‹ Précis de l'histoire littéraire des Pays-BasChapitre 4 sur 12 · AUTEURS DU QUATORZIEME SIECLE ET DU COMMENCEMENT DU QUINZIEME · texte numérisé non relu

AUTEURS DU QUATORZIEME SIECLE ET DU COMMENCEMENT DU QUINZIEME

Le premier que nous pouvons classer avec certitude panni les écrivains de cette époque , déjà marquée par la décadence des lettres, est Louis Van Velthem, ainsi appelé d'un "villfige duBrabant où il exerçait des fonctions ecclésiastiques. 11 a donné la continuation du Miroir historique de Van Maerlant, pendant un espace de soixante ans, depuis la mort de Frédéric II, en i25o, jusqu^à l'an i3i6. Les

( 1 ) Uten walsche in dietsche gedicht.

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six premiers livres de son Miroir, renferment cette période, et se composent d'extraits ou de passages mutilés d'autres auteurs. Les deux derniers livres sont une traduction en vers des prophéties de Daniel, d'Ambroise Merlin, de Tapôtre Saint-Jean, d'Hillegarde et Joachim, touchant la fin du monde, le jugement dernier, etc. Le style en est assez semblable à celui de MelisStoke et de Van Maerlant, quoique l'auteur soit bien inférieur à ces écrivains, et surtout au dernier, sous le rapport de l'esprit et du talent. Le Long a donné une édition in-f." de ce Miroir de Van Velthem. Après lui vient Nicolas Le Clerc (i), autre chroniqueur , ainsi appelé parce qu'il était ecclésiastique et secrétaire de la "ville d'Anvers, où il naquit en 1280 : il y mourut peu de temps après la première moitié du quatorzième siècle. Nous avons de lui, en manuscrit, une chronique rimée du Brabant , sous le titre de : Brahandsche yeesten, qu'il commença en i3i8 et qu'il poursuivit jusqu'en i35o. Un,

(0 Niklaes de Klerk.

3a PRtcis

inconnu en a donné la continuation jusqu'en i4o2.

Une autre production du même siècle est un ouvrage moral en III liv. intitulé DietscJie Doctrinale, que l'auteur, qui a gardé l'anonyme, a traduit du latin; c'est un composé de plusieurs extraits de différens auteurs tant sacrés que profanes. On y trouve une grande pureté de langage, des idées saines et de salutaires instructions, comme on peut s'en convaincre par les fragmens que Yan Wyn en a donnés dans ses Soirées historiques (i)»

On doit en dire autant d'un autre poème moral imité du latin, et qui a pour titre : le Nouveau docù'inal ou Miroir des vices (2), par Jean ou Guillaume de Wcert, d'Ypres, quoiqu'on ne puisse décider avec certitude s'il appartient plutôt à cette période, qu'au milieu du quinzième siècle. La même indécision existe relativement à un poème intitulé : les Amours (3), qu'on attribue communément à

(i) Pag. 32y et 328.

(2) Spyghel van sondeu.

(3) Dcr Mlnneiiloep.

Claes Willcmsz. (i), dont le nom se trouve à la fin de chaque livre, et même sur une copie séparée qui porte la date de i486. Cependant la pureté du langage semble annoncer que l'ouvrage a dû être composé à une époque antérieure, et que la date susmentionnée est celle de la copie qui en a été faite. Le savant Clignett va plus loin, et prétend que ce Claes Willemsz., ne doit être considéré que comme le copiste de l'ouvrage original. Celui-ci est divisé en 4 livres et chaque livre en plusieurs chapitres qui renferment chacun une anecdote amoureuse, prise tantôt dans l'ancienne mythologie, tantôt dans un temps plus rapproché de nous. Le récit est ordinairement suivi de réflexions morales, quelquefois même de l'analyse des passions qui ont agité les personnages du poème. Le style en est simple, et le mérite poétique en est très-yulgaire.

Vers la fin du quatorzième siècle , vivait en haute considération à la cour du duc Albert un orateur célèbre, nommé Guillaume Van, Hildegaertsberch. Sans connaître encore les

( I ) Willemsz. abréviation pour JFUÎemszoon (ils de Guillaume.

poésies de cet auteur, M. Van Wyn nou* en avait entretenus dans ses Soirées historiques (i); depuis, ce savant a découvert un manuscrit contenant plusieurs pièces de poésies fugitives , qui ont trait pour la plupart à la religion, à la morale, aux sciences naturelles et à l'histoire. M. J.-C. De Jonghe a publié, eu i8iy, dans sa Dissertation sur les querelles des Cabillauds et des Hameçons (2), une pièce tiès-curieuse de cet auteur touchant l'origine de ces démêlés. Une autre de ses pièces, intitulée des Bons Seigneurs (3), se trouve dans une lettre de M. Van Wyn, placée [en tête de la Dissertation. Enfin, M. Clignett nous a donné, au sujet de cet écrivain , des détails plus étendus dans la préface] de Touvrage que nous avons déjà eu l'occasion de citer (4).

