AUTEURS DU TREIZIEME SIECLE
Comme citoyen de la Hollande et le plus
vieil annaliste de son pays, Melis Stoke doit, à ce double titre, attirer le premier notre attention , quoiqu'il ait e'té précédé dans la carrière par le poète flamand J. Van Macrlant, dont nous allons nous occuper après lui. On n'a point de données certaines sur la personne de ce Melis Stoke , mais on peut assurer , d'après des autorités respectables , qu'il était hollandais , revêtu de fonctions ecclésiastiques, et que, soit en qualité de chapelain, soit en qualité d'employé de la chancellerie , il eut des relations avec le comte Floris V et ses successeurs immédiats. Il naquit, selon toute probabilité, vers le milieu du treizième siècle ou un peu auparavant, et vécut jusqu'au commencement du siècle suivant. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il termina en i3o5 sa Chronique rimée, qu'il avait commencée en 1283. Cette Chronique renferme, en dix livres, l'histoire des premiers comtes de Hollande depuis Didier L", au commencement du treizième siècle, jusqu'à' Guillaume III , qui fut inauguré comte au commencement du quatorzième , et dont le mariage, célébré en i3o5, termine le pocrae.
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Cet ouvrage, considéré comme le plus ancien monument de l'histoire de nos comtes, est infiniment précieux à cause de l'exactitude et de la véracité de l'auteur j il ne l'est pas moins comme un des plus anciens restes de notre langue, qui y brille dans toute sa pureté , quoique le mérite poétique n'en soit que très-mince. Les vers de sept, de dix et quelquefois d'un plus grand nombre de syllabes n'ont d'harmonieux que la rime , et n'offrent aucune trace de beautés poétiques, „
quoique dans quelques passages le style en 1
soit mâle et nerveux, La meilleure édition de cette chronique en trois volumes a paru en 1772, enrichie de notes très-étendues et trèsintéressantes par Huydecoper.
Jacques Van Maerlant, que nous avons cité plus haut, naquit en i235, à Damrae, en Flandre, où il exerça les fonctions de greffier; il y mourut en i3oo. Ses concitoyens reconnaissans honorèrent sa mémoire par une épitaphe en vers latins, qu'ils placèrent sur son tombeau , et par un monument qu'on lui éleva à l'hôtel-de -ville. Il méritait bien ce double îionneur, ayant été, comme l'attestent ses
iiorabreux poèmes, un homme infatigable au travail, doué de connaissances rares, d'un esprit élevé et pénétrant, et des plus heureuses dispositions pour la poésie; qualités qui l'ont fait regarder, à juste titre, comme le père de la poésie nationale. Ses vers, imites pour la plupart du latin et du français, sont en grand nombre et présentent un caractère différent; les uns ont trait à la théologie, les autres à l'histoire , quelques-uns enfin aux sciences morales et naturelles. Nous ferons connaître d'abord ses traductions, cl ensuite ses productions originales.
La plus ancienne de ses traductions est sa Bible rimée (i), achevée en i2'jo, d'après l'ouvrage latin d'un théologien français du douzième siècle, nommé Pierre Comestor, et portant pour titre Historia scholastica. Cette traduction , qui renferme la majeure partie des livres de l'ancien testament, ne contient du nouveau que les quatre évangiles par forme de concordance. On lui attribue encore, sans toutefois en fournir de preuves certaines, la
(i) RijnAijbel.
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plus ancienne traduction de la Bible , qui existe en prose.
Parmi les ouvrages historiques de Van Maerlant, on distingue surtout son Miroir historique (i) j la première des quatres parties (2) qui le composent a été publiée par les soins de MM. Clignett et Steenwinkel. La publication en a été continuée par ce dernier, et après sa mort, par la seconde classe de l'institut qui Fa terminée, autant que possible, en publiant la troisième partie. Cet ouvrage est une traduction en vers du Spéculum historiale, qu'un moine français, nommé Vincentius, écrivit vers Je milieu du treizième siècle , et qui renferme l'histoire universelle depuis la création jusqu'à l'année i254 de notre ère.
Il existe encore de Van Maerlant quelques poésies manuscrites de moindre étendue, telles qu'une description en vers des guerres des Juifs et des Romains, d'après Josèphe, connue sous le titre de Destruction de Jérusalem, et qu'on trouve à la suite de quelques manuscrits de
(3) Spieghel historiael.
(3) Paertics. ,
DE l'histoire LITTERAIRE. 2^
sa Bible rimée ; une vie de saint François , imitée en versilu latin deBonaventurej quant au récit de la Guerre de Troie, mis en \ers d'après un auteur français, et dont il est fait mention dans un passage Au Mii'oir historique, aucun manuscrit n'en a encore été découvert.
Au nombre des ouvrages les plus remarquables de Van Maerlant, se place encore sou Bestiaris ou der Naturen Bloenie, le plus ancien traité d'histoire naturelle qui existe dans notre langue, calqué sur un ouvrage latin i^liber reruni) d'un ecclésiastique de Cologne nommé Albert, philosophe célèbre à cette époque. On peut en dire autant d'un poème moral, traduit dulatin, sous le titre de Maximes d'Aristote (i), ou Mystère des Mystères [i), qui renferme des leçons de morale données par le philosophe de Stagyre à son royal élève, Alexandre-le-Grand.
