‹ Précis de l'histoire littéraire des Pays-BasChapitre 9 sur 12 · LIVRE lïl · texte numérisé non relu

LIVRE lïl

rO£TES ET PROSATEURS QUI ONT ECRIT DEPUIS I,A. Fil* DU XVIt.e SIÈCLE, jusqu'à NOS JOURS.

X^ANS la dernière moitié' du dix-septième siècle, on vit de'choir peu à peu la poésie de la hauteur à laquelle elle s'e'tait éleve'e parmi nous, durant la première. Hardiesse, force, originalité, ton vraiment poétique, voilà ce que l'on rencontre chez les auteurs de cette première période; ceux de la seconde remplacèrent souvent toutes ces qualités par une manière plus faible, plus prolixe et plus rapprochée d'une prose élégante. Nous observerons le même phénomène pendant la plus grande partie de l'époque où nous entrons maintenant; on gagna, il est vrai, quelque chose en finesses de langage et de versification; on connut, on observa mieux les règles

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"de quelques espèces de poèmes particulières j mais la poe'sie, considérée en elle-même, ne • fit que des pas rétrogrades. Jamais cependant , et nous le remarquerons en même temps , jamais nous ne fumes privés entièrement de poètes ; vraiment dignes de porter ce grand nom; et nous pouvons même dire avec quelque orgueil, que vers la fin de cette époque îa poésie a pris un tel essor que sa gloire ne 3e cède guères à celle de l'âge d'or de notre littérature. Durant cette époque encore, l'art d'écrire en prose ne fit pas plus de progrès que dans la précédente, et ce n'est que vers la fin de cette période que l'on peut citer quelques prosateurs qui revendiquent à bon droit la palme de l'éloquence. Nous passons maintenant aux développemens de l'histoire; nous tâcherons d'être plus succincts encore que dans l'exposition des parties précédentes, et nous nous bornerons à la simple indication des faits essentiels.

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SECTION PREMIÈRE

POETES CELEBRES DE CETTE ÉpOQUK.

Luc Rotgans , en qui s'est fondu , pour ainsi dire, l'esprit si divers des époques que nous venons d'esquisser , réclatne d'abord notre attention. Il naquit à Amsterdam, en i654, d'une famille distingue'e ; après avoir reçu une éducation littéraire, il entra dans le service militaire, et passa la fin de ses jours dans une retraite studieuse que lui offrait une maison de campagne, nommée Kromwijk, située sur la Vecht, entre Maarsen et Breukelen. II y mourut en l'^j/io. Parmi ses œuvres poétiques , on distingue surtout son Guillaume III, en huit livres. Dans ce poème, que l'auteur a voulu visiblement nous donner pour une épopée , se trouve une versification coulante et soutenue, un style généralement pompeux et poétique, et quelques morceaux pittoresques j mais l'ensemble n'inspire point âin intérêt bien vif, et les fictions, empruntées

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avec assez peu de bonheur à la mythologie païenne j n'offrent rien de piquant. Ses deux tragédies Ènée et Turnus et Scilla , doivent être range'es parmi les tragédies les plus nobles et les plus régulières de notre langue- elles se trouvent imprimées dans ses Poésies mêléesj, qui renferment en outre le poème comique sî connu Boerenkermis (la Fête de Village), et plusieurs pièces légères, vraiment jolies (i).

Dans les productions de quelques contemporains de Rotgans, on trouve la faiblesse et les imperfections de cet écrivain, sans y découvrir jamais la noblesse et le grandiose de sa poésie. Nous citerons pour exemples les ouvrages du célèbre imprimeur François Van Halma, qui vécut de i653 à 1722; de David Van Hoogstraten , homme estimable à tant d'autres égards, et qui, né en i658, mourut en 1724; de son frère J. Van Hoogstraten, qui, entre autres, écrivit en vers la Vie de Vapoti-e SJ^-Paul; d'Abraham Bogaert, et

(1) Voyez la préface de Halma, pour les poésies de Eotgans , et la Description d'Amsterdam ^ par Wagenaar, sect. III, pag. 252.

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ceux (le plusieurs autres que nous passerons sous silence.

On doit distinguer de la foule le gracieux poète bucolique Jean-Baptiste Wellekens, né à Alost, en Flandre, en i658. Il \int s'exercer dans la peinture à Amsterdam, et s'y fixa pour le reste de sa "vie, après avoir séjourné comme peintre, en Italie, pendant onze ansj il mourut dans cette ville en 1726. A l'exemple de plusieurs poètes italiens, il s'adonna surtout à la composition de poèmes pastoraux et de chants de pêcheurs, dont on trouve les plus beaux dans un recueil qu'il publia en i^i I, conjointement avec P. Vlaming, son ami et son rival , sous le titre àe Dichtlievende Uitspanningen (Récréations poétiques). Les lettres lui doivent encore une traduction facile de l'Amynte, célèbre poème pastoral duTasse, et trois volumes de poésies diverses, pubHées par sa fille , après sa mort.

Nous louerons également la facilité, la douceur et la grâce de ce même ami P. Vlaming, qui naquit à Amsterdam en 1686. Cet écrivain rendit aussi des services à notre littérature en publiant une nouvelle édition du

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Hertspieghel (Miroir du Cœur) de Spiegîieîy et une traduction de Vuircadie de Sannazar,

Une femme-poète de l'époque , nomme'e Catherine-Jeanne De TFit, née à Utrecht et décédée en 1727 ou 1728, n'eut pas moins de succès dans l'cglogue. Elle publia une traduction en vers de la Bergère fidèle, drame champêtre en cinq actes du poète italien Contarini , suivi de quelques pièces légères qui consistent la plupart en églogues et chants de pêcheurs. Après sa mort, parut le même recueil augmenté encore d'une imitation en ■vers de la Philis de Scirus, poème pastoral du comte Bourrelli, et de quelques idylles et poésies mêlées.

Cependant , bien au-dessus de sa rivale s'élève une autre femme célèbre, Elisabeth Koolaart , née Hoofman. Elle \it le jour à Haarlem en 1664, et mourut à Cassel en 1 736. Ses productions, extrêmement remarquables sous tous les rapports, ne furent publiées qu'en 1778, par les soins de G. Kops. Nous serions entrés dans de plus grands détails sur cette personne distinguée; si dans une autre occa-

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bion nous n'avions rendu hommage aux qualités de son esprit cl de son cœur (i).

