En vain Téias, successeur de Totila
entreprit de soutenir une lutte inégale: il fut aussi vaincu et tué près de Cumes. Deux corps auxiliaires de Francs, arrivés trop tard pour le secourir , furent détruits sur les bords du lac de Garda, ou taillés en pièces près de Casilin. Un frère de Téias , Aligern , tenta quelques vains efforts qui n'amenèrent qu'une capitulation. Les restes de la nation gothique abandonnèrent l'Italie , qui redevint une province de l'Empire.
654-568. — IVarsès gouverna quinze ans l'Italie en qualité de duc ou d'exarque , mais sa cupidité l'ayant rendu odieux aux Romains, le sénat demanda son rappel à l'empereur Justin II. L'impératrice Sophie ayant insullé à la disgrâce de l'eunuque par une lettre outrageante, Narsès n'écoute que son ressentiment , et invita des Lombards à la conquête de l'Italie.
§ III. — Invasion des Lombards en Italie, 568.
Ce peuple , originaire des bords de l'Oder , et depuis long-temps errant sur la rive gauche du Danube, avait élë attiré par Justiaien dans la Pamionie après la mort de Théodoric. Pendant qu'Alboin régnait sur les Lombards, les Avares arrivèrent du fond de l'Asie, et s'unirent aces barbares pour faire la guerre aux Gépides. Cunimund, dernier successeur d'Ardaric, fut tué, dans un combat , de la main d'Alboin , qui épousa sa fille Hosanionde. La Dacie envahie resta au khan des Avares, et les Lombards rentrèrent dans la
Pannonie chargés de butin (566). Deux ans après celle expédition , ils furent appelés en Italie.
Alboin^ 568-573. — La nation entière des Lombards franchit les Alpes Juliennes avec un corps nombreux de Saxons et de Bavarois qui s'étaient associés à leurs espérances. Alboin s'empare sans combat de la Carniole , de la Vénétie et de la plus grande partie de l'Italie tv.inspadane. Milan ouvre ses portes comme les autres villes, et le conquérant s'y fait proclamer roi d'Italie. Pendant qu'une partie de l'armée tient Pavie en état de blocus, Alboin passe le Pô et va subjuguer la Ligurie , l'Emilie , la Toscane, l'Ombris , et peut-être le Samnium. Au retour de cette expédition , il se rend maître de Pavie , dont il fait ia capitale de son royaume.
Les conquêtes des Lombards sont partagées en trente-six duchés , dont le gouvernement est assigné aux principaux compagnons d'Alboin. Ces duchés, dont les plus considérables furent ceux de Frioul , de Spolète et de Bénévent , devinrent bientôt héréditaires.
Toute la côte d'Italie , depuis l'embouchure du Pô jusqu'à eelle de l'Aruo , Gènes et quelques villes de l'intérieur , restèrent sous la puissance des empereurs d'Orient, et formèrent une province gouvernée par un exarque , qui résidait à Ravenne. Plusieurs villes maritimes, telles que Venise, Kaples, Gaule, Amalfi, etc. , commencèrent dès-lors à se rendre indépendantes de la cour de By/.ance. La durée de l'exarchat , commencé à l'arrivée de Longin , en 608,
devait se terminer à ia prise de Havenne par les Lombards, en 782.
Mort d'Alboin, 573. — Après cinq ans d'un règne sans repos , le conquérant de l'Italie fut mis à mort par l'ordre de sa femme Rosamonde , dont il avait irrité la douleur filiale en la forçant de boire dans le crâne de son père Cunimund. Cette reine criminelle se déroba par la fuite à la fureur des Lombards ; et se réfugia dans Ravenne avec sou séducteur Hemilchild, qu'elle trahit à son tour , et qui la força de partager aveclui une coupe empoisonnée.
Aristocratie, 575-585. — Après la mort violente de Cleph , successeur d'Alboin , les ducs Lombards laissèrent le trdne vacant , et substituèrent à la royauté un gouvernement fédératif; mais les divisions intérieures et la nécessité de s'unir contre les Grecs et les Francs les ramenèrent à l'unité monarchique.
