‹ Précis de l'histoire universelle ou Tableau historique [microforme]Chapitre 35 sur 38 · IL · texte numérisé non relu

IL

ver en lui les vices de son père, surtout son insouciance pour les affaires du gouvernement , ainsi que son despotisme. Leur crainte n'étoit que trop fondée. Le nouveau roi laissa toute la puissance à Lasthène , Yami de son beau -pie, qui l'avoit élevé , homme cruel et impolitique : cruel, il rechercha tous ceux qui avoient été attachés à Bala, et les fit mourir; impolitique, il dégoûta les vieux soldats qui composoient la garde ordinaire des rois, ct la réduisit à quelques compagnies de Crétois , qui ne pouvoient pas être d’un grand secours. Il s’attira bientôt le mépris ainsi que la haine des Syriens. Le trône étant privé de ses défenseurs , un homme hardi osa porter ses vues jusque-là , et parvint à en précipiter l'imprudent Démétrius.

Cet ambitieux se nommoit Driodote , et fut dans la suite surnommé Tryphon. Sa naissance étoit commune. Bala l'avoit fait gouverneur d'Antioche. On ne sait s'il jouit de cette place sous son successeur ; mais son habileté peut faire croire qu’il ne fut pas mis par Lasthène au nombre des proscrits. Il est au contraire vraisemblable qu'il gagna la confiance du ministre , et qu il lui ferma les yeux sur un commerce de piraterie qu'il exerçoit. Ce commerce consistoit à entretenir des vaisseaux qui couroient les côtes d'Asie , où ils faisoient des esclaves que Diodote vendoit à grand prix aux Romains, curieux alors de se faire suivre par un nombreux domestique. Ce trafic procura à Diodote de grandes richesses. Il porta l'assurance de l'impunité jusqu'à se bâtir, peu loin

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d'Antioche, une espèce de forteresse, où il enfermoit ses trésors. En effet , il ne paroît pas que le roi ni son ministre en aient pris d'ombrage. Ils ne se. réveillèrent l’un et l'autre de leur assoupissement que quand Diodote éclata.

Bala avoit laissé un fils, encore enfant , de sa femme Cléopätre. Tryphon se montra tout à coup avec ce jeune Æntiochus, publia un manifeste où étoient exposées les prétentions du prince , dont il se déclara tuteur. A cette nouvelle, tous les soldats que Démétrius avoit renvoyés sans raison, et une foule d'autres mécontens, se joignent au prétendant. Démétrius surpris est obligé de se renfermer à Séleucie. Diodote s'empare d'Antioche , des éléphans, qui faisoient alors la principale force des armées d'Asie, de l'argent des recettes , et fait proclamer son pupille. Il cut aussi l'adresse d’attirer dans son parti Jonathas , chef des Juifs , précédemment attaché à Bala , et qui se crut sans doute oblige dé suivre les drapeaux de son fils. Mais il fut mal récompense de sa fidélite.

Thryphon ne s’etoit pas donné tant de peine pour conserver Ja couronne sur la tête d’un enfant : il vouloit la mettre sur la sienne. Quand il vit la plus grande partie de la Syrie soumise à son obéissance , il se défit en même temps et de Jonathas, qu'il savoit affectionné au sang de Bala, et de son pupille. Ce jeune prince éloit attaque de la pierre; il n'y eut qu'à ordonner qu'on fît mal l'opération.

I mowut, et Tryphon prit le diadème. Démétrius VA

ct Tryphon purent se livrer fréquemment des combats. Une résolution étrange du premier mit tout à coup fin à la guerre civile. Sollicité par les habitans du pays situe entre l'Inde et l'Euphrate, continuellement exposcs aux incursions des Paithes, Démctrius se détermina à faire la guerre à ces peuples, persuadée que, s’il revenoit vainqueur, il auroit bientôt reconquis sur Diodote le reste de son royaume. Il eut d'abord de grands succès; mais les Parthes lui dressèrent une embuscade , et le firent prisonnier, Mithridate , leur roi, après l'avoir promené comme captif dans les provinces disputées , pour les détacher d’un roi esclave , le traita ensuite avec toutes sortes d'égards , lui assigna l'Hyrcanie pour licu de sa résidence , avec un revenu conforme à sa dignité, lui donna même sa fille Rodogune en mariage, mais le retint dans les fers. ;