La pénurie d'ouvrages en prose, publiés

(1) I. B. bl. 340 — 343.

(2) Hoeksche en Kabbeljaauwsche , pag. 269.

(3) Van goede heeren.

(4) Pag. 23 — 33.

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durant cette période, nous force à dire un mot d'une ancienne Chronique de Hollande, par un Clerc anonyme, né dans la TVest- Friss (i), ainsi (jue l'auteur s'annonce au commencement de son livre. Cette Chroni- ([ue , qui s'étend depuis les temps les plus reculés jusqu'à l'an i3i6, paraît, d'après la dédicace, avoir été écrite vers le milieu du quatorzième siècle. La diction et le style en sont purs, et eu égard au temps, ne manquent ni de facilité ni d'élégance. Nous devons donc de la reconnaissance au savant Van INlieris, pour l'avoir publiée en 1740.

On peut encore, sans crainte de se tromper, rapporter au quatorzième siècle la plus ancienne traduction en prose de la Bible, imprimée à Delft en i477' Cet ouvrage remarquable par une grande pureté de langage , est également précieux comme un des plus anciens produits de la typographie hollandaise. 11 ne renferme cependant que les livres de l'ancien testament, les psaumes exceptés,

(1) Geboren vyten laegen lande by der zec.

et la traduction en a été faite d'après la Vidgâte latine (i).

Une particularité que nous devons faire remarquer en terminant cette période , c'est qu'il est fait mention , surtout au treizième siècle, d'une espèce de gens de lettres, connus sous le nom d'Orateurs (2). C'étaient des acteurs qui, aussi longtemps qu'ils ne se trouvaient pas engagés au service de quelque grand seigneur , parcouraient le pays et s'amusaient à débiter, avec des gestes, dans les cours et dans les châteaux, des maximes morales, en prose ou en vers, arrangées par eux-mêmes ou par d'autres , et auxquelles on donnait alors le nom général de Proverhes (3).

(i) V. Lelong, Boekzaal der neclerl. bjjbels , bl. 365 — 376.

(2) Sprekers.

(3) Spreuteri.

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SECTION DEUXIÈME

Depuis la jnemière moitié du Xf^.^ siècle jusqu'à la fin du XF'I.^,

Le règne de Philippe I,«'', duc de Bourgogne, qui fut inaugure' comte de Hollande en 1433, contrihua infiniment à altérer notre langue et notre littérature. La langue française; qui était celle du prince et de ses courtisans, fut introduite dans les affaires civiles et judiciaires, ou du moins, elle se mêla tellement avec la langue nationale, que celle-ci en perdit sa pureté et sa richesse. Dans la suite du quinzième siècle, et pendant le seizième, cette corruption se propageant de plus en plus, infecta jusqu'à la poésie, qui trouva cependant des protecteurs dans quelques comtes, entre autres dans Philippe lui-même , dans son fils Charles L", dans le petit-fîls de Charles, Philippe II , dit le Bel. A l'ombre de cette auguste protection, les hommes dévoués au culte des muses se multiplièrent, et les Sociétés, devenues célèbres sous le nom de Cham-

bres de Rhetovique (i), s'acquirent vers la fin du quinzième siècle, et durant le seizième, une grande illustration. La plupart des poètes de cette époque sont nés en Flandre et dans le Brabantj mais yersla fin du seizième siècle, le siège de la civilisation fut transféré en Hollande, avec celui de la liberté et de l'industrie, et Ton y vit naître des hommes qui posèrent les premiers fondemens de cette supériorité et de cette gloire à laquelle l'éloquence et la poésie nationales atteignirent pendant le dixseptième siècle. Parmi les causes qui préparèrent cette heureuse révolution (pour ne point parler ici de la cause immédiate, la renaissance de la liberté civile et religieuse), on doit mettre au premier rang l'invention de l'imprimerie, vei-s le milieu du quinzième siècle, découverte qui se répandit partout vers la fin de ce siècle et dans le seizième.

(i) Rederjjkkamcrs.

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