PROSATEURS CELEBRES DE LA MEME EPOQUE
Le quinzième siècle n'est pas très-riche en prosateurs dignes d'être cités. Nous avons déjà parlé de deux traductions de Boèce, en prose mêlée de vers , et d'autres ouvrages qui appartiennent à l^histoire de l'éloquence autant qu'à l'histoire de la poésie. Il nous reste à dire un mot d'un prédicateur nommé Jean Brugman , dont l'éloquence est devenue proverbiale. C'était un moine de l'ordre des frères mineurs, qui naquit, selon Foppens, à Kempen , dans rarchevêché de Cologne. Il prêcha avec un grand succès en 1462, à Amsterdam, et dans d'autres places de la Hollande et des
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provinces limitrophes; il mourut à Niinèguc en i^"]^' Brandt,Wagenaar, et d'autres historiens nous ont donné quelques cchanlillonsde son éloquence.
Vers la fin de ce siècle il parut aussi quelques traductions d'ouvrages latins, entre autres celle d'un traité de morale, intitulé Dialoguecreaturarum , consistant en fables et en dialogues d'animaux, avec des applications morales, imprimée à Gouda en i48i , et celle d'un traité d'histoire naturelle d'un philosophe anglais du quatorzième siècle, Bartholoniée de Glanvilla, surnommé Anglicus , de proprietatibus rerum, qui parut en i485, sous le titre : Bartlwloineus den engehman , over de proprieteiten der dingen. C'est encore à la fin de ce siècle qu'il faut rapporter l'ouvrage d'un savant d'Utrecht, Jean Vcldenaar, intitulé Fasciculus temporum, imprimé en 1480, ainsi qu'une chronique abrégée de la Hollande j de la Zélande et de la West-Frise du même auteur, publiée, avec des notes, en i65o, par \ au Boxhorn. Mais nous devons ici mentionner avant tout un ancien dictionnaire néerlandais ou bas-saxon, intitulé Teuthonista ou
JJuiischlender , imprimé à Cologne, en 1477» 11 fut composé par Gérard Van der Schueren, chancelier de deux ducs de Clèves, et se divise en deux parties, dont l'une offre la traduction en latin des mots bas-saxons, Tautrc la traduction en néerlandais ou bas-saxon des mots latins. On avait long-lems attendu une nouvelle édition de cet ouvrage aussi rare que précieux pour la connaissance de notre ancienne langue. Ce ne fut qu'en i8o4 que parut la première partie, contenant les termes bas-saxons et leur explication en latin , avec une savante préface de M. J. A. Clignett. On trouvera une indication plus complète des ouvrages du quinzième siècle , les uns manuscrits, les autres imprimés, avec un échantillon de chacun d'eux, dans l'élégante et savante Histoire de la langue néerlandaise de M. le professeur Ypey (i).
Le seizième siècle, dans lequel nous entrons maintenant, vit éclore un plus grand nombre d^écrits en prose, de tout genre j les uns doivent être passés sous silence; il suffira pour lés
(i) Pag. 38 X — 388.
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autres d'une simple indication. Nous plaçons parmi ces derniers, la traduction d'un ouvrage de Bonaventura, intitulé Stimuli divini amoris , par le frère Lucas Van der Hej, imprimé à Leyde en i5i i , et plusieurs autres ouvrages ascétiques cités par Ypey ( i ) ainsi que différentes versions partielles ou intégrales de la bible, publiées dans la première moitié de ce siècle et énumérées en détail par Le Long, dans sa BihliotJièque des bibles néerlandaises, parmi lesquelles se fait remarquer la plus ancienne traduction de la bible, imprimée à Anvers en 1 526, chez J. Van LiesveldL Nous ne croyons pas non plus devoir nous arrêter à la chronique de Jean Carion (2), imprimée à Anvers en i543, et à l'histoire de la belgique de Marc Van Vaernewyck (3) célèbre gantois, mort en ïSô^, et qualifié
(i) Pag. 388 — 395.
(a) Chronycke van al 't gène datter geschiet is , van 't beginsel des werelts, totten jare i543 , besclireven door M. Joanncm Carîonem.
