‹ Précis de l'histoire littéraire des Pays-BasChapitre 10 sur 12 · ERKCIS · texte numérisé non relu

ERKCIS

d'Ossian, il publia, d'abord par livraisons et ensuite en un seul volume , un Essai de poésies édifiantes. Ses Poèmes et Méditations parurent en ly^'yjses Chants Néerlandais , en 1779? et ses Mélanges en prose et en vers , en 1785. Ce dernier recueil contient, entre autres, la belle cantate le Firmament, inimitable dans sa simplicité sublime. Enfin en 1801 et 1802, il fit paraître les Essais de Chansons et Cantiques pour le culte public. Les pièces les plus, remarquables de ce recueil, se retrouvent dans les Chansons évangéliques, en usage dans la communion réforme'e.

Jacques Bellamy naquit à Flessingue en 1757, et mourut en 1786 à Utrecht, où il étudiait la théologie. Ses dispositions pour la poésie étaient des plus heureuses. Doué d'une sensibilité profonde, d'un génie audacieux et d'une imagination vive, il se serait placé au rang des plus grands poètes, qu'il égalait déjà en originalité et en élévation, si, dans sa courte carrière, il n'eut été obligé de se former lui-même et d'avoir un commerce moins assidu avec les anciens. On connaît de lui trois recueils de vers, savoir ses poésies erotiques,

DE l'histoire littÉrairi. iSq

sous le iiire de Jeugdige Gedichten (Poésies de ma Jeunesse), et réimprimées avec ses poésies posthumes eu 1790; ses Chants patriotiques, dont une seconde édition parut déjà en 1^85, et ses Hymnes (Gezangeu) publiés la même année. Ces trois recueils furent réunis plus tard en un seul volume.

Plusieurs pièces de Bellamy se distinguent tour à tour, suivant le sujet, par la force, l'élévation et la hardiesse , des sentimens doux et tendres, l'abandon et la grâce. L'auteur paraît avoir puisé toutes ses inspirations au fond de son cœur. Quelques autres morceaux, dus à sa plume, se trouvent encore dans un petit ouvrage portant pour titre : Essai pour l' esprit ^ le goût et le cœur. Le plus remarquable est un conte intitulé Roosje (Rosette) , d'une simplicité naïveet touchante. On trouvera de plus amples détails sur la vie , le caractère et les écrits de l'auteur en tête de ses Deux Seimons posthumes, publiés en 1 790. Pierre Nieuwland naquit près d'Amsterdam en 1764, et mourut en 1794 à Leyde, oii il était professeur de mathématiques, de physique et d'astronomie. La nature s'était

plue à rassembler en lui tout ce qui honore l'esprit et le cœur, et ses brillantes dispositions avaient été, cultive'es par une éducation soignée et une application soutenue. Il était destiné sans doute à devenir l'un de nos premiers poètes, si la poésie avait été ou avait pu être pour lui autre chose qu'un simple délassement. Il publia en i;;;88un petit recueil de jolis vers, qui, après sa mort, s'augmenta d'un volume de poésies posthumes. Son sublime poème dH Orion, et les vers touchans qu'il consacra à la mémoire de son épouse , suffisent seuls pour lui assurer une place distinguée parmi nos chantres célèbres. Si Je ne m'étais fait une loi de ne dire que quelques mots des poètes qui , quoique déjà morts , peuvent cependant encore être comptés au nombre des contemporains , j'aurais certainement rendu un hommage mérité à plusieurs de nos écrivains, en m'efforçant de mettre au jour toute l'étendue de leurs talens. J'aurais parlé de ce F. Helmers , dont, aux jours de l'oppi^ession, les accens mâles et hardis contribuèrent si puissamment à entretenir dans tous les cœurs l'amour de la patrie et de la

DE l'histoire littéraire. 161

liberté ; d'un J. Kantelaart , qui , riche des dons de la nature, s'était perfectionné à l'école des classiques anciens; d'un J. de Kruyff, poète élégant et instructif, et qui redoute peu de rivaux dans l'inscription et le poème didactique; de ce R. Feilh surtout, dont les talens et les vertus attirent la vénération de tous ses compatriotes, et qui, de l'aveu de tous les littérateurs, fut le premier à retirer notre poésie de l'état de faiblesse et de langueur où elle était tombée. Je me contenterai donc de citer leurs noms, tandis que je passerai même sous silence ceux de ce grand nombre d'hommes distingués qui, dans des genres divers, maintiennent et propagent encore de nos jours la gloire de la poésie nationale. Leur renommée occupe le moins instruit des lecteurs, et je ne veux point en nommant les uns et ne parlant point de quelques autres , être , en aucune manière, soupçonné de partialité. En terminant cette dernière période poétique de mon histoire , je me plais à remarquer que notre poésie , qui , par une imitation outrée et scryile des Français, était déchue de sa force et de son originaUté primitive, et

qui à la place de l'élévation et d'autres qualités essentielles ne conservait guère, pendant presque tout le dix-huitième siècle, que de l'élégance et du poli, trouva, à la fin du même siècle et au commencement de celui-ci, un grand nombre de dignes interprètes qui rendirent à la patrie les jours glorieux de l'âge d'or de notre littérature. Puisse celle gloire 6e soutenir et même s'accroître de plus en plus; et, quand le goût du jour, consiste à ridiculiser l'excès du poli et l'abus de l'élégance, travers qui de l'école de Feitama sont passés à plusieurs sociétés litléraires, puisset-on ne point outrer ce principe vrai en luimême, que c'est la nature et non l'art qui forme le poète, afin qu'on ne soit point conduit à méconnaître que l'étude et la culture de l'esprit sont des moyens indispensables à qui veut atteindre la perfection de l'art des Tsrs.

ï)f i/histoibe littéraire. 263

SECTION DEUXIÈME

PROSATEURS CKLEBRES DE l'ÉpOQUE.

Nous commencerons la liste des prosateurs de cette époque par une courte notice des historiens qui intéressent par leur style et leurs récits. Avant la fin du dix-huitième siècle, leur nombre est assez borné. Gérard Van L.oon , François Van Mleris fournirent, il est vrai, quelques matériaux pour l'éclaircissement de notre histoire générale ou de quelques points historiques particuliers; mais la plupart de leurs ouvrages n'ont aucune valeur sous le rapport du style et de la composition. Un seul mérite d^êlre cité avec éloge , c'est l'ouvrage en quatre volumes in-folio de Van Loon, publié en 17 13, sous le titre ai Histoire numismatique des Pays-Bas (Nederlandsche Historié Penningen). Les événemens les plus marquans arrivés dans les Pays-Bas depuis l'avènement au trône de Phihppe II, en 1 555, jusqu'à la paix d'Utrecht, en 1718, y sont racontés d'après le contenu

de médailles recueillies et expliquées par l'auteur. Le style en est pur , soigné et quelquefois même revêtu de couleurs assez \ives.

Nous devons de plus grands éloges encore à Jean Wagenaar, le célèbre auteur deÏHistoire nationale (Vaderlandsche Historié)." Cet homme distingué naquit à Amsterdam, en lyoQ, de parens peu aisés qui durent borner sa première éducation à l'étude de la langue française. Mais dévoré de la soif d'apprendre , et soutenu par un zèle infatigable, il surmonta tous les obstacles, étendit le cercle de ses connaissances philologiques, et cultiva avec succès la philosophie , la théologie et l'histoire. Il chercha à utiliser les trésors scientifiques qu'il avait amassés, en publiant un grand nombre d'écrits sur divers sujets. Constamment environné de l'estime des savans et des gens de bien, il consacra sa vie entière à d'utiles et honorables travaux , et mourut dans sa ville natale le i." mars de l'année 1773.