Autharis, Agiluïfe , Rotharis , 585, etc. — Le roi Autharis, fils de Cleph , recouvra les provinces perdues, et s'avança jusqu'au détroit de Rhegium. Vainqueur des Grecs , il remporta aussi une victoire sur les Francs ; mais il ne put empêcher leurs fréquentes incursions. La veuve d'Autharis, la sage Tbéodelinde, ayant donné pour roi aux Lombards un prince courageux et pacifique dans la personne d'AgiluIfe , la nation jouit pour la première fois de la paix ; et les efforts réunis des deux époux , que secondait le pape saint Grégoire , propagèrent la religion chrétienne parmi les Lombards, encouragèrent l'agriculture , et commencèrent la civilisation de ce peuple sauvage.
De bonnes lois manquaient encore aux conquérans
de l'Italie ; Rotharis fut leur législateur. Après avoir rétabli l'ordre dans l'État et conquis la Ligurie maritime, ce prince publia à la diète de Pavie , tenue en 643 , un code de lois qui fut amendé et développé sous les règnes de Grimoald et de Luitprand. Ces deux rois sont les seuls qui méritent d'être tirés de l'oubli durant l'anarchie qui suivit la mort de Rotharis.
§ IV. — Invasion des Anglo-Saxons.
Avant la conquête des Romains , la Bretagne était habitée au nord par les Calédoniens, divisés en Pietés et Scots ; à l'ouest par les Gallois , Welches ou Cambriens ; au sud-est et au centre par les Logriens. Tous les efforts des empereurs n'avaient pu assujettir les Calédoniens , et ces intrépides montagnards ne cessèrent d'assaillir la Bretagne romaine, malgré les deux retrancbeinens qu'Adrien et Sévère avaient opposés à leurs incursions.
î.orscpie l'Empire fut de toutes parts attaqué par les barbares, la cour de Ruvenue rappela les légions qui auraient pu défendre la Bretagne romaine. Rendues ou plutôt condamnées à leur première indépendance , les cités bretonnes se con fédérèrent pour résister aux Pietés et aux Écossais , et nommèrent un Penteyrn ou généralissime, chargé de pourvoir à la défense commune.
Mais les Calédoniens n'en continuèrent pas moins leurs courses dévastatrices , et ce fut en vain que les
Bretons implorèrent le secours du patrice Aétius , alors maîlre de la milice dans les Gaules.
Descente des Saxons , 448. — Pressés par leurs ennemis , les Bretons dégénérés ne pouvaient plus se défendre eux-mêmes. Le penleyrn Wortigera appela à son atde les Saxons du Holstein et du Jutland. Quinze cents de ces pirates débarquèrent sous les ordres d'Hengist et d'Horsa , et battirent les Pietés près de Stand ford. Pour prix de ce service, ils obtinrent l'île de Tbanetetla promesse d'un tribut.
Royaume de Kent, 458. — Des différends s'étant élevés entre les Bretons et la colonie de Thanet , une lutte longue et sanglante s'engage entre les insulaires et les étrangers. Hengist, vainqueur de Wortigern el de son (ils Vortimer, s'établit dans le territoire de Cantium ou Kent, et y fonde le premier royaume saxon.
Royaume de Sussex, 491. — Les Saxons, chaque jour renforcés par de nouveaux a\euluriers, continuent le cours de leurs brigandages. Ella, soutenu par Hengist, défait le penteyrn Ambrosius, et fonde le royaume de Sussex.
Royaume de Wcssex , 518. — La défaite et la mort de INazaléod , successeur d'Ambrosius, livre à Cerdic et à ses compagnons la contrée sud-ouest du pays des Logriens ; ainsi s'établit le royaume de Wessex.
Les progrès des Saxons furent arrêtés par Arthur, prince de Caérléon, qui remporta vers l'an 520 la victoire de Badon-Hill, et dont les exploits sauvèrent l'indépendance de la nation cambrienne.
