‹ Précis de l'histoire universelle ou Tableau historique [microforme]Chapitre 31 sur 38 · AT PRE · texte numérisé non relu

AT PRE

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asile ; encore il ne put s'y établir que par surprise. Pendant qu'il erroit sur les côtes de Grèce, entretenant sa petite armée de butin , Séleucus , qui l'avoit depouillé , lui demanda en mariage Stratonice, sa fille , princesse d’une grande beauté, et lui procura lui-même Ptolémaïde, fille de Ptolémée. Beau-frère du souverain de l'Asie, gendre du souverain de l'Égypte, on croiroit que Démétrius va devoir quelque couronne à ses alliances ; mais des prétentions le brouillent avec Séleucus ; Ptolémée le regarde avec indifférence. Son armée devient encore sa ressource.

Deux compétiteurs se disputoient la Macédoine. 11 est appele par Ælexandre , fils de Cassandre. Pendant qu'il alloit à son secours, les deux rivaux se réconcilient. Ælexandre , craignant alors Démétrius plus qu'il ne le désiroit , va au-devant de lui pour le détourner d'entrer dans ses état:. Il étoit trop tard, Démétrius avançoit. Ælexandre, ne sachant comment s'en débarrasser autrement, se détermine à le faire assassiner. Les ordres etoient donnes ; Démétrius découvre le projet, fond avec l'élite de ses troupes sur les gardes d’ Alexandre, et le tue au milicu d'eux. « Vous nous prévenez d'un jour », s'écrièrent les Macédoniens. L'armée d’Æ{lexandre sattendoit à étre attaquce par Démétrius. Elle fut agréablement surprise lorsqu'il demanda à se justifier devant elle de Ja mort du roi. Il plaida si bien sa cause , que d'une voix unanime les soldats le proclamérent roi de Macédoine,

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Rctabli sur ce trône, Démétrins songea à se replacer sur celui d’Asie, dont on l’avoit chassé. Scs apprêts furent formidables, Ce prince avoit un genie actif, mais un caractère un peu inconstant. Le premicr il fit construire des vaisseaux d'une grandeur, d'une force, d’une magnificence inconnucs jusqu'à lui. Ses préparatifs avertirent ceux qu'il vouloit attaquer. Ils le prévinrent. On lui suscita des ennemis de tous côtes. Il se forma des partis dans son royaume, et les Maccdoniens lui ôtèrent la couronne aussi légèrement qu'ils la lui avoient donnée. I] lui resta cependant une armée, peu nombreuse à la vcrité, mais composée de bons soldats. Avec ce secours il crut pouvoir pénétrer en Asie, qui étoit toujours le but de ses espérances. Il eut des succès dans des rencontres; mais, resserré par des armées nombreuses, il demanda qu'on lui laissât un chemin libre pour aller s'établir chez quelque nation barbare, où il pourroit terminer ses jours en repos. Il s'adressa surtout à Séleucus , son gendre , qui eut quelque compassion de son triste état, et fournit des vivres à ses soldats qui en manquoient. Séleucus auroit fait pour lui davantage, sans Patrocle , son premier ministre, qui lui représenta le danger CA il s'exposoit en ménageañt le prince le plus ambitieux et le plus entreprenant qui existât; que c’etoit un lion dont on ne pourroit être sûr que quand on le tiendroit enchaîné.

Persuadé par ce raisonnement, Séleucus renforce son armée, enveloppe Démétrius de tous côtés, et le

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MACÉDONIENS. a45

resserre dans les gorges du Mont-Taurus. Démsétrius , réduit au désespoir, fait un dernier effort, ct s'ouvre un chemin en Syrie. Une fièvre aiguë le force de s'arrêter. Pendant sa maladie, ses soldats, qui perdoient espérance, désertent en grand nombre. A peine convalescent , vivement pressé par Séleucus, il lui dérobe la connoissance d'une marche, et laisse l'armce de son gendre bien loin derrière lui. Il form

alors le projet de surprendre le camp ennemi, Son dessein auroit réussi, s'il n'avoit été trahi par uutrans-

-fuge. Démétrius n'avoit plus d'autre parti à prendre

que de risquer un coup de désespoir. Il s'y détermine, fond sur l'avant-garde ennemie et la renverse du premier choc. Séleucus accourt, se montre aux soldats vainqueurs , à la tête de sa nombreuse armée prête à combattre. 11 leur représente qu'il n'a si longtemps differe de les attaquer que pour ne pas répandre leur sang inutilement. Il les exhorte à mettre bas les armes, et à ne plus s'exposer pour un prince aveugle par l'ambition et mis hors d'état de résister plus long-temps. Ces soldats applaudissent à son

discours, y répondent .par les acclamations redou-

blees de vive le roi Séleucus, et abandonnent l'infortunc Démétrius.