A la dernicrc partie du dis-septième siècle appartiennent encore le savant je'suite Liévin De Meycr, né à Gand, en i655, et mort a Louvain, en 1730, qui fit imprimer en 1726 une élégante traduction en vers de son beau poème latin de Ira (de la Colère )3 Nicolas Bruin. auteur généralement faible et sans originalité, qui vécut à Amsterdam de 167 1 à 1728, et laissa un grand nombre de poésies sur la morale ou sur des sujets tirés de la bible; Jean de Haes, fils de FrançoiS;, de Rotterdam, né en i685, et décédé en 1723 , dont nous avons un recueil de vers ou plutôt de rimes, et qui pour ses poésies sacrées Judas le traître et Jonas le pénitent, ne peut être rangé tout au plus que parmi les rimeurs corrects. Nous passons sous silence un grand nombre d'écrivains, pour arriver à Jacques Zeeus, de Zevenberg, né en 1686 et mort en 1 7 18. Cet auteur, comme l'attestent les deux recueils de poésies qu'il nous a laissés, n'était pas entièrement

(1) Voyez VEutcrpe, sect. II, jiag. 91 — i46.

dépourvu de génie poétique. Nous devons nous occuper aussi àeLuc Schermer, de Haarlem; né en 1688, il mourut, après bien des traverses , en 1 7 1 1 , au printemps de sa vie. La nature l'avait doué des plus heureuses dispositions pour la poésie, et le jeune auteur les avait cultivées et ennoblies par des études assidues. Le recueil remarquable de ses oeuvres, publié après sa mort par P. Vlaming, offre des preuves éclatantes de son génie. Outre les poésies mêlées, il contient une tragédie intitulée Méléagre et Atalante , des poèmes épiques, des idylles et des chants de pêcheurs. Tous ces morceaux respirent tantôt la douceur et la tendresse, tantôt se distinguent par la hardiesse et la grandeur, et malgré une trop grande abondance et quelques autres défauts de jeunesse qu'on y relève de temps en temps, partout ils décèlent le véritable poète.

A la tête des poètes qui appartiennent au dix-huitième siècle, doit être incontestablement placé le célèbre villageois Hubert Poot, fils de Corneille, né en 1689 à Abswout, hameau entre le village de Ketel et Delft, et mort dans cette ville, en 1733. Quoique

DE l'histoirl littéraire. 2ig

privé des avantages d'une éducation savante et condamné Ja plus grande partie de sa vie au travail des mains , il parvint par une ardeur infatigable et un exercice continuel, à perfectionner tellement ses dispositions naturelles, qu'on peut le regarder comme un des émules les plus heureux de Hooft et de Vondel. Ses poésies ont été publiées à Delft , en trois volumes in-4.°, et réimprimées avec luxe en autant de volumes en petit format j ces deux éditions sont enrichies, entre autres, d'une vie de l'auteur élégamment écrite. Le premier volume contient des sujets tirés de la bible, des épîtres, des poèmes champêtres, des chants marins et des poésies erotiques j le second des poésies mêlées, des inscriptions et des panégyriques; le troisième des épithalames et des chants funéraires. Tous ces poèmes , surtout ceux qui ne doivent le jour qu'à la circonstance , n'ont pas le même degré de mérite; quelques-uns même, et principalement les poésies sacrées, sont déparées par des traits de faux bel-esprit. Cependant ils portent , en général, l'empreinte d'une imagination originale, et se distinguent éminemment par le

choix, la beauté et la richesse de l'expression, Poot excelle surtout dans le genre doux, gracieux, facile et badin , comme l'attestent suffisamment ses poésies erotiques et ses épîtrcs. Sq& écrits renferment d'ailleurs d'excellentes leçons de morale, qu'en imitateur habile d'Horace, il sait présenter au lecteur d'une manière inattendue, avec autant de verve que de profondeur (i).

Quoique placé dans un rang moins élevé, Pierre Langendijk mérite cependant d'être cité honorablement. II naquit à Haarlem en i683, et y mourut en lySô. Possédant ainsi que Poot, peu de moyens de perfectionner son éducation, il dût, jusques dans un âge fort avancé, pourvoir à ses besoins par des occupations entièrement éti'angères aux lettres et à la poésie; dans tout le cours de sa vie, il eut à lutter contre des contrariétés sans nombre; un caractère

(i) Voyez sur Poot, une excellente préface de M. Daniel Hooft, pour Fantliologie des poésies du même auteur, en deux volumes. Par cette édition, enrichie de notes intéressantes, M. Hooft a mérité la reconnaissance de tous les amis des lettres de son pays.

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léger el insouciant, source de la plupart de bcs maux, les lui faisait supporter avec assex de fîicililé. Cette humeurétourdiect gaie perce fréquemment aussi dans ses poésies, où règne souvent une bonne plaisanterie et qui se composent en grande partie de comédies. Son théâtre remplit pres([ue entièrement les volumes deux et quatre du recueil de ses poésies, en quatre volumes in-4.°, et quoiqu'on ne puisse aucunement le comparer avec les cliefs-d'œuvrc d'un Plante, d'un Tércncc et des maîtres de la scène, on y rencontre cependant beaucoup de trails de verve et de bon comique. Parmi les autres pièces du recueil dont nous venons de parler , ses Poèmes champêtres et les Chants de Pécheurs méritent surtout d'être signalés. On a encore de Langendijk. la f^ie des Patriarclies , en dialogues et monologues; des annales rimées (jaardicblen , Jaarzangen) • les Comtes de Hollande, la T'ie de Guillaume IJ^'' , et d'autres pièces, que, pour éviter les longueurs, nous passerons sous silence. Si l'on ne doit point placer Langendijk parmi les auteurs du premier ordre, on peut du moins le regarder comme un poète gracieux, plein de chaleur

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et fie gaîté , mais qui, surtout dans ses poésies ijadirics et comiques, ne satisfait pas toujours e'galement le bon goût.

Il suffira de citer d'un seul mot bon nombre de poètes contemporains. Le plus ancien d'entre eux est le directeur des e'coles de Leyde, Henri Snakenhurg, ne en 1664 et mort en 1 750. Trois ans après sa mort , il parut de lui un recueil assez considérable de poèmes, la plupart sur des sujets tirés de l'écriture sainte ou traitant de matières édifiantes- on n'y trouve aucune étincelle de verve; mais une expression assez pure. Le mérite du neveu de cet auteur, Théodore Van Snalcenhurg ^ est tout aussi mince. En lySi , il publia conjointement avec Jacques Elias, fils de Michel, un volume de chants de pêcheurs, d'épîtres, de sonnets et de poésies mêlées, sous le titre de Proeve van Dichtoeffening (Essais poétiques), par A. L. F. et A. P. S.