Royaume d'Essex , 626. — Les Saxons , affaiblis , se divisent , et Erkenwin détache le pays d'Essex du royaume de Kent.
Descente des Angles , 547 . — La nation des Angles abandonna à son tour les bords de l'Eyder pour s'établir dans la Grande-Bretagne , à l'exemple des Saxons.
Royaume de Norlhumberland , 847. — Conduits par Idda et ses douze 51s , ils débarquèrent à Flamborough, et s'emparèrent de tout le pays situé entre l'Humber et le Forth. La conquête des Angles fut divisée après la mort d'Idda eu royaumes de Deïre et de Bernicie ; mais Etlielfrid les réunit en 590 , et toute la contrée prit le nom de royaume de Nortbumberland.
Royaume d'Est-Anglie , 671. — Une troupe d'Angles, détachée de l'armée d'Idda , avait déjà formé une colonie sur la côte , lorsque Offa , un de leurs chefs , prit le titre de roi d'Est-Anglie.
Royaume de Mercie , 584. — Peu d'années après , Crida établit sur la limite des Cambriens le royaume de Mercie, qui fut le dernier des sept États fondés par les Germains dans l'île d'Albion , et connus dans l'histoire sous le nom à'Heptarchie
Les résultats de l'invasion anglo-saxonne furent la destruction, l'exil ou la servitude de la population britannique. Une partie des vaincus, refoulés dans le pays de Galles et de Cornouailles , y défendirent
(■) Ftyez le tableau géographique do celte fédération dam noire H. Stoire générale du moyen âge, tome ] , page 155.
avec succès l'indépendance nationale. Il s'y forma cinq principautés souveraines , qui furent un moment réunies, en 843, par Roderic-le-(irand. Les Bretons de la côte méridionale se réfugièrent en grand nombre dans l'Armorique, où ils se maintinrent longtemps en corps de nation , et qui a reçu d'eux le nom de Bretagne.
§ V. — Emigration des Slaves.
On peut classer les tribus Slaves suivant les trois principales directions qu'elles suivirent en abandonnant leur terre natale.
1° Slaves septentrionaux . — Nous donnons ce nom aux Slaves proprement dits qui , vers le commencement du cinquième siècle , furent refoulés vers le nord , dans le pays des Finnois. Ils fondèrent sur le lac Ilmen une ville nommée Slavensk , dont on croit reconnaître les ruines à Staroié-Goroditsché. Dans le même temps, suivant une hypothèse plausible, les Roxolans, formés d'un mélange des Rossi et des Alains, bâtirent Kief, sur le Borysthène ; mais, chassés a leur tour par d'autres barbares, ces Russes primitifs allèrent se joindre aux Slaves septentrionaux, et fondèrent avec eux la ville de Novogorod, qui fut si long-temps la métropole du Nord.
3" Slaves occidentaux. — Les Venèdes ou Wendes s'établirent , vers les cinquième et sixième siècles, entre l'Elbe et la mer Baltique, dans les contrées
laissées désertes par l'expatriation des Suèves et autres peuplades germaniques. Leurs principales tribus étaient les Obotrites, les "Wilses, les Lusaciens, les Poméraniens, qui se fixèrent près des côtes, et les Moraves , les Tchèques et les Leckhes ou Poléniens , qui fondèrent dans l'intérieur des terres des États plus puissans , et dont deux subsistent encore.
Vers l'an 550 , les Tchèques chassèrent les Marcoinans du pays des anciens Boïens , et prirent le nom de Bohémiens . Ils y fondèrent la république de Prague , qui fut plus tard subjuguée par les Avares. Uu marchand franc, nommé Sa mon , les ayant délivrés de ce joug étranger , les Tchèques formèrent de nouveau un corps de nation , et leur confédération prit quelque consistancelorsqu'elle se donna un chef unique dans la personne de Prémislas , dont on ne connaît guère que le nom.