Le grand ouvrage que nous venons de citer, mérite surtout d'attirer notre attention. Il se compose de vingt volumes ou est développée

DE l'histoire LITTERAIRE. 265

l'histoire des Pajs-Bas-Unis j et pai liculièreinent de la Hollande , depuis les temps les plus reculés jusqu'à la mort de Guillaume IV, arrive'e en i^Si. L'auteur, après avoir mis dix ans à ce travail, en fit paraître le premier volume en 1749 > ^^ dernier ne fut publié qu'en 1759. Quoique des recherches ultérieures aient fait découvrir bien des imperfections dans cet ouvrage , plus d'un juge impartial et éclairé le tient encore en haute estime, pour la fidélité, l'exactitude et la véracité qui le distinguent, et nul ne conteste son grand mérite sous le rapport de la pureté , de la lucidité et delà noblesse du style. Cependant la lecture en serait plus agréable et plus attachante, si l'auteur avait pu se déterminer à animer et à embellir davantage ses récits, et à s'occuper avec plus de soin de la partie philosophique de l'histoire. Nous ne parlerons point de son ouvrage intitulé : Le vrai caractère de J. De Witt (Egt en waar karakter van J. De Witt), ni de quelques morceaux de moindre étendue; et de ses autres écrits historiques, nous nous contenterons de men- ^xoXiWZvX^Description à' Amsterdam, en trois

volumes in-folio et treize in-8.°. La partie de l'ouvrage, qui contient l'histoire delà ville et des notices biographique sur les hommes illustres dont elle s'honore , est du plus haut inte'rêt. Disons aussi en passant qu'il s'est fait connaître avantageusement comme e'crivain the'ologique , en publiant ses Leçons sur la manière de discuter l'écriture sainte dans les conférences ecclésiastiques (Zeven lessen over het verhandelen der heilige schrift in de godsdienstige bijeenkomsten), et VHistoire de l'église durant le premier siècle, etc. (Geschiedenis der christelijke kerk, beschouwd als bewijzende de waarheid van den christelijken godsdienst). Le style de cette dernière production a les mêmes qualite's et les mêmes défauts que celui de ses autres ouvrages (i). Le médecin frison Simon Styl, que nous avons loué plus haut comme poète, mérite une place distinguée parmi ceux qui firent

( i) Voyez la vie de Wagenaar , par son parent P. Huisinga Bakker, composition littéraire remarquable par la netteté et la noblesse du langage. On joint la correspondance de Wagenaar.

DE l'histoire LITTERAIRE. 267

faire des progrès à l'histoire de notre patrie. On lui doit l'ouvrage philosophique et historique Grandeur et prospérité des Pays-Bas^ Unis {0^\.oms\. en bloei der vereenigdeNederlanden). A coté de raisonnemens errone's , suite de préjugés sur les premiers temps de notre histoire, que l'auteur partageait avec beaucoup d'autres, on y trouve une foule d'observations fines et profondes, qui décèlent des vues poHtiques saines et une grande connais* sance des hommes, en même temps qu'elles jettent une nouvelle et éclatante lumière sur plusieurs parties intéressantes de notre histoire et sur les actions et le caractère de quelques personnages illustres. Mais si l'ouvrage, quant au fond, est digne de grands éloges, il n'en mérite pas moins pour la beauté du style, qui est pur, facile et coulant, animé et brillant à propos, digne, en un mot, d'être cité comme un modèle excellent (i).

(1) L'ouvrage de Styl parut pour la première fois en 1774^ portant en tête un traité traduit du français de Turpin, Grandeur et décadence des républiques anciennes et modernes. L'auteur supprima ce traité dans l'édition de 1778.

La dernière moitié de cette époque "vit éclore un grand nombre d'c'crits importans sur notre histoire en géne'ral , ou sur quelques-unes de ses parties. Dans la foule des ouvrages plus ou moins étendus qui ont trait à cesujet^ nous ne citerons que les plus marquans, tels c^aeY Histoire de la confédération et des suppliques de la noblesse des Pays- Bas (Historié s'an het verbond en de smeekschriften derNederlandsche edelen) en quatre ■volumes, par le célèbre professeur J. W. Te Water • V Histoire du comte de Hollande, Guillaume II, roi des Romains, en 5 volumes par l'cicrivain estimable, MJ J. Meerman; l'ancien état des Pays- Bas- Unis (de aloude staat der vereenigde Nederlanden ) , en quatre volumes, par le noble défenseur de Vhonneur de notre nation, E. M. Engelberts j la savante continuation de l'histoire nationale de Wagenaar , par le Nestor de nos archéologues et de nos historiens, MJ H. Van Wjn; V Histoire du gouvernement des états (staatsregering) de Hollande , en cinq volumes, par le profond A. Rluit,ouvragedans lequel notre histoire est mise dans son vrai jour, et qui pour la con-

DE l'htstoire littéraire. 269

naissance de notre droit public ancien et moderne est d'un prix inestimable, et enfin les travaux du seigneur (rijksvrijheer) Van Spaan, relatifs, pour la plupart, à l'ancienne histoire de la Gueldre. Mais le plus grand nombre de ces écrivains, n'avaient en vue que le perfectionnement de la science de l'histoire, peu soucieux d'ailleurs d'embellir leurs productions des grâces du stjle. Un examen plus de'taillé de leurs écrits ne serait donc plus de notre ressort. Pour la même raison , nous ne parlerons pas davantage des descriptions de villes, qui parurent en même temps que celle d'Amsterdam par Wagenaar, telles que la description de De venter, par Dumbar; de La Haye, parDeRiemer, et deHaarlem par VanOosten de Bruin. A cette époque, aucun de nos auteurs renommés ne s'occupa d'écrire l'histoire des autres pays, et l'appréciation des travaux de ce genre qui furent entrepris de nos jours, et qui procurèrent tant de gloire aux Stuart et aux Van Kampen , n'entre point dans le cadre que nous avons adopté. Nous devons garder le même silence sur les productions de Scheltema, Bosscha , De Jonge et d'autres écri-

a^O VEECIS

vains distingues , qui se sont également applique's à éclaircir les annales de notre patrie. Dans la classe des ouvrages historiques peuvent se ranger les biographies d'hommes célèbres. Parmi celles qui furent alors consacrées à de grands personnages, on distingue surtout la Vie du prince Guillaume 1."'', publiée pour la seconde fois en 1782, en trois volumes in-S-^j cette production, qui parut sans nom d'auteur, est due à Liévin Ferdinand de Beauforth , originaire delà Zélande , et homme d'état aussi habile qu'instruit. Quoique l'écrivain y laisse percer trop souvent son attachement excessif au parti des états (staatsgezinde parti]"), et qu'il ne rende pas assez de justice aux qualités morales et au caractère religieux de ce grand prince, il mérite néanmoins des éloges pour le haut intérêt qui règne généralement dans l'ouvrage j et si l'on considère combien, au commencement de ce siècle, on faisait peu de cas d'un style pur et soigné, on admirera ses progrès dans l'art d'écrire, bien qu'il soit loin encore de pouvoir servir de modèle. Nous n'accorderons pas moins d'éloges à V Essai sur les biographies des hom-

DE L HISTOIRE LITTERAIRE. 2^ t

mes illustres des Pays-Bas (Pioeve op de levensbeschrijvingen , etc.), par le célèbre Onno Zwier van Haren, qui y donne la vie de Jean Camphuis. Un peu plus de correction mettrait cet ouvrage au rang des chefsd'œuvre du genre. On doit à la plume élégante de l'infatigable David Van Hoogstraten la vie d'un grand nombre de savans et de poètes , entre autres les notices sur Antonides, Broekhuizen et DuUaert, placées en lête des œuvres de CCS écrivains. On a les mêmes obligations à P. Vlaming, éditeur des ouvrages de Spieghel et de L. Schermer, et à Jean de Haes, qui écrivit la vie de Gérard Brandt , son aïeul. C'est ici le lieu de rappeler l'ouvrage connu, ayant pour titre : Levensbeschrijving van eenige voomame , niées t Nederlandsche mannen en vrouiven (Biographie d'hommes et de femmes célèbres, surtout de ceux des Pays- Bas), et qui fut publié en dix volumes in-8.°, de 1777 à 1783. Au milieu d'une foule de morceaux médiocres, on y trouve de bons et même d'excellens articles. L'un des meilleurs, sans contredit, est la Vie de Jean Punt; ce fut le fameux Styl qui, selon M. Schcltema, le

rédigea presque en entier. Toujours est-il qu'on reconnaît d'une manière frappante la roain de ce grand maître, dans la description animée de l'incendie qui dévora le théâtre d'Amsterdam, en 1772 (i).

Aux ouvrages historiques nous faisons succéder ceux qui appartiennent en tout ou en partie à la classe des romans. D'abord se présente VArcadie de Walclwreji, du ministre évangélique Mathieu Gargon , que nous avons déjà cité. Cet ouvrage, qui parut en 171 5 et 1717 en deux petits volumes in-8.°, est l'une des plus heureuses imitations qui aient été faites de \ Arcadie hatave du conseiller J. van Heemskerk, dont nous avons rendu compte dans la première partie de notre histoire. Comme cette dernière composition, dont il reproduit les formes, il est semé d'aventures attachantes, de dialogues piquans et de pièces de vers agréables, dans lesquels l'auteur décrit les principales antiquités de Walcheren.

(i) J'ai transcrit ce beau passage dans la deuxième partie de mon ouvrage Proeve van Nederduitsche welspreJcendheid.