Il se retire dans une épaisse forét avec le petit nombre de ceux qui lui étoient restes fidèles. Pendant la nuit, Sosigène, un de ses anciens amis, lui apporte une petite somme d'argent. Avec ce foible Stcours il essaie de se sauver, dans l'intention de

sagncr le bord de la mer; mais tous Îles passages

étoient trop bien gardés. Sa petite escorte, ne voyant plus de ressource, se disperse. Quelques soldats restent, mais pour le livrer à Séleucus. 11 les prévient, envoie à son gendre des députés qui le trouvent dans les meilleures dispositions. « La fortune, dit-il, » veille moins à la sûrete de Démétrius qu'aux in- » térêts de ma gloire, puisque aucune victoire ne pou- » voit étre plus gloricuse que l'acte de clémence dont » elle me fournit l'occasion. »

Séleucus, fidèle à ses principes, envoie au-devant de Démétrius les personnes qu'il croit devoir lui être le plus agréables. À ce cortège se joint la foule des courtisans, persuadés que le génie du beau-père alloit prendre un entier ascendant sur l'esprit de son gendre. Les ministres eurent la même idée, surtout Patrocle , qui travailla à réveiller les soupçons et les craintes qu'un premier élan de générosité avoit écartés. Au milieu des félicitations, Démétrius se voit environné d'une garde nombreuse. Elle le conduit, non devant le roi, comme il s’en étoit flatté, mais dans un château situé dans une presqu'ile, où il fut soigneusement gardé. D'ailleurs rien ne lui manquoit pour les commodités et les agrémens de la vie. Il pouvoit prendre l'exercice de la chasse dans un parc très-etendu. Pour tout le reste, ses désirs étoient prévenus et remplis. On le flatta de l'espérance qu'on n'attendoit plus que Sératonice sa fille, et quelques autres parens, pour régler les conditions auxquelles la liberté lui seroit rendue.

Il se berça quelque temps de cet espoir; maïs

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voyant que les délais se multiplioient, et qu'il ne pouvoit pas même obtenir de voir Séleucus, comme il ne cessoit de le demander, il se livra aux plaisirs qu'on lui présentoit, surtout à la bonne chère, qu'il regarda comme un moyen de se distraire des regrets de sa grandeur passée. On crut qu'il se résignoit à son sort ; peut-être le crut-il lui-même. On a de lui unc lettre à Antigone, son fils, qui est comme une renonciation à tout ce qui pouvoit l’attacher à la vie. J1 lui remet ses droits sur les états qu'il posseédoit encore en Grèce, l’exhorte à en prendre un soin particulier, à observer constamment envers ses sujets les lois de la justice et de la modération.

Démétrius éprouva que les plaisirs, quand l'esperance manque , sont une foible ressource contre le malheur. Plongé dans une sombre tristesse, les soins qu'il prit pour en sortir furent inutiles. Ses efforts à cet égard lui causèrent une maladie qui le conduisit au tombeau à l'âge de einquante-quatre ans. Prince grand dans l’une et l’autre fortune, le plus habile ingénieur de son siècle, d’une société douce et agréable, aimant les lettres, noble dans ses procédés, généreux et bienfaisant, adoré de sa famille. On doit remarquer qu'il eut quatre femmes ; qu'elles vécurent dans le même temps avec lui, et qu'elles ni lui ne sc donnèrent jamais réciproquement des sujets de plainte. |

Son fils Æntigone, modèle de picté filiale, comme l’avoit cte Dérnétrius lui-même, s'offrit en otage pour son père, proposa pour prix de sa délivrance les états

qu'il possédoit en Grèce. Quoique refusé, il persista à demander sa liberté, prit le deuil , ct n'assista à aucun festin pendant tout le temps que son père fut détenu prisonnier. Quand il sut qu'il étoit mort et qu'on lui apportoit ses cendres, il alla au-devaut d'elles accompagné d'une flotte nombreuse, et les renferma dans une urne d'or. Lorsqu'il rentra dans le port de Corinthe, où etoit sa résidence, il fit placer cette urne sur la poupe de sa galère, la fit couvrir d'un dais de pourpre, et posa sa couronne par-lessus. Lui-même vêtu d'habits de deuil, les yeux baisnés de larmes, se tenoit auprès de cette urne précieuse, Presque toutes les villes de la Grèce envoyérent des guirlandes pour la couronner, et des députés pour assister à la cérémonie des funérailles. De Corinthe les cendres de Démétrius furent transportées à Dcmétriade, ville qu'il avoit bâtie, et enfermées dans un magnifique tombeau. Il est rare de voir de pareils regrets de la part de l'héritier d’un trône.

Les désastres déplorables que causèrent les conquêtes d'Alexandre en Asie nous préparent à des scènes encore plus sanglantes en Macédoine. Il en avoit laisse le gouvernement à Æutipater, ministre singulièrement estimé de Philippe, son père, Antipater étoit d'une famille illustre, ami particulier d'Aristote, qui lui inspira un goût vif pour les sciences. Un cerlain air de grandeur accompagnoit toutes ses actions. Dans le train ordinaire de la vie, comme dans ses vétemens , il paroïssoit de la plus grande simplicité, et sembloit n'être qu'un simple

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MACÉDONIENS. 24) particulier quand il donnoit des ordres à des rois. Enfin on peut dire qu'il ctoit le plus grand homme, ou le plus grand hypocrite de son temps.