Nous n'en finirions point, si nous voulions donner le recensement de tous les poètes médiocres que vit éclore la première moitié de ce siècle. Nous passerons donc sous silence un Laurent Stevensloot, auteur d'une paraphrase

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liraëe de Jonas, un Jean Goeree, homme d'esprit, mais sans culture; un Herman Vanden Burg, rimailleur fécond, et grand nombre d'autres. Nous ne consacrerons non plus qu'un mot à Corneille Boon van Engelant et François Van Greenwood , nés tous deux en 1680, et dont le dernier \ivait encore en i'y6o. Le premier fît paraître force poèmes de différentes espèces, idylles, tragédies, etc.j le tout d'un bien faible intérêt j le second publia deux volumes de poésies mêlées, oîi l'on trouve quelques bonnes pièces. Nous ne parlerons pas plus au long du poète boursoufïlé et extravagant GuUlaume Van Svvaanenburg, peintre à Anvers , qui , sous le titre de Parnasse , lança dans le public, en 1724, un recueil formidable de poèmes, assemblage de sons vains et ronflans. Nous aimons mieux nous arrêter un moment près d'un poète plus estimable, et que déjà nous aurions dû citer. C'est Mathieu Gargon , né à Haarlem,en 166 1, et mort en 1728, àFlessingue, oîi il exerça les fonctions de prédicateur et de recteur des écoles latines. Quoiqu'il manque de hardiesse etd'originahté pour être placé pj\rmi les poètes du premier ordre, il

brille cependant au milieu des nombreux rirneurs de cette époque , par une manière animée et des vers pleins de raison j on trouve surtout des preuves de son talent dans sa traduction de Boéce et dans son Arcadie TValchénenne{i).

Notre attention est appelée maintenant sur Arnault Hoogvliet, l'un des poètes les plus célèbres de ce siècle. 11 naquit à Vlaardingue en 1687, et mourut dans cette ville en i;;i63o Se trouvant à Vâge de vingt ans sans aucune éducation littéraire, et convaincu avec raison que le manque d'un tel avantage devait nuire au perfectionnement de son talent poétique, il résolut d'y suppléer en se dirigeant lui-même dans ses études. En efifet, il ne se donna point de repos qu'il ne se fût familiarisé avec le latin, et le premier fruit de ses nouvelles connaissances fut une traduction en vers des fastes d'Ovide. Cet ouvrage, quoiqu'il ne soit pas dénué de tout mérite, était évidemment au-dessus de ses forces. Aussi est-il peu propre

(1) Voyez mon Musée, 11.^ partie, p. 149 — i^?* {Note de Pauteur.)

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à éterniser sa gloire poéliquc , qui se fonde principalement sur son ouvrage Abraham le patriarcale. C'est une description en douze livres dos principales aventures de ce patriarche. Cette composition n'appartient point , quoiqu'on en ait dit, à l'epope'c; on ne doit la considérer que comme un de ces poèmes historiques ou. biographiques en vers, et l'on y rencontre de temps en temps des passages faibles, ou gâtes par le mauvais goût çt l'affectation. Ne'anmoins ce poème est , sous plus d'un rapport, d'un grand mérite, et doit être classé parmi les plus belles productions de la littérature nationale. Hoogviiet a publié en outre deux volumes de Poésies mêlées, où il montre, comme dans son grand ouvrage, une imagination très-vive, de l'abondance et de la facilité- mais sa touche y est souvent moins vigoureuse (i).

(i) Voyez la belle et judicieuse notice sur la vie de Hoogviiet , par M. J. de Krayff, dans la première partie de la vie des poètes des Pa)'s-Easj publiée par la société Kunsl ivordt door arbeid verkregen (le Travail enfante la science), li faut lire aussi rarticle

Plusieurs poètes de Dordrecht furent les contemporains de Hoogvliet; qui était lié d'amitié avec quelques-uns d'entre eux. Ce sont J. Targier, qui vécut, presque toujours aveugle, de 1688 à lySS, et de qui parut en 1736 un recueil de vers assez estimable; les frères Tieleman et Henri Van Bracht, dont les poésies imprimées attestent moins de talent , et le savant libraire Jean Van Braam , né en 1677 et mort en 1751 , qui laissa un petit recueil de vers que Huydecoper cite quelquefois avec éloge. Cette époque compta aussi plusieurs femmes poètes, dont la plupart, à la vérité, furent plus redevables de leur célébrité à la galanterie de leurs contemporains qu'à leur mérite poétique. Il en est ainsi, du moins en partie, de Jetske Reinou Fan der Malen , née à Leeuwarde en 1681. Dans son recueil de poésies mêlées, publié en 1728, on découvre au milieu d'une foule de morceaux faibles et insignifians, quelques pièces vraisur Hoogvliet, dans la troisième partie du dictionnaire aiithologique et critique du sieur Witsen-Geysfceek.

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ment bonnes. Mais nous irions bien au-delà des limites de notre plan, si nous voulions citer ici tous ceux qui, vers le temps de Hoog- \liet, obtinrent quoltjue réputation comme poètes ou comme rimeurs. Laissant donc de côté une foule d'autres écrivains, nous nous bornerons à dire un mot d'un homme que son mérite éleva aux plus hautes dignités, Jean- Jacques Mauritius, né en 1693 et mort en 1768, écrivain d'un grand talent et de beaucoup d'érudition , mais dont les différentes productions ne sont point vivifiées par le vrai feu poétique ; ainsi que de trois poètes zélandais nommés Jean Steengracht , Pierre Boddaert et Pierre de la Rue. Tous trois naquirent à Middelbourg, le premier en 1692, le second en 1694 et le troisième en lôgS. C'étaient tous des hommes instruits et revêtus d'emplois considérables. L'année 17 17, ils publièrent en société un recueil de poésies supportables, sous le titre de récréations poétiques, lequel fut réimprimé en 1728. Dans la suite Boddaert et de la Rue s'occupèrent es.clusivement de poésies sacrées et édifiantes, dont il parut plusieurs volumes. Quoique ces derniers ou-

vrages, siulout ceux de Boddaert^ aient é le couverts d'applaudissemcns à leur apparition . elles sontj comme productions poétiques, d'une valeur à peu près nulle. Boddaert, qui \ccut jusqu'en 1760, publia aussi les poésies posthumes à^Anne Rethaan sa belle nrcre, et celles de Jean Moormaii, citoyen distingué et érudit de la \ille de Hulst en Flandre, et qui vécut de 1696 à 1743.

Nous aurons h nous occuper un peu plus longuement A<i.Syhrand Feitania, né à Amsterdam en 1694, et mort en 1758. Cet homme, dont toute la Vie fut consacrée aux belleslettres, exerça sur ses contemporains une assez grande influence, en leur faisant, par son exemple, attacher trop de prix à la correction et à la pureté du style. Otez-lui la délicatesse, le goût et la facilité, ses qualités comme poète original seront bien minces; mais comme imitateur de poètes étrangers, surtout de ceux de la France, il fit voir un talent très-délié et très-cultivé. 11 en a fourni des preuves éclatantes dans ses imitations en vers de l'ouvrage si justement célèbre, le Télémaque de Fénélon, et de la Tîeuriade de Voltaire; cette dernière

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production surtout peut cire appelée un chefd'œuvre de traduction poétique. Il a traduit en outre un grand nombre de tragédies francaiseS; qui sont pobr la plupart réunies, avec deux pièces de sa création , dans les deux volumes de son théâtre. Une autre encore est • imprimée dans le petit recueil de ses poésies posthumes , composé de poèmes tant originaux que traduits, et publié en 1764 (1).