DE l'histoire UTTiÎraIRE. 2n3

Quant aux romans proprement dits , notre langue ne fut enrichie, pendant la plus grande partie de ce siècle ni dans le précèdent, d'aucune création originale de quelque mérite, L'honneur de remplir cette lacune était réservé aux deux amies Elisabeth Wolf , née Bekker et Agathe Deken, que nous avons citées plus haut parmi les poètes , et dont l'une se distingua par son enjouement et sa pénétration, l'autre par la gravité et la noblesse de sa diction. Leur coup d'essai dans ce genre fut V Histoire dp. Sara Burgerhart, qui parut en 1782, en deux volumes in-S." Il réussit, comme il le méritait, et fut bientôt suivi de V Histoire de Guillaume L vend, £U huit volumes. Dans la suite, elles publièrent encore les Lettres d' Abraham Blankaptt, en trois volumes, et V Histoire de Cornélie TVildschut, en six volumes. Dans ces productions on trouve à blâmer quelques défauts, comme la prolixité, reproche (ju'encourent surtout les dernières, écrites dans la forme épistolaire. Cependant, elles se distinguent en général par une peinture vraie et naturelle des mœurs et du caractère de la nation ,

dans les différentes classes ^ et par plusieurs autres qualités précieuses, qui les ont fait placer avec raison , parmi les compositions qui font le plus d'honneur à notre littérature. L''exemple donné par les deux amies eut dans la suite de nombreux imitateurs. Pour ne point parler ici des auteurs vivans, nous ne citerons que A. Loosjes, poète et prosateur estimable. Les romans composés par cet infatigable littérateur sont en très-grand nombre. Si tous n^ont pas le même degré de mérite, ils tendent néanmoins tous à former de bons citoyens et de vrais chrétiens , et à inspirer le respect des mœurs et l'amour de la vertu. Plusieurs même d'entre eux sont écrits avec infiniment d'esprit et de goût. Cet éloge s'applique surtout à ses contes mo- raux, en trois volumes et à sa Suzanne Bronh~ horst, en six volumes j ce dernier ouvrage, pour lequel la Clarisse de Richardson lui a quelquefois servi de modèle, offre bien peu de défauts et étincelle de beautés. Nous devons nous occuper particulièrement d'une espèce de romans de son invention , dans lesquels il fait servir les aventures de gens de la classe

DE L HISTOIRE LITTEiUIRE. 2 -7 5

bourgeoise à de'peindre les mœurs de nos ancêtres, le caractère et les actions de nos hommes les plus célèbres, et tout ce que certaines époques offrent d'intéressant. Dans ces romans, les événemens se passent depuis le commencement du dix-septième siècle jusqu'aux dernières années du dix-huitième. Des quatre ouvrages qui appartiennent à cette classe, nous ne citerons que les deux premiers, Maurice Lîjnslager et Hildegonde Buisman; comme ils se rapportent aux époques les plus mémorables, la lecture en est la plus attrayante et, nous pouvons dire avec M. Van Kampen, qu'î/s seront toujours en estime chez tout Hollandais (Nederlander) qui aime les mœurs et les vertus antiques. Loosjes a également prouvé sa connaissance profonde de nos annales et son habileté à tracer des portraits dans une autre sorte de romans historiques, où faisant agir et parler des personnages fameux dans les scènes les plus importantes de leur vie, il peint avec un rare bonheur leur caractère et leurs mœurs. Dans cette classe doivent se ranger François de Borselen el Jacqueline de Bavière , Louise de Coligny ,

2'j6 PRliCIS

Jean de Witt , el une loiile d'autres compositions que nous passons sous silence.

Avant d'arriver aux écrivains dont les ouvrages sont consacrés à l'éclaii'cissement ou à l'avancement d'une science, nous devons nous arrêter à un auteur non moins instructif qu'amusant, et qui a traité des sujets agréables dans un style fort gracieux. Nous voulons parler de Justus van Efîen, né à Utrecht, en 1684, et mort à Bois-le-Duc, en in35. Homme d'une érudition immense et d'un goût pur, il avait en outre l'usage du monde et une grande connaissance des hommes. Nous devons considérer connue étrangères à notre sujet, ses différentes productions sur la morale et la littérature, écrites en langue française, parmi lesquelles son Misanthrope, calqué sur le fameux Spectateur anglais, fut traduit en Hollandais, après avoir paru pendant les années ini i et 17 12; mais nous rendrons compte de son Spectateur Iwllandais, imitation encore plus heureuse de l'ouvrage d'Addisson et de Steele. Cet écrit périodique comprend, en douze volun-es,trois-cent soixante livraisons, dont la première paiut en aoiit

DE l'histoire LITt£rAIRE. 2'JJ

î ^Si , et la dernière en avril 1735. Les sujet* y sont Yarie's et se rapportent quelquefois à la littérature, mais le plus souvent à la morale; ils sont développés tantôt d'une manière noble et grave, tantôt d'un ton léger et enjoué, et dans tous on reconnaît l'homme d'un jugement solide, d'un esprit observateur, et qui à beaucoup de finesse joint de vastes connaissances en histoire et en httérature. Plusieurs livraisons sont extrêmement propres à nous faire connaître les mœurs de l'époque où vivait l'auteur. Parmi les peintures gracieuses qui abondent dans cette collection, on doit citer avant tout le conte intitulé Kohus en Agnietje of Burgeivrijaadje (Jacques et Agnès ou les Amours bourgeois); tableau d'une naïveté inimitable. Le style en est flexible, simple et facile sans affectation , et cet excellent morceau peut être offert à la méditation de tous ceux qui désirent écrire d'une manière naturelle et appropriée au sujet (i). Plus tard , on publia encore des écrits dans le même

(i) Ce conte remplit trois livraisons, savoir les n.° 146, i5i et 161.

g^enre , tels que le Spectateur , le Penseur, h Philosophe, et plusieurs autres ; mais quel que soit d'ailleurs leur mérite , aucun d'eux ne peut soutenir la comparaison avec l'ouvrage de Van Effen.

Nous passons maintenant aux écrits scientifiques. Ceux de cette époque qui se distinguent par le mérite du style, se bornent à un bien petit nombre. Uniquement attentifs à approfondir les matières qu'ils traitaient, les auteurs de ces ouvrages s'inquiétaient assez peu de l'élégance des formes. Il faut en dire autant de ceux qui enrichirent la géographie de relations de voyages ou d'autres compositions. C'est pourquoi , de tous les écrivains qui publièrent des itinéraires, nous ne citerons que l'infatigable voyageur Corneille de Bruin, homme savant et peintre distingué, qui naquit à la Haye, en i652, et mourut à Utrecht, vers l'année 17 19 ou l'jio. On a de lui Voyages dans les principales parties de l' Asie-Mineure , les îles de Scia, Rhodes, etc. (Reizen door de vermaardste deelen van klein Asia, de ej'^landen Scio, Rhodus, enz., mitsgaders de voornaamste steden yan iEgypten,

DE l'histoire littéraire. 27g

Syrien en Paleslina) , et Voyages en Perse et aux Indes, à travers la Russie. Ces deux ouvrages publie's in-folio, l'un en 1698, l'autre en 17 14; ofifrent, même aujourd'hui, des détails précieux sur les lieux que visita l'auteur, et ils sont écrits avec élégance et pureté. Nous devons cependant dire ici un mot de la Tartarie septentrionale et orientale, du bourgmestre d'Amsterdam, N. Witsen , qui parut on 1706, en deux volumes in-folio, et de l'ouvrage curieux et instructif les Indes orientales anciennes et modernes, par François "Valentjn , publié de 1724 à 1726, en cinq Yolumes, iti-folio, et orné de gravures d'après ses propres dessins. Ces deux e?l:rits, peu remarquables d'ailleurs comme compositions littéraires , sont , pour l'importance de leur contenu, encoie regardés de nos jours comme classiques. En avançant dans cette époque, nous trouvons encore moins d'ouvrages de ce genre, dignes d'être rappelés ici. Nous rendrons cependant justice au travail d'un anonyme, qui, sous le titre de Voyages dans les coyitrées les plus lointaines du globe, etc. (Nedeilandsche reizen, tôt bevording van den

koophandel, na de meest afgelegene gewesten des aard-kloots) , publia de 1784 à 1787, en <]uatorze volumes in-8.°, une collection de toutes les expéditions entreprises pour l'avancement de notre commerce aux dix-septième et dix-huitième siècles. Grâce à cette publication les journaux de voyages, qui jusques là étaient reste's disperse's, furent rassemblés et reçurent en même temps une forme plus agréable. Fidèles à notre plan, nous ne parlerons pas des productions relatives à la géographie et à la statistique, qui furent publiées plus tard, telles que les Renseigiiemens sur V jingleierre et l'Irlande, les Monarchies de Prusse, d' Autriche et de Sicile, et le Nord et le Nord- Est de l'Europe, par le savant et laborieux -J. Meerman, les écrits de Stavorinus et de Haafiier, sur les indes orientales, et d'autres compositions analogues, qui la plupart sont dus à des écrivains encore vivans.