[2656,—322.] Le gouvernement qu'#lexandre

Jui confia avoit une difficult de plus que les autres;

c'étoit de vivre avec Olympias , de ne point laisser prendre à cette reine trop d'autorite, sans cependant que le fils pât.blämer la contrainte imposée à sa mère. Ce rôle étoit delicat. Il paroît qu #ntipaler sen acquitta long-temps avec l'approbation d'.4lexandre ; néanmoins, au moment où les mœurs de ce conquérant: changèrent, on croit que l'amo::: inflexible d'Æntipater pour la vérité commenca à lui déplaire, et qu'il étoit disposé, quand il mourut. à lui faire éprouver une disgrâce éclatante. Cepeni'an: on

peut dire qu’ Ælexandre lui eut en quelque manière

obligation de ses conquêtes ; car si le gouverneur n'eût pas entretenu la paix dans la Macédoine, nonseulement le roi auroit manqué des recrues qu'Æntipaler lui envoyoit., et qui soutinrent son armec ; mais encoic il auroit été forcé de quitter l'Asie, pour ne pas risquer sa couronne héréditaire contre des espérances.

La nouvelle de la mort d'Æ{lexandre causa de grands embarras à Æntrpater. Une partie des villes de la Grèce chassa les garnisons macédoniennes, IL fallut négocier avec les unes, user de rigueur avec les autres. Les Atheniens surtout lui suscitèrent beaucoup d'embarras. Ils le réduisirent, se voyant bloque, au point d'être obligé de, demander la paix.

De 11e

Mais ils refusèrent de l'entendre jusqu'à ce qu'il se rendît à discrétion. Æntipater se tira de ce mauvais pas, et à sôn tour exigea la condition que lés ’Athéniens lui avoient imposée. Ils la subirent : ‘maïs il n'abusa point de sa victoire, et se contenta de: les obliger à bannir les dangereux orateurs qui séduisoient ce peuple léger et volage. On appela cette guerre la guerre Lamiaque , parce que la Principale bataille se livra auprès d’une ville nommée Lamia.

Antipater parsa en Asie, appelé par le désir d’être ulile à la famille d'AEaridre. Il veut le titre de protecteur , qu’il rapporta bientôt dans la Macé- ‘doine , où il mourut âgé de quatre-vingts ans. Sa délicatesse ne lui permit pas de donner son gouvernement à Cassandre , son fils, qui, malgré sa jeuncsse, s'en seroit bien acquitté. Il nomma Polysperchon , le plus ancien des capitaines d'Alexandre qui se trouvoient auprès de lui. Cet homme, qui succédoit à Antipater sous le titre de gouveir eur général de la Macédoine et de tuteur des rois’, n'avoit que des talens médiocres. Son fils, nommé “Aleaandre, n'étoit guère plus häbile. [ls commencèrent leur administration par une faute qu'ils firent malgré les conseils que leur avoit laissés Æntipater; ce fut d'appeler Olympias en Macédoine, d’où Æntipater avoit trouvé moyen de l'eéloigner, Cette femme artificieuse s’empara de l'esprit de Polysperchon, et lui conseilla dans le gouvernement des villes des changemens qui caustrent de vifs mécontentemens. Il donnoit ses ordres avec hauteur au nom d’Aridée ,

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frère d'Alexandre , qu'on avoit reconnu roi, avec le petit Ælexandre , fils de Roxane.

Aridée avoit épousé Eurydice, petite-fill. de Philippe et de son frère aîné. Soit que le droit de

cette princesse à la couronne offusquät Olympras,,

soit qu'il y eût entre elles ou rivalité d'autorité, ou cette jalousie qui n'est pas rare entre les femmes, elles montrèrent non-seulement de l’éloignement lune pour l’autre ; mais encore de la haine et l'envie. de se nuire, Olympius étoit soutenue par Polysperchon : Eurydice chercha un appui dans Cassandre, fils d’Antipater, lequel.n'avoit pu voir sans. inquiétude le penchant de Polysperchon pour Olympias; V’enncmie déclarée de son père. Il communiqua ses craintes à ses amis, et se forma un parti puissant. Ses premiers efforts pour supplanter le gouverneur ne rcussirent pas. {1 fut oblige de fuir en Asie : loin de renoncer à son dessein dans sa retraite , à l'aide des princes jaloux de l’autorite de Polysperchon, il leva une armee, et il etoit près de rentrer de lui-même en Macédoine, lorsque £urydice l'appela à son secours.

La guerre civile y régnoit alors. Les deux héroïnes, chacune à la tête d’une armée, se montroicnt résolues de hasarder un: bataille. La communication

naturelle entre les habitans du même pays, quoique

dans des parties opposées, fut favorable à Olympias. Les soldats d'£Eurydice s'étoient engagés volontairement à elle, et avec toutes les marques du zèle et de l'affection ; mais Olympias s'étant présentée à cux au moment de l’action, son air majestueux , l'idée qu'ils

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alloient combattre contre la veuve de Philippe , mère d'Alexandre , leur fit tomber les armes des mains. fs abandonnèrent la malheureuse Æurydice et son mari, Olympias, maîtresse de leur sort , les fit enfermer dans un lieu si étroit, qu'ils ne pouvoient s’y retourner qu'avec peine, et ordonna qu'ils fussent nourris des alimens les plus ordinaires. Avec ce couple infortuné, beaucoup de partisans de Cassandre étoient tombés entre ses mains, entre autres Nicanor, son frère. Elle fit tuer et massacrer cent ‘de ses amis. Elle voulut en même temps qu'on ouvrit le tombeaux d’'Zolas , autre frère de Cassandre , ct qu'on jetât les restes de son corps à la voirie:

Ces cruautés commencèrent à exciter quelque compassion en faveur d'Æridée et de son épouse. Olymp'as ; én craignant les suites, résolut de se défaire de ses prisonniers, Des Thraces armés de poignards entrent par son ordre dans i2 prison du roi, et le percent'de plusieurs coups. Un moment après elle chargé‘ün messager d'aller offrir à Eurydice un poignard , une corde et une coupe‘de poison. « Que les » dieux, dit l'infortunée princesse, offrent un jour à » Olympias un pareil présent. » Elle déchire son mouchoir, essuie les plaies de son époux qui venoit de rendre le dernier soupir, le couvre de quelques vétemens, et, sans marquer la moindre fôiblesse, ni laisser sahappér aucune plainte , ‘elle présente le cou au fatal cordeau ct'est étfanglée.