A la nouvelle de son emprisonnement , Cléopatre, son épouse, s'étoit retirée à Scleucie , avec deux eufans qu'elle avoit de lui. Craignant d'y être assitgce par Tryphon, elle écrivit à Æntiochus, frère . cadet de Démétrius, de venir à son secours , ct lui .offrit la couronne et sa main. Sans doute elle fut portée à cette dernière proposition par la connois- sance qu'elle eut du mariage de Rodogune. Antiochus, qu'on a surnomme Sidète, chasseur, vint, l'épousa , monta sur le trône, battit Tryphon, «à wit son armée en déroute. En fuyant, Tryphon scmoit , dit-on, de l'argent derrière lui afin d'arréter ceux qui le poursuivoient. IL fut ou tuë dans un as-

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APRES ALÉXANDRE. 319 saut , Ou pris et condamné à mort par Antiochus , ou il se perca de sa propre épée, ou enfin il se précipita dans les flammes qui consumèrent la ville d'Achosie , où on l’assicgcoit,

Sidète gouverna avec justice et douceur , et se concilia à un rare degré l'amour et l'estime de ses sujets. Il n’avoit qu'un défaut , c'étoit la passion de la chasse portée à l'excès. Un simple paysan , dans la cabane duquel , poursuivant quelques bêtes fauves, le prince égaré avoit trouvé un asile, un simple paysan, qui ne le connoissoit pas, lui reprochanaïvement cette passion. Dans la conversation , 4ntiochus amena des questions sur le roi. « C'est un » bon prince, répondit l'homme des champs; mais » sa passion trop violente pour la chasse l'empêche » de donner toute son application aux affaires, et » l'oblige à s’en reposer sur des courtisans qui n'a- » gissent pas toujours selon ses vues. » À cette occasion , Plutarque s’écrie : « O rois, n’espérez pas » entendre un mot de véiité, ni connoître ce que » vos sujets pensent de vous , tant que vous ne serez » environnés que de courtisans, dont la principale » occupation est de vous tromper , et de vous per- » suader que vos sujets sont toujours contens. »

Ce roi auroit pu vivre heureux et régner avec gloire, sans le désir qu'il eut de reprendre les provinces dont les Parthes s'étoient emparés, Il publia, pour pretexte de la guerre, le dessein de tirer son frère de la captivité, comme si on eût dû le croire bien empressé à rompre Les fers d'un monarque dont

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il possédoit la femme et le royaume. On juge par ses preparatifs que, s’il aimoit ses aises, il ne les refusoit pas aux autres. Il laissa pour ainsi dire encombrer son camp par l'attirail du luxe; vivandiers, cuisiniers, comédiens , musiciens, femmes, enfans et leur suite : de sorte que l’armée , où il se trouvoit à peu près quatre-vingt mille combattans, étoit de plus de trois cent mille personnes. Tout alla bien tant qu'il n'y eut qu'à se promener sous un ciel d'été, dans les plus belles plaines de la Médie ct la Babylonie. 4ntiochus gagna trois batailles : mais quand il fallut prendre ses quartiers d'hiver, la nécessité de loger tout ce monde fit diviser l'armée en petits corps. Les larthes, actifs et vigilans, se glissèrent dans les intervalles. Les habitans, ennuycs de ces fâcheux hôtes, concertérent avec les Parthes un massacre général. En un même jour tous les Syriens furent égorgés ou chargés de fers, et Æntiochus périt avec eux, emportant les regrets de tous ses sujets.

Les défaites qu’essuya le roi des Parthes lui avoient fait prendre le parti de relâcher Démétrius pour tàcher d'opérer une diversion par la concurrence des deux frères; mais aussitôt après la catastrophe de Sidète, il fit courir après son prisonnier. Le prince, craignant ce retour, avoit hâte son départ. La cavalerie envoyée après lui ne put l'atteindre. Il rentra dans son royaume, et, pour son malheur , il trouva sa femme Cléopatre, Une captivité de neuf années, pour s'être imprudemment jeté dans une guerre étrangère, ne le corrigea pas. Il se méla d'une querelle