Aux travaux scientifiques appartiennent encore les ouvrages dans lesquels on explore les antiquités de la patrie, ou les sources de la prospérité nationale. Van Loon, Mieris , Âlkemadc, van dcr Schelliiig, J. J. Mauritius,.

DE l'histoire littéraire. 281

et beaucoup d^autres , ont fourni des matériaux inléressans pour Tëclaircissenient de nos antiquite's; mais leur style est ge'néralement trop néglige pour que nous nous occupions de l'analyse de leurs compositions. Nous passons encore sous silence tout ce qui a été écrit de notre temps dans le même dessein, mais nous croyons devoir en excepter l'excellent livre de M. Van Wyn , intitulé Soirées historiques. Personne ne découvrit et ne fit mieux connaître les sources de la prospérité nationale, qu'Elie Luzac, jurisconsulte, formé à l'école de la philosophie et de l'histoire. Son ouvrage remarquable, même sous le rapport du style, parut de i-jSi à 1784, en quatre volumes in-8.° 11 a pour titre Hollands rijlcdom, et paraît être conçu sur le plan de l'ouvrage français la Richesse de la Hollande , publié antérieurement.

Les ouvrages qui se rapportent plus spécialenient aux sciences, sont sans contredit ceux qui traitent de la théologie, de la jurisprudence et de la médecine. Mais je ne sache point que cette époque ait produit aucun ouvrage relatif à ces deux dernières sciences,

aSa PRECIS

qui par le mérite du fond ou de la forme,

soit digne d'être cité comme classique.

Quant aux écrits thcologiques, on sait assez que la plupart de ceux qui furent publiés vers ce temps, n'ont absolument rien de commun avec les belles-lettres. Et quoique les ouvrages consacrés à la médecine se ressentent plus ou moins de la pureté de langage et de l'élégance de style, qui commencèrent à se répandre généralement, peu avant notre époque, ils doivent plutôt, par .la nature de leur contenu, être appréciés presque tous dans une histoire des sciences , que dans un ou- ■yrage destiné à faire connaître les progrès des lettres. Ceci s'applique également aux ouvrages qui ont trait aux sciences naturelles ou à la philosophie spéculative. Et quelque soit le prix que conserve même de nos jours l'ouvrage si généralement estimé de Nieuwentyt (Werelt-beschouwingen), il n'offre, sous le rapport du style, aucune espèce de mérite. Le livre de ce savant est de 1716, et ce ne fut que long-temps après que l'on songea à cacher l'aridité de pareilles matières sous les grâces de la composition et du style.

DE l'histoire littéraire. ^83

Le premier exemple fut donné par Jan Floris Martinet, pre'dicateur , à Zutphen, dans son Catéchisme de la nature , publié en 17 '^8, en quatre volumes in-8.° Cet auteur se vit surpasser cependant par le professeur J. A. Uilkens, de Groningue, qui composa les Discours sur les perfections du créateur considérées dans ses créatures.

Les livres de philosophie spéculative, écrits en langue nationale , et dignes d'exercer la critique littéraire, furent alors également rares. Cependant, nous devons rendre compte des dissertations philosophiques du profond Allard Hulshoff, né à Groningue, en 1^34, et mort ministre des anabaptistes, à Amsterdam, en i^f)5. La gravité du sujet n'en exclut pas les agrémcns du style, qui est clair, poli et animé. Quelques-unes fuient publiées par diverses socie'îés savantes j les autres parurent séparément. Toutes se trouvent exactement éuumérées à la suite de la belle oraison funèbre, prononcée à la mort de l'auteur par son coIlègueW. deVos, et imprimée en 1795,5005 le titre de Vie et caractère de A. Hulshoff.

L'éloquence proprement dite fut h peine

'i84 i'récis

cultivée par quelques écrivains de celte période. De tous les grands hommes d'état qui illustrèrent le gouvernement des Pays-Bas ^ jusqu'à la révolution de lygS, et leur nombre, quoique bien moindre que dans le dixseptième siècle, fut encore assez considérable, aucun ne se distingua par la force ou l'élégance des discours. Et même , comme dans les temps précédens, la pureté du langage ne fut aucunement respectée dans la plupart des discussions des affaires de l'état.

L'assemblée nationale convoquée dans la suite, vit paraître dans son sein quelques hommes à qui l'on ne peut refuser le nom d'orateurs. Tels furent Schimmelpenninck , Kantelaar (i), et un petit nombre d'autres. On lit dans les Mémoires de cette assemblée, quelques discours, qui, comme morceaux d'éloquence, seraient dignes d'être recueillis et arrachés à l'oubli. On sait que depuis notre régénération

(i) 3'al fait connaître quelques opinions de cet orateur en publiant la collection de ses discours et de ses poésies, qui parut au commencement de

DE l'histoire littéraire. u85

politique, réioqueuce trouva pour se produire un nouveau théâtre ; mais nous ne croyons pas pouvoir parler de ceux qui y ont déployé jusqu'ici leurs talens oratoires. Lesmonumens de l'éloquence judiciaire sont encore plus rares que dans le siècle précédent, ou du moins nous avions à citer le beau plaidoyer de S. van Middelgcest. Nous ne fumes cependant pas entièremen l privés d^a vocats qui se distinguèi en t comme orateurs; mais aucun écrit n'atteste leur gloire. On peut se conv.Tincre de leur mérite par les renseignemens authentiques que donne l'éloquent van Hall , sur son prédécesseur dans la carrière du barreau, llerman Noordkerk, jmort à Amsterdam, en 1^71. Il le prouve surtout dans le morceau plein de force et de beauté, par lequel Noordkerk dédie les Prî.vilèges d'Amsterdam, publiés par lui en i ^4^, aux magistrats de cette Ville. Si nous avions le bonheur de posséder les meilleurs plaidoyers d'un homme d'un tel mérite , et ceux de quelques autres, nous n'aurions plus à nous plaindre; et noire littérature ne le céderait point, sous ce rapport, à celle d'autres nations. Si nous examinons ensuite l'éloquence de

la chaire , nous la trouvons pendant presque toute la durée de cette période , dans un état complet de décadence; la plupart des orateurs sacrés n'attachaient plus aucun prix à la pureté et à l'élégance du langage. Nous ne pouvons en excepter que Jacques Nyloé, qui vécut à la fin du dix-septième siècle et au commencement du dix-huitième. Mais du reste une négligence honteuse règne dans les discours du clergé , jusques vers 1750, et même beaucoup plus tard. Celui qui le premier, comme orateur sacré, donna l'exemple d'un style pur et poli , fut le savant Jean Stinstra , prédicateur des anabaptistes, à Harlingue, comme l'attestent les sermons qu^il publia en 1744 ^t i745, et que le professeur Ypej, regarde comme excellensj éloge qu'ils méritent en effet, si l'on se rapporte à l'époque où ils parurent. Cependant, il s'écoula encore plusieurs années avant que , sous le rapport du langage et du style, comme de la prédication en général, les principales communautés protestantes de notre pays, eussent subi cette réforme qui fraya le chemin aux grands perfectionnemens de l'éloquence sa-

DE l'histoire LITTERAIRE. 287

crée, par lesquels noire époque se dislingue si glorieusement.