Cassandre arriva trop tard pour empêcher les cruautés de la mère d'Alexandre, mais assez tôt

Jpe ; mère les mains, ce et son les fit envoient s'y s fussent Avec ce de Castre autres crer cent on ouvrit indre , ct rie que comec, Olymléfaire de Doignards oi, et Ie près elle e un poi- « Que les an jour à hire son

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MACÉDONIENS. 253 pour les punir. Il pénétra en Macedoine ; Olympias s'y promenoit de ville en ville, escorte d'une cour magnifique. Elle avoit pris avec elle Roxane et le petit lexandre, persuadée que la vue de la veuve, du fils, ct de la mère de ce conquérant, dont les victoires faisoient tant d'honneur au nom macédonien, rangcroit les meilleurs soldats sous ses étendards ; mais son armée ne grossit point. Toujours poursuivie par Cassandre, elle fut forcée de se renfermer dans Pydna, où Cassandre l'assiégea par terre et par mer. La famine y devint si horrible, que les soldats mangcoient les corps morts de leurs compagnons. Après plusieurs tentatives inutiles pour s'évader , Olympius se rendit à discrétion. Les parens de ceux qu’elle avoit si cruellement fait mourir l'accusèrent devant l'assemblée des Macedoniens. Sans qu'on l’entendît, cette reine fut condamnée à mort. Cassandre alors lui offrit un vaisseau pour la transporter à

‘Athènes. Elle le refusa, dans la crainte que le vain-

queur ne la fit précipiter dans les flots. Elle dit qu'elle vouloit.se justifier dans une nouvelle assemblée. 11 parut dangereux à Cassandre de lui accorder cette permission. En eflct, deux cents hommes qu'il envoya pour la tuerfurent si déconcertés par son air majestueux; qu'ilsrevinrent sans avoir exécuté l’ordre. A plus forte raison, auroit-elle touche une multitude, où il se rencontre toujours des gens enclins à la pitié. On ne trouva d'autre moyen de s’en défaire que de la livrer aux parens de ceux qu’elle avoit fait périr. Ils l'égorgèrent, ct en mourant elle excita encore par sa

fermete l'admiration de ses bourreaux. Ainsi périt la mère d'Ælexandre. Il seroit inutile de tracer son caractère : ses actions le peignent assez. Cassandre envoya Aoxane et son fils à Amphipolis. Il les fit séparer de ceux qui avoient coutume de les accompagner, et ordonna que le jeune prince fût élevé comme un particulier. De là il les fit transférer dans un chàteau isolé ; et quand il eut accoutumé les Macédoniens à les oublier, il s'en defit, quitta le nom de protccteur qu'il avoit gardé jusqu'alors, et prit celui de roi. [2698.—300.] Si les talens militaires, des vic-

. toires, un gouvernement sage et modéré peuvent justifier une usurpation, Cassandre mérita le trône, Il ramena dans la Macédoine l'abondance et la paix, rétablit les villes détruites, joignit à sa couronne celle d'Épire, soutint avec-éclat et succès la guerre. contre Antigone : maître de l'Asie, il imposa des lois aux Étoliens et aux Iliyriens,. se rendit maître du Peloponèse, et mourut de maladie au milieu de ses triomphes."I1 laissa trois fils, Phuippe, Antipater ct Alexandre. Le premier, qui lui succéda, mourut presque aussitôt. Æntipater alors. se fit. proclamer roi, mais Ælexandre s'opposa à son installation, soutenu. d’un parti puissant, et en secret de la reine, sa mère; du moins le persuada-t-on à 4ntipater. Ce prince dénaturé,, craignant la prépondéränce d’un pareil suffrage, entre cliez sa mère avec des bourreaux. En vain elle lui demande grâce, l'en.conjure par les mamelles qui l'ont aliaité ; il demeure inflexible et la fait massacrer sous ses yeux ; trait de la plus affreuse

Grèc

pouv

contr cédoi royai doit plain refus donn la M temp par d des c tages pend É plire roi. .

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des vicvent justrône, Il la paix, )nne celle re Contre lois aux du Pelo- 1 de ses (ntipater , mourut roclamer allation, la reine, iipaier.

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barbarie dont l’histoire puisse fournir l'exemple.