(3) Historié van Belgis, of spieghel der nederlandschc audtheit.
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dans Ja seconde édition de 15^4 0^ première parut en iSôg) d'excellent poète et historiographe moderne, titre qu'il justifie peu, puisque son histoire est mêlée d'absurdes fictions, et que les vers dont il l'a entrelacée en quelques endroits sont fautifs et médiocres. Nous pourrions citer encore d'autres ouvrages de ce genre, mais il nous tarde d'arriver à l'écrit qui mérite d'être placé au premier rang parmi les productions classiques de ce siècle.
Cet ouvrage est la célèbre Ruc/ie de la S^'^ église romaine (i) rédigée par Philippe de Marnix, seigneur de S.*^-Aldegonde, tout à la fois homme d'état, savant et poète. Elle fut imprimée pour la première fois en iSôg, Dans cette production étincelante de savoir et d'esprit , l'auteur réfute de la manière la plus ingénieuse et la plus subtile, les doctrines de la cour de Rome, qu'il a l'air de vouloir défendre. L'ouvrage est particulièrement dirigé contre un écrivain français de cette époque, nommé Hervet, qui dans une lettre destinée à convaincre les huguenots, avait
(i) Byencorf der H. roomsche kercke.
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défie l'auteur. AlJegonde fait pai-aîtrc son livre comme contenant l'cxplicalion, le développement et la confiimation des principes brièvement énoncés par Hervet , et sous ce voile il fait la critique la plus amère et la plus sanglante des opinions ultramontaines. Ce qui rend en outre cet ouvrage très-remarquable, c'est la pureté de la diction, la netteté, la facilité etl'élégance du style; qualités qui, sans le rendre comparable à des productions plus récentes, méritent les plus grands éloges , eu égard au temps où il fut écrit.
Coornhert n'occupe pas une place moins distinguée qu'Aldégonde parmi les prosateurs de celte période. Cet illustre et infatigable écrivain nous a laissé un grand nombre d'écrits en prose, qui remplissent presqu'en entier les trois volumes in-f.° de ses œuvres. Plusieurs de ces écrits ont trait aux controverses religieuses de l'époque, et n'oârent plus guère d'intérêt-, mais ils nous font connaître Coornhert comme un homme modéré, animé d'un noble zèle pour la tolérance religieuse , et profondément versé dans les matières théologiqucs. Ses traités sur la morale sont encore
d'un inléiêt général. Parmi ceux-ci on distingue surtout la Science de la morale (zedekunst) qui renferme, en six livres, un système complet et régulier de cette science. On n'y trouve pas seulement un trésor de sagesse usuelle, puisé dans les moralistes les plus estimés, mais une pureté, une délicatesse et un choix de mots qui, joints à la clarté, à la facilité et à la grâce admirable du style et de la construction, en font un modèle d'écrit didactique. Sa traduction de Boèce ne mérite pas moins d'éloges sous le rapport de la fidélité et de la pureté du langage. On en doit dire autant de celle des devoirs de Cicéron, qu'on peut ranger, à juste titre, parmi les meilleures que nous ayons en notre langue. Elle a été imprimée séparément en petit format j celle de Boèce se trouve à la fin du I." vol. de ses œuvres complètes (i).
Ajoutons à cela que dans l'édition du Miroir du cœur, de Spieghel , publiée par Ylaming, il se trouve aussi quelques traités de morale, en prose, de notre auteur, qui se
(i) Voyez le II.« vol. du Musée de Siegenbeek.
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distinguent également par la pureté de la diction et la beauté du style.
Il nous reste à faire connaître comme prosateur Karel Van Mander, que nous avons déjà apprécié comme poète. Ses principaux ouvrages, en prose, sont : la Vie des plus illustres peintres de r antiquité; la Vie des plus célèbres peintres italiens modernes; la Vie des plus célèbres peintres allemands etfktmatuls; et wue explication des métamorpliosesd^ Ovide; tous réunis en un vol. in-4.''. Quoique son style ne soit pas aussi châtié ni aussi agréable que celui de Coornhert, il n'est pourtant pas dépourvu de mérite ; ses ouvrages d'ailleurs sont encore intéressans par le fond, ce qui est surtout vrai pour son histoire des peintres allemands et flamands.
