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les abandonnant. On l’accusoit de perfidie , il récriminoit par des reproches de mauvaise foi, et tous avoicnt raison. Jl eut à soutenir tous les genres de guerre : invasion, attaques imprévues, campagnes régulières, guerres civiles. Mais on remarque que, malgré son habileté et sa bravoure, il préféroit la plume à l'épée , la négociation aux arines.
On ne sait à quel titre Ærchélaïis lui succéda ; mais reçut de lui an royaume puissant. Il s'appliqua à le fortifier par des places de défense, et paroît avou mené une vie douce et tranquille dans la société des savans, qu'il aimoit. Il vit mourir dans sa cour Eusipide, auquel il eleva un magnifique tombeau, il techercha l'amitié de Socrate. On dit que ce philosophe se refusa à secs empressemens, à cause des cruautés qu'il avoit commises au commencement de son règne pour assurer l'usurpation à laquelle on croit qu'il dut le trône, En ce cas , il en tomba comme il y étoit monté, par une conspiration qui lui fit perdre la vie. La couronne n'en passa pas moins sur la téte d'Oreste, son fils, encore enfant.
Il eut le bonheur de trouver un parent nomme Érope, qui gouverna sagement le royaume, pendant son enfance, sous le titre de protecteur , et rendit le sceptre à son pupille. Pendant ce règne, 4gésilas, roi de Sparte, revenant d'Asie avec un corps de troupes, demanda permission de passer par la Macédoine. É'rope répondit qu'il y réfléchiroit. « Qu'il y réfléchisse, répondit le fier Lacédemonien, pour nous, marchons. » Cette fermeté ctonna le protec-
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La suite du récit se couvre ici d'obscurité , par des catastrophes qui placent et déplacent les princes, jus qu'à Âmyntas, quiaffermit le trône dans sa famille. éttransmit paisiblement la couronne à son fils 4lexan« dre. On peut remarquer dans ces deux rois la diffetence qu'il ÿ a entre la politique et la fourberie. L'adresse d'ÆAmyntas ne lui Ôta ni l'estime de:ses vois sins, ni l'amour de ses suicts; au lieu que la finesse d'Alexandre, loin de lui servir, lui Ôta la confiance de ceux avec lesquels il traitoit, et l'amour des Ma cedoniens. Ils se montrèrent très-indifférens sur la mort violente qui l'arracha du trône, encore jeune. Un de ses parens , nommé Pausanias , voulut usurper la puissance souveraine au préjudice des deux frères du défunt, nommés Perdiccas et Philippe. Cet usurpateur se rendit le peuple favorable; mais £urydice, mère des princes, trouva des ressources contre Pau. sanius dans l'affection de Pélopidas, général athénien. Celui-ci fut pris pour arbitre entre les prétendans; son jugement donna le sceptre à Perdiccas. De peur qu'après son départ de Macédoine les troubles ve se renouvelassent , il exigea des otages des compctiteurs.
Il demanda à Eurydice , Philippe, son dernier fils. Cette tendre mère ne consentit qu'avec une ætrême répugnance à remettre un fils chéri en des
mains étrangères. Cependant la haute opinion qu'elle
avoit de Pélopidas diminua son inquiétude. Elle lui la recommanda instamment son éducation; ce grand bat homme promit d'en prendre le plus grand soin , et lui le] tint parole. En passant par Thèbes, il remit le jeune | pro prince entre les mains d'Épaminondas , son ami, | guc qui avoit chez lui un philosophe pythagoricien, de D Les grande réputation. Philippe apprit de ce philosophe D que es sciences qui peuvent former l'esprit. £'paminon- | de: das lui enseigna l'art de la gucrre. Le jeune prince D san trouva chez ce grand homme des exemples d'une in- , Ph fatigable activité, d’une fermeté d'Âme inébranlable, D nar de tempérance, d'amour de la justice, de désintc- lp ressement et de candeur ; mais on l’accuse de n'avoir ; L retenu de ces vertus que celles qui étoient favorables D ble à ses desseins ambiticux, | sim [2639.—359.] Tandis qu'il se formoit à l’école JS beau d'Épaminondas ; il apprit la mort de Perdiccas, LS S'il: son frère, tué dans une bataille contre les Illyriens, M faisc ennemis héréditaires des Macédoniens. Ce prince ne JF pou Jaissoit qu'un très-jeune fils , nommé Æmyntass Phi: À Pot lippe se rendit secrètement en Macédoine avec la JB diso: plus grande diligence. Il ÿ avoit déjà deux compéti- | noie teurs soutenus par les Illyriens et par les Thraces ; aux ainsi, en arrivant , il trouva un désordre affreux dans M Il di
le gouvernement, un peuple abattu et partagé d'opi- | cton nions sur les droits d’un roi, des troupes étrangères JM nes: appelées par les rivaux, et point d'armée à opposer JE tour aux ennemis de sa patrie. Quelle carrière pour un qu'u jeune homme de vingt-deux ans! dup
qu'elle Elle lui ce grand n ,et lui le jeune nn ami, lien, de losophe minon- > prince ‘une ininlable, désinten'avoir vorables
l’école
Philippe init alors en œuvre les grands talens que la nature lui avoit donnés pour négocier et pour combattre. Îl apaisa les troubles domestiques en gagnant le peuple par son affabilité, les grands par d'immenses promesses , dont il ne fut jamais avare, les gens de guerre par des témoignages d'estime ct d'affection. Les prétendans au trône disparurent , ou satisfaits de quelques dédommagemens, ou vaincus. Après tant de succès , la nation lui offrit ou lui laissa prendre sans peine la place de son neveu, ct il ne fallut à Philippe que très-peu d'années pour devenir le monarque le plus puissant de cette partie du monde, ct e plus envie.