[2705.—.:293.] Après plusieurs années de guerre, où les étrangers prirent part, guerres très-funestes au royaume, deux frères se le partagèrent. 4lexandre,

Vaîné , fut supplanté par Démétrius, qu'ii vouloit tuer. Il paroît que Démétrius n'eut pas assez d'é- ‘gard au caractère de ses nouveaux sujets. Il montra

sur le trône de Macedoide un goût pour le luxe qui pouvoit plaire en Asie, qui pouvoit se souflrir en

Grèce, où les arts étoient en honneur, mais qui

contrastoit trop avec la simplicité agreste des Macédoniens. On croiroit qu'il se conduisit dans ce royaume comme dans un pays conquis. Il commandoit avec heuteur, rejetoit. les remontrances et les plaintes avec un air de mépris plus révoltant que le refus même. Ses sujets se lassèrent , le chassèrent et donnèrent la couronne à Pyrrhus, roi d'Épire. Ainsi la Macédoine, qui 1voit réuni l'Épire sous ses lois du temps de Cassandre , fut à son tour réunie à l'Épire par Pyrrhus. Ce dernier la quitta pour aller faire des conquêtes en Italie. Avant de partir. il la partagea avec Lysimaque , souverain de ia Thrace, qui pendant son absence s empara de tout le royaume.

[2714.— 284. | Des intrigues de femmes remplirent de dissensions ‘unestes la cour du nouveau roi. Ærsinoé, qu'il époua étant âge , lui inspira des soupcons odieux contre Ægathocle, son fils aîné, prince généralement aimé et estimé. Ï1 fut mis en prison sans étre entendu, et empoisoun<. Lysandre, sa veuve, fille de Ptolémée, se sauva avec ses en-

fans et son frère Céraunus à la cour de Séleucus. Ce prince arme en faveur de cette fam:: 2 infortu mée , livre à Lysimaque uné bataille, dans laquelle Je roi de Macédoine perit avec ircire de ses fils. Le “ainqueur alloit placer Cérauries sur ke ‘xône, lursque ce prince, dont il avoit embrasse la caûse, assassina son bienfaiteur. Malgre la noirceur dé son crime , le scélcrat vient néanmoins à bont de se faire proclamer rei par les Macédloniens. Il songen alors à se venger d'Æ#rsinoé , ieurtrière ue son beaufrère Agathocle, Elle s'étoit retirée dans Cassandrie, place très-forte. Céraunus la leurre de l'espérance de l'épouser et d'adopter:ses, enfans: Elle ouvre les portes de Cassandrie. Lé jour'pris pour les noces, Céraunus fait égorger ses deux fils devant elle, et la relègue dans la Samothrace, accompagnée seulement de deux femmes pour la servir. Elle se sauve en Égypte , plaît à Piolémée Philadelphe, frère de Ptolémée Céraunus, l'épouse et devient la belle- ‘sœur’ de -celui dont elle avoit fait mourir le‘ beaufrère, et qui avoit assassiné ‘ses ‘enfans. Quelles alliances !

Sous Ptolémée Céraunus, les Gaulois, nation jusqu'alors inconnue dans ces contrées, firent une irruption en Macédoine. Iln'yavoitquel'avidite du butin ou le désir de se procurer des demeures plus avantageuses qui arrachât ces ho::es barbares de leurs forêts. Ainsi elles commenc: :: par piller, et s'eta- Kissoient ensuite, si ‘° li: © eur convenoit. Dans “et l’autre cas, les: +. :«vahis étoient fort mal-

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‘8 infortu ns laquelle ses fil5. Le vôse UT cause, aseur dé son . de se faire ugea alors son beauassandrie, l'espérance e ouvre les les noces, t'elle, et la e sculement € Sauve cn ‘, frère de it la belleir le‘ beau- 1. Quelles

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heureux, Céraunus , à la téted'une armée puissante , les attendoit sur les frontières ; mais il fut battu et tuc. Ils se répandirent alors dans tout le royaume comme un débordement, et ces barbares y exercèrent d'autant plus aisément leurs brigandages , que les Maccdoniens se trouvèrent sans chef. Dans le premier moment de la surprise, ils avoient élu Méleagre , frère de Céraunus. I] ne répondit point à l’idée que les Macédoniens avoient conçue de lui, et son incapacité le fit déposer deux mois après son clecüon. Æntipater, petit-fils de Cassandre, choisi ensuite, ne régna que quaraute-cinq jours. Sosthène, seigneur macédonien, rassembla ses compatriotes , que la terreur avoit dispersées , les forma à la discipline, et, à leur tête, battit les barbares en plusieurs rencontres. On lui offrit la couronne, il la refusa et se contenta du titre de général , qu'il porta glorieusement pendant deux années. Un nouvel essaim de Gaulois vint renforcer les premiers. Sosthène et sa petite armée furent accablés par le nombre. Ces deux invasions achevèrent de ruiner la Macédoine ; les Gaulois l'abandonnèrént pour aller promener leurs fureurs en Grèce.

Ce royaume, dans le mauvais état où il se trouvoit, n'en excita pas moins l’avidité des trois concurrens, .Æntigone Gonatas, ainsi nommé du lieu sa nrissance , et fils de Démétrius; Antiochus Soter, fils ä: Séleucus (les deux pères avoient porte la couronne de Macédcine); et Pyrrhus, troisième