On n'attend pas de moi, je pense, que je passe ici en revue tous les sermons publie's depuis 1770, et qui se ressentent de la re'forme qui date de celte époque. En efïet peu d'entre eux, si on les compare avec les chefs-d'œuvre de nos jours, surtout avec ceux de l'inimitable Van der Palm, peuvent être cités comme modèles du genre. Ceci s'applique spécialement aux quarante sermons, si estimables d'ailleurs, que publia en 1795 et 1796 A. Hulshoff, cité plus haut comme philosophe. Ils se distinguent par un style mâle et correct, mais un peu laborieux; par des images touchantes, une connaissance profonde du cœur humain et par une piété solide et sincère; et l'on ne peut s'empêcher d'y reconnaître le penseur original, lors même qu'on goûte le moins les raisonnemens dont il appuie le rigorisme, que vers la fin de sa vie il aflfectait sur quelques points. Son talent à tout vivifier par des images, se manifeste principalement dans son discours sur la succession des jours et des saisons, dont j'ai donné Quelques ex-

a88 PRÉCIS

traits dans la deuxième partie de mes Essais sur l'éloquence nationale j et dans son oraison funèbre pour son collègue Nicolas de Vrics, cjue j'y ai transcrite eu entier, et dont la pe'roraison surtout fait connaître en même temps toute la force de son éloquence. A l'exception de Van der Palm, que je viens de nommer, et qu'un consentement unanime élève au premier rang des orateurs sacrés, je ne citerai de ceux qui appartiennent à notre époque que quelques prédicateurs déjà décédés, tels que Jean Van der Roest, Ewald Kist et Elie Anne Borger. Le premier naquit à Ysselstein, en i'j55, et mourut en i8i4, à Haarlem, où il était pasteur de l'église réformée. Il obtint une réputation méritée par la publication de ses sermons, dont il intitule le recueil Morts instructives , Tableaux tirés de la bible (Eenige bjbelsche tafereelen van leerzame sterfgevallen en uiteinden)j et Joies de la religion (Over de genoegens van den godsdienst). Le style en est facile, animé, pur et substantiel, et il y règne cette éloquence simple, qui s'échappe du cœur, et que le cœur entend si bien. Rist, né à Woerden,

DE L'HlSTOint LITTtRAIUt. 289

en 1762, mourut à Dordrecht, oli il avait exercé pendant plusieurs années son ministère évangélique avec éclat. Ses nombreux sermons sont écrits dans un stjle clair et avec la pompe convenable; et il j développe d'une manière qui frappe l'esprit, en même temps qu'elle va àl'ame,les vérités et les devoirs de la religion. Borger, enfin, mourut en 1820, lorsqu'il atteignait à peine sa trente-cinquième année. Cet homme supérieur en tout, trouva après sa mort prématurée, un panégyriste digne de lui dans Van der Palm, à qui seul il appartenaitdele peindre dans toute sa gloire. Ses sermons révèlent un génie original, brillant et sublime, un esprit aussi cultivé que pénétrant. Ils ne sont point, il est vrai, à l'abri de toute critique; et l'on peut, sans injustice, surtout dans le premier des deux volumes, publié du vivant de l'auteur, jeter du blâme sur le choix et l'exécution de quelques sujets trop élevés au-dessus de l'intelligence commune; l'on peut y désapprouver quelquefois un luxe de style excessif et une trop grande profusion d'images : mais quel homme impartial, doue de goût et de sentiment,

290 PHECIS

ne reconnaîtra pas avec plaisir qu'on y rencontre encore bien plus souvent des pages qui le touchent, le ravissent et lui arrachent des larmes d'admiration? Quel est le juge non prévenu qui refusera à Borger l'une des premières places parmi ces prédicateurs célèbres, l'ornement et l'orgueil de la patrie? Abordant maintenant d'autres productions oratoires, tels que panégyriques, oraisons funèbres et discours sur des sujets philosophiques ou littéraiies, je dois citer en premier lieu un morceau qui se rattache à l'éloquence sacrée. Je veux parler d'un discours peu connu de cet Onno ZwierVan Haren, aussi célèbre comme poète que comme homme d'état. C'est une allocution à la jeunesse des Pays-Bas, à l'occasion de l'anniversaire de l'union d'Utrechtj elle parut en 1 77g, portant pour titre : Proeve van eene nationale zedelijke leerreden van een^ oud' man aan de jeugd van Nederland, over de woorden van Esra. Cap. III, hl. 11, ter gelegenheid i^an 't hegin van de derde eeuw van de unie van Utrecht, Comme dans les autres ouvrages de Van Haren, il j règne sous le rapport du langage et de Torthographe une négli-

DE l'histoire littéraire. 29 1

gence cboquante; mais le style en est pompeux et rapide, et l'auteur y déploie les trésors de sa mâle éloquence en résumant d'une manière intéressante l'hisloire de la république pendant les deux siècles qui venaient de s'écouler. Trois ans auparavant, l'orateur avait publié l'oraison funèbre de son auguste ami Guillaume IV, qui, comme morceau d'éloquence , est digne d'attirer l'attention. La mort de Van Haren lui-même arrivée en 1^-9, fournit à Simon Nauta, alors ministre de Wolvega, le sujet d'une oraison funèbre qui se distingue par la pureté et l'élégance de l'expression. Mais ce n'est qu'en se rapprochant encore plus de notre époque que l'on trouve des oraisons funèbres et des panégyriques vraiment éloquens. L'un des morceaux les plus remarquables du genre est sans doute le panégyrique dont Jacques Kantelaar honora, en 1794? 1^ mémoire de son savant maître H. A. Schultens ; on y admire une noble simplicité, des portraits peints d'une manière frappante et une éloquence qui s'empare de l'ame.

Une production non moins remarquable

293 rRKCIS

est l'éloge du célèbre P. Nieuwland, composé et publié en 1795 par son maître et ami J. H. Van Swinden, grand mathématicien et naturaliste. L'excellent poète latin et archéologue, Jérôme De Bosch prouva qu'il réussissait heureusement dans le panégyrique, dont il avait développé les principes avec tant d'art et d'exactitude (i), et publia en 1795 et 1808 les discours qu'il avait prononcés sur la tombe des savans médecins d'Amsterdam, H. G.

Oosterdijk et A. H. Deiman.

J. De KruyfF, que nous avons vu figurer parmi les bons poètes, n'est pas moins avantageusement connu comme panégyriste, tant par le discours qu'il consacra en 1806 à la mémoire de J. Nieuwenhuizen , fondateur de la société tôt nut van 'taîgemeen, que par celui qu'il composa sur C. P. Z. Hooft , père de l'illustre historien , et qui se trouve imprimé dans le premier volume des œuvres de la société hollandaise des beaux arts et des sciences.

(i) Dans une dissertation latine en réponse à une question de la Société de Littérature nationale, à Leyde , sur les qualités du panégyrique.

DE l'histoire LITTtRAIRE. ^q3

Si nous ne nous croyions pas obligés à passer sous silence les écrivains encore vivans, nous aurions à citer plus d'un morceau intéressant, surtout les chefs-d'œuvre qu'inspira à Van der Palm la mort de Van der Perre, de Borgcr et de Keraper.

Les nombreuses sociétés littéraires qui se formèrent partout vers la fin de cette époque, donnèrent naissance à une foule de discours intéressans sur l'histoire ou la littérature. On les retrouve dans les bons écrits périodiques du temps, tels que les Faderlandsche letteroefeningen, etc., dans le Magasin des arts, des sciences et du goût, journal qui, suspendu pendant plusieurs années, a été continué depuis peu , et dans plusieurs autres collections ; quelques uns aussi ont été publiés séparément. De ces derniers nous citerons les deux excellens discours sur Horace, considéré comme homme et comme citoyen romain, publiés en 1 789 , avec des notes explicatives, par Richée van Ommcren, en son vivant recteur du gymnase à Amsterdam. C'était un homme d'un grand talent et connu surtout comme poète, et son ouvrage est du plus haut intérêt tant,

pour ses réflexions philosoplilques sur le siècle d'Horace, que pour la manière dont ce poète y est apprécié. Le style en est d'ailleurs noble et animé. Du incme auteur parurent naguère trois discours que depuis long-temps on n'espérait plus voir publiés- les deux premiers sur V Oppression d' Athènes par les trente tyrans, et la délivrance de cette ville furent imprimés dans la Bibliothèque de littérature ancienne, publiée par M'' J. Ten Brink, professeur à Groningue; le troisième consacré à Viglius Ayta de Zwichem, fut inséré dans la Mnémosyne de MM. H. W. et B. J. Tydeman. Dans ces trois morceaux l'auteur traite l'histoire envérilable philosophe, et l'on y admire des traits d'une éloquence mâle.