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entre Ptolémée Physcon, roi d'Égypte, et Cléopdtre, sa femme répudiée. Elle proposa à Démetrius le trône et sa main : l'offre le tenta. Il fit une invasion en Égypte. Pendant qu'il assiégeoit Péluse, les habitans d'Antioche , d'Apamée et de plusieurs autres villes, irrités de son gouvernement tyrannique, se révoltèrent, et reçurent avec acclamations un prétendu fils d'{/exandre Bala, que le roi d'Égypte leur envoya. L'imposteur , fils d'un fripier d 4lexan-

drie, se nommoit Zébina, et se décora du prénom

d'Alexandre. On étoit si mécontent de Démétrius ,

que Zébina se vit tout d'un coup à la tête d’une ar-

mée. Le roi, forcé de fuir devant lui après une dé-

faite, crut trouver une retraite dans Ptolémaïde, où

résidoit son épouse Cléopätre; mais elle fit fermer

les portes à l'époux de Rodogune. Il se réfugia à Tyr. Le gouverneur, qu'il avoit établi lui-même dans cette ville, le fit mettre à mort. Le royaume de Syrie

se trouva pour lors partagé entre Zébina et Cléo-

pâtre.

Séleucus , qu’elle avoit eu de Démétrius Nicanor, prit le titre de roi dans les provinces limitrophes de celles que gouvernoit sa mère. Dans la crainte que l'envie ne prit à ce prince d'étendre sa domination ;; et peut-être de venger la mort de son père, dont elle. n'étoit pas fort innocente, Cléopätre invita son fils de venir conférer avec elle sur une affaire importante, etau moment qu'il y pensoit le moins elle lui enfonça un poignard dans le sein. Cette meégère appela auprès d'elle un autre fils , dont l'âge lui fit espérer qu'il se-

roit Jong-temps sur le trône sans songer au gouvernement. Îl se nommoit Æntiochus on lui donna le surrvm de Grypus, par allusion à son nez aquilin. La Syrie, partagce entre Cléopatre et Zébina ; fut assez tranquille:

Zébina étoit doux , clément, juste, et inspiroit la confiance var sa fidélité à remplir ses promesses, Trois de ses principaux officiers s'étoient révoltés; il n'employa pour les ramener à lui que l'espérance qu'il Jeur donna d'obtenir grâce et même de rentrer dans Teurs charges. Ils déposérent les armes sans demander d'autre sûreté que sa parole. Pour lui, il vécut avec eux comme auparavant , sans leur faire aucun reproche. Quoique de basse naissance, il avoit de l'élévation dans l'âme. Jamais il ne voulut soumettre son royaume à un tribut, ni même à un simple hommage que le roi d'Égypte exigeoit, Après avoir été son bienfaiteur, l'Égyptien devint son persécuteur. Il arma Grypus contre lui, et, pour arrhes de sa vengeance, donna au monarque syrien sa fille Tryphène en mariage. Pressé de deux côtés, Zébina succomba, Après une bataille perdue, il se jeta sur un vaisseay corsaire pour fuir en.Grèce. Le capitaine le livra à Grypus, qui le fit mourir. Des historiens disent qu’il fut tué dans un combat; mais, quel qu'ait éte son sort, tous s'accordent à dire qu'il fut généralement regretté. Il est du petit nombre de ceux que l'usurpation n'a fait ni redouter, ni mépriser, ni haïr. | |

La guerre contre Zébina mit en quelque manière

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APRÈS ALEXANDRE. 3a1

Grypus hors de la tutelle de sa mère, Cléopätre, indignée qu'il s'affranchît de son autorité , résolut de faire passer le sceptre à un troisième fils qu'elle avoit eu d'Autiochus Sidète. Il étoit en très-bas âge, et elle avoit lieu d'espérer que ses foibles mains lui en laisseroient long-temps la disposition. Elie prend le moment où Grypus rentroit dans son palais après un exercice violent. Sous prétexte d'attention, clle lui présente à boire. On pretend qu'il ctoit averti. Comme par dcférence , il veut l'engager à boire la première ; elle s'en défend; il insiste, et lui déclare devant. toute sa cour qu'il n'y a que ce moyen de dctruire le soupçon qu’elle veut l'empoisonucr. Elle avale la coupe et meurt. Cléopätre avoit cté femme de trois rois, et mère de quatre. Elle cau5a la mort de deux de ses maris , tua un deses enfans de sa propre main, el voulut empoisonner l'autre. On trouveroit peu d'hommes aussi méchans.

