens pendant qu'il marchandait secrèlemeut sa soumission.

636-540. — Viligèsjélu à sa place, lit alliance avec les Francs et tes Perses contre l'Empire d'Orient. Trahi par les Francs, abandonné par les Italiens, il succomba dans Ravenne en 540 , et alla finir ses jours dans une honorable mais courte captivité. Bélisaire, calomnié à la cour, fat rappelé par Justiniën qui l'envoya combattre les Perses.

541-552. — L'absence de Bélisaire ranima le courage des Goths , et le génie de leur roi Totila releva un moment leur fortune. Vainqueur des Grecs à Faenza, ce guerrier recouvra en peu de temps Rome et la plus grande partie de l'Italie. La courdeByzance, effrayée, se hâta de rendre à Bélisaire le commandement de l'armée ; mais ce héros , dénué de ressources , borna ses succès à la reprise de Rome devenue déserte. II demanda lui-même et obtint son rappel (548). L'ennuque Narsès fut chargé de la guerre , et remporta sur Totila, blessé et mouraut, la victoire de Leutagio, qui décida du sort de l'Italie (558).

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