Il nous reste à parler des traductions des auteurs grecs et latins, ainsi que des ouvrages relatifs à la grammaire et à la partie théorique de la poésie et de l'éloquence. Quant aux premières , elles ne nous occuperont pas long-temps , ce que cette époque offre de bonnes traductions ne valant guère la peine d'être nommé , à moins que , dérogeant à notre habitude de ne point parler

DE l'histoire littéraire. aqS

des écrivains vivans, nous n'y comprenions les traductions des \ies de Plutarque, par les professeurs Wassenbergh etBosscha; de Salluste, des Catilinaires de Ciccron et de difFérens écrits de Xénophon, par le professeur J. Ten Brink, et les essais dans ce genre, insérés dans la Bibliothèque de littérature ancienne. Nous pourrions parmi les productions d'une date moins récente citer les vies de C. Népos, traduites par D. Van Hoogstraten , le tableau de Cébès, par P. Vlaming, imprimé à la suite de son édition du Miroir du cœur de Spiegbel, les Consolations de la sagesse de Boèce et l'Octave de Minutius Félix, par M. Gargon, et plusieurs autres ouvrages de l'antiquité , qui parurent traduits dans notre langue- mais quel que soit le mérite de toutes ces compositions, elles ne peuvent soutenir le parallèle ni avec les traductions publiées de nos jours, ni avec le travail que Hooft fit sur Tacite, au dix-septième siècle. Nous préférons donc nous occuper plus à loisir d'une autre sorte de traductions, qui, à notre avis , sont d'une extrême importance pour la littérature nationale. Nous voulons

296 PRLcrs

parler des anciennes poésies des Hébreu:^ ^ traduites de nos jours, compositions qui étant ge'ne'ralement assuje'ties à certaine mesure, forment comme une classe intermédiaire entre la prose et les vers. Parmi toutes ces productions nous distinguerons celle de Job, par Henri Albert Schulfens, publiée en 1794? immédiatement après la mort de l'habile écrivain, par le savant Herman Muntinghe, et dont tous les juges compétens font le plus grand cas. L'éditeur de cet ouvrage se fit connaître avantageusement lui-même, par sa traduction des psaumes, des proverbes et de rccclésiaste de Salomon. On sait que dans ce genre aussi d'érainens services furent rendus par le premier de nos orateurs et de nos écrivains en prose. Van der Palm; dès l'année 1791 , il fit paraître une traduction de quelques cantiques de David, accompagnée de notes et augmentée dans la seconde édition de 1 8 1 5 , de tous les cantiques d'Azaf; en i8o5, il publia un semblable travail sur Isaie, et enfin , dans son grand ouvrage sur la bible , il traduisit avec autant de pompe que de force, tous les poèmes des HébreuXé

DE l'histoire littéraire. ig-j

L'examen des ouvrages consacre's à régulariser et à fixer notre langue, nous mènera plus loin. Nous devons citer en premier lieu \a grammaire hollandaise d'Arnould Moonen, que nous connaissons déjà comme poète et comme orateur sacré ; elle fut publiée en 1^06 et réimprimée plusieurs fois depuis; cet ouvrage malgré ce qu'il offre d'erroné et de défectueux, est d'un grand prix, pour le temps où il parut, et il est le premier dans lequel les règles de la grammaire se trouvent développées d'une manière complète. Peu de temps après Moonen, W. Sewcl (1) publia aussi une grammaire hollandaise, qui n'efface point le mérite de celle qui la précéda. On trouve encore quelques bonnes remarques dans un petit ouvrage sur la langue et le style, que fît imprimer au commencement du dixhuitième siècle, un autre savant prédicateur, Jacques Nyloë, sous le titre d'Introduction à la langue hollandaise. On estime encore

(i) On a du même auteur un dictionnaire hollandais-anglais. C'est vers le même temps qne parut I9 dictionnaire hollandais-français du savant libraire

davantage un écrit en latin d'Adrien Verwer, publié en 1707, sous le titre de Anonymi hatavi idea linguœ helglcœ ; le mérite de l'ouvrage engagea Everard van Drîel, à en donner^ en 1783, une nouvelle édition enrichie d'observations intéressantes. Au commencement de cette époque appartient encore Futile travail oïl, à l'exemple deVondel et de Hooft, Van Hoogstraten chercha à déterminer le genre des noms hollandais. Publié d'abord en 1700, sous le titre de : Remarqu?s sur le genre des substantifs , il fut réimprimé deux fois avec les additions et les corrections de l'auteur, sous le nom de tableaux des genres. Il fut perfectionné ensuite par les soins de G. Oulhof, et surtout par ceux du célèbre professeur A. Kluit. La sixième et dernière édition, publiée en 1783, fit oublier toutes les autres^ elle est due au même professeur, qui l'augmenta d'une introduction très-intéressante sur les règles générales des genres.

Halma. Publié pour la première fois en 1 7 10 , il peut être d'un utile secours même encore aujourd'hui.

DE l'histoire littéraire. sgg

Cependant, Lambert Ten Kate, fils d'Herman^ s'éleva bien au-dessus de tous ceux qui avant lui s'e'laient livres à des recherches sur notre langue , et ses ouvrages méritent une mention spéciale. En effet, de l'aveu de tous les juges compétcns et impartiaux, c'est lui qui le premier, guidé par un esprit philosophique, rechercha les vrais principes de la langue, en fît apprécier l'ensemble, le génie et les beautés et répandit principalement le plus grand jour sur la partie étymologique (i). 11 prit une route sîire, et que personne n'avait tentée jusqu'alors : pour mieux découvrir la nature et les règles de notre langue , il la compara avec le meso-gothique, l'anglo-saxon et d'autres dialectes, presque tous originaires du nord et qui ont de l'analogie avec elle. Comme premier essai de ce beau travail , il pu-

(i) Avant lui on avait coutume de rapporter les racines de nos mots, au latiu , au grec et même à riiébreu. Ce faux système d'étymologie fut suivi, entre autres, par C. Tuinman, dans Touvrage peu digne du nom qu'il porte , le Flambeau de la langue hollandaise , publié en 1722.

30O PBECIS

blia eu 1710, un petit ouvrage intitulé : Rapports entre les langues gothique et hollandaise; c'est une lettre adresse'e à son ami le philologue A. Verwer, que nous avons cité plus haut, et elle porte déjà la date de 1708. L'auteur avait trouvé les matériaux nécessaires pour cette brochure dans l'évangile mésogothique, dont nous avons fait mention au commencement de ce livre, et qui fut publié en i665, par François Junius. Ces recherches qui faisaient entrevoir tant de nouvelles lumières, il les poursuivit sans relâche, les étendit à d'autres dialectes, et les appliqua au système général de notre langue. Enfin, il fit jouir le monde savant du fruit de ses élucubralions philosophiques, en publiant son ouvrage principal , en deux volumes in-4.''. Introduction à la connaissance de la partie transcendante de la langue hollandaise (Aanleiding tôt de kennisse van bel verhevene deel der nederduitsche sprake). Cette production qui parut en 1728, est encore très-estimée aujourd'hui, et elle offre toujours une lecture instructive. Les bornes de ce livre me défendent d'entrer dans de plus grands détails

DE LlllSTOIBE LITTERAIRE. 3ol

sur le contenu et le mérite de l'ouvrage, que je n'aurais pu mieux faire connaître qu'en citant quelques passages de la belle dissertation du célèbre professeur H. Tollius , sur Lambert Tcn Kate (i), insére'c dans la première partie de son musée. Je crois cependant à propos d'observer que, quoiqu'on ne puisse contester à Ten Kate la gloire d'avoir montré la route de la A'raie philologie, principalement pour ce qui tient aux connaissances étymologiques, on ne peut cependant le regarder en tout comme un guide infaillible, et qu'il a laissé à ses successeurs des améliorations à essayer et des lacunes à remplir. Ce savant naquit en 1664, à Amsterdam, oîi il vécut dans le célibat, pourvoyant à son entretien en instruisant les cnfans des meilleures familles, dans l'écriture, le calcul et la tenue des livres. Il s'occupait surtout d'enseigner l'algèbre et d'autres branches des mathématiques. Il mourut en i^3i.

(i) Ovcr Lamliert Ten Kate Herniansz., den voortreffeh'ken hoofd - grondleggev drr Nederdiiitschc lolterkunst.

3o2 PRECIS

Après Ten Kate, le plus célèbre des philologues de ce siècle est sans contredit Balthasar Hujdecoper, que nous avons déjà vu figurer avec distinction parmi les poètes. Il a fait preuve d'une profonde connaissance des langues et d'une judicieuse critique^ dans deux ouvrages qu'on admirera aussi longtemps qu'on attachera quelque prix à la langue nationale. Le premier est un commentaire sur la traduction des métamorphoses d'Ovide, par Vondel (i), publié en 1730, en un volume in-4°. Il parut pour la seconde fois en 1782, en quatre volumes in-8.° avec les additions de l'auteur et les excellentes observations de François Van Lelyveld et de Nicolas Hinlopen , qui tous deux soignèrent cette nouvelle édition. Outre un grand nombre de remarques intéressantes sur la poésie, cet ouvrage contient une suite d'observations philologiques sur la vraie signification des mots, leur orthographe et leur étjmologiej

(i) Proeve van taal-en dichtkunde, inrriimoedige aanmerkingen op Vondels vertaalde Herscheppingen van Ovidius.