Pendant huit ans le règne de Grypus fut assez calme. Pour s'assurer cette tranquillité , disne fils de Cléopatre, il voulut faire empoisonner un de ses frères , fils de sa mère et d'Antiochus Sidite , lequel, appelé aussi Æntiochus , demeuroit à Cyzique. Voyant sa vie menacce, le prince se mit en défense. Un heureux hasard lui fournit un secours inattendu. Lathyre, fils de Physcon , roi d'É aypte, avoit épousé sa sœur Cléopätre. Quoique ce prince aimât tendrement son épouse, il fut contraint par sa mère de la répudier et d'épouser Sélène, sa sœur cadette. L'une et l'autre étoient sœurs de Zryphène, femme de

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Grypus. La princesse répudice, se voyant libre , offiit sa main au Cyzicenien, et lui apporta en dot une arméc. Elle fut défaite. Il se sauva , ct sa femme tomba entre les mains de Grypus. Ti ryphène ; sa sœur , demande à son mari la prisonnière , pour avoir le plaisir de la voir mettre à mort. Le roi, révolte de cette prière, remontre à sa femme tout ce qu’elle a de cruel, et proteste que jamais il ne lui accordera une parcille demande. Tryphène eroit voir dans cette fermeté de son mari la certitude d’un amour qu’elle soupconnoit dejà. Sa malheureuse sœur s'étoit réfugice dans un asile. Pendant que l'époux insiste pour faire goûter ses raisons, l'épouse envoie des assassins. Ne pouvant arracher Cléopätre de l'autel qu'elle tenoit embrasse, ils lui coupent les mains. Elle expire en prononçant mille exécrations contre les auteurs de sa mort, et en suppliant le dieu dont la statue etoit placee sur l'autel de venger par un châtiment exemplaire le meurtre sacrilége que l'on commettoit sous ses yeux.

Il semble que ces exécrations attirèrent tous les fléaux de la vengeance céleste sur la malheureuse famille des Séleucides. Leur histoire n’est plus qu'un mélange dégoûtant et affreux de tous les crimes, empoisonnemens, assassinats, incestes, fratricides. Cinq fils de Grypus règnent et périssent successivement de mort violente. Le Cyzicénien expire dans les flammes, victime d'une sédition. Le royaume se divise : une partie reconnoît Æntioche, l'autre Damas pour sa capitale ; quelques villes s'érigent en républiques ;

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d’autres se soumettent à la puissance d’un seul, qu’on appelle tyran. Les femmes, les sœurs des monarques usurpent et se forment des espèces de principautes. Elles se les transmettent par des mariages. Deux sont soupçonnées d’avoir épousé jusqu'à leur propre fils. Enfin la confusion fut telle, et le débordement de toutes les passions si furieux , que les Syriens euxmêmes , le peuple peut-être le moins délicat sur les mœurs , se fatigucnt de cette anarchie. Ils chassent tous ces rois acharnés les uns contre les autres , et appellent pour les gouverner Tigrane , roi d'Arménie.

Les Romains , souvent réclamés par les compétiteurs , s'étoient bien gardés de donner à aucun des secours efficaces. Ils recevoient les ambassades , ac= ceptoient les présens, et laissoient tous ces princes se ruiner les uns par les autres. Le moment arriva de recueïllir les fruits de leur politique. Pompce vainquit Tigrane. Lorsque l'Arménien reçut des peuples le sceptre de Syrie, Sélène , enlevée par sa mère à Lathyre de la même manière qu'elle lui avoit ôté sa première femme pour la donner à Grypus, étant devenue veuve de ce dernier, s’étoit fait un petit état où elle élevoit deux fils qu'elle avoit eus d'4ntiochus le Pieux, fils du Cyzicénien : l'aîné, nommé Antiochus VAsiatique, l'autre Séleucus Cybiosacte. Tigrane dispcrsa cette famille. Il prit la mère, qu'il fit mourir. Les deux fils, peu en état de se mesurer avec un si puissant prince, se soutinrent comme ils purent, tantôt dans une partie du royaume,