On trouve dans les ouvrages de Henri Schim une plus grande vivacité d'imaguiation et une poésie plus riche , mais moins de délicatesse et de pureté de goût. Cet auteur, né à Maassluis en lôgS, mourut en i'j^3, et olitint de son temps une grande réputation par ses poésies sacrées et morales. On a de lui quatre volumes in-A", dont le premier parut en 1723 sous le titre de Poésie biblique, le second en iniG sous celui de Poèmes hibliquesetmoraux , le troisième sous le nom de Gloire du Christ et de l'église, le quatrième enfin sous celui de Tableaux poétiques. Plusieurs de ces poèmes

(i) Voyez sur Feitama, la première partie de la vie des poètes des Pays-Pas , citée ci-dessiis,

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sont à la vérité déparés plus ou moins par le mauvais goût ihéologique de ce temps, mais malgré ces taches on y reconnaît partout le véritable pocle.

Le célèbre philologue et antiquaire, Baltliasar Huydecoper, qui naquit à Amsterdam en 1695, d'une des familles les plus distinguées, et qui mourut dans cette ville en 1778, après y avoir exercé plusieurs charges importantes, ne mérite pas moins d'éloges comme poète et principalement comme auteur de tragédies. On admire surtout ses deux compositions dramatiques Arzace et Achille, plus encore pour les beautés supérieures dont elles fourmillent que pour la régularité et la vigueur qui y régnent. Son imitation libre en vers des satires et épîtresd'Horace,dontil a également publié une traduction en prose, n'est pas non plus dépourvue de tout mérite. Enfin, en 1 788, il parut un petit recueil de %&i Poésies, qui renferme quelques jolis morceaux.

Jean De Marre, né aussi à Amsterdam , vécut de 1696 à 1763, et passa la plus grande partie de sa jeunesse sur l'Océan. On doit également le citer honorablement parmi les au-

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leurs de cette époque, et il mérile à bon droit le titre d'un poète abondant , habile et gracieux. Outre ses grands poèmes , sous le titre de Baiauiuj en quatre chants; Méditations sur la sagesse de Dieu à régir les créatures , et Couronne pour le cap de Bonne-Espérance, qui renferment des détails très-intéressants, présentées d'une manière \ive et vraiment poétique , on a de lui un beau recueil de Poèmes consacrés aux Jatdins et de Poésies mêlées, et enfin trois pièces de théâtre, parmi lesquelles on distingue sa tragédie Jacqueline de Bavière.

D'un grand nombre de poètes d'un ordre moins élevé, contenions-nous de citer en passant P/zi/fppe Zweerts (i), issu d'une famille amie de la poésie, et .dont les principaux poèmes, non compris quatre pièces de théâtre assez recommandable, sont contenus dans un recueil in-4.°, publié en 1759. Faisons aussi mention de ses amis Hub. Gv. Van Vrijhofï,

( I ) Son aïeul , Jéi ôme , et son pcre Corneille Swecrs ou Zweerts, se firent connaître avantageusement comme poètes , le premier surtout.

professeur eu droit, d'abord à Harderwijk, ensuite à Amsterdam, et dont les poésies furent publie'es par les soins de Zweerts, en 1754, un an après la mort de l'auteur, et Gérard Muyser, né à Amsterdam en 1726, d'une famille illustre et amie des lettres, et mort à Utrecht en i']5'j. Celui-ci publia, eni^Si, un recueil de vers sous le titre de Poésies mêlées, auquel, en 1760, le même Zweerts ajouta un autre volume de Poésies posthumes; ces deux recueils renferment plusieurs pièces d'un caractère tendre et gracieux (i).

Il nous reste encore à nommer trois autres poètes d'Amsterdam, qui, quoique plus recommandables par la pureté et le poli de leur stjle que par la force et l'originalité de leur talent, se distinguent cependant d'une mar.ièi-e avantageuse de la foule des poètes médiocres que renfermait alors leur ville natale.

(i) Il est rendu compte fies poésies posthumes dans l'ouvrage intitulé : Taal- en tlichtkundige bijdragen, II. <= partie, p. 297 — 3o8. Dans la première partie de cet ouvrage on trouve aussi un examen critique des poésies de Zweerts, publiées en lySg.

DE l'histoire litiéraiiîl. 233

Le premier est L. Pater, u6 en 1707 et mort en 1780J il publia ses principaux poèmes, à l'exception de quelques pièces de théâtre imprimées séparément, en 1774, en un volume in-4.°, sous le titre de Poésies de L, Pater; ce volume fut augmenté, en 1784, de ses Poésies posthumes. Ce double recueil contient plusieurs morceaux qui , par leur grâce naïve , leur marche ferme et franche et leur gaîté sans affectation, se font lire avec plaisir, tandis que d'autres se recommandent par une raison solide. Le second de ces poètes nommé Ai)raham De Haen, né en 1707 et mort en 174^? se présente dans ses pastorales et ses poésies mêlées comme un poète léger, gracieux et badin, qui savait surtout prendre avec bonheur le ton propre à l'égloguc. Le troisième enfin, nommé Bernard De Bosch, né en 1709 et mort en 1786, poète d'une délicatesse extrême et souvent excessive (i). Il publia

(1) Yoye!j-en les preuves dans Touvrage Verheleringen np zijne vroegere dichtiverlien, imprimé dans la II. <= partie des ouvrages de la société de littérature nationale, à Leyde.

SOUS le tilie de llécréations poétiques , trois petits volumes de vers, consacrés pour la plupart à la religion et à la morale. L'ouvrage est ccrit avec un esprit de piété sincère qui inspire le respect, et il y règne un ton doux^ pompeux et gracieux , mais généralement fai])le et par trop uniforme. Disons encore à cette occasion , que Bartholomée Van Leuvenig, ministre des anabaptistes à Amsterdam, oîi il mourut en 1760, publia en 1744 "" recueil de poésies et de méditations édifiantes, où l'on rencontre plusieurs morceaux d'une simplicité qui fait naître de douces émotions. En 1702, Rotterdam donna le jour à un écrivain, qui, par ses brillantes qualités poétiques , s'éleva bien au-dessus de la plupart de ses contemporains, et que les circonstances pénibles contre lesquelles il eut à lutter, recommandent surtout à notre admiration.