Parmi les prosateurs, et surtout parmi les réformateurs du langage de cette époque, on doit compter aussi Corneille Kiliaan, qui naquit à DufFelen , en Brabant , probablement dans Tinlervalle de i53o à i54o, et occupa pendant cinquante ans, avec beaucoup de zèle et d'exactitude, le poste de correcteur, à la célèbre imprimerie de Plantin , à Anvers.
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Il mourut dans cette Vûle, en 1607, rassasié de jours et de travaux, comme l'indiquent les dernières lignes de son épitaplie. 11 nous a laissé des poèmes de divers genres et des traductions estimables , qui attestent ses connaissances dans les langues latine, française et nationale, aussi bien que son amour pour les lettres. Parmi ces traductions on remarque la Description des Pays-Bas, de Guichardin; les Mémoires historiques de Philippe de Commines, etc., etc. Mais, ce qui a le plus illustré son nom, c'est son excellent dictionnaire de la langue néerlandaise , sous le titre de : Etymologicum teutonicœ linguœ, etc., studio et opéra Cornelii Kiliani, Dujflœi; ouvrage qui non-seulement a contribué de son temps à épurer et à perfectionner la langue , mais qui de nos jours est encore d'un très-grand prix. La meilleure édition de ce dictionnaire , et la plus complète, est celle qui parut sous les yeux de l'auteur, en iSggj elle était déjà devenue très-rare lorsque le savant archéologue Van Hasselt rendit un service très-important à la langue, en en publiant une nouvelle édition, en 1777.
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A la suite du dictionnaire de Kiliaan, il ne sera pas hors de propos de mentionner encore quelques autres travaux lexicographiques, et, en premier lieu, le dictionnaire du célèbre typographe Christophe Plantin , intitulé Thésaurus tJieutonicœ lingiiœ (i), lequel parut en iS'j'^ , et partant avant le lexique de Kiliaan^ moins parfait que celui de son successeur, il peut toutefois servir, en bien des circonstances, à le sanctionner ou à le compléter.
On doit aussi beaucoup d'éloges au travail lexicographique d'un savant de Delft, nomme Pontus de Heuiter, qui naquit en i535, embrassa l'état ecclésiastique, et mourut après bien des vicissitudes, en 1602, dans le pays de Liège, où il fut élevé à la dignité de chanoine, dignité dont il avait déjà été revêtu à Gorcum. Nous passerons sous silence ce qu'il a écrit , en latin, sur l'histoire de Bourgogne et des Pays-Bas, pour ne parler ici que de son OrtJwgiaphie néerlandaise (nederduytsche orthographie), pubHée à Anvers,
(i) Schat cler nedertaytscher spraken.
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en i58i, où il prouve, selon le témoignage du professeur Kluit, qu'il s'e'tait fait uneidée très-nette du génie de notre langue.
Un ouvrage également recomraandable, c'est le Dialogue sur la littérature nationale (twee-spraack der nederdujtsche letterkunst), publié en i584, par la Chambre de rhétorique in liefde hloeyende, et rédigé, comme on le croit communément, par Spiegel. Cette production qui mérite d'être remarquée comme la plus ancienne grammaire de notre langue , contribua puissamment à corriger le langage. Une année après, la même Chambre publia un Essai de dialectique (Ruygh bewerp van de redenkaveling of te nederdujtsche dialectike), en cinq livres, avec un abrégé, en vers, de cet ouvrage, sorti comme le précédent de la plume de Spiegel. Cet écrivain est encore regardé comme l'auteur d'un Abrégé de rJiétorique, en vers (Rederyckkunst in rjm op 'tkorst vervat), publié par la même Chambre, en 1587. Tous ces traités se recommandent autant par leur contenu , que par la pureté du langage; d'un autre côté, ce projet de perfectionner la langue avait été favorisé quelques
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années auparavant, par un ouvrage de J.Van Der Werve, intitulé Schat der duytsche taie, qui renferme un grand nombre de termes bâtards rendus par autant de mots purement hollandais.