Les Polonais u'ont pas une origine plus authentique : on les fait descendre des Leckhes ou Poléniens , qui partirent des environs de Kief, sous la conduite de Leckh, leur premier woiévode, vers l'an 650, Les villes de Poznan et de G-nezne rapportent leur fondation à ce conquérant, peut-êlre fabuleux , et Cracovie lire son nom de Cracus , qui bâtit , dit-on , cette ancienne capitale de la Pologne. Des dissensions aristocratiques déchirèrent ce pays de bonne heure, et l'exposèrent aux attaques de ses voisins. Un autre Prémislas sauva la nation, et fut proclamé Krol ou roi , eu 750.
3° Slaves méridionaux. — t.es Antes ou Slaves de la nier Noire paraissent au nord de -la Dacie vers
l'an 627. De même que les MoraYes el les Bohémiens, ils subirent la domination des Avares; mais, après la défaite du khan Baïan devant Constanlinople , en 626, ils se révoltèrent contre leurs oppresseurs , et l'empereur Héraclius leur permit de s'établir dans l'Illyrie. Telle est l'origine des anciens royaumes ou itaniiats de Croatie , de Dalnialie , d'Esclavonie , de Bosnie et de Servie. Les Slaves illyriens se livrèrent à la piraterie, et leurs vaisseaux infestèrent longtemps les mers de l'Adriatique et de l'Archipel.
Les villes maritimes de Trau et de Zara résistèrent à ces bai baies qui avaient dévasté toute la contrée. Spalatro et Raguse , fondées par les fugitifs de Salone et d'Epidaure, restèrent également sous l'autorité des empereurs , et fireut partie de la province ou thème de Dalmatie.
§ VI. ■ — Avares et Bulgares.
Avares. — Ce peuple , souvent confondu avec les Uuns, n'était qu'un débris de la grande nation des Tartares-Géougeu , qui dominait depuis l'an 402 dans les environs des monts Altaï, el qui fut détruite en 662 par les Turcs, aidés des Chinois. Sur les ruines de cette domination, le khan Dysuhule avait fondé un puissant empire, d'où sortirent plus tard les Khozares et les Seljoucides , qui se rendirent si formidables à l'Empire d'Orient.
Les Ogors échappèrent a la destruction des Géou-
( M ) , gen dout ils faisaient partie , et se dérobèrent par la fuite à leurs ennemis. Conduits par le kakhan Varkhouni , ils passèrent le Volga , et arrivèrent en Europe sous le nom d'Avares. L'empereur Justinien les engagea à s'établir/dans la Dacie , pour les opposer aux Gépides et aux Lombards (568). Nous avons vu comment Baïan , leur cbef, conquit le royaume des Gépides; il subjugua aussi les Antes , les Moraves, les Tchèques et les Bulgares. Long-temps redoutable à l'Empire, qu'il dévasta dans ses incursions, ce conquérant fut enfin battu devant Byzance en 6S6, et sa défaite fut le signal de la révolte des peuplades tributaires. Cependant la domination des Avares subsista long-temps encore dans les deux Pannonies , et ne fut détruite qu'en 799 par Charlemagne.
Bulgares. — Cette nation , originaire des bords du Volga , s'était avancée vers les bords du Borysthène et du Dniester, sous le règne de l'empereur Zénoo- Pendant deux siècles que les Bulgares occupèrent cette contrée , l'Empire grec fut souvent exposé aux incursions qu'ils faisaient en commun avec les Slaves ou avec les Avares. Lorsque la mort de Baïan eut rendu la liberté au monde barbare, ils ne reconnurent plus d'autre autorité que celle de leur chef Couvraie.
Après la mort de Co livra te , les Bulgares se partagèrent entre ses deux fils. L'un, nommé Alezécus, fut appelé en Italie par un duc de Bénévent, qui établit sa tribu dans les environs de Molise. Asparouk se mit à ravager la Thrace av^c le gros de la nation, et vendit ensuite son alliance à l'empereur Constantin
Pogonat , qui lui abondouna la Mésie déserle ,en 879. On peut regarder Asparouk comme le fondateur du premier royaume de Bulgarie.