Nous voulons parler de Didier Smilsj dévoué dès sa première jeunesse, au soulagement de ses parens, et ensuite à l'entretien de sa nombreuse famille, il fut entraîné à des travaux incompatibles avec les lettres et la poésie, et après une longue suite d'infortunes, il

DE l'histoire littéraire. 235

mourut en 1752, à Hellevoclsluis, oli il avait été revêtu d'un emploi assez modique. Mais malgré le pénible embarras de sa position , malgré Tabsencede toute éducation littéraire, il parvint, en profitant avec ardeur des ressources qui lui restaient^ à cultiver ses dispositions naturelles, et son talent ainsi perfectionné, lui obtint un rang honorable parmi les poètes de la nation. Il brille moins par lu hardiesse, la force et l'élévation des pensées, que par un style coulant, gracieux et pittoresque. Ce qu'il exprime surtout avec bonheur c'est la douceur, la naïveté et le sentiment, beautés qui abondent dans ses deux pièces intitulées : Lyhkrans voor mijti dochterije (Guirlande funéraire pour ma fille), et Op eenige serafljntjes (Sur quelques séraphins), et dans une foule d'autres compositions. Son premier poème de quelque étendue fut le Baàlfegordienst (Culte de Belfégor), en trois livres, et publié eu 1737. On y lit quelques pages étincelantcs de poésie. Il y ajouta en 1740, un charmant recueil de poésies diverses, ou se trouvent aussi les petits ouvrages déjà mentionnés. Passant sous silence son

heureuse imitation d'un poème latin du professeur P. Barman, d'Amsterdam, nous citerons son Rottestroom (Cours de laRotte), poème en trois chants, qu'il puhha en 1749» Cet ouvrage riant et gracieux ahonde en descriptions, dont le charme est souvent relevé par le rjlhme harmonieux de la poe'sie lyrique. Après sa mort, il parut encore de lui trois volumes de poe'sies ; ils renferment quelques morceaux qui ajoutent un nouvel éclat à sa renommée poétique. Le troisième volume est enrichi d'une description détaillée de sa vie.

De tous les poètes, contemporains et compatriotes de Smits , aucun n'est plus digne d'attii'cr notre attention que le neveu du célèbre Gérard Brandt, François de Haes, né en 1708 et mort en 1761. Quoiqu'il appartienne plutôt à la classe des rimeurs faciles et élégans , qu'à celle des vrais poètes , on reconnaît cependant dans quelque-unes de ses pièces qu'il n'était pas absolument dépourvu de talent et d'imagination. C'est ce qu'on découvre surtout dans son poème Ferheerlykt en vernederd Portugal (Gloire et décadence

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du Portugal). Les trois livres de cet ouvrage, qui contient le désastre de Lisbonne, en 1^55, offrent quelques endroits pleins de mouvement et d^heureuses images. Outre une paraphrase de la parabole de l'enfant prodigue, paraphrase très-peu poétique quoiqu'il eût jugé à propos de la qualifier ainsi ( i ) , il publia un recueil de poésies édifiantes, suivie d'un volume de poésies diverses, imprimés ù la suite de son poème sur le portugal. On a encore de lui un recueil de poésies posthumes. Quelques autres littérateurs furent les amis de Smits , et conjointement avec lui et de Haas, firent partie d'une société poétique, connue sous la devise de Naturâ et arte, dont on a plusieurs poésies ; ce sont Guillaume Suderman , Corneille et Guillaume van der Pot, Nicolas Versteeg et A. van derVliet. C€s trois derniers se firent connaître en publiant séparément quelques pièces do vers, qui cependant h cause de leur médiocrité ne méritent point de mention particulière.

(i) Poelische uithreidingen bespiegeîing over de gelijkenis van den verloren zoon.

Tout ce que nous pouvons dire touchant le poète Jacques Spex , né à la Haye , en 1^02 , et mort en 1775, c'est que ses poésies mêlées qui renferment beaucoup d'inscriptions (bijschriften) , et qui furent ensuite augmentées de ses œuvres posthumes , indiquent plutôt un écrivain familiarisé avec les meilleurs poètes du dix-septième siècle , qu'un homme d'un génie original. Son contemporain , Jean de Kruyff, né à Leyde en 1706, et mort en J776, fut un homme doué d'un plus grand mérite littéraire et qui laissa loin derrière lui la foule des faibles versificateurs de son temps. Après sa mort, ses fils fixent paraître une collection choisie de ses poésies imprimées et inédites, qui lui assurent un rang parmi les poètes les plus élégans et les plus instructifs. Nous porterons un jugement moins favorable sur les productions faibles et insignifiantes de Jean Badon , né à Leyde la même année que de KruyfF, ainsi que sur celles de sa femme Claire Ghyben. Les œuvres des deux époux furent publiées en 1756, et suivies en 1783, d'un recueil de poésies mêlées et d'inscriptions.

DE L UISTOIRE LITTERAIRE- aSq

Nous voici arrives à deux poètes dont le genre diffère essentiellement de celui de presque tous leurs devanciers. Les frères Guillaume etOnno Zwier Van Haren, moins purs et moins soignés que la plupart des auteurs cités, possédèrent plus qu'eux l'enthousiasme du poète et l'originalité du génie. Issus d'une famille noble de la Frise, hommes d'un rare mérite et d'mie habileté reconnue, ils sont célèbres dans l'histoire politique de notre pays. L'aîné naquit en 1 710, et mourut en 1768-, il mérite d'être cité pour quelques poésies relatives aux affaires du temps (i 740) , et qui , à leur apparition, causèrent beaucoup de sensation, telles que Léonidas, poème lyrique ; trois imitations heureuses d'Horace , et V Eloge de la Paix; ce qui excita surtout l'admiration fut son ode si belle et si énergique , la Vie humaine, que nous n'hésitons pas à placer parmi les chefs-d'œuvre du premier rang. Mais son plus beau titre de gloire est son grand ouvrage intitulé : Aventures de Friso , roi des Gangarides et des Prasiates, Ce Friso, suivant les traditions fabuleuses des anciennes chroniques frisonnes, avait quitté l'Inde pour venir débarquer dans la rivière do

y lie, et avait donne son nom à la Frise , dont il fut le premier roi. Celte composition, qui offre tous les caractères d'un poème épique, et qui est conçue sur le plan du ïelémaque de Fénelon, parut pour la première fois en i']^\,cxi douze Yolmnes in-S.", et fut publiée de nouveau dix-sept ans après, ayant subi de nombreuses corrections. Cet ouvrage, surtout dans la seconde édition , abonde en beautés du premier ordre. De nobles sentimens, de belles leçons de morale et de sages préceptes de politique y sont exprimés de la manière la plus poétique. Riche en comparaisons heureuses et en tableaux vigoureusement exécutés, l'auteur déploie encore les plus rares connaissances en histoire et en antiquités. Sans être à l'abri d'une Juste critique, sans satisfaire à toutes les conditions de l'épopée , ce poème mérite cependant une place très-distinguée parmi les productions poétiques dont s'enorgueillit avec raison notre patrie.