Pour terminer la série des prosateurs de cette époque, nous indiquerons brièvement quelques ouvrages historiques qui appartiennent en partie à la fin du seizième siècle, et en partie aux premiers jours du dix-septième. En premier lieu se présente la description du siège et de la délivrance de la ville de Leyde^, en i574> par Jean Fruytier, maître des requêtes du prince d'Orange, dont nous avons eu déjà occasion de parler. Elle parut peu de temps après cet événement, et c'est la plus ancienne source où l'on ait puisé les particularités qu'on en a consignées par écrit. Il y eut vers la fin de ce siècle plusieurs écrivains qui recueillirent les événemens les plus mémorables arrivés dans les Pays-Bas ,^ de leur vivant, ou peu avant leur naissance* A leur tête se trouve Emmanuel Van Meteren, négociant instruit et éclairé, qui naquit à Anvers, en i535, et mourut à Londres, en
i6i3. Son Histoire des guerres des Pays- Bas j qui parut pour la première fois en iSgg, et qu'il continua depuis, comprend, d'après le dernier travail de l'auteur, en trente-deux livres, le récit de tous les événemens iraportans arrive's dans les Pays-Bas, et dans les provinces limitrophes, depuis l'an i5oo jusqu'à l'an 1612, recueillis avec beaucoup de zèle dans une foule de me'moires historiques.
Il fut suivi par Everard Van Reyd , homme d'une grande instruction, qui figura avec e'clat sur le théâtre politique. Il naquit à Deventer, en i55o et mourut à Leeuwaarden, en 1602, au service du prince Guillaume Louis de Nassau. Il composa un ouvrage en dix-huit livres sur F Origine et les progrès des guerres des Pays-Bas, ou Histoire véritable des principaux événemens arrivés dans les Pays-Bas, et ailleurs, depuis i56Q, jusquà 1601 , qui fut publié après sa mort par un conseiller frison, nommé Jean Van der Sande, et continué, dans la dernière édition, depuis i6ig, jusqu'à l'an i65o.
Peu de temps après on vit paraître, en trente-huit livres , l'histoire d'une période à-peu-
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près égale, de i 556 à iGoo, écrite avec plus de détails encore, par Pierre Bor, né à U Irecht, en i559, et mort à Ilaarlcm , en i635. H avait passé une grande partie de sa vie à rassembler tous les documens propres à cclaircir l'histoire des Pays-Bas, surtout pendant cette période, et il fut nommé historiographe par les états de Hollande. La dernière édition et la plus complète de son ouvrage , qu'il avait publié lui-même, par parties, dès l'an 1595 , et dont la dernière parut un an après sa mort, a été donnée au public en 1679, en quatre volumes in-f." Sans entrer dans la discussion du mérite de ces trois historiens , nous nous bornerons à observer que leurs ouvrages, quoique très-importans pour ceux qui font une étude spéciale de l'histoire de la patrie, ne se distinguent, comme productions historiques , ni par le style , ni par l'ordre et l'enchaînement des récits , ni par la considération philosophique des causes et de l'ensemble des événemens.
Terminons par un mot sur l'ouvrage historique du savant P. Merula, de Dort, qui occupa, pendant quinze ans, la chaire d'his-
go - PRtas, ETC.
toire à l'Université de Leyde, se rendit célèbre par une foule d'écrits historiques, et mourut en"i6o7, à l'âge de 49 ans. L'ouvrage dont il s'agit a pour titre : Trésor du temps (tydt-thresoor) , ou Récit abrégé de l'état des églises et du gouvernement séculier ^ etc., et comprend les événemens les plus remarquables de la terre, depuis la naissance de J. G. jusqu'à l'an 1260. Son fils Guillaume Merula, qui publia Touvrage de son père, en 1614 7 le continua jusqu'à cette année. On lui doit des éloges pour la pureté de son langage, qualité qui se trouve aussi dans ses autres écrits tels que sa Manière de procéder en justice, et sou Traité des déserts.