DE l'histoire littéraire. 3o3

l'auteur y cclaircit les principales difficultés de la langue, dont il signale aussi les particularités; un jugement solide et un esprit philosophique le dirigent dans l'investigation des vrais principes, et il étale une érudition peu commune en rapportant à l'appui de ses assertions, des exemples tirés de nos écrivains anciens et modernes. Le second écrit de Huydecoper le fît connaître non-seulement comme grammairien , mais encore comme un homme qui a approfondi les sciences de l'histoire et des antiquités. C'est une nouvelle édition de la Chronique rimée de Mélis Stoke, enrichie d'ohservations étendues sur l'histoire, l'archéologie et la philologie; elle parut en lyji, en trois volumes. Dans ces annotations, pour autant qu'elles ont rapport à la langue, Huydecoper détermine avec beaucoup de sagacité la signification de tous les termes un peu vieillis , ou dont le sens a changé ; il s'aide surtout de nombreux exemples qu'il va chercher chez d'autres écrivains anciens, dont il ne peut souvent consulter que les manuscrits. Dans la première partie des œuvres de la Société de littérature nationale, à Leyde, on

3o4 PRliCIS

trouve enfin une lettre de l'auteur aur Vahlatif absolu, dans laquelle il s'attache à réfuter Ten KatC; et cherche à de'inontrer que cette locution des romains, appartient aussi à notre langue ) cette diatrihe , oîi l'auteur montre peut-être plus d'e'rudition que de jugement, se fait remarquer surtout par la cruditç et l'impolitesse des formes.

Guillaume Othon Reilz, recteur des Ecoles latines à Middelhourg, nous arrêtera moins que Ten Kate et Huydecoper. Il publia en i^3o un e'crit latin, sous le titre de Belga grœclsans, sur l'analogie entre le grec et le hollandais. Au milieu d'une foule d'excellens de'tails, on y trouve des aperçus trop recherche's et des rapprochemens forcés , qui prouvent un attachement au faux système de ces savans, qui veulent faire dériver en grande partie notre langue de celle des Grecs.

Nous parlerons aussi en passant de François Burman, auteur des Observations sur la langue hollandaise et sur quelques points d'antiquités , petit ouvrage assez intéressant, surtout pour ce qui concerne les rapports de notre langue avec le français. Il parut en 1768, en deux

DE l'histoire LlTTtRAlRE. 3o5

volumes pelit in-8.° La route vers les recherches philologiques ouverte vers le milieu du dix-huitième siècle, par Ten Kate et Huydecoper, fut parcourue avec succès par des hommes habiles et savans , François Van Leljveld, INicolas lîiidopen , Zacharic Henri yMewyU; Adrien Kltiit, Mcinard Tjdeman, Herman ToUius, Jean Fortman , Henri Arnould Kreet et plusieurs autres; leurs travaux sont pour la plupart consignes, tantôt sous le nom des auteurs , tantôt sous le voile do l'anonyme, dans l'intéressant journal mensuel connu sous le nom de Taal- en dichticundige hijdragen, publié de lySg à 1762, en deux \oluraes in-S."; dans l'écrit périodique faisant suite au précédent, Bijdragen tôt ophouvv der vaderlandsche le tterkunde , é^Silemeni en deux volumes in-8."; dans les excelLens Essais d'archéologie, de philologie et de poésie, par la société Dulces ante omnia musœ, à Utrecht, et enfin dans les œuvres de la Société de Littérature nationale, à Lejde, dont il parut sept volumes in-4.°, qui furent suivis plus lard par ses Dissertations et ses (Euvirn nouvelles. Nous devons encore ajouter au sujet

3o6 PRÉCIS

de Jean Forlruan, quil publia en 1772, un petit livre intitulé : Mélangespoétiques, accompagnés de remarques sur la langue et lapoésie. Ces observations, dans îe goût de celles que fît Huydecopcr sur la traduction des métamorpboses de Vondel, attestent une grande érudition et elles donnent plus de prix à Touvrage que les mélanges, qui ne s'élèvent guère au-dessus du médiocre. Citons encore

le travail des savans éditeurs du Miroir historique de J. van JMaerlant, Jacques Arnould Clignett et Jean Steenwinkel. Non-seulement on leur doit cette édition, dont nous avons déjà fait mention plus haut, mais encore des Mélanges philologiques, publiés de 178 1 à in85, en cinq cahiers comprenant six numéros, sous la fiiesise Linguœ patriœ excolendœ amore, et destinés spécialement à débrouiller notre ancien langage (i). L'impulsion

(i) Clignet enrichit le Theutonista de van Schure , trune préface étendue et tres-intéressante , dans laquelle il cherche à démontrer l'étroite analogie qui existe entre le bas-saxon et notre langue; elle prouve une grande connaissance des anciens auteurs allemands

DE l'histoire LITTERiilRE. OO'J

donnée aux travaux philologiques, fît éclore dans la dernière moitié du dix-huitième siècle, une foule d'ouvrages sur la grammaire, que le manque d'espace nous force de passer sous silence (i). Dans ce nombre on distingue avec raison Y Introduction abrégée, elc, par Nicolas Styl, moins cependant pour le mérite de l'ouvrage même, que pour les excellentes notes dont l'enrichit le ministre de Groningue, Lambert van Bolhuis. La troisième édition, augmentée et retouchée par l'éditeur, parut en 1787 (2).

et néerlandais. C'est encore à lui qu'on est redevable d'un travail sur notre vieux langage (Bijdragen tôt de oude nederduitsche letterkunde) , qui parut en 1819.

(1) Plusieurs écrits du même contenu parurent aussi vers cette époque, en Brabant et en Flandre. La grammaire du savant historien et archéologue Des Roches , fut celle qui obtint le plus de vogue.

(2) Peu de temps après, Bolhuis, à l'invitation de la société Tôt Nut van 'f ^Igemeen, donna une grammaire hollandaise de sa composition ; son ouvrage fut couronné par celte société , qui le publia en

3o8 PRÉCIS

Cependant, il continuait à régner sur plusieurs points et particulièrement sur l'orthographe une grande divergence d'opinions, qui empêchait de ramener la langue à des principes fixes et uniformes. Nous ne rappellerons pas les heureux efiforts tentés au commencement de ce siècle, pour faire disparaître cette dissidence et pour atteindre une uniformité désirable. Nous ne nous étendrons pas davantage sur le Dictionnaire de la langue hollandaise (Nederduitsch taalkundig \voordenboek), de M. P. Weiland, ouvrage qui certes, comme premier essai d'un travail que le zèle réuni de plusieurs personnes peut seul conduire à la perfection , est digne des plus grands éloges, et nous ne pouvons que souscrire au jugement du professeur Ypey, qui y A' oit uîi livre sans prix et indispensable à tous ceux qui aiment à se livrer à l'étude de la langue. On peut rendre le même hommage à l'écrit si remarquable du célèbre poète et philologue Bilderdyk, Traité sur le genre des substantifs dans la langue Jwllandaise; publié d'abord en 1804, il parut pour la seconde fois en 1818, avec des additions et des notes

DE l'histoire LITTLEAIRE. 3 OC)

nouvelles, et quatre ans après, l'auteur le lit suivre d'un Tableau des genres, d'après des règles fixes et positives (Geslachtlijst der Nederduitsche naamwoorden, op stellige taalgronden gevestigd) , en deux volumes. lî ne se borne pas dans le Traité à applanir les difficulte's des genres, mais il y re'pand encore une nouvelle et vive lumière sur tout le système de la langue et sur la véritable étymologie des mots, et le Tableau des genres ne fait qu'ajouter au mérite de son travail. Ses Mélanges de philologie et de poésie, et ses Nouveaux mélanges sur les mêmes sujets, renferment aussi beaucoup d'idées neuves et originales, que l'on désire généralement voir développer plus amplement dans une grammaire complète de la langue. Quant aux autres écrits touchant la grammaire, publiés depuis le commencement de notre siècle , outre les Essais philologiques sur le dialecte frison, en deux volumes publiés en i8o4 et 1806, par le fameux professeur E. Wassenbcrg, et oîi l'on trouve, entre autres, un idioticum frisicuin, nous ne citerons que les deux petits ouvrages de M. Hoeufft, connu comme

3 1 o pkÉcis

savant et comme poète j le premier parut en 1812, sous le titre de Remarques philologiques sur quelques anciens -proverbes frisons, et le second, intitulé Kecherches philologie ques sur les désinences de noms de lieu hollandais, fut publié en 1816.