Le frère cadet, Onno Ztvier VanIIaren,ni en 1 7 1 3 et mort en 1 779 j ne le cède a son aîné ni en savoir, ni en talens, ni en verve poétique. Il a donné des preuves de son génie dans

DE l'histoire littéraire. 2^ I

des odes imprimées séparément et trop peu connues jusqu'à ce jour, et dans des tragédies d'un assez grand mérite, Agon, sultan de Bantam, et Guillaume I.*^'' , prince cV Orange, pièce qui représente la fin malheureuse de ce héros; mais surtout dans son gi-and ouvrage, en "vingt-quatre chants, intitulé les Gueux^ Ce poème justement fameux, composé pour célébrer les premiers efforts de la liberté batave au berceau, est, comme le dit fort bien Bilderdyk, un recueil d'odes nationales , qui dans leur ensemble forment un tout complet. Ce chef-d'oeu\Te précieux et vraiment national, l'un des plus beaux omemens de notre poésie, fut publié plusiems fois par l'auteur lui-même, qui en donna en 17^6 une dernière édition, avec des changemens et des corrections notables. Depuis, deux des plus grands poètes de notre époque, Feith et ce même Bilderdjk, consacrèrent lem' talent à retoucher et à polir tout ce qui se trouve dans le poème de vers rocailleux et défigurés par des barbarismes. Bilderdyk fit reparaître , en 1784^ l'ouvrage ainsi restauré , y joignit les remarques de l'auteur et les siennes propres, et l'arracha

par là à l'injurieux oubli dans lequel il était /Teste' enseveli jusqu'alors. On doit seulement regretter que les savans éditeurs n'aient eu connaissance de l'édition de 1776 que lorsque leur travail était déjà entièrement terminé. Nous allons maintenant nous occuper succinctement de trois poètes religieux, qui ont entre eux plusieurs traits de ressemblance. Nous mettrons à lem" tête Luc Trip, celui des trois qui a le plus d'originalité et de force- Il naquit d'une famille noble, à Groningue, en 1712, et y mourut en 1783, après avoirexercé les fonctions de conseiller et de bourgmestre de la ville. En 1764, il publia mi recueil de poésies sur des sujets extrêmement graves , intitulé : Economie du temps dans les heures de loisir, etc. (Tijdwinst in ledige . uren , of Proeven van stichtelijken aendacbt , door M. L.) Dans la plupart de ces poèmes, pour autant qu'ils appartiennent à Trip, car deux sont d'une autre plume, on découvre à regret, au milieu des marques assez nombreuses d'un génie hardi et vigom-eux, que l'attachement excessif de l'auteur au système rigide de son église donna à ses sentimens religieux une direction sombre et désagréable, et exerça

DE l'histoire littéraire. . 243 une influence peu favorable sur le choix et roxccution de ses sujets , qui sont souvent jetés dans un moule trop scliolastique. Gâte par le mauvais goût théologique de son siècle, il se plaisait à certaines locutions favorites nommées langage de Canaan (taie Canaàns) et aimait à revêtir tout d'une forme mystique. Ce travers, uni à l'amom- de l'extraordinaire et du profond , l'entraîna souvent à des expressions dures et recherchées et rendit aussi quelquefois son style bas et rampant. Malgré tous ces défauts, Trip est poète, et ses productions pleines de chaleur poétique, respirent en plusieurs endroits des sentimens religieux qui parlent à tous les cœurs. Quelques-uns même de ses poèmes ne sont que fort légèrement défigurés par les défauts que nous venons de signaler. C'est ce qu'on peut dire surtout de la dernière pièce du recueil intitulé : Dieu visible dans les petites choses, etc. (Godt zichthaar in 't onaanzienlijk, vertoont in de beschouwing van een kei, blauwbesse en vlieg), vrai chefd'œuvre de poésie philosophique et religieuse. Le second poète religieux est le médecin JcanEusèbe Voet, de La Haye, mort en 1 778»

Son stjle, dans la plupart de ses poésies, a de l'abandon , de la grâce et de l'abondance ; mais le mauvais goût dont nous venons de parler en de'pare plusieurs et en bannit la simplicité et le naturel. Outre une traduction en vers des psaumes, assez estimable , on a de lui quelques recueils de sujets édifians, savoir deux volumes de Poésies édifiantes j un petit poème intitulé : Vues sur Neho, etc., et un volume de Chants édifians sur les vicissitudes de V église chrétienne. On publia encore après sa mort mi recueil d'autres Poésies édifiantes et de Mélanges.

Enfin , le troisième poète religieux dont il nous reste à parler, est Rutgerus Scliutte , né en 1708 à Diepenheim, dans l'Overyssel, et mort en 1784 à Amsterdam, où il exerça pendant plusieurs années les fonctions de professeur avec beaucoup d'éclat. C'était un homme renommé à juste titre pour son érudition peu commune, mais U mérite moins d'éloges comme poète que comme savant. En effet, ses poésies, dont de son vivant U parut trois volumes, :>ous le titre de Chants édifians, et qui après sa mort s'augmentèrent d'un quatrième recueil.

DE l'histoire littéraire. "2^5

sous le nom \ïe Poésies posthumes, sont infectées du mauvais goût d'alors qui consistait ;i tout spiritualiser , et elles Joignent à l'exage'gëration du style oriental un étalage d'érudition biblique , qui , sans les notes ajoutées au texte, les rendrait inintelligibles pour la plupart des lecteurs. 11 est cependant quelques-unes de ses pièces qui respirent plus de simplicité et de naturel, et qui sont écrites du ton convenable à la poésie religieuse.

Nous allons nous occuper de nouveaude quelques poètes d'Amsterdam, tous imitateurs plus ou moins fidèles du style élégant et poli, mais peu poétique de Feitama. L'un des écrivains les plusdistingués de cGiie école ,cslFrctnçois Van Steenwyh , né en 1 7 1 5 et mort en 1 788. Il fut formé par Feitama lui-même, dont il était l'élève favori. Outre cinq pièces de théâtre très-estimables, il nous a laissé deux grands poèmes en forme d'épopées, GéJéon, en six chan Is, et Claudius CU'Uis, eu seize chants. Dans le premier de ces deux ouvrages , il a introduit avec assez peu de bonheur une foiJc de personnages allégoriques, et la Vérité, accompagnée de la Foi, y joue, surtout dans le second chant, le rôle

le plus choquant. Ce malheureux essai d' épopée biblique, n'a guère d'autre mérite que celui d'une versification facile et de quelques descriptions animées et assez pittoresques. Son Claudius Civilis , production d'un âge plus mûr , n'offre qu'un récit fidèle et exact de l'ii^siu-rection des Bataves sous la conduite de ce chef, et du succès dont elle fut à la fia couronnée; le stjle en est soigné et quelquefois brillant, et les vers ont de la force et de la facilité. Après la mort de l'auteur, il parut encore un petit recueil de ses roélanges poétiques, suivi de quelques pièces en prose.