La jalousic des états voisins ctoit bien pardonnable à l'égard d'un prince dont on ne pouvoit se dissimuier l'extrême ambition, quoiqu'il la cachât avce beaucoup d'adiesse. Il avoit toujours des prétextes. S'il attaquoit ÆAmphipolis, ville à sa bienseance, il faisoit dire aux Athéniens que c'étoit uniquement pour rétablir la paix parmi les habitans de cette ville. Potidée, Pydne, villes fortes, il ne les prenoit, disoit-il, que pour en priver les Athéniens, qui tenoient garnison dans ces places, et pour les remettre aux Olynthiens, qu'il désiroit se rendre favorables. Il disoit à ceux de ses courtisans qui se montroient étonnés de sa générosité : « Il faut obliger ceux qu'on ne sauroit vaincre. » Mais Olynthie éprouva à son tour que le feint désintéressement de Philippe n'étoit
qu'un voile pour ses perfidies : ce prince s'emparoit
du pays entre le Nestus et le Strymon; ce n'étoit pas,
disoit-il avec sa sincérité ordinaire, pour s'approprier les mines d'or et d'argent qui s'y trouvoient, mais pour secourir les habitans contre des voisins inquiets qui ls menacoient. Peu lui importoit au reste qu'on devinât ses ruses après l’événement, pourvu qu'on ac les déconcerlât point durant l’entreprise.
Un de ses grands sujets de haine contre Démnosthiènes, c'est que cet orateur le devinoit, lisoit pour ainsi dire dans sa penste, et indiquoit si clairement aux Athéniens les motifs de ses actions et leur but, qu'il leur auroit souvent été possible de faire échouer ses desseins, s'ils avoient voulu ouvrir les yeux à la lumière que Démosthènes leur présentoit. La ressource de Prl'ppe étoit de payer des orateurs qui lui étoient dévoués; mais il reconnois:oit la supériorité de Démosthènes. « Il n'est pas à mes gancs, » disoit-il; s'il vouloit sy mettre, je lui donnerois » volontiers de plus grands appointemens qu'à au- » cun de ceux qui composent ma maison. » Pour caractériser l'éloquence victorieuse de cet orateur, il disoit : « Zsocrate se bat avec un fleuret, Démosthènes avec une épée.