tantôt dans l’autre, se flattant par les présens qu'ils prodiguoient aux sénateurs, dans les courses qu'ils faisoient à Rome, d'obtenir la bienveillance de la république. Mais quand l’Asiatique vint proposer à Pompée ses prétentions et ses espérances, après quel: ques reproches assez durs sur la négligence que le Syrien avuit mise dans la poursuite de ses droits , le gencral romain lui dit : « Le royaume de Syrie ap- » partenoit à Tigrane; nous l'avons vaincu , et par » conséquent ses droits sont devenus les nôtres. Ainsi » l'empire de Syrie appartient à la république ro- » maine , qui saura mieux la défendre que vous. » Par cette decision , le royaume de Syrie, si riche, si puissant , un des plus beaux fleurons de la couronne d'Alexandre , devint une province romaine. Des deux frères, dernicrs rejetons des Séleucides , Antiochus mourut en langueur , Sé/eucus épousa Bérénice , reine d'Égypte , Sa parente. Cette princesse s'en dégoûta , et prenant le plus court moyen pou se débarrasser d'un mari désagréable, elle le fit mousir. L'empire syro-médique dura deux cent soixantetrois ans, livré à des agitations et à des ébranlemens perpétuels; ce ne fut durant tout cet espace qu'un long enchaînement de révolutions. Il semble que le centre de l'Asie, la plus belle et la plus riche partie de cette vaste contrée, la plus belle elle-même et la plus riche des quatre parties du monde, ait .éte destinée à des révolutions perpétuelles. Ninus., Sémiramis ct leurs successeurs promènent leurs drapeaux sanglans dans les plaines qu’arrosent le Tigre.et l'Eu-

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phrate. Ces conquérans donnent naissance à la monarchie des Assyriens , q"' “e fond dans celles des Mèdes et des Perses. Ælexandre , Vimpétucux Alexandre , foudroie , ravage , disperse , et avant d'avoir consolide sa conquête , la laisse à ses capitaines , qui se déchirent et s'entre-détruisent. Un seul reste maître des royaumes asiatiques. Ses descendans ; conuus sous le nom de Séleucides , se detruisent eux-mêmes. Leurs divisions livrent la Syrie aux Romains, qui, profitant de l'imprudence des rois , subjuguent ce pays ct le gouvernent par des préteurs, des proconsuls, des genéraux, jusqu'au moment où, sans être le centre des l'empire d'Orient, il en devient la partie la plus riche. La Syrie passe ensuite, comine tributaire et sujette, aux Ottomans, qui la possèdent encore.

É GYPTE.

Ptolémée Lagus. Ptolémée Philadelphe. Gouvernement, Sciences , littérature. Philopator. Sosibe, Epiphane. Philométor. Physcon. Lathyre. Alexandre. Alexandre II. Ptolémée Aulète.

Cléopätre. :

[2698. — 300.] A la mort d'/lexandre, Pto-

lémée Lagus se trouvoit gouverneur d'Ésypte. On

dit qu’ Arsinoé, sa mère, étoit enceinte lorsque PAc-

lippe, roi de Macédoine , dont elle étoit concubine, la donna en mariage à Lagus, seigneur macedonien. Ne voulant pas nourrir dans sa maison un enfant dont il n'etoit pas le père, Lagus fit exposer celui dont sa femme accoucha. Un aigle en prit soin , le réchauffa de ses ailes , et lui donna, au lieu de lait, le sang des animaux de sa chasse. Ce prodige , sans doute imaginé pour toucher le cœur de Lagus, l'engagea à faire revenir l'enfant ct à l'élever. Il paroît par là qu'il auroit éte frère d'Alexandre , qui lui fut toujours très-attaché. Le conquérant lui montroit une amitié particulière. Il l’eleva aux premiers grades de l'armée, qu'il méritoit d’ailleurs par sa bravoure, et lui confia le gouvernement important de l'Égypte. Se trouvant , à la mort du monarque de l'Asie, éloigné du centre des intrigues , il sut profiter de sa position et du bonheur des circonstances pour passer de la seconde place à la première, et s'y maintenir. Ptolémée Lagus a été le chef de la dynastie macédonienne qui régna sur l'Égypte. Il institua à l'honneur de son père un ordre militaire, le premier que l'on connoisse,

