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temple de Delphes, avoit mis toute la Grèce en feu. Philippe s’étoit déclaré contre les sacriléges, de manière cependant à ne pas trop rassurer les hommes religieux.
Les Atheniens ne laissèrent pas ignorer au roi de Macédoine qu'ils le devinoient, On s'étoit écrit des lettres aigres d'un ton affectueux. Les Athéniens faisoient des plaintes, Philippe répondoit par des re-
proches. Les plaintes et les reproches étoient fondés ; mais un roi, qui étoit en même teinps son propre secrétaire, son gcnéral , son ministre et son trésorier, -avoit bien de l'avantage sur une république , dont les choix sont toujours assujettis à l'intrigue. Tous les ans elle crcoit dix généraux. « Qu'il est heureux, » ce peuple , disoit Philippe , qu'il est heureux de » trouver chaque annte dix généraux , pendant que je » n'en ai pu trouver qu'un seul pendant le cours de » ma vie: » C’étoit Parménion. Mais une république a quelquefois plus d'influence à l'extérieur par la multitude de ses agens. Aussi Athènes forma-t-elle une ligue formidable , dont les forces se déployèrent dans les champs de Chéronée, près de la Thèbes de Béotic.
Là se choquèrent les deux corps les plus dignes de se combattre, le bataillon sacré ct la phalange macédonienne. Le premier, composé de l’élite des jeunes Thébains , tous frères d'armes qui faisoient vœu de mourir ensemble. On connoît la phalange. Alexandre commandeit l'aile gauche. Ée roi, qui commandoit la droite, s'aperçut par un coup- d'œil de général que les Athéniens , après quelque avaa-
en feu.
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MACÉDONIENS, 203 tage , s’abandonnoiïent à la poursuite. « Is ne savent » pas vaincre », dit-il ; et fondant sur eux, il les mit en déroute. Les premiers transports de sa joie eurent quelque chose de ridicule; mais un enfant qui voit couronner sou front du premier laurier académique , un général que ses soldats élèvent sur les pavois de la victoire, une femme au premier moment de son triomphe sur un cœur que des rivales lui disputoient, tous éprouvent un sentiment qui repousse la réflexion , une espèce d'ivresse à lquelle on doit pardonner des fautes.
i, Philippe fit chanter ironiquement en sa presence le décret que Démosthènes avoit fait passer pour exciter les Grecs contre lui. Il parla avec mépris des états de la Grèce, il insulta ses prisonniers ; mais un mot de Démals. de d'entre eux, le fit rentrer en lui-même. « O roi ! s’écria Démade puis- » que le ciel vousa donné le rôle d'Agamemnon, pour- » quoi aimez-vous mieux jouer celui de Thrersite ? » Sur-le-champ le roi lui donna la liberté, ainsi qu'à tous les autres prisonniers..$Se voyant si bien-traites, ils s'avisèrent de demander leur bagage. « Je crois, » dit le roi en riant , qu'ils simaginent que nous ne » nous sommes pas battus tout de bon. » Cependant il accorda leur demande. Démosthères se trouva à Chéronée , s'eufuit-et jeta ses armes pour courir plus vite. Un buiésoit accroch? sa robe : il crut ‘que c'e toit un ennemi qui l.tr toi, et crià , donnez - moi la nie. Combien d'arateu:s , braves «dam Jui à l& tribun ; l'imiteroie: dans i& combat ?
Les Athéniens furent consternés ; ils crurent que le vainqueur alloit paroître devant leur ville , et il le pouvoit; mais, soit générosité, soit politique , il leur offrit la paix, et l’accorda à des conditions avantageuses pour eux. Cette conduite lui mérita les applaudissemens de toute la Grèce. Philippe avoit provoqué un armement qui se faisoit contre la Perse. Il en fut déclaré généralissime. Ce n’étoit pas un dessein si téméraire. Les Grecs, appelés en Perse par des compétiteurs au trône de Cyrus , ÿ avoient plus d'une fois pénétré par gros détachemens , en avoient remarque le mauvais gouvernement , la foiblesse militaire , et surtout l'immense butin qu'on pouvoit y faire. Ces motifs avoient fait concevoir à un simple roi de Sparte, Agésilas , le projet , sinon de rene verser le trône persan-, du moins d'en détacher les états qui étoient à la bienséance de la Grèce. On ne sait jusqu'où Philippe étendoit son projet; mais il étoit dans la force de l'âge , à la tête d’une confédération puissante et d'une excellente armée , aidé de bons capitaines , grand général lui-même , que ne devoit-il pas espérer! Un déni de justice arréta tous ges projets.
Par une disposition particulière de la Providence , qu'on peut regarder comme une punition, Philippe, qui avoit toujours fomenté les troubles dans la Grèce, se trouvoit dans sa cour en proie à des divisions domestiques. On ne sait ce qui le détérmina à répudier Olympias , mère d'Alexandre , .et fille de Néoptolème , frère d'Arymbas , roi d'Épire, Il l'avoit aimée
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jusqu'à commettre en sa faveur l'injustice de mettre, après la mort d'#rymbas , la couronne d'Épire sur la tête d'un fils de Véoptolème ;, nommé Alexandre, et par conséquent frère d'Olympias , au préjudice d'Eacidas , fils d'Arymbas. Olympias étoit rusée , hautaine et vindicative. Congédiée par son mari, elle se retira en Épire. Philippe épousa Cléopätre, nièce d'Attalus , seigneur macédonien. Pendant la céremonie du mariage , il y eut une vive querelle entre Attalus et Alexandre. Le premier se permit de dire : « Nous aurons enfin un légitime successeur à » la couronne. — Suis-je donc bâtard » ? s’écrie le fils d'Olympias ; et il jette une coupe à la tête d'#italus. Celui-ci lui en jette une autre : les épées se tirent. Philippe oublie qu'il est boiteux , veut courir sur son fils, et tombe. « Les Macédoniens, dit 4lexandre, » ont là un chef bien en état de passer d'Europe en » Asie : lui qui ne peut aller d'une table à une autre » sans risque de se casser le cou. » Après ce propos insolent, il se retire en Épire auprès de sa mère. Cependant le père et le fils se réconcilièrent.
‘Alexandre revint à la cour. Sans doute il n’y vit pas sans indignation Æ{talus, et l'on peut conjec- ‘turer que ceux qui avoient à se plaindre de l'oncle de Ja jeune reine trouvoient au moins un consolateur dans
le fils d'Olympias. Entre les mécontens se rencontroit un jeune courtisan nommé Pausanias , auquel 4ttalus avoit fait l’affront le plus sanglant. Il en dé-
mandoit continuellement justice au roi; mais Phi- ‘lippe , ne voulant point chagriner sa jeune épouse
en punissant son oncle, diffcroit toujours , et 1âchoit d'apaiser Pausanias par des promesses. Il crut l'avoir gagné en le faisant capitaine de ses-gardes ; mais cette faveur, au lieu d'étouffer dans l'offense le désir dé la vengeance, opéra seulement l'effet de lui en faire changer l'objet , en lui procurant la facilité de diriger contre celui qui lui refusoit justice le coup destiné au coupable.
Il y eut dans cet événement des circonstances dignes d’être remarquées : d'abord la sécurité de ?A'lippe entretenue par un oracle, et la flatteric d'un poëte. Quand l’entreprise de Perse fut décidée, il en- .voya consulter sur le succès la. prétresse de Delphes ; elle répondit : « Le taureau est déjà couronne, » sa fin approche, il va bientôt étre immolé. » Le roi de Macédoine ne manqua pas de voir dans cet oracle le monaique perse qui alloit être offert comme une victime aux dieux de la Grèce. Il se Jaissa encore bien plus tromper par les vers d’une tragédie destinée à représenter, sous des noms empruntés, Philippe déjà maître de l'Asie. Le poëte y
dsoit : « Vos superbes espérances. s'élèvent jusqu'aux » cieux. Vous voudriez étendre. votre domination » jusqu’au bout de la terre. Votre ‘1: : ses bornes, » quoique vous n'en mettiez pas à ‘ri. xabition. » Le mowent de votre chute vient , il approche; et » rien. ne sauroit. vous garantir du coup fatal dont .» vous les menacé. » Le monarque macédonien se Gi répéter ces vers plusieurs fois. Il les appiiquoit &u Amonarqr: asiatique, el savouioit dciicieusement
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le plaisir d'y voir, comme daus une prophétie, la certitude de ses triomphes.