En finissant l'article de Van Maerlant, nous devons encore faire mention de plusieurs pièces de poésies moins étendues et la plupart >
(i) Bloemen (spreuken) van Aristoteles.
(2) Heimelycheit der Heimelycheit.
originales, dont on conserve un manuscrit à la bibliothèque de l'Université de Leyde. On y remarque surtout deux poèmes intitulés Tf^apeii Martijn et Verîceerde Martijn , des mots par lesquels ils commencent- chacua est divisé en trois livres , contenant environ 1800 vers, partagés en couplets. On y lit une conversation entre Jacques et Martin sur des matières diverses, tantôt sérieuses et tantôt badines, dans laquelle ils s'interrogent et se répondent alternativement. Une autre pièce du même recueil intitulée Les pays tra77smar£«s (i), renferme une allocution énergique du poète aux chrétiens de son temps, pour les engager à arrêter les progrès des Sarrasins dans la Terre-Sainte. Cette pièce a été publiée par le savant Van Wyn, dans sa f^ie sédentaire (2).
Les connaisseurs rapportent encore à la fin de ce siècle un autre poème historique et philosophique 5 c'est la Chronique rimée de
(i) Over den lande van Orerzee.
(2) Huiszittend leven j II.^ deel , i.^'^ st., bl. 3o6 en Tole.
DE L HISTOIRE LITTERAIRE. 2n
Ji^an Fan Helu ou Van Leeuwe, ainsi appelé d'une petite ville du Brabant , où il vécut retiré dans un monastère. Dans cette chronique, partagée en deux parties, qui se composent d'environ 10,000 vers, l'auteur raconte les exploits du duc de Brabant Jean I.^', et principalement la victoire signalée que ce prince remporta en 1288, près de Woeringen, petite ville dans les environs de Cologne , sur le comte Renaud de Gueldre; le poète se trouvait lui-même à cette bataille. La poésie n'en est guère meilleure que celle de Melis Stoke, mais le ton en est plus noble, et il y â plus de force et de vivacité dans les idées. On doit encore ranger parmi ces ouvrages rimes, un poème sur l'histoire naturelle, ordinairement cité sous le titre à' ^astronomie ou Histoire naturelle de l'univers, par le frère Thomas (i)j mais il paraît que l'auteur véritable de ce poème est un Flamand nommé Gérard Van Lienhout ; que Thomas n'a écrit qu'un traité en prose sur un sujet semblable,^ et que son ouvrage s'est trouvé relié par
(i) Starrekunde van broeclcr Thomas.
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hasard avec le même manuscril. On peut voir relativement à cette production des détails «lus étendus dans la préface é\x3Iiroir historique de Van IVIaerlant , et dans les Soirées historiques de Van Wyn.
Nous devons faire une mention particulière de la traduction d'un certain nombre de fables; les unes appartiennent à Ésope, et les autres sont écrites dans sa manière. Ce recueil qui n'existait qu'en manuscrit et qui n'était connu que des savans sous le titre d'^sope^^ a été publié, en 1819, par le savant archéologue Clignett, dans des mémoires relatifs à la littérature nationale (i);ilse compose de soixantesept fables, traduites très-purement en vers, circonstance qui les a fait ranger parmi les productions du treizième siècle(2). M.Clignett, a. qui la publication de ce recueil avait déjà valu les plus grands éloges, s'est encore acquis un nouveau titre à la reconnaissance des gens de lettres, par les notes savantes dont il a enrichi son édition.
(1) Bijdragen tôt de Nederlandsche letterkunde-
(2) Yoy. Clignett, Van Wyn, et auta-es.
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Nous terminerons par l'aperçu de quelques romans ou fictions en vers, que la fin du treizième siècle a vus éclore pour la plupart; les récits qu'on y lit se rapportent presque tous aux temps fabuleux de l'empereur Charleniagne, d'Artur, roi de la Grande-Bretagne et des chevaliers delà table ronde, qui fleurirent sous leur règne. Parmi ces productions qui , pour la plupart, sont des inntations du français, la plus gracieuse et la mieux versifiée est celle àeC/iarles çXElegast, personnages du temps de Charleraagne. LesavantVanWynen parle au long dans ses Soirées historiques (i).
Au temps du roi Artur se rapporte le Roman de fValewein , ainsi nommé du nom du héros, et déjà cité par J. Van Helu. Ou n'en a vu jusqu'à présent que quelques fragmens dans les notes dontHuydecoper a enrichi les œuvres de Melis Stoke. Il en est de même du roman des enfans de Limhorck, en douze livres.
C'est encore à cette époque qu'il faut rapporter le roman de Fergut et Galiène; ce
(«) I. B. pag. 3o8 — 3i2.
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Fergutest un guerrier de ce temps, à qui le roi Artur accorda la main de la belle Galiène, pour le récompenser de ses vertus chevaleresques. De doux autres romans qui méritent d^être cités , Tun a pour titre : Florys et Blansejloer, traduit du wallon en flamand (i), par Didier d^Assenede, ville autrefois célèbre en Flandre, l'autre Seghelyn de Jérusalem, que Van Wjn a fait connaître dans ses Soirées historiques.