On doit rendre à Ptolémée le témoignage qu'il n’a jamais fait que des guerres nécessaires et forcées : différent de plusieurs des anciens rois ses prédécesseurs, qui, dans leurs monumens, sembloient se proposer plutôt l’admiration des peuples que leur félicité, les siens étoient en même temps somptueux et utiles. On compte entre les principaux monumens la ville d'Alexandrie, fondée par Ælexandre sur le

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bord de la mer, dans une position propre à réunr dans ses murs le commerce des trois parties du monde. {lexandre l'avoit bâtie daus cette intention. Ptolémée la rendit par sa population, ses richesses et la magnificence de ses édifices, la ville des villes, la reine de l'Orient. Il y eleva ce fameux phare, modèle de tant d'autres. C'étoit une tour de marbre blanc, prodigieusement haute, sur laquelle on allumoit des feux pour guider les marins dans l'obscu= rité de la nuit. Il y fit mettre cette inscription : « Le » roi Piolémée aux dieux sauveurs, pour le bien de » ceux qui vont sur mer. » Mais l'architecte, qui vouloit perpétuer son propre nom, n’appliqua ces mots que sur un enduit. L’enduit tomba, et tant que le phare à existé on y a lu ceux-ci : « Sosastre le » Gnidien aux dieux sauveurs, pour le bien de ceux » qui vont sur mer. »

Ptolémée mit le plus grand soin à former la fameuse bibliothèque d'Alexandrie. I] la porta au nombre de quatre cent mille volumes , et la plaça dans un bâtiment superbe, sous l'inspection de plusieurs savans , réunis eux-mêmes dans un palais orné de jardins et de portiques, où les amateurs des lettres trouvoient dans toutes les saisons les ressources de l'amusement et de l'instruction. Il paroït qu'ils vivoient en commun aux dépens du public, qui leur fournissoit un honnête entretien. Ils mangcoient à la même table, et ils étoient servis assez abondamment pour exciter la jalousie et les railleries de ceux qui n'y étoient pas admis. On doit donc à Péolémée et

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les ordres militaires et les communautés de savans..

La bibliothèque , quoique si nombreuse , avoit un supplément de trois cent mille volumes, qu'on appcloit La fille. La mère fut consumée par accident, et la fille fut livrée aux flammes par le fanatisme d'Omar, plus de huit siècles après. |

Outre le surnom de Lagus, celui de Soter ou sauveur fut donne à Ptolémée par les Rhodiens , en reconnoissance de ce qu'il les avoit garantis des fureurs de Démétrius Poliorcète, Ses propres sujets auroient pu lui donner des épithètes non moins honorables , s'ils avoient voulu exprimer toutes ses belles qualités. Il étoit doux, bienfaisant, d'un abord facile. 11 vouloit qu'on laissât approcher de lui les gens du peuple, « Ce sont mes amis, disoit-il , ils » me découvrent des vérités que les courtisans me » déguisent, » Ce prince avoit une modération rare chez les railleurs , surtout les railleurs couronnés. Un grammairien qu’il avoit plaisanté lui ayant répondu d’une manière très-piquante, tous les assistans, les yeux fixés sur le roi, s'attendoient à quelque ‘châtiment , et trembloient pour l'imprudent. Ptolémée leur dit : « Un roi jaloux de son rang ne » doit pas mettre les autres dans Le cas de lui man- » quer. Je suis agresseur, il a autant de droit d'être » mécontent de ma question que moi de sa reponse; » ainsi tout doit rester égal entre nous. » Il rassembloit volontiers ses sujets à sa table, et s’il lui manquoit de la vaisselle, il leur en empruntoit, joignant ainsi l'économie au plaisir, qu’on goûte mieux lors-

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qu'il n'est pas accompagné des remords de la profusion.

Ptolémée, en quarante ans qu'il régna , changea presque toute la face de l'Égypte. Les anciens rois J'avoient chargée de colosses et de monumens gigantesques. Des villes étoient couvertes de débris, lescanaux ctoient encombiés. Ptolémée ft sortir des cites de dessous ces ruines, rendit des canaux à la navigation , les terres à l'agriculture, et joignit dans ses bâtimens la dé.catesse grecque. à la solidité égyptienne. Par ses soins, des'ports furent ouverts sur la! mer Rouge; ceux de la Méditérrance devinrent plus: sûrs. El rendit le Delta, cette belle partie de son empire qu'il habitoit, centre du commerce, et laissa très-[lorissant un royaume qu'il