L'orateur lui rendoit la pareille. C'est ainsi qu'il le peignoit en le faisant craindre : « Je vous ferai s voir ce Philippe avec lequel nous sommes en » guerre; je vous le ferai voir couvert de blessures, » ayant perdu un œil, estropié d'une main et d'une $ jambe, prét à braver de nouveaux périls, et à four- >» nir à la fortune l’occasion de le priver encore de » quelque membre, dans l'espérance que le reste de
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MACÉDONIENS. r9g
» son corps vivra avec gloire et avec honneur. O: » Atheniens! tel est Philippe. » La circonstance dans laquelle il perdit un œil est à remarquer, pour faire voir qu'on ne doit mépriser personne, et qu'il n'y a pas de petit ennemi. On lui présenta, pendant le siège de Méthone, Æster, excellent tireur, qui ne manquoil pas, disoit-on, un oiseau dans son vol le plus rapide. « Fort bien, répondit Philippe, je le » prendrai à mon serviee quand je ferai la guerre aux » étourneaux, » Æster, piqué de la raiïlerie, se retira dans la ville. Quelques jours après, Philippe, étant dans les travaux avancés, reçoit une flèche sur laquelle on trouva cait : À l'œil droit de Philippe. Elle avoit atteint le but. Le roi en fit jeter dans la ville une autre, avec cette inscription : Së Philipre prend la ville, il fera pendre Aster, et il lui tint parole. L'ayant pour ainsi dire p'ovoqué, il auroit mieux fait de pardonner, comme il lui arriva dans une autre circonstance, à la vérité moius grave, mais piquante pour un roi. Les Péloponésiens, auxquels il avoit rendu des services, sifilèrent son chariot aux jeux olympiques, ce qui c'oit une des plus grandes insultes qu'on pâi faire. Quelques courlisans l’excitoient à châtier cette insolence. Il répondit noblement : « S'ils nous sifflent quand nous leur rendons » de bons offices, que ne feroient-ils pas si nous » keur en rendions de mauvais ! » I] y a encore plus de véritable grandeur dans ce qu'il dit des orateurs d'Athènes. « J'ai beaucoup d'obligation à ces mes-
» sieurs, qui, en m'indiquant mes defauts, me don- » nent occasion de me corriger. »
Il ne faut pas oublier ce billet précieux écrit par Jui à Aristote. « Vous savez que j'ai un fils; j'en rends » grâces aux dieux, non pas tant parce qu'ils me » l'ont donné que parce qu'ils l'ont fait naître votre » contemporain. Je compte que vous le rendrez digne » de me succéder et de gouverner la Mactdoine. » Ce fils étoit Alexandre. L'élève d'Épaminondas et d'un philosophe de son choix connoissoit le prix de l’'éducation. On doit attribuer à l’efficacité des bons principes gravés dans l'esprit de Philippe dès l'enfance son respect pour la justice. Ce respect lui fit souffrir avec palience la repartie vive d’une femme qu'il venoit de juger en sortant de table. « J'en appelle, s'ecria- » t-elle. —A qui? dit le roi.w-AÀ Philippe à jeun. » 1l l'écouta de nouveau, ct la renvoya contente. Il ne faisoit pas attendre les plaideurs, persuadé de cette vérité, que celui qui se rend coupable d'un délai de justice abdique par cela même son autorité. Nulle considération humaine ne l’arrétoit. Ses courtisans intercédoient fortement pour un homme qui alloit être condammeé. « Si le jugement est contre lui, lui » disoient-ils, il sera déshonoré. — Eh bien ! répon- » dit-il, j'aime mieux qu'il soit déshonoré que moi. »
Philippe disoit, et il l’avoit éprouvé, « qu'il n'y » avoit pas de ville imprenable, pourvu qu'un âne » chargé d'or pût y entrer. » Mais il gardoit ce genre de corruption pour ses ennemis. Il ne vouloit pas
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Alexandre fit ses premières armes à l'âge de quinze ans. Il se trouvoit sur une frontière que des voisins turbulens cherchoient à envahir. Sans en donner avis à son pére, il ramasse des troupes, sc met à leur tête, et non-seulement garantit la Macedoine des hostilités, mais il transporte le theâtre de la gucrve chez les ennemis. Philippe fut très-content du premier essai de la valeur de son fils. Néanmoins, dans la crainte que trop d'ardeur ne le précipitât dans quelque entre prise temeraire, il le rappela. Il l'avoit auprès de lui à la bataille de Chéronée, cette fameuse bataille qui décida du sort de la Grèce. Alexandre contribua beaucoup au gain de la bataille, paisqu'it cnfonça le bataillon sacré des Thébains, lequel & sinvit la tête de l'armée ennemie.
Des négociations, où la bonne foi ne présidoit pas, entre Philippe et les Athéniens avoient long-temps suspendu une explosion dangercuse. Les Athéniens vouloient d’abord l'empire de la Grèce; ils se retranchèrent ensuite à ne le pas voir passer entre les mains de Philippe, et pour cela ils se servirent tantôt de la ruse, tantôt de la force. Philippe marchoit toujours à son but, qui étoit de se faire considérer des Grecs comme protecteur des foibles, ennemi de la tyrannie, fût-ce celle des républiques, toujours disposé à soutenir les intérêts de ceux qui le réclamoicnt. Il n’avoit pas manqué de prendre part à la gucrre sacrée, cette guerre qui, pour un arpent de terre enlevé au