Nous passerons sous silence une femme-poète contemporaine, Eléonore de Neufville, connue par la publication de quelques épîtres sur des sujets philosophiques (bespiegelingen in dichtmalige brieven), pour parler un peu plus au long d'un auteur plus recommandable, Pierre Huisinga Bakker , né en 1 7 1 8 , et mort à Amsterdam, en 1801. Il avait cultivé et développé les dispositions poétiques, dont l'avait doué la nature, par l'étude des meilleurs poètes latins et modernes, et surtout de nos bons écrivains du dix-septième siècle. On a de lui trois volu-

DE l'histoire littéraire. 247

mes de mélanges , sous le tilre de Poésies cle Iluisinga Bakker , où l'on trouve plusieurs pièces dans lesquelles l'clcgance le dispute à la force et à la profondcm*.

Cet écrivain peut être conside'ré comme faisant exception aux poètes d'Amsterdam de ce Xç^va^'s. Jacques Luthemau, mort dans cette ville en 1 782 , a plus de rapport avec l'école de Feitama. Trois ans après sa mort , il parut de lui un recueil de poésies, in-4.°, qui contient deux tragédies traduites de l'allemand, et un giand nombre de poèmes sur différens sujets, dont la plupart se recommandent plus par l'élégance et la pm^eté que par de grandes beautés poétiques. Le théâtre lui devait déjà quelques autres pièces publiées séparément. A peu près vers le même temps, travaillèrent dans le même genre N. W. Op den HoofF, né en lyiS et mort en 1765^ J. J. Hartsink, digne et savant protecteur des sciences, mort tJi 1 778; et Antoine Hartsen, négociant, amateur passionné des lettres, qui se fît connaître particulièrement en mettant en vers le Bréderode de Barman , et quelques autres pièces de lliéâlre.

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Nous arrivons au plus célèbre des clcves de Feitama, Nicolas Siméoii van Winter, et à son e'pouse Lucrèce Wilhelmine van Merken. Le premier naquit à Amsterdam, en. 1718, et mourut à Leyde, en 1795. Le commerce, dans lequel il était entré, n' affaiblit point en lui le goût des lettres, et il se fit connaître comme un poète élégant, animé et brillant. On admire surtout son beau poème XAmstel strooni, en six chants, égal en mérite poclique au Rotte stroom de Smits; son poème descriptif en vers alexandrins , intitulé les Saisons, imité en grande partie du fameux ouvrage de Thomson j ses deux tragédies Monzongo et Menzikof, imprimées dans le théâtre de sa femme, et dont la première surtout est digne des plus grands éloges ; et enfin un recueil de poèmes et de fables qu'il publia en 1792, conjointement avec les poésies posthumes de son épouse (i).

( I ) Yan "Wlnler laissa un fils unique , nommé Pierre, qui vécut de 1745 à 1807, et qui marcha sur les traces de son père. Il se fit un nom par quelques imitations en vers , entre autres de l'Essai

DE l'hISTOIKE LITTliRAIRE. 7.^C)

Celte Icmmc, nc'e à Amsterdam ou 1722, et morte à Leydc , eu 1789, acquit eucorc plus de célébrité. Douée au plus haut degré par la uature d'uu esprit pénétrant et d'une imagination vive, et travaillant sans relâche à cultiver ces dons par ses propres études et les avis des savans et des poètes, clic parvint à occuper une place très-distmguéc sur notre parnasse. Ses titres de gloire sont nombreux. Sans parler de sa tragédie A^Artemines, première production de son génie , nous citerons son beau poème lyrique les Avantages de l'adversité, en trois chants, ses lettres en vers, écrites sous le nom de personnages célèbres , et ses mélanges qui abondent en pièces charmantes. Son grand poème de David, en douze chants , raconte les principales aventures de ce roi, depuis son séjour à la cour de Saiil, jusqu'à son élévation au trône d'Israël j il est plein de descriptions animées et gracieuses , et de tableaux attcndrissans. Son Germanicus en seize livres, est une noble production, qui

sur l'homme, de Pope, des odes d'Horace, et des quatre premiers livres de l'Enéide.

sSo PRECIS

étincelle partout de beaute's du premier ordre ■ mais comme le sujet du poème nous remet sous les yeux la liberté des Germains opprimée par l'ambition romaine, l'intérêt qu'il inspire d'ailleurs en est considérablement affaibli. Sept de ses tragédies sont imprimées avec celles de son mari; dans deux yolumes in-4.°j elles appartiennent aux meilleures pièces de notre langue ( i ). Quelles que soient au reste les louanges que nous croyons devoir accorder à cette femme intéressante , nous ne pouvons cacber que sa poésie, ainsi que celle de son époux, manque quelquefois de force et que de temps en temps , son expression ne s'élève guère au-dessus de la prose élégante.

En même temps que la célèbre yan Merken florissait à Amsteidam , une autre femme poète nommée Sara Marie van der Wilp , née en 1 716, et morte en r8o3. Elle publia en 17312,

(i) Voyez au sujet de ces tragédies, l'intéressante dissertatiou de M. P.'Van Limburg Brouwer, sur la question si nous possédons un théâtre tragique ; Bezitten de Nederïanders een nationaal tooneel met betreJcMng tôt het treurspel? etc.

L>E l'histoire LITTÉkaIRE. 25 1

lui recueil de poésies légères, où l'on remarque une graiule délicatesse d'expression j une versification coulante , mais peu de coidour et de force. Quelques passages néanmoins prouvent qu'elle n'était pas entièrement dépoui-vue de sensibilité ni d'imagination. A cette époque et à la même écolc; appartiennent encore quelques poètes estimables , mais sans originalité; tels que H. Asschenberg, J. Roullaud et P. Meyer. Ils sont connus pour avoir publié séparément divers poèmes , et pour avoir rimé en société les feibles de Gellert, et les psaumes, avec l'épigraphe Laus Deo, salus populo. Dans ce dernier travail , ils eurent pour collaborateur, entre autres, Jean Lublink de Jonge, homme d'im mérite éminent (i). Nous devons aussi faire mention de quelques poètes, nés hors d'Amsterdam ou de la province de Hollande. Parmi ceux-ci se présente d'abord Ernest Guillaume Hight, né en

(i) Cet écrivain a rendu les plus grands services à la littérature nationale. On estime surtout ses Cantiques sacrés. Ne à Amsterdam, en 17 36^ il mourut à Utrecht, le i4 novembre 1816,

a Sa PRECIS

in 12, à Dokkunij en Frise, et mort recteur des Ecoles latmes à Alkmaar, en 1762. Comme poète latin il jouit tic beaucoup de célébi'ite' dès son \ivant, mais ce ne fut que plus de quarante ans après sa mort, que le fameux professeur A. Ypey le fît connaître encore plus avantageusement, en publiant en i8o3, un recueil considérable de ses poésies, la plupart en langue nationale 5 quelques-unes de ses pièces ne manquent ni d'abondance ni de profondeur.