Un autre objet de remarque, c'est le danger des conseils, tant à donner qu'à recevoir. Tel qui n'a prétendu que faire admirer son esprit en disant une chosc extraordinaire, est peut-être cause d'un crime, var la disposition de celui qui l'a ecoute. Cette reflexion peut s'appliquer au sophiste Æermocrate et à Pausanias. Ce jeune homme, tourmente par des pensées sombres, se croyant déshonoré tant qu'il ne scra pas vengé, demande à //ermocrate : « Que doit » faire un homme pour se rendre fameux? » Le sophiste répond sentencieusement : « Tuer celui qui » fait les plus grandes choses. » Et il ajoute gravement la raison : « Car la réputation de celui qui » aura cté tué ne sauroit manquer de rappeler le » souvenir de l'auteur de sa mort. » Quelle affreuse celebrite!
Entouré de prospaités, Philippe étoit bien éloigné de penser au sort qui le menaçoit. Se trouvant près de s'embarquer pour Ja Perse, il donnoit pompeusement uue audience solennelle aux ambassadeurs de la Grèce, qui venoient lui présenter les vœux de la nation pour le succès de ses armes. Le monarque jugea à propos de joindre à cette cérémonie des jeux en Fhonncur de l'hymen de sa fille Cléopätre, sœur d'Alexandre, qu'il marivit au roi d'Épire, frère d'Olympias. Philippe lui-même faisoit partie du spectacle. Il commenca par une masnitique procession, où l'on portoit j'image des douze grandes
divinités de la Grèce. L'image du roi, aussi superbe que les autres, venoit ensuite comme une treizième divinité : présomption bien contradictoire avec ce que lui crioit tous les jours un héraut, par son or- ‘dre : « Philippe, souviens-toi que tu es mortel. » Enfin lui-méme paroissoit seul vêtu de blanc, la couronne cn tête. Ses gardes s’écartoient, tant pour le laisser voir que pour faire connoître qu'il ctoit moins garde par eux que par l'affection du peuple. Pausanias profite de cette espèce d'ouverture, s'avance vers le roi, tire son poignard de dessous sa robe, le perce au côté gauche, et le fait tomber mort à ses pieds. L'assassin fuit. Déjà il atteignoit des chevaux préparés pour son évasion; mais il s'embarrasse dans un cep de vigne, tombe, est massacré, et sa mort couvre le mystère de cet assassinat. On doute encore s’il fut le crime d’une conjuration, ou: celui d’un fanatique d'honneur et de vengeance. Philippe n'avoit que quarante-sept ans. On conmoît ses talens politiques. Il ctoit gracieux et affable ‘dans le particulier, et disoit volontiers des choses obligeantes. S'étant leve un jour tard, il dit devant toute sa cour, en se frottant les yeux : « J'ai bien “» dormi cette nuit; mais je savois qu'Æntipater veilloit. » Il ne se refusoit pas non plus le plaisir dun bon mot quand il se présentoit. Deux hommes qui lui avoient livré une ville vinrent se plaindre que ses soldats les appeloicnt traîtres. « Laïssez-les » dire, repondit-il, ce sont des gens grossiers, qui » sont accoutumés à appeler les choses par leur
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» nom. » Il connoissoit enfin les délicatesses de la bienséance, et savoit les apprécier. Étant assis sur son tribunal , et immodestement découvert, un esclave demande à lui parler en secret. On le fait approcher, et il lui dit: « Seigneur, laissez tomber le pan » de votrerobe.—Qu'on donne la liberte à cet homme, » dit-il, je ne savois pas qu il fût de mes amis. » Si on pouvoit dissimuler que l'intemperance, qui remplit une cour de scandales, cest un vice impardonuable dans un prince, parce qu'il tue les mœurs; que l'ambition , qui fait couler le sang des peuples, est un crime, on pourroit regarder Philippe comme un des plus parfaits monarques qui aient occupé le trône. Il laissa deux enfans de chacune de ses femmes légitimes, plusieurs autres de ses femmes et concubines , et même d'une danseuse nommée Lurisse.
[2665.—333.] Que l'on puisse être homme et grand homme à vingt ans, Ælexandre en est une preuve. II avoit seulement cet âge quand son pire lui laissa le royaume de Macédoine. Il eut pour gouverneur Léonidas, parent de la reine, dont les mœurs étoient pures et austères. Lysimaque, homme recommandable par sa douceur ct sa modération, remplit auprès de lui les fonctions de précepteur. Aristote lui donna un goût plus étendu des arts et des sciences. Il puisa dans les poëmes d’Æomère , dont il faisoit une étude assidue, les sentimens élevés qui distinguent le héros du grand prince; mais ce fut de Ja nature qu’il reçut le génie qui embrasse un objct dans toute son etendue, la justesse d'esprit qui di-
310 MACÉDONIÉENS.
rige une entreprise, et le discernement qui fait choisir les meilleurs moyens.
En montant sur le trône, Ælexandre s'entoara des ministres et des généraux de son père. 11 Le consultoit, mais, après les avoir entendus, il décidoit de lui-même rt exécutoit rapidement. Il eut même en montant sur le trône de grandes difficultés à vaincre. Sujets et étrangers le regardoient comme un enfant incapable d'exécuter les grands projets de Philippe. Les Athéniens surtout avoient cette idée, et la répandoient. Le jeune roi commença par se faire craindre de sa propre cour, en poursuivant vivement un conspirateur, Attalus, quon lui conscilloit de ménager. Il étonna les Macédoniens, ct gagna la confiance de ce peuple guerrier, par dés succès cclatans contre les habitans de la Thrace, nation valeureuse et opiniâtre. Il les poursuivit à travers les plus grands poils, ct tes forca d'implorer la paix. Les ambassadeurs vinrent le trouver dans son camp. Le jeune vainqueur, plein de la haute opinion qu'il croyoit avoir inspirée, leur demanda, comptant s’attirer une réponse flatteuse, « ce qu'ils » craignoient le plus au monde. » 1ls lui répondirent : « Nous ne eraignons que la chute du so'eil et » des astres. » Cette fierté plut à Ælexandre. 1] les en estima davantage, et les traita avec honneur.
Alexandre achevoit cette glorieuse campazne lorsqu'il apprit que toute la Grèce étoit prête à fondre sur son royaume. Cet orage se formoit par les soins de l'ardent Démosthènes, l'ancien et irrécon-
fait choi-
s'entoara e. Il Le , il décit. Il eut lifficultés t comme s projets nt cette
ença par rsuivant lui coniens, ct par des Thrace,
rsuivit à implorer er dans a haute manda , ce qu'ils répondiso'eil ct re. I] les eur.
impa ne e à fonpar les H rÉCON-
eiliable ennemi de la Macédoine. Beaucoup d’etats entrèrent d'autant plus volontiers dans cette ligue , que le bruit s'étoit répandu qu'{lexandre avoit ete tué dans sa derniere expédition. Sur ce bruit, les Thébains, obligés sous Philippe de recevoir garnison maccdonienne dans leur citadelle, en attirèrent les deux commandans sur la place de la ville, et les
‘y égorgèrent. À cette nouvelle, Alexandre marcha
sur Thèbes. « Démosthènes, dit-il, m'a appcle en- » fant dans ses harangues pendant que je pacifiois l'H- » lyrie, jeune homme pendant que je faisois la guerre » en Thessalie; mais je lui ferai voir au pied des » remparts d'Athènes que je suis un homme fait. »
La ville de Thèbes se defrndit avce opiniâtreté, et n'en fut que plus malheureuse. Ælexandre ofliit une amnislie, à condition qu on lui livrervit les coupables. Les habitans, entraînés par leurs orateurs, ne voulurent pas y consentir. À la manière des républicains présomptueux , ils insultèrent même les assiégeans. Ælexandre les prit d'assaut , fit raser la ville, vendre à l’encan tous les habitans qui échappèrent au massacre, et défendit de donner l'hospitalité ni aucun secours aux Thébains qui se seroient sauvés. par la fuite, On dit qu'il se repentit de cette rigueur, et qu'il traita dans la suite avec une douceur et une humanité distinguées ceux des fugitifs qu'il put rencontrer,
Ce terrible exemple cflraya les Grecs, et Les força de reconnoître pour généralissime de la Grèce un prince aussi redoutable, Les Atheniens lui envoyèrent des
députés , il les reçut bien ; mais. il exigea qu'on lu
livrât Démosthènes, et huit autres orateurs, comme auteurs de tous les troubles de la Grèce. Cependant il souffrit qu'on lassât cvader ceux-ci. Ce fut à Corinthe qu' Alexandre reçut les complimens de la Grèce entière, avec la qualité de généralissime. Il y vit Diogène, ce cynique que la visite de ce prince a peut-être rendu plus fameux qu'il ne méritoit. Les sentimens peuvent étre partages sur la réponse qu'il fit au roi de Macédoine, et sur la réflexion du prince. Celui-ci demanda au philosophe ce qu'il désiroit de lui. « Que » tu t'ôtes de mon soleil », dit le cynique. Les courtisans étoient choqués de ce qu'ils pienoient pour de l'insolence. Alexandre, les regardant gravement, leur dit : « Si je n'étois pas Ælexandre , je voudrois » être Diogène. » Est-ce dans Diogène indifférence louable pour les richesses, ou complaisance dans l'orgueil du refus ? Est-ce dans le monarque admiration du mépris des vanités, ou désir de se rendre iilustre de quelque façon que ce fût ?