prétendant , revenu de son expédition d'Italie. Aidés

tant de leurs propres troupes que de troupes merèenaires, ils se disputèrent les débris de ce royaume devasté. Pyrrhus, digne par ses idées chevaleresques, de commander aux Gaulois, dont un grand nombre s'étoient rangés sous ses étendards, offrit le combat en champ clos à Æntigone. Celui-ci répondit : « Si » Pyrrhus est fatigué de la vie, il trouvera mille » manières de s'en délivrer. » En effet, il fut tue à Argos, de la main d’une femme qui lui jetà une tuile sur la tête. Antigone, devenu seul maître de la Macédoine , se défit insensiblement du reste des Gaulois qui l'infestoient encore, et commença un règne qui auroit dû plaire aux Macédoniens par sa douceur ct sa justice; mais ils se laissèrent éblouir par la valeur brillante d'Alexandre, fils de Pyrrhus ; qui vint les armes à la main revendiquer les droits de son père. Les Macédoniens passèrent presque tous de son côte. Antigone abandonna ce peuple ingrat, et se retira dans ses etats de Grèce. Mais Démétrius, son fils. se soutint dans un coin du royaume. Ses exploits attirèrent l'attention des Macédoniens : toujours épris de la bravoure, ils retournèrent à Deémetrius. Vainqueur, il rappela son père Æntigone. Petit-fils d'4ntigone , tué à la bataille d'Ipsus, fils de Démétrius mort prisonnier, ce prince n'oublioit pas les vicissitudes de la fortune, qu’il éprouva lui-méme si souvent. Quand Pyrrhus fut tué, le fils d'Ant'gone, dans les transports du premier moment de la victoire, lui présenta la tête du roi d'Épire. Le roi.de Maccdoine détourna les yeux avec horieur. « Malheureux,

es Mere royaume leresques, id nombre le combat dit : «Si era mille fut tué à une tuile de la Mas Gaulois règne qui Ouceur et la valeur i vint les son père.

son côte, se retira son fils.

loits attis épris de 5. Vain- Is d'4nnétrius , | ViCISsi- & Si sOu= it'gone :

victoire, e Macc- EUTEUX,

» dit-il à son fils, avez-vous pu croire qu'un prince » dont le grand-père a cté tué de la même maniére, » dont le père est mort dans les fers, goûteroit du » plaisir au spectacle que vous me présentez? » Il recut avec beaucoup de bonté le fils de Pyrrhus, que le sien lui amena. Mais le voyant couvert d’un mauvais habit , il dft à son fils qui lui recommandoit le jeune prince : « Votre conduite me plaît plus que » celle que vous avez tenue après le combat : mais » vous n’en faites pas encore assez; car l’habit qui » le couvre n’est propre qu'à déshonorer votre vic- » toire. »

[2756.—924a.] Démétrius 11, fils et successeur d'Antigone, fut assez heureux pour se trouver dans une situation à imiter plutôt les vertus douces de son père que ses talens militaires. Son règne fut tranquille, mais très court. [2762.—23f.] Sa mort excita des regrcts. Ils auroient été plus vifs sans les belles qualités d'#ntigone Doson, son frère , qui le remplaça d’abord comme tuteur d'un très-jeune fils nomme Philippe , que son frère laissoit, ensuite comme roi , lorsqu'il eut épousé la veuve, Les soins qu'il donna à l'éducation de son neveu, la tendiesse qu'il lui marqua toujours, prouvent que, s'il prit la couronne, ce n’étoit pas pour l'enlever, mais pour la lui rendre + ; brillante. La Maccdoine prospéra sous son gouvernement. Il étoit aussi bon gucrrier qu'habile politique, Antigone avoit l'art de contenter les hommes avec de: :romesses, comrue il paroît par son surnom Dosa”, c'est-à-dire, qui donnera. Il mourut d'un cra-

chement de sang cause par un effort qu'il fit lorsqu'il encourageoit ses soldats dans une bataille. Avant de rendr” 'c dernier soupir, il supplia l'armée de garder une hdi: constante à Philippe, son neveu et son pupiile, qui alloit monter sur le trône dans un âge très-peu avance.

[2998. — 220. ] Philippe , ainsi que son prédécesseur , étoit biave, éloquent , versé dans toutes les connoiïissances necessaires à un roi; mais il fut ombrageux et cruel ; deux défauts qui furent cause des malheurs qui empoisonnèrent sa vie et déshonorèrent son règne. Îl tenta, avant d'être parvenu à un Âge mûr, une découverte, peut-être la plus difficile de toutes, surtout pour un roi; savoir, de discerner les faux amis des véritables. Piqué de ne pouvoir se satisfaire, il trancha la difficulté er: ‘aisant mourir indistinctement ceux de ses courtisans avec lesquels il'avoit eu quelque liaison intime. Ce prince se rendit aussi coupable de la mort d’Æratus , cet estimable chef des Achéens, qu'il fit empoisonner. Un breuvage administré par les ordres de Philippe aulfils d'Aratus , lui fit perdre la raison. Tel fut le père de Démétrius et de Persée; célèbres, Te premier par son attachezent , le second par son antipathie pour les Romains.

Ces républicrins «voient dejà porte leurs armes en Grèce. Ils y :: ‘oient en usage cette politique astucieuse qui les rendit enfin maîtres du monde. Elle consistoit à secourir les foibles contre les forts. Quand ils avoient abattu la puissance d'un roï, lui avoienit

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enlevé quelques contrces , et une partie de ses moyens d'agression ou de résistance, pour consumer ses forces, sous prétexte de dédommagement, ils lui donnoient un autre pays à soumettre. Ainsi, après avoir forcé Philippe à leur livrer ses vaisseaux, après lui avoir interdit des conquêtes commencces, ou près d'être terminées, ils lui permirent d'attaquer les Thraces, qu'ils savoient difficiles à vaincre, Une de leurs ruses étoit encore de demander en ot2:e les enfans des souverains et des grands, afin de les élever dans leurs principes , et de leur inspirer de l'admiration pour la republique. Ce dernier genre d'adresse fut aussi employe contre Philippe. Les Romains exigèrent son fils Démétrius en otage, et renvoyèrent le jeune prince pénétré d'estime pour eux , et d'une affection qui ne devoit pas plaire au roi de Macedoine, traité par les Romains avec des manières imperieuses.