Deux médecins, nés tous deux en i^Si , l'un dans la Zélande , l'autre dans la Frise , et tous deux voués au culte des muses , sont dignes surtout de nos éloges. Le médecin Zélandais , Jean Macquet , versé dans l'étude des langues , possédait à fond les ouvrages des poètes anciens et modernes. Doué d'un jugement solide et d'un goût sûr, il contribua non-seulement au perfectionnement de notre littérature, par ses écrits en prose, mais publia encore , sous le titre de Récréations poétiques, trois volumes de poésies diverses, qui sans porter le cachet du génie , se recommandent néanmoins par la pureté du style, une

DE l'histoire littéraire. 253

«.•locution poétique et une imitation bien entendue des meilleurs poètes latins. Il mourut à Zierikzee, en 1798.

Le poète Frison Simeon Stjl , savant non moins distingué, écrivain non moin poli que son rival de la Zélande, l'emporte peut-être encore sur lui en jugement, en génie et enimagination. Quoique plus connu comme prosateur, il mérite cependant d'être cité avec éloge comme poète ; son style a de la profondeur et de la force, ses descriptions sont soignées et animées, comme on peut le voir dans l'admirable chant à l'amour de la patrie, imprimé à la suite de son ouvrage Grandeur et prospérité des Pays-Bas- Unis, dans plusieurs autres pièces de plus ou moins d'étendue, et dans sa belle tragédie intitulée les Mityléniens, Il obtint aussi quelques succès dans le genre comique et facétieux, ainsi que l'attestent ses deux comédies de Vrijer naar de hunst (l'Amant d'après l'art), et Crispin philosophe. Il mourut en i8o4, à Harlingue, sa ville natale, et trouva peu après un biographe digne de sa gloire, dans M. J. Scheltema, qui écrivit avec beaucoup de soin le Précis de sa vie.

:i54 PRiÉct»

Cette notice fut inséiée plus tard dans la première partie des Mélanges historiques et littéraires de ce dernier auteur.

Nous passons à une femme d'un mente extraordinaire , Julienne Comelie , baronne de Lanno}?-, qui naquit à Breda, en lySS, et mourut à Gertruidenberg , en 1^82. Elle se forma en grande partie elle-même, et grâce aux dons heureux que lui avait prodigue's la natm-e, elle s'éleva à une hauteur qui lui assigne un des premiers rangs parmi les femmes poètes de notre pays. Parmi les tragédies qu^'elle a laissées Léon-le-grand, le Siège de Haarlem, Cléopâtre, reine de Syrie, on estime surtout les deux premières qui attestent autant de génie que de sensibilité. En 1780, elle publia sous le titre d' (Euvres poétiques , un recueil de poèmes dans plusieurs genres. Pièces légères et badines, compositions graves et sublimes, odes pleines de force et de chaleur, tout y paraît également convenir à son talent flexible et varié. Trois ans plus tard, ses poésies posthumes furent publiées par Bilderdyk, et l'on trouve encore deux pièces couronnées, qui portent son nom, dans les œuvres de la

DE l'histoire UTTtRAlRK. sSS

Société poétique de la Haye Kunst-liefde spaai t geen vlijt.

Deux femmes célèbres par leurs écrits en prose, Elisabeth Wolf et Agathe Oeken, le cèdent à la vérité en mérite poétique à la baronne de Lannoj, mais elles méritent néanmoins d'être citées pour la grâce et le naturel qui régnent dans quelques-uns de leurs nombreux poèmes. La première naquit en 17 38, la seconde en l'J^i , et elles moururent presqu'en même temps , l'année 1 8o4- — Une autre femme poète, C jnthie Lenige, vit le jour à Makkum , dans la Frise , en i '^55 , et mourut en 1780. Il existe d'elle un recueil de mélanges, publié trois ans après sa mortj 11 est peutêtre trop volumineux pour sa gloire , mais il prouve du moins ses-- heureuses dispositions pour la poésie , et montre ce que l'on pouvait attendre d'elle, si sa carrière eut été plus longue, et ses efforts mieux dirigés. Enfin, Elisabeth Marie Overdorp, connue honorablement par ses ouvrages en prose , mérite aussi des éloges comme poète ; elle réussit surtout à retracer dans ses vers les scène» naÏTes et paisibles de la nature.

Les bornes de cet ouvrage ne nous permettent pas de citer tous les autres poètes plus ou moins estimables que produisit la derniore moitié du dix-huitième siècle , bien moins encore de caractériser en passant le genre de leur talent. Nous ne parlerons donc pas de Le Frank van Berkhey , écrivain peu soigné , mais homme d'esprit et de talent ; de J. Nomsz., qui obtint quelques succès dans la carrière dramatique; de S. van de Waal; de J. Kasteleyn, auteur estimable sous plus d'un rapport j de J. vanDyk (i), qui de l'état d'aitisan, où l'avait placé son obscure naissance , se procura par les seules forces de son génie , des connaissances étendues et quelque gloire littéraire; de O. C. J. Hoflfham, auteur comique ; de J. G. Doornik, estimé pour ses traductions en vers ; de P. J. Uylenbroek , connu honorablement tant par ses propres productions que par l'influence salutaire qu'il exerça

(r) Il fut employé d'abord au curement des rivières et canaux. Son poème sur une Averse après une longue sécheresse, est un morceau digne des plus grands maîtres. ,

DÉ l'histoire LITTERAIRE. iS'J

sur quelques jeunes gens Ibrme's par lui ; de J. P. Kleyn, poète lyrique distingué j de A. Loosjes , dont on lit la prose et les vers ; des deux Vcrcul, poètes doués de qualités précieuses ; ni enfin d'une foule d'autres dont nous passerons même les noms sous silence. Nous devons cependant faire connaître en peu de mots , trois poètes dont l'influence se fit sentir d'une manière remarquable sm- l'époque oîi ils vécurent. Ce sont Jérôme van Alphen , Jacques Bellamy et Pierre Nieuwland.

Van Alphen, issu d'une famille noble fut un homme d'un profond savoir; naquit à Gouda en 174^:» et mourut en i8o3, après avoir été revêtu des charges les plus émincntes de l'état. C'était le poète des enfans; son style est gracieux , et jusqu'ici personne ne l'a surpassé dans le genre qu'il a cultivé. Une s'acquit pas moins de gloire par ses poésies morales et sacrées , oii régnent à la fois la simplicité et l'élévation. Outre ses Poésies pour les enf'ans. il a laissé plusieurs autres ouvrages. De concert avec son noble ami; P. L. Van de Kastoele, avantageusement connu par d'autres productions, et principalement par ses imitations

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