Nous terminerons cette section par un court aperçu des principaux ouvrages que l'on composa dans cette dernière époque de notre histoire , sur la partie théorique de l'éloquence et de la poésie. Le nombre de ces écrits, surtout ceux qui traitent de l'art oratoire, est peu considérable, et nous n'aurons guère à citer que quelques traductions.

En 1725, parut un petit livre de l'estimable D. Van Hoogstraten, sous le titre à^Elémens ou Abrégé de la rhétorique ; on j trouve l'explication des tropes et des figures, avec des exemples tirés de nos meilleurs poètes. Huydecoper sema aussi son essai, que nous avons fait connaître plus haut, de quelques observations judicieuses sur la poésie. Mais ce n'est que vers le milieu du dix-huitième siècle que l'on voit se multiplier les petits traités ou des ouvrages plus étendus, destinés

DE L^llISTOIRE LITTERAIRE. 3ll

à répandre le goût du vrai beau • la plupart se bornent aux compositions poétiques. Les premiers essais dans ce genre sont dus aux auteurs du recueil Bijdragen tôt ophoiiw der vaderlandsche letterhunde , dans lequel quelques articles sur la poe'sic se font lire avec plaisir. Nous passerons sous silence une traduction des Observations critiques sur la poésie et la peinture de l'abbe' Du Bos, par P. Zweerts, pour arriver au beau traité du sublime et du naïf, ouvrage du philosophe Israélite, Moïse Mendelssohn, dont le professeur d'Utrecht, R. M. Van Goens publia en i'j'y4 ""^ traduction, qu'il enrichit de remarques intéressantes. En 1780, parut une traduction de la poétique d'Aristote par un anonyme, suivie d'un Traité sur la poésie et le théâtre des anciens , par le professeur Curtius. H. Van Alphcn s'efforça particulièrement h exciter ses compatriotes à l'étude philosophiqiie de la poésie. Il publia à cet effet la traduction d'une Théorie des beaux arts et des sciences, d'après ^allemand de Riedel, à laquelle il fit des changemens notables et qu'il enrichit de ses propres rc-

3 I 2 l'RKCIS

marques. Mais le succès ne répondit point à son attente : les uns blâmèrent dans l'ouvrage les raisonnemcns abstraits , et la subtile finesse des distinctions j les autres crurent y -voir une injuste prévention de la part du traducteur, en faveur des écrivains étrangers, aux dépens de la littérature nationale. Poursuivant toujours son but, l'auteur fit paraître encore, en 1^82, un nouveau volume qui renferme deux traités sur la poésie (i); ils prouvent l'un et l'autre un esprit philosophique, une érudition vaslc et un goût exquis.

Le célèbre poète latin et archéologue, Jérôme de Bosch, combattit les opinions de Van Alphen. Dans une dissertation couronnée par la nouvelle société de Tejler (Tejlers tweede genootschap) et publiée par elle en 1783, il cherche à démontrer que la connaissance et l'observation des prétendues règles de l'art ne peuvent produire que de bien faibles avantages; mais il recommande avec chaleur la lecture assidue et l'élude des plus beaux mo-

(i) Over de middelcn ter rerbetcring der Nederland.=che poëzij. — Over liet aangeborene iu de poëzij.

DE l'histoire littéraire. Ol3

Jeles de la Grèce et de Rome, comme le moyen le plus efficace de parvenir, à l'aide d'heureuses dispositions naturelles, au plus haut degré de perfection en poésie. Cinq ans plus tard, une dissertation de ce savant parut parmi les œuvres de la même société; elle contient une analyse du sujet et des principales beautés de l'iliade, mis à la portée des lecteurs étrangers aux langues anciennes, et on peut la considérer comme faisant suite à son premier traité. On lui devait déjà un petit ouvrage latin sur les qualités du panégyrique', en réponse à une question proposée par la société de littérature nationale à Leyde; une traduction hollandaise de cet opuscule, se trouve aussi dans le 5."'= volume des œuvres de la même société. A propos de ces œuvres, nous devons rappelerencoreque, dans les 'j volumes dont elles se composent, on trouve plusieurs dissertations intéressantes, écrites par J. Macquet, C. van Engelen, Hottinger, van Alphen, Bilderdijk et d'autres auteurs distingués. Macquet, que nous connaissons déjà comme poète, et qui fournit quelques morceaux remarquables sur la poésie dans le recueil

3l4 PRECIS

Bijdragen tôt ophoupv etc., publia encore, de 1^80 à 1786, des Essais d'études poétiques, en trois volumes. L'ouvrage est rempli presqu'en entier par des réflexions sur des trage'dies deVondel, l'Ystroom d'Antonides, l'Abraham, le Patriarche, de Hoogvliet et quelques autres poèmes ; le critique y fait preuve d'un goût pur et d'un jugement solide. Nous ferons ausà mention des quatre volumes sur la poe'tique, publie's par la société de Leyde hunst wordt door arbeid verhregen, sous le titre de Dissertations couronnées (prysverhandelingen). Nous dirons également un mot de plusieurs collections littéraires, dont on doit, surtout la publication au zèle du savant G. Brender à Brandis • outre quelques écrits importans sur la langue nationale, elles contiennent plusieurs morceaux consacrés à la théorie de la poésie et de l'éloquence (i). On trouve beau-

(1) Voici les titres de ces collections : Taal- dichten letterkundig kabinet ; Taal- dicht- en letterkundig raagazijn ; Proeve yan geschied- en letterknndige oefeningen.

DE l'histoire littéraire. 3 1 5

coup de bons articles relatifs au même sujet ^ dans le recueil que nous avons déjà cité, 3Iagasin des sciences , des arts et da goût. Les dissertations de J. Lublink de Jonge (drie zeventallen verhandelingen) ofifrent également d'importans passages, qui se rapportent à cette matière , et qui donnent une haute idée de l'érudition, du jugement et du goût de cet homme estimable.

Nous avons à mentionner particulièrement les Lettres sur différeus sujets, en six volumes, publiées par Tun de nos plus fameux poètes, R. Fei th. Beaucoup de questions littéraires, et principalement de questions relatives à la poésie, y sont discutées avec habileté, dans un style aussi coulant qu'agréable. Le même auteur s'associa avec van Kantelaar pour la publication d'un ouvrage sur les arts et les sciences (Bijdragen ter bevordering der schoone kunsten en wetenschappen) \ rien n'est plus propre à former le goût que cet utile écrit. Nous venons de nommer van Kantelaar : ce serait une négligence inexcusable que de ne pas citer avec les plus grands éloges son Traité sur Véglogue, auquel la ci-devant Société Kunst

3i6 PRÉas

vvordtdoor arbeid verhregen, à Leyde, décerna la médaille d'or , mais qui par un concours de circonstances particulières, ne fut imprimé qu'en i8i3, parmi les œuvres de la Société hollandaise des beaux arts et des sciences, dont elle forme le second volume. Cette dissertation peut, sans contredit, être regardée comme un chef-d'œuvre; non-seulement le sujet y est traité à fond et avec la plus grande exactitude, mais encore l'auteur a su le présenter d'une manière neuve qui en rend la lecture non moins attachante qu'instructive.

Il nous reste enfin à parler de deux productions étrangères, que l'on a fait passer dans notre langue. L'ouvrage du célèbre prédicateur anglais Blair parut en hollandais de 1788 à 1790, en trois volumes in-8.°, sous le titre de Leçons de rhétorique et de helles-lettres' on sut depuis que l'auteur en était H. Bosscha, avantageusement connu par d'autres travaux littéraires. Par cette traduction, il rendit à son pays un service signalé : en effet, parmi tous les écrits de ce genre qui parureiat dans ces derniers temps , il n'en est aucun peut-être où les matières soient développées avec plus de

DE l'histoire LITTERAIRE. Ol-J

clarté et de cbarme, avec plus d'indépendance et de solidité de jugement, que dans celui de Blairjil n'est point de manuel qu'on puisse recommander avec plus d'assurance aux jeunes gens livrés à Tétude de la poésie et de l'éloquence. Les dialogues sur T éloquence, de l'immortel Fénélon, qui abondent en observations judicieuses et en utiles préceptes, roulant pour la plupart sur l'art de l'orateur sacré, méritaient à plus d'un titre de rencontrer un interprète aussi habile que le professeur J. M. Scbrant. Cet excellent opuscule reçoit un nouveau prix des savantes remarques dont l'a enrichi l'élégant traducteur.

3l8 TRÉCIS

Page 1