Démétrius avoit un frère aîné , nommée Persée, r. d'une concubine. Le vice de sa naissance ne lui Otoit ni le désir ni l'espérance de parvenir au trône. Démétrius s'efforcoit en toute occasion d’amortir le ressentiment de son père contre les Romains. Il le prenoit par son intérêt, lui représentoit la grande puissance des républicains comparée à la sieune , et les dangers qu’il couroit à leur résister ; qu'il vaudroit bien mieux chercher à les gagner par des procédes francs que de vouloir les tromper par des finesses qu'ils découvriroient tôt ou tard. Philippe sentoit la solidité de ce raisonnement ; mais il ne l'écoutoit pas

sans dépit ; et ce dépit le portoit souvent à croire que son fils insistoit moins pour l'avantage de son père que par un penchant secret de préférence pour les Romains. Persée ne manquoit pas de fortifier les soupçons de cette nature , et quelque tendresse que Philippe eût pour Démétrius, prince orné de toutes

les vertus , insinuant , gai et caressant, il y avoit des momens où l'identité de sentiment donnoit de l'ascendant à Persée, d'un naturel sombre, artificieux et malin.

Il se présenta une occasion de reconnoître ces deux caractères. Philippe voulut amuser sa cour du spectacle d'une espèce de tournoi. Les deux princes furent mis à la tête des deux partis, composés chacun de leurs amis. Mais bientôt, de simule qu'il devoit être, le combat devint sérieux. 11 fallut toute l'autorité du roi pour le faire cesser. Les deux frères traitèrent ensuite chacun leurs champions. Des partisans de Persée se glissèrent dans la salle du festin de Démétrius. Les convives les regardant comme des

espions, les chassèrent. Démétrius téemoigna à ses ” courtisans du mécontentement de l'affront qu'ils venoient dé faire à son frère, et, par forme de réparation, il proposa d'aller amicalement le surprendre à table, persuadée que cette marque de confiance l'apaiseroit. C’étoit une imprudence : ses amis. s’efforcèrent de la lui faire sentir. Ceux surtout qui avoient chasse les espions vrais ou prétendus refusoient de. s'expor ser. Démétrius l'exigea; maisil ne s'opposa pas. à la précaution qu'ils prirent de, mettre des poignards

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sous leurs robes pour se defendre en cas d'attaque. Soit que Persée éprouvât une véritable crainte, soit qu'il imaginât tout d'un coup de profiter de l'occasion pour rendre son frère odieux, quand il vit approcher da troupe, il fit fermer la porte et cria à l’assassin. Le roi, dont chaque parti réclama le jugement, blâma l'imprudence de Démeétrius, mais cundamna les soupçons odieux que Persée avoit conçus; quant à l'affaire du tournoi, savoir quel parti avoit commence à faire d'une fête un carnage, il ne voulut rien décider, se contenta de recommander l'union et de défendre d'un ton absolu qu’on troublât jamais sa tranquillité par de pareilles scènes.

Mais s'il resta à ce malheureux prince quelque doute sur le vrai coupable, des ressorts qu'on fit jouer le tirèrent bientôt d'incertitude. Philippe venoit de recevoir de la part des Romains une espèce d’outrage auquel il fut très-sensible; il s'atlira par sa faute ce nouveau desagrément. Il tenoit une garnison macédonienne dans Maronée, ville maritime de Thrace. Le sénat, sur la réquisition des habitans, lui ordonne de la retirer : après bien de tergiversations, il obéit; mais il prend ses mesures de manière qu’en même temps que la garnison sort de Maronée, des Thraces apostes y entrent, pillent, saccagent la ville, où ils exercent les plus horribles cruautés. Cette conduite perfide ne fut pas ignorée à Rome. Philippe reçut ordre de.justifier:sa conduite devant le sénat, et d’envoyer: le commandant de la garnison pour qu'on en tirât la vérité. Philippe le fit partir et empoisonner

en route. Comme il ne se trouvoit pas en état de rcsister aux forces qu'on préparoit, il chargea Démétrius de conjurer l'orage. Le jeune prince, arrive à Rome, fut étonné et déconcerté des preuves accumulées contre son père. Îl tàcha de le justifier. On vou- Jut bien admettre ses raisons ; mais, dans la lettre

que le sénat écrivit au père, il lui manda expressement que ces excuses n'avoient été regardées comme valables qu’en considération de son fils.