En partant pour sa grande expédition, 4lexandre distribua à ses soldats et à ses conrtisans tous ses bicns patrimoniaux , et fit une infinité de largesses. Perdiccas, auquel il vouloit faire un present , lui demanda : « Que vous réservez-vous donc ? Il répondit , l'espe- » rance. — Eh bien ! seigneur , lui dit Perdiccas en » refusant son présent, permettez que parmi ceux » qui partagent vos dangers il s'en trouve aussi qui » partagent vos espérances. » En passant par Delphes,, il voulut consulter l'oracle. La Pythie refusoit de s'asseoir sur le trépied. Il s’efforcçoit de la placer.
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MACÉDONIENS. 213 « Mon fils, lui dit-elle, on ne peut vous résister. — » C'est assez, repliqua 4lexandre, j'en accepte l’au- » gure. » Il ne se debarrassa pas moins adroitement du nœud gordien , qu’il coupa , ne pouvant le délier.,
Arrivé sur les ruines de Troie, Ælexandre fit immoler des victimes en l'honneur des héros couchés dans les tombeaux autour d'Ilion , particulièrement en l'honneur d'Achille , dont il se prétendoit descendu. Achille, disoit-il, fut doublement heureux , et d'avoir trouvé un ami comme Patrocle, et un poëte comme }omère pour chanter ses exploits. Éphestion , favori d’ Alexandre, par une secrète allusion à l'amitié du roi, couronna de fleurs le tombeau de Patrocle. A limitation d'Ægamemnon, qui avoit cté comme lui généralissime des Grecs , le prince macédonien donna à son armée des fêtes, des jeux funèbres, auxquels il présida, toujours accompagné d'un prêtre ou devin qui tenoit auprès de lui la place de Calchas.
Après le passage du Granique, Alexandre fit éprouver le sort de Thèbes à la ville d'Halicarnasse, defendue par les Perses. Elle fut réduite en cendres ct rasée jusqu'aux fondemens. Les Marmariens, habitans d'une petite ville sur les confins de la Lycie, trompèrent les efforts du conquérant , mais d'une manière bien cruelle. Ils avoient soutenu deux assauts; leurs vicillards les exhortoient à se rendre. « Vous ne le voulez pas, s'écrièrent-ils, eh bien ! » mettez-nous à mort avec vos femmes et vos en- » fans, et faites-vous jour à travers les ennemis. »
As ue furent que trop bien obcis. Chacun des guerriers se rend chez lui, fait un festin à sa femme et à ses enfans, ferme, après le repas , la porte de sa maison , y met le feu, et dès que l'embrasement est général, ils sortent de la ville, passent au travers du camp des Maccdoniens et se sauvent. Cruclles extrémités ! dont ceux qui les causent sont aussi coupables que ceux qui s'y livrent. Le roi de Macédoine, ne se trouvant pas encorc fort éloigné de son royaume, y tenvoya les Maccdoniens maries dans l'année passer le quartier d'hiver auprès de leurs épouses. Dès-lors il commenca à distribuer des royaumes. Une reine de Carie, nommée #da, fut replacée par lui sur le trône, d'où un protégé de Darius l'avoit fait descendre. Au defaut d’autres moyens, elle voulut reconnoître ce service par des mets delicats qu'elle lui envoyoit, et elle lui offrit d'excellens officiers pour la table. Il repondit à Æda: « Mon gouverneur ma pourvu de » cuisiniers plus habiles que tous ceux que l’on pour- » roit me donner. Beaucoup marcher dès le lever du » soleil me prépare un bon diner, et dîner sobrep ment me prépare un souper aussi exquis. »
Un homme qui auroit parcouru autant de pays qu' Alexandre en a conquis pourroit passer pour un grand voyageur. De la Macédoine il côtoie la Mediterrance, s'avance en Égypte, s'enfonce dans les sables de la Libye, voit la mer Rouge et le grand Océan
persique, pénètre dans l'Inde, atiaque les Scythes ,.
reconnoît la mer Cacnienne et les Palus Meotides. Enfin il parcourut en tout sens l'intérieur de cette
vast batai ment brûi las tête invit l'idée ficul na quai ner M une ; étoie fière de r:
traîn jeux la ra qu'u ann:
elle fans conc
A lexa Mac tesse
Da
> guer- ‘mme ct te de sa nent cst vers du es cxtréju pables je, ne se aumce, \ e passer Dès-lors reine de le trône, dre. Au oître ce oyoit, ct e. Il reurvu de on pourlever du r sobre- »
de pays pour un la Mcdi-
de cette
MACÉDONIENS. a15
vaste partie du monde, prenant les villes, livrant des batailles, gravissant les rochers, affrontant également le froid âpre des montagnes et les chaleurs brülantes des plaines, souffrant patiemment la faim, la soif, les fatisucs, la douleur des blessures, à la tête d'une armée intrépide à son exemple, et rendue invincible comme lui. Puisque l'opinion a attaché l'idée d'héroïsme à la grandeur, au nombre, à la difficulté des exploits , on peut dire qu'aucun homme g'a été un héros comparable à Alexandre, surtout quand on considère que dix ans lui suflirent pour former un empire des plus étendus qui aient jamaisexisté.
Mais à l'admiration succède un sentiment pénible, une espèce d'indignation lorsqu'on se demande quels étoient le but et le motif de ses expéditions guertitres. Quelle rage d'attaquer des nations paisibles , de ravager les campagnes , de brüler les villes , et de traîner leurs malheureux habitans en captivité ! Ces jeux des héros sont bien condamnables aux yeux de la raison. Sous ce point de vue, Alexandre ne fut qu'un fléau, dont la mémoire devroit être effacée des annales du monde. Son histoire devroit finir ici, si elle ne présentoit pas quelques traits moins révoltans que ces atrocités sanguinaires, qu'on nomme conquêtes.
Après la bataille d'Issus , on put soupçonner qu'4lexandre perdroit aisément les mœurs austères de la Macédoine, et ne seroit pas insensible aux delicatesses et au luxe asiatiques. Maître du camp de Darius, i se plut à se voir environne du faste des
MACÉDONIENS, vaincus. « Allons, dit-il, nous rafraîchir dans les » bains de Darius. » Après le bain, et un repas somptueux, on le conduisit dans un appartement. Frappé de l'éclat des richesses qui étoient prodiguces dans ce lieu , il ne put s'empêcher de dire avec une espèce de transport : Cela s'appelle tre roi. Parcille conjecture peut se faire à l'occasion de son voyage au temple de Jupiter Ammon. I exposa une partie de son armée à périr dans les sables pour la seule satisfaction de se faire déclarer fils du dieu qu'on adoroit dans ce temple. Olympias, sa mère, lui écrivit qu’elle le prioit de ne pas la brouiller avec Junon. Olympias demeuroit en Macédoine avec beaucoup d'agrémens , mais sans autorité. Antipater , qu’ Alexandre y avoit laissé comme gouverneur, avoit bien de la peine à contenir dans les bornes prescrites une femme hautaine et impérieuse , et sûre de la tendresse de son fils. Il en faisoit un jour ses plaintes au roi dans une longue lettre. Après l'avoir lue, Alexandre dit : « Antipater ignore qu'une seule » larme d'une mère peut effacer mille lettres comme » celle-là. » Cependant il soutint toujours le gouverneur.
Mais ses inquiétudes sur: des objets éloignés n'ctoient rien en comparaison de celles que lui causa un complot tramé contre sa vie. Le mécontentement devenoit contagieux dans son armée : des chefs, que les prodigalites peu mesurées du roi rendoient jaloux les uns des autres, il passoit aux soldats, qui ne se trouvoicnt pas assez récompensés Alexandre, in-
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ho il cc ques hor las, et | lota déno tit le écou
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Ce digue tre et prunt d'arg » val » Jais d'aill et trés qu'on » Pa
lans les n repas tement,
prodiire avec ‘tre roi, de son OSA une pour la du dieu a mère, ler avec ec beautipater , ur, aVOit rescrites e la tenplaintes oir lue, e seule comme
MACÉDONIENS. 9 struit de ces dispositions, se contenta de dire : « L'a- » panage des princes est de faire le bien, et d'être blà- » més. » Mais ü se trouva entre les m'contens un
homme plus hardi, qui ne s'en tint pas aux murmures ;
il conçut le desscin de tuer le roi , et en fit part à quelques amis. Cette confidence circula , et arriva à un homme qui , effraye du projet, alla trouver: PAilotas, fils de Parménion, lui découvrit le complot, et le pria de lui procurer une audience du roi. Philotas, de remise en remise, traîna trois jours le denonciateur. Celui-ci s'adressa à un autre qui avertit le roi. L'indifférence que Philotas avoit mise à scouter la dénonciation, ses délais à en instruire causèrent de l'inquiétude à Ælexandre. Philotas, interroge, répondit que le projet lui avoit paru si mal concertée, qu'il l'avoit regardé comme inexccütable , et qu'il n voit pas cru devoir alarmer le roi. Alexandre piit ou parut prendre cette excuse pour bonne , et invita même Philotas à sa table.
Ce seigneur etoit un brave officier, généreux, prodigue même pour ses amis. On rapporte qu'un d'entre eux étant venu lui demander une somme à emprunter , son intendant lui dit qu'il n'y avoit pas d'argent en caisse. « N'avez-vous pas, lui dit-il, ma » vaisselle et mes habits? Vendez tout plutôt que de » laisser un de mes amis dans le besoin. » Ii étoit d'ailleurs fier, hautain , très-prévenu de son mérite , et trés-imprudent dans ses paroles, s'il est vai, ce qu'on rapporte de lui, quil dit un jour : « Sans » Parménion ; qu'auroit été Philippe? » Aussi,
son père, efrayé de la hauteur à laquelle il s'clevoit, ct, prévoyant sa chutc, lui disoit : « Mon fils, » fais-toi petit. »
Les envieux ne manquent jamais dans les cours, Du caractère dont ctoit Phrlotas , il ne pouvoit manquer d'être en butte à leurs traits. On reveilla les soupçons d’{lexandre., IL le.fit arrêter et appliquer
à la torture. Il avoua la conspiration , nomma des complices, et chargca même son père; mais traduit devant le tribunal de l'armée, selon la coutume des Macédonien, il rètracta les aveux, qu'it dit lui avoir été arrachés par la force des douleurs. 11 n'en fut pas moins condamné et execute. Soit que le roi crût Parménion coupable, soit qu'il jugeàt dangereux de le laisser survivre à son fils, il envoya assassincr le père dans son gouvernement, où il vivoit retiré et tranquille.
Tout le monde ne fut pas convaincu du crime de Philotas. On pardonna encore moins à “lexandre la mort de Parménion. On supposa que ce prince, déterminé à 6e faire rendre des honneurs que la hauteur maceédonienne ne pouvoit souffrir, avoit saisi avec plaisir l'occasion de se defaire des Macédoniens qui pouvoient s'opposer à ses desseins. Ce qui arriva ensuite ne confirina que trop ce soupcon. La cour d'Alexandre ctoit devenue extrêmement brillante par le CONCQurs des grands seigneurs , des princes, des rois même, qui venoicnt solliciter scs faveurs. Leurs flatteries empoisounèrént l'esprit du monarque. L'excès de leurs louanges , leurs adora-
tions pas t mons ci Le prèle dessu le ra
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COUrS, it manilla les piquer ma des traduit une des tu avoir ven fut roi crût reux de sincr le etire et
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tions, le charmèrent. Il trouva mauvais de n'étre pas traité par les Macédoniens avec les mêmes demonstrations de respect. Au contraire, plus ceux ci le voyoicnt abandonne à la mollesse persane , prêter l'oreille aux adulations qui l'élevoient audessus de la nature humaine , plus ils s'eflorçoient de le rappeler à l'austcrité de ses premières habitudes, et de chasser de son cœur le levain d'orgueil qui y fermentoit. Icureux s'ils avoient su méler à leurs remontrances les adoucisscmens propres à guérir cet esprit blesse !
Mais la franchise militaire éonnoît peu de tels menagemens. Clitus, ce soldat qui avoit sauvé la vie à Alexandre au passage du Granique, se trouvant à la table du roi, et entendant qu'on l’elevoit au-dessus de Castor et de Pollux, et même d'Hercule, ne put contenir son impatience. Il se lève avec précipitaton, et dit : « Je ne puis entendre des discours si » insensés , ‘ai souffrir qu’on aflecte d'insulter aux » dieux, et de déprécier les ancicns héros pour » chatouiller les oreilles d'un prince vivant. » IL ajouta d'autres reproches qui piquèrent vivement Alexandre. « Qu'on l’arrête, » s'écrie-t-il, Personne ne se leva poux excculer cet ordre. « Me voilà donc, » dit le roi outré de dépit, me voilà comme Darius » enchaîné par Bessus. Je n'ai plus que le vain titre » de roi. » En même temps il saisit la javeline d'un de ses gardes , et perce Clitus, qui tombe et meurt. Le crime ne fut pas plus tôt comnis que le repentir succéda. Llexandre déploroit à grands cris son mal-
heur, il se rouloit dans sa chambre comme un forcene, repoussoit toute nourriture, et ne consentit enfin à vivre que sur les prières et les instances de toute l'armée. Il eut encore le malheur, dans cette circonstance , d'être rassuré contre scs remords par
des flatteries ct les raisonnemens spécieux d'un sophiste nommé Ænaxurque ; faux philosophe, qui vint lui dire : « Est-ce donc là cet Ælexandre sur » qui tous les peuples ont les yeux ouverts ? Il fond » en larmes comme un homme foible qui s'est rendu » l'esclave de l'opinion du vulgaire. Celui qui est la » loi suprême de ses sujets pourroit-il craindre les » reproches de qui que ce soit ? Avez-vous oublié » que Jupiter est représente assis sur un trône, » ayant à l'un de ses côtés la loi, de l'autre la jus- » tice, pour faire connoître que toutes les actions » d'un souverain sont toujours justes et légitimes. » « O flatteurs , empoisonneurs des rois, fleaux du » peuple! » s'écrie, avec un juste sentiment de douleur , l'historien d'4lexandre,
Ces odieux principes étouffèrent bientôt les germes de repentir. H fut même question d'amener les Macédoniens à fléchir le genou devant le roi, comme faisoient les Perses. Ce complot se forma entre de bas courtisans, des poëtes, des parasites rampans, des sophistes, et de ces hommes qui trafiquent l'esprit contrela faveur des grands. Ils résolurent qu'Ælexandre seroit dieu, et qu'on lui rendroit les honneu:s divins. La proposition en fut faite à table par ie même Anaxarque, cet effronté adulateur dont nous venons
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MACÉDONTENS, on!
de parler. Cailisthène, ami d'Aristote, altaché depuis l'enfance à Ælexandre , voyant que les Macedoniens consternés gardoient le silence , prend la parole, distingue les honneurs qu'on doit aux dieux et aux hommes, quelque grands qu'ils soient : « des » temples, des autels, des libations, des sacrifices, » des hymnes à ceux-là ; des louanges à ceux-ci. Les » dieux n'ont-ils pas un juste sujet de s'irriter lors- » qu'on offre à de simples mortels les honneurs de ) l'adoration? Hercule ne les cut qu'après sa mort. » On attendit même que l'oracle de Delphes eût parle. » O0 lexandre , n'oubliez pas la Grèce ! lorsque vous » y retournerez, pourriez-vous forcer des hommes » libres à vous adorer comme un dieu ? Si vous m'ob- » jectez que Cyrus a été adoré par ses sujets, que » depuis ce temps cette coutume a subsisté chez les » monarques mèdes et persans, dont vous tenez la » place, rappelez-vous comment les Scythes, peuple » pauvre et grossier, réprimèrent son chimérique or- » gueil, comment d'autres Scythes forcèrent Darius » lui-méme à reconnoître qu'il n'étoit qu'un homme, » Xerxès, Artaxerxe, ces rois honorëés commrs des » dieux par leurs sujets, ne les a-t-on pas vus fuir » devant les armées grecques, et tout récemment Da- » rius devant 4lexandre? »
L'amour-propredu roi souffroit infiniment en écoutant un discours si hardi. Cependant il ne voulut point, ou n'osa trop presser le Macédoniens ses convives. Il ÿ eut une espèce d'accommodement; il fut décidé que ceux à Ja santé desquels le roi feroit l'hon-
neur de boire devoient sc lever, le saluer , et s'approcher pour recevoir de lui un baiser. Alexandre commença par des seigneurs perses , qui le saluèrent à leur manière par l'adoration. Des Macédoniens, les uns éludèrent Ja cérémonie, les autres s'en moquérent ouvertement. « Frappez donc plus fort », dit un Maccdonien à un Perse, qui touchoit la terre du front en se prosternant. Callisthène vint à sen tour. Comme il ne se prosterna point, Æ4lexandre le repoussa rudement. Callisthène s'en retourna en disant : « J'ai perdu un baiser. » 11 paya cher cite plaisanterie.
Ceux qui cherchent à excuser Alexandre disent qu'il n'étoit pas assez insensé pour se regarder comme un dieu. Ils citent même un mot qui lui échappa plus tard dans la douleur d'un pansement. « On m'ap- » pelle fils de Jupiter, mais ma klessure me crie que » je suis homme. » Ils disent donc qu'il n’avoit d'autre dessein que de familiariser les Grecs avec les mœurs des Persans, afin de n’en faire qu'un méme peuple; que ce fut dans la même intention qu'il fit instruire de jeunes Perses de la tactique macédonienne; mais cette intention même ctoit un crime aux yeux des vainqueurs, qui s’indignoient de ce qu'on vouloit leur cgaler les vaincus, Cette disposition des esprits fit trouver à un nommé ffermolais , un de ses gardes, des complices pour se venger d'une injure particulière.
Alexandre étoit très-coupable envers lui. Ce jeune homme, voyant dans une chasse un sanglier qui ve-
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moit au roi, Court à lui, ct le perce de sa lance. Le roi, irrité de ce que la précipitation de son garde lui avoit eplevé l’occasion de montrer son courage ct son adresse, le fit fouetter pubiiquement , et ordonna qu'on lui Giât son cheval. Ses compagnons, témoins de cet affront , entrèrent dans sa peine ; il ne lui fut pas diflicile de leur faire épouser son ressentiment. Ils consentirent de tuer le roi pendant son sommiil, Le crime auroit etc consommé, sans-le plus grand des hasards.
Il y avoit dans le camp une Syriennc qui suivoit l'armée, qui agissoit et par'oit comme si elle avoit perdu la raison. Cette femme faisoit profession de prédire l'avenir; mais elle débitoit ses prédictions d'une mauière si bizarre et si ridicule, que tout le monde la prenoit pour une insensèe. Quelquefois l'événement avoit répondu à ses prophéties , et le roi, dont l'esprit penchoit vers la superstition, voulut que cette devincresse eût toujours accès auprès de 8a personne. La nuit même que tes conspirateurs avoient marquée pour l'exécution de leur dessein, 4lexan+ dre , ayant prolongé le repas avec ses amis, rentroit dans son appartement. La Syrienne lui barre le chemin, et, comme agitée d'un mouvement convulsif, Jui ordonne de retourner et de passer la nuit à boire. Il obéit sur-le-champ. Les eonspirateurs furent dceoncertés; un d'eux révéla Le complot, On arréta Æermolaiis et ses complices. Il avoua son crime, et les soldats [es lapidèrent. On arrêta en même temps Callisthène, comme ayant eu part à la conspiration; il
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paroît qu’il n'$ eut contre lui que des présomption, fondées sur ce qu'il étoit l'ami particulier d'Acrmolais. Mais son crime fut de jouir d'une grande estime, et par conséquent d’un grand crédit auprès de la jeunesse macédonienne, à laquelle il étoit soupconné d'inspirer des sentimens contraires au vœu du roi sur les honneurs divins qu'il se destinoit. Le genre de sa mort est incertain, mais toujours fort cruel; puisqu'il n'y a de différence qu'entre avoir été mis à la torture et attaché à une croix , ou chargé de fers, à la suite de l’armée, dans un chariot découvert où ce philosophe mourut.
Le caractère d'Ælexandre paroït s'étreaigri depuis ce temps. Ïl ne montra plus d'autre passion que de ravager, subjuguer , détruire tout cc qui lui résistoit. On lui vit employer le feu comme le fer, se plaire dans les dangers, s'y jeter avec une espèce de fureur aveugle. A la vérite, la témérite lui procura souvent des succès inespérés; parce que ses soldats, animés par son exemple, et craignant de le laisser périr, faisoient des eflorts surnaturels. Ce fut à travers ces périls qu’il arriva sur les frontières de l'Inde. 11 y trouva deux rois dont la conduite obtient des éloges, selon le genre de mérite dont on fait le plus de cas. Ceux qui estiment par-dessus tout la fierte, la hauteur, ce qu'on appelle magnanimite , admirent Porus qui osa résister à l'impétuosité d'Alexandre. Ceux cui prisent les vertus douces , une politique imsinuante et utile aux peuples, préfèrent Taxile, qui ouvrit ses états à ce torrent , et Je laissa couler avec le moins
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de dommage possible pour son royaume. Ælexandre devint ami du monarque indien, et laissa ses sujets en paix. Porus déploya toutes ses forces , combattit, fut defait, perdit deux fils dans la bataille , fut luimême blessé , et auroit vu son royaume subjuguc, sans la générosité du vainqueur , qui se piqua de répondre à Ja noble fierté du vaincu. « Comment vou'ez-vous » que je vous traite? lui dit Ælexandre. — Enroi, » répondit Porus. Non-sculement Ælexandre lui rendit ses états, mais il y ajouta des provine:s, et s'en fit un allic fidèle. | Toujours brûle de l'ardeur des conquêtes, 4lexandre en méditoit de nouvelles. On cût dit qu'il prétendoit ne s'arrêter qu'aux limites du monde. Ses soldats n'etoient pas dans les mêmes dispositions. Au Heu d'aspirer à d'autres victoires , ils ne demandoient qu'à s'éloigner de ces climats ctrangers pour retourner dans leur patrie. Sur la connoiïssance qu'ils eurent des desseins d'Alexandre, armée mécontente murmure hautement. Instruit de ces murmures , le monarque haranguc son armée , lui présente les motifs de gloire qui devoient l'animer , après avoir subiuguc J'Asie, à ne point poser les armes qu'elles n'eussent conquis l'univers. Il ctoit éloquent et chéri de ses soldats; néanmoins son discou!s ne fit aucune impression sur eux. Ils gaïrdèrent un morne silence. Cependant ils tournèrent les yeux sur un de leurs üficiers, rommé Cærus , dont toute l'armée ct le roi lui-même connoissoicut le m'rite. Touche de la tristesse des soldats, Cœrus eut la générosité de plaider
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leur cause. Il représente au roi que les hommes ne se Lterminoient à essuyer de grandes fatigucs que dans l'intention de goûter un jour les douceurs du repos. € L'armée n'est plus aussi nombreuse; presque tous » ceux qui la composent soutiennent à peine le poids » des armes; daisnez, scigneur , les regarder comme » des invalides. Ils espèrent de votre bonté qu'en » considération de lcuïs anciens service vous les re- » conduirezdans leur patrie. C'est là que vous trou- » verez une jeunesse qui, s'enflammant par l'exemple » de vos verlus, sera prête à vous suivre dans les » nouvelles expéditions que vous voudrez entiepren- » dre. »
Ce discours ne plut nullement à Ælexandre.
rompit l'assemblée. Dans une autre qu'il convoqua le lendemain, il déclara qu'il étoit résolu de pousser plus loin sa marche avec les soldats qui vouvroient le suivre. « Que ceux qui désirent si fort de revoir » leur pays natal, dit-il, retouinent en Maccdoine. » Allez, soidats, allez dire que vous avez laissé votre » roi au milieu de ses ennemis. » Cette tenta ive ne réussit pas davantage, Personne ne se pr senta. Alexandre , ivrite, se renferme dans sa tente, et y reste deux jours, sans vouloir admettre aupiès de lui ses plus intimes amis. Il en sort le troisième avec un air grave , et ordonne un sacrifice, L'aruspice déclare que les augures ne sont pas favorables. « Il » faut donc s'en retourner, dit le roi, puisque les » dicux et mon armée exigent que je n’aille pas plus » Join. » D'une profonde tristesse l'armée passe à
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MACÉDONIENS. 227 des transports de joie. « Qu'il soit béni à jamais ! » s'écrioient les soldats. Invincible pour le reste de » Funivers, il s'est laissé vaincre par nos prières. » La contenance de toute une armée qui se montre mueontente saus menaces, sans plaintes audacieuses, et avec une respectueuse fermeté : cette sensibilité du soldat, chagrin d'être forcé de déplaire à son genéral, la joie d'avoir recouvre ses bonnes grâces, c'est là un-événement peut-être plus glorieux pour Alexandre que ses plus belles victoires.
Il se mit à leur têle pour le re‘our ; mais ne les conduisit ni par le plus court chemin, ni par le plus exempt de périls et de fitigues. En se retirant il eut soin de chercher des peuples à combattre. Lui-mfme pensa laisser Ja. vie daus Es murs des Oxidraques, où il se précipita tém rairement, et d'où il fut retiré avec peine à demi-mort. Les marches furent longues ct pénibles. Les soldats souffroient tantôt de la disctte de vivres, tantôt de la privation d'eau; quelquefois l’une ei Fautre ressourc:s leur manquoient. Après uu jour de chaleur, sous un soleil brûlant, dans une-plaine arite, toute l'armée haletant de soif, on apporta au roi dans le creux d'un bouclier un peu d'eau bourbeuse, comme un présent précieux, il la reçut avec reconnoissance ct. la répandit à la.vue de ses soldats; pénible extrcmité, mais privation encourageant |
En repassant par les endroits qu'il avoit déjà parcourus lorsqu'il les soumit, /lcxardre examina la conduite des gouverneurs, punit les uns, récompensa
les autres , s'informa de la justice , des finances, ordonna des embellissemens dans les villes, traca des routes, fit construire des ponts, et montra partout une intelligence supérieure pour le gouvernement. Plus il approchoit de Babylone , où on croit qu'il vouloit fixer son sejour, plus il s'eflurcoit d'incorporer, pour ainsi dire, les Perses aux Macédoniens, afin de ne faire qu'une nation des deux. Dans ce dessein, il épousa deux princesses du sang royal, dont une, nommée Statira, étoit fille de Darius; il avoit déjà épouse une Persane d'une beauté parfaite, nommée Roxane. 11 donna en mariage à É'phestion une autre fille de Derrus. Ses favoris initèrent cet exemple; il y eut environ quatre-vingts filles choisies dans les plus nobles familles de Perse pour étre leurs épouses. Tous ces mariages se firent le même jour. Le roi combla les époux de présens , ainsi que ceux de ses soldats qui avoient pris des femmes persanes, dont le nombre passoit dix mille. Il paya leurs dettes. Des bureaux étoient établis où on donnoit de l’argent sans s'informer à qui ni pour quelle raison il étoit dû, de peur que la honte de certaines dépenses n'empéchât d'en demander. Il décerna , d’après le suffrage général , des couronnes d’or à ceux qui s’étoient le plus distingués, et fit passer en revue devant lui trente mille jeunes Perses, qu'on avoit formés par ses ordres aux exercices militaires : il en fut très-content. On les nomma É pigones, c'est-à-dire successeurs.
Cctte dénomination n'etoit pas politique ; elle fai-
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roit qu'il d'incordoniens, s ce desal, dont ‘il avoit te, nomlion une et exemsies dans tre leurs ne jour.
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elle fai-
soit entrevoir aux Macstoniens que, s'ils causoient quelques mécontentemens, ou s’ils vouloient se relirer, il ÿ avoit des troupes prêles à les remplacer. Ils marquèrent bien leurs soupcons, lorsque, ayant réglé les affaires de Perse avant de passer en Médie, le roi voulut faire une espèce de triage dans ses troupes. Il publia que ceux qui ne vouloient plus servir par motif d'âge, de blessurc:, infirmités, ou toute autre raison, pouvoient se retirer; mais quil récompenseroit no= blement ceux qui continueroient de porter les armes. Une grande partie de l'armée , jalouse des faveurs qu'il accordoit aux Perses, déclara qu'elle vouloit s’en retourner, « Puisque les barbares, lui dirent-ils, » sont les seuls à qui vous accordez vos bonnes » grâces, qu'ils vous aident à subjuguer les nations. » Quelques-uns ajoutèrent insolemment : « Vous pou- » vez faire la guerre avec votre père Ammon, si » vous voulez; pour nous, nous sommes résolus de » ne plus vous servir. »
Alexandre s’élance précipitamment de son trône, fait saisir les principaux mutins, qu'il indique luimême, et en fait trainer treize au supr'ice. Les autres restent muets et consternés. Il leur dit deux mots sur leur ingratitude, et rentre brusquement dans sa tente. Il reste deux jours sans vouloir recevoir personne. Le troisième, il paroît, admet à lui baiser la main les Perses devenus ses parens par alliance, et leur donne les principaux postes de son armée. Le bruit se répand en même temps qu'il va casser sa garde macédonienne et en prendre une persane.
Toute cette garde menacée accourt en foule autour de la tente du roi; elle offre de livrer les auteurs de la révolte. Voyant qu'on ne leur répond pas, les soldats jettent leurs armes, ct protestent qu'ils ne se retireront pas qu'ils n'aient obtenu leur pardon, Alexandre enfin sort, de sa tente; voyant leur repentir, il ne put retenir ses larmes. Ils n’eurent pas non plus la force de lui parler. Après quelques momens de silence, Eatine, officier distingué, prit la parole en ces termes : « © roi, vos Maccdoniens sont » pénétrés de la plus vive douleur de ce qu'à leur » exclusion vous avez permis aux Perses de venir » vous baiser la main, et de ce que vous avez traité » ceux-ci comme vos parens.— Vous êtes tous mes » parens, reprit le roi, et je prétends que désormais » vous me gardiez comme tels. » Il présenta aussitôt sa main aux Maccdoniens, qui s’empressèrent de la baiser. Ensuite il donna un festin: où se trouvèrent huit mille convives. Il fit placer à côte de lui les Macédoniens , ensuite les Perses, et après les -soldats des autres nations. Cette nombreuse assemblée but dans une même coupe d’or à-la prospérité et à l’union de tous les peuples dont Æ/exandre ctoit le souverain.
C’est sous ces favorables auspices , et avec l'espérance d'un règne rendu heureux par une concorde générale, qu'Ælexandre arriva à Babylone. Il y forma trois projets : le premier de dessecher les vastes marais qui entouroient la ville ; le second de rendre l'Euphrate et le Tigre navigables pour des galères et
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MACÉDONIENS. 231 d'y creuser un port ; le troisième de porter la guerre chez les Arabes. S'occupant avec ardeur de ces trois projets , il présidoit lui-même aux travaux des ingenicurs appelés pour le desstchement. Un voyage sur le fleuve lui procura les lumières nécessaires pour la navigation qu'il vouloit établir. Des provinces il recevoit des recrues , ou plutôt des troupes dejà formées dont il composoit l'armée destinée contre l'Arabie. Tout lui prospéroit , lorsqu'il fut attaque d'une maladie qui se déclara par une fièvre ardente. Il combattit le mal, ne discontinua pas d'assister aux sacrifices ct de se livrer avec ses amis au plaisir de la table , qui, pris à contre-temps, fut sans doute le vrai poisou qui abregea les jours de ce conquérant, quoiqu'on ait soupçonné , mais sans preuve , Antipater de les avoir avancés. Quand les soldats, accoutumés à jouir de sa présence , en furent privés , le chagrin s'empara d'eux, Is demandèrent à le voir. Ce fut un spectacle bien touchant que celui de ces vieux guerriers, approchant avec la timidite du respect, du lit où leur monarque , si jeune et si grand , luttoit contre la mort. Dejà ses ombres l'environnoient. La voix , l'aspect de ses compagnons d'armes le raniment un moment. Il se relève appuyé sur le coude , et leur tend à baiser sa main défallante ; ils y coilent les lèvres avec l'attendrissement de la douleur , et il expire presque entre leurs bras à l'âge de trente-deux ans. Les préparatifs de ses funérailles durèrent deux ans. On dit qu'il avoit ordonné qu’on l'enterrât dans le temple de Jupiter Ammon ; mais
Ptolémée Lagus, maître de l'Égypte , par où devoit passer le convoi funébre , l'arrêta , et lui fit élever un magnifique sepulcre dans Alexandrie , que le héros macédonien avait fondée.
Quelque extraordinaires qu'aient été les actions d'Alexandre , il's'est encore trouve des écrivains qui se sont plus à les exagérer , même de son vivant ; tant l'exascration et la flatterie sont naturelles à l’homnx : En écoutant un de ces écrits qu'on lui lisoit à luimême , il se retourna vers Lysimaque, un des capitaines qui l'avoit le moins quitte, et lui dit : « Où » étois-je donc quand je faisois de si belles choses ? » Je voudrois bien, ajouta-t-il, revenir après ma » mort pour voir ce que la postérité pensera de ces » histoires. » En se contentant du vrai et du vraisemblable , cette postérité ,: dont il envioit le jugement, a mis le sceau à sa réputation en le présentant partout comme un des hommes les plus étonnans qui aient existé, et en faisant de son nom un titre d'éloge pour les guerriers.
On ne sait quelles furent les dispositions testamentaires d'Alexandre , ni même s’il en fit. Dan; le dernier cas, il se douta que ses volontés scroient peu respectées, puisqu'il dit : « Mes funérailles seront » sanglantes. » Il eut de Barsrne un fils nomme }Zercule, qui vécut peu. La belle Roxane lui en donna un posthume qu’on appela Ælexandre. W lu: restoit un frère nomme Æ/ridce , fils de la danseuse Phrlrne. et un autre appelé Ptolémée , qui ne s’enorgueillit jamais de ce titre, mais qui étoit véritablement son
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MACÉDONIENS. 233 frère , puisque #rsinoé, sa mère, une des maïlresses de Philippe, étoit enceinte loisque Philippe la donna en mariage à Lagus. Alexandre avoit encore un frère nommé Céraunus , fils de Cléopatre, la rivale d'Olympias , et une sœur nommée Thexa , qui épousa dans la suite Cassandre. Cette géncalogie est nécessaire pour l'intelligence de ce qui va suivre.
Alexandre donna en mourant son anneau à Perdiccas, un de ses plas intimes confidens. Cctte faveur auroit pu être regardée comme un droit à la couronne ; mais Perdiceas eut la modestie , ou plutôt la politique de ne s’en faire qu'un titre de protection pour la famille royale , qu'on réduisit d'abord à Aridée, en attendant quel seroit l'enfant que Roxuïe mettroit au monde. A quelque confusion près, inséparable de la première surprise , il ÿ eut assez d'accord entre les capitaines : ils se distribuèrent les provinces comme gouverneurs , sous l'inspection de Perdiccas , qui présida au partage comme protecteur, mais ce titre n'étoit déjà qu'illusoire. Perdiccas , plein d'ambition , enchaînoit 4ridée en paroissant le défendre. On avoit conseille à ce prince, foible de corps et d'esprit , de s'appuyer du pouvoir de Méléagre , commandant de la phaiange macédonienne. Perdiccas , jaloux de toute autorité qu'il ne maitriscroit pas , fit assassiner Méléagre au pied des autels , où il s'etoit refugic. Ce fut là son premier forfait, le second fut le meurtre de Statira ct de Drypétis, les deux dernières épouses d'Alexandre , à la sollicitation de Roxane , qui craignoit qu'elles
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Ne fussent enceintes ; le troisième , le massacre d'uf corps de mercenaires grecs , de vingt mille fantassins et de trois mille chevaux, qui , se croyant quittes du service après la mort d'Ælexandre, s’en retournoient tranquillement dans leur patrie ; le quatrième, l'assassinat de Cynanc , sœur d'Ælexindre, qui coit venue proposer le mariage de sa fille Æda ou Eurydice avec Aridée. Cependant , malgré la mort de la mère , le mariage eut lieu. Peu s'en fallut que Perdre. cas ne cominit un cinquième crime en faisant mouris Antigone ,; dont le crédit lui faisoit ombrase. Mais Antigone se sauva très à temps en Macédoine auprès d'Antipater. I] ne resta plus auprès de Perdiecas d'homme estimé par Alexandre qu'Eumène , son secrétaire, personnage d'un très-grand müite, austi expérimenté à la guerre qu'habile dans le conseit, Encore ne s'unit-il au protecteur que parce qu'il le croyoit sincèrement dévoué à la famille royale. Pouy s: l’attacher davantage, Perdiceas alla lui-même à Ja t'te d’une armée mettre Eumène en possession de Ja Cappadoce, qu'il lui donna à titre de gouvernement, après avoir fait mourir AÆriarathe qui en étoit roi. [2678.—320.] Perdiccas donnoit les ordres et distribuoit des royaumes sous le nom d’#ridée , et du petit lexandre ; dont Roxane étoit accouchce ; mais On savoit que c’étoit un détour pour arriver plus sûrement à l'empire. Ses projets n'étoient pas ignorés. Ils réunirent contre lui tous ceux qui avoient à rcdouter son ambition. De son côte, il résolut de ne se point laisser surprendre , et'de porter les premiers
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coups. Il les dirigea contre Ptolémée , le plus puissant de ses rivaux , nominé gouverneur d'Égypte par Alexandre lui-même, persuadé que, s'il abattoit celui- là, les autres tomberoïent d'eux-mêmes. Ce prince, par sa sagesse , sa clémence et sa justice , entretenoit l'Égypte dans une paix profonde. 11 s'y etoit fortifiée , et Perdiccas, quand il vint pour l'attaquer , le trouva dans un état de défense redoutable. Il y avoit aussi cette chiférence entre les deux généraux, que Ptolémée , doux et insinr .nt, ctoit adoré de ses soldats, tandis.que Perdiceas, fier et impérieux , avoit aigri les sicns par des hauteurs déplacces. Il y eut dans l'Égypte méme , sur les bords du fleuve, une bataille mewtrière. La phalange macédonienne fut maltraitée. Elle rejeta son malheur sur les mauvaises dispositions de Perdiccas. Des so!dats coururent à sa tente, et le tuérent.
A Perdiccas succédèrent deux tuteurs ou protecteurs qui fureut traverses par £urÿydice, femme du roi Æridée. W paroît qu'elle auroit voulu tirer son mari de tutcile. Comme son crédit augmentoit tous les jours dans les troupes, on lui opposa Æntipatcr, qui réunit en lui seul l'autorité de protecteur. Il fit un nouveau partage des provinces. L Égypte resta à Ptolémée; Séleucus eut le gouvernement de Babylone, Antipater la Susiane, Cassandre la Carie, Antigone la grande Phrygie , avec le commandement des troupes de la maison du roi. Ce sont là ics principaux généraux qui se construisirent des trônes des débris de celui d'Alexandre.
236 MACÉDOXNIENS.
Antigone fut le premier dont la conduite décéla l'ambition des généraux. Il attira auprès de lui, par des largesses , les meilleurs soldats d’Æ{lexandre, ct se composa une armée qui lui étoit absolument dc. vouée, Anlipater étoit mort. Polysperchon lui succéda dans les fonctions de protecteur, Il forma , pour ainsi dire, une espèce de ligue de tous les gouverneurs et commandans particuliers , qu'il appela à Ja défense de la famille royale, contre Antigone, ct mit à la tête de ce rassemblement Æ£umène, dont l'attachement à cette famille étoit connu. Polysperchon au titre de géncral voulut joindre de grandes sommes, des honneurs, des dignités. Eumène 1cpondit : « Tout homme qui veut rester fidèle à son » souverain n’a pas besoin ni de grandes richesscs » ni de titres éminens. »
Deux campagnes, dans lesquelles ces deux grands généraux déployèrent leurs talens et toutes les ressources de l'art, furent terminées par une bataille définitive. Antigone étoit sûr de son armée; cell d'Eumène , composée en grande partie de soldats dont les chefs étoient reunis seulement par une cspèce de point d'honneur, n'avoit point d'affection pour sa cause. Tous rendoient justice au mérite et à la capacite d'Eumène; c'est pourquoi ils le jugeoient nécessaire dans le moment du combat où ils se trouvoient ; mais ils en étoient jaloux , et ils convinrent de s’en défaire après la bataille, quel qu’en fût l’évenement, afin de finir à leur voionte cette guerre, dont ils le croyoient l'instigateur et le principal soutien.
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Eumène apprit cet affreux complot. Il auroit pu sy soustraire en se retirant dans la Cappadoce; mais il réfléchit que renoncer «u commandement c'étoit abandonner la famille d'Alexandre , et il se détermina à mourir plutôt gcnereusement.
Dès qu'il eut pris cette résolution , il sortit de sa tente et exhorta les soldats à faire leur devoir. La plupart, ignorant la trahison de leurs chefs, lui répondirent par des acclamations de joie. Il se montia sensible à ces témoignages de bienveillance ; mais il ne put s'empêcher de dire aux amis dont il ctoit environne qu'il vivoit parmi des bêtes féroces , et que tÔt ou tard il en seroit dévoré. La bataille ne fut pas décisive; il arriva un événement plus funeste à Eumène qu'une défaite. Pendant l'action, Antigone détacha une partie de sa cavalerie , qui, par un dctour , surprit Je camp ennemi, enleva femmes, enfars et butin. La plus grande perte tomba sur les Argyratpides, anciens soldats d'Ælexandre , ainsi nommés parce qu'il leur avoit donne des boucliers d'argent. Quand ils se virent ainsi privés de ce qu'ils avoient de plus cher et du fruit de leurs travaux, ils entrèrent en fureur et voulurent massaerer les généraux ; Teutume , qui les commandoit, suspendit leur colère en leur faisant entendre qu'il espcroit de l'ancienne liaison qu'il avoit avec Antigone pouvoir l'engager à leur rendre le butin. On députe vers lui ; il répond qu'il Le rendra volontiers, pourvu qu'on lui livre Eumène.
Eumène parloit bien; il harangue les soldats,
leur represente l'injustice de leur procédé, les affreux malheurs qui en seront la suite , l'infamie dont ils vont se couvrir. « Tuez-moi plutôt que de'me » livrer à Æntigone , mon ancien ennemi et le » vôtre, » Îlles Cbranloit lorsque les Argyraspides s'ecrient : « Laissons là tous ces beaux discours, si » nous ne voulons perdre nos femmes ct nos enfans. » Als Ie mènent au camp ennemi. Ceux auxquels ils le livrent lui demandant comment il veut être garde , il fépond : « Comme un éléphant ou comme un lion. » Ï1 y eut deux sentimens dans le conseil d’Æntigone sur le sort à réserver à cet illustre captif. Démiétrius, fils d'Antrgone, soutenu de la jeunesse de l'armée, désiroit qu'on lui sauvât la vie, pourvu qu'£Eumène promît de ne plus agir pour la famille royale. Les amis du père, les politiques opinoient fortement à se défaire d'un homme, peut-être le scul capable detraverser les desseins d'Æntigone. Pendant cette discussion, celui-ci faisoit traiter son prisonnier avec tous les égards possibles. Il souffroit que ses domestiques le servissent , que ses amis le visitassent. Cependant Eumènce s'ennuyoit de l'incertitude où on le laissoit. « Je suis étonné, disoit-il, qu'Æntigone me laisse » si long-temps dans la prison , et qu'il n'ose ni me » faire mettre à mort comme son ennemi, ni me forcer » à étre son ami en me rendant la liberte. » L'incertitude fut bientôt terminée. Le parti le moins gencreux prévalut, £umène fut mis à mort dans la prison méme. Æntigone et toute son arméc lui firent des funérailles magnifiques. On enferma ses cendres dans
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MACÉDONIENS. 239 une urne d'argent, qui fut envoyée en Cappadece à sa femme et à ses enfans : témoignage éclatant d'estime et de respect donné à la fidélité d'un homme qui périt victime de son altachement à la famille de son bienfaiteur.
Antigone étoit un politique sombre , qui calculoit froilement dans son cabinet les avantages d’un meurtre ordonne à propos. La ruse, la dissimulation, la mauvaise foi, ne lui coûtoient rien pour attirer dans le piege ceux dont il vouloit se défaire, J1 y mettoit tout le temps necessaire. Dans une de ses armées, reculce sur les frontières, ctoit un general nowmé Python, qu'il soupconnoit de vouloir se rend lépendant. Plusieurs Maccdoniens avoient de « gwuverneur la même idée, et on en parloit assez ouvertement à la cour. Æ#ntigone prenoil vivement son parti, défendoit qu'on lui dît du mal d'un homme qu'il estimoit , déclarant que, bien loin d'ajouter foi à ces calomnies, il lui destinoit le commandement dans la haute Asie, le plus beau de ses gouverncmens. Python, informé de ces dispositions , obéit volontiers à un ordre du roi qui l'appeloit à la cour. À peine est-il arrivé , qu'Æntigone le fait accuser «= haute trahison dans un conscil de guerre. En un seul jour il est jugé, condamné et exécute. Voiçi un autre trait de cruauté exécrable. Cléopatre, sœur d’4lxandre, déterminée à donner sa main à Ptolémée, s'étoit mise en route. Antigone, craignant que ce madiase ne donnût quelques droits au gouverneur d'E-
gypte, la fait arrêter à Sardes, et donne ordre de la faire mourir. Le crime fut exécute par les dames mêmes qui servoient la princesse. Antigone déclare ensuite quil a été commis à sou insu , fait couper la tête aux femmes qui avoient été les instrumens de sa barbarie, et célèbre les funérailles de Cléopatre avec la plus grande magnificence.
Il y avoit un contraste marqué entre Antigone ct Démétrius , son fils. Celui-ci étoit humain , clément, d'un caractère franc et ouveit, si bien connu Pour être incapable de perfidie ou de trahison, que son père même, tout ombrageux qu'il etoit , vivoit avec lui dans la plus intime confiance , et s'en faisoit honneur. Démétrius approchoïit de son père à toute heure et avec ses armes , ce qu'on souffroit rarement alors. Æntigone le fit remarquer à des ambassadeurs auxquels il donnoit audience. « Vous aurez soin, » leur dit-il, de rapporter à vos maîtres de quelle » manière nous vivons mon fils et moi. » Ces ambas sadeurs étoient ceux de Ptolémée, de Cassandre et de Lysimaque , avec lesquels Antigone partagea presque tout l'empire d'Alexcndre. Il se réserva l'Asie, Ptolémée conserva l'Égypte; la Macédoine fut abandonnée à Cassandre, la Thrace à Lysimaque; les villes grecques devoicnt conserver leur liberte. Cet arrangement n’etoit, sclon la lettre de leur traité , que prov'soire. Ces généraux se reconnoissoient seulement dépositaires , jusqu'à ce que la famille d'Ælexandre se trouvât en état de souteuir
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MACÉDONIENS. 2.4 t ses Croits : mais ils firent bientôt disparoître jusqu'à celte omre de déférence , et chacun prit le titre de roi dans les parties qui lui etoient échues.
[2698. — 300.1] Antigone traita les peuples avec plus de douceur depuis qu'il se fut déclaré roi ; il en donnoit ‘cette raison, « qu'il vouloit conserver de » bon gré ce qu'il avoit aéquis par la force. » Mais il étoit relativement aux impôts bien élcigné de la modération d'Alexandre. Sur la remontrance qu'on lui en fit, il répondit : « Alcxandre a moissonné » toute l’Asie, moi je n'y trouve qu'à glaner. » On peut conclure du trait suivant qu'il aimoit quelquefois la justice. Il avoit à juger une cause dans laquelle son frère etoit intervenu. Ce prince le sollicita de l'entendre en particulier, apparemment pour n'être pas exposé à la honte d’une condamnation. « Mon » frère, lui dit fermement Æntigone, je vous en- » tendrai en public, parce-que je dois rendre justice » sans distinction de personnes. » Il vivoit paisiblement dans le sein de sa famille , aimoit sa femme et ses enfans, et en cétoit sincèrement aimé. Aux apophthegmes , ou dits mémorables d'Æntigone , on peut ajouter ce mot gai et délicat. On avoit en voyage logé son fils chez une veuve qui avoit trois filles remarquables par leur beauté. Il envoya chercher le fourrier , et lui dit : « Ayez la bonté , je vous » prie, de tirer mon fils de ce mauvais pas.»
Les nouveaux rois établis , tant sur le royaume heréditaire que sur les conquêtes d'Alexandre, ne tardèrent pas ‘à se faire la guerre. L’incertitude de
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leurs droits ct de leurs limites présentoit des motifs sufisans. Æntigene fut de plus excité par un désir de vengeance contre Ptolémée , qui avoit donne asile et protection à Séleucus. Cet homme étant simple gouverneur de Babylone, inspira des craintes à 4ntigone. 11 voulut le faire arrêter. Séleucus se sauva en Égypte. Les devins prédirent à Antigone que le fugitif deviendroit pour lui un ennemi dangereux. La prophétie s'accomplit, peut-être par la faute d' Antigone; car Séleucus , aigri par l'opiniâtretc de son ennemi à le poursuivre , d'abord aida beaucoup Ptolémée à le repousser ,.et forma ensuite une ligue de tous les princes, satrapes et autres , dont l'ambition d’AÆntigone menaçoit les états.
[2698.— 300.] Lysimaque ct Séleucus d'un eûte , de l’autre Æntigone et Démétrius, son fils, chacun à la tête d’une puissante armée , se rencontrérent près d'Tpsus, dans les plaines de la Phrygie. Le destin de l'Asie dépendoit de la bataille qu'on alloit livrer. Elle fut sanglante entre des chefs également habiles, et des troupes égalementaguerries. La victoire se déclara pour Séleucus. Antigone, percé de traits, mourut sur le champ de hataille , âgé de quatrevingt-quatre ans. Démétrins s'enfuit, accompagne d'un petit nombre d'hommes, et se sauva jusqu’en Grèce. Malheureux , il essuya des humiliations de la part de la république d'Athènes, qui lui avoit prodigue des flatteries dans sa prospérité,
Séleucus devint tout à coup maître de l'Asie", et Démétrius se trouva reduit à la Cilicie pout tout
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