Cette restriction déplut à Philippe. Il en tira de fâcheux indices contre la fidélité de Démétrius : il le crut d'intelligence avec les Romains pour se soutcnir contre lui, et peut-être usurper le trône. Persée fortifia ces soupçons par de fausses lettres qu'il fit venir de Rome, dans lesquelles les prétendus projets de son frère étoient présentés avec tant de vraisemblance, que le roi y fut trompe. Il donna ordre d’arréter son fils, et ce fut un nomme Didas qu'il en chargea. Cet homme étoit partisan secret de Persée. Il mit dans l'exécution un air de regret, et marqua tant d'égards pour son prisonnier, que le jeune prince prit confiance en lui. Il lui avoua que, s’il pouvoit obtenir sa liberté, son dessein étoit de se sauver à Rome por éviter les effets de la mauvaise volonté de son frère. Didas le fit savoir au roi , qui lui ordonna d'empoisonner son prisonnier, mais discrètement, de peur que les Macédoniens et les Romains, dont il étoit également estime et aimé, ne vinssent à soupconner ce crime. Didas méla du poison dans les alimens du prince : mais, voyant que

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Aussitôt que Démétrius eut rendu le dernier soupir, Persée changea de conduite; il ne se mit plus en peine de faire comme auparavant la cour à son père, et laissa éclater sa joie de la mort de son rival. Philippe en concut le plus vif chagrin, et commença à

soupconner qu'on l’avoit trompé. Il chercha à s’en

éclaircir, et s'adressa à un de ses parens nommé 4ntigone, dont la probite ctoit connue. #ntigone dit franchement au roi qu'il croyoit Démétrius innocent, et le mit sur la voie pour en découvrir davantage. Il fut prouvé que les lettres écrites à Rome sous le nom de Démétrius, pour s'y procurer un asile, étoient supposées. Le faussaire même convint de son crime : son aveu , soutenu par ‘’autres, jeta le roi dans un désespoir mortel. Les coupables qu'on put saisir furent condamnés à mort. Persée se sauva , et établit sa résidence sur la frontière, où il espéroit voir bientÔt paroître le moment qui le rendroit maître de la couronne. Il n'attendit pas long-temps. Philippe , devore de remords, termina dans un repentir douloureux une vie que son caractère ombrageux avoit rendue malheureuse pour lui et pour les autres. [282r.—:199.] Dans sa dernière maladie il revéla la conduite infâme de Persée à l'égard de son frère, et recommanda à ses sujets de reconnoître pour roi Æntigone, fils de Démétrius ; mais Persée avoit pris ses mesures. Il fut instruit à temps de la Il, 12

mort de son père, arriva à la tête d'un corps de troupes, s empara du trône, et fit mourir Æntigone. La suite de son règne répondit parfaitement à ce commencement. Il seroit difficile de trouver dans l'histoire un homme qui ait commis le meurtre avec moins de scrupule, et qui ait foule plus cruellement aux pieds tous les sentimens de la nature. Le lecteur s'attend à voir Persée, aussitôt qu'il est assis sur le trône, aux prises avec Les Romains, Il est certain que ces républicains Le traitèrent avec une hauteur dcdaigpeuse. Philippe s’etoit engage avec eux, par un traité, à ne point faire la guerre sans leur permission. Ils étendirent cette clause jusqu'à prétendre que Persée n'avoit pas le droit d'armer contre ses sujets rebelles sans leur approbation. En général, ils agirent contre lui comme on fait avec un homme qu'on veut irriter. Toutes ses actions leur ctoient suspcetes. S'il avoit des différends avec ses voisins, ils lui reprochoient de montrer un caractère inquiet et ennemi de la paix. S'il vivoit avec eux en bonne intclligence., ils l'accusoient de vouloir augmenter sa puissance par des alliances secrètes, afin de se mettre en ctat de leur faire la guerre.

Cette dernière imputatian n'etoit pas sans fondement. Les Grecs, opprimes par la puissance romaine , s'ils en avoicnt cru Persée, auroient chassé ies armées de cette république ambitieuse, qui mettoit au nombre de ses amis seulement les peuples qui se soumettoient entièrement à sa volonte. Persée, à force

de remontrances, souleva quelques états de la Grèce

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contre les Romains, forma des alliances avec des rois voisins , fit la paix avec les Thraces , à condition qu'ils lui fourniroient des troupes , accumula de prodigicuses sommes d'argent , acheta des vivres pour plusieurs années, et leva une forte armée. Eumène , roi de Pergame , jaloux du crédit que ces préparatifs donnoient à Persée chez les Grecs , le dénonça au sénat. Le roi de Macédoine envoya contre le dénonciateur des assassins qui l’attendirent dans un chemin creux , et l'accablèrent d'une grêle de pivrres. Ils crurent l'avoir tué; mais Eumène, échappé à ce danger, guérit de ses blessures, et peu de temps après acquit des preuves que Persée étoit l’auteur de l'enreprise formée contre sa vie. Les recherches d'Eumène donnèrent encore lieu à une autre découverte ; savoir, que Persée avoit charge un homme d'aller à. Rome empoisonner les sénateurs qui se montroient le plus contraires à ses intérêts.

Les hostilités suivirent de près les provocations respectives. Les Romains furent défaits dans une première bataille , mais Persée ne sut pas profiter de la victoire; la guerre traîna en longueur, mélée d'événemens peu décisifs. Dans une de ces alternatives, il craignit qu'une grosse somine d'argent qu'il avoit destinée à bâtir une flotte dans le port de Thessalonique ne fût prise par les Romains. Il envoya ordre à deux de ses généraux , Andronic et Nicias, qui y commandoient, de brûler, l'un l'arsenal, l'autre les matériaux de la flotte, et de jeier l'argent dans la mer. Le dernier obéit. Ændronic crut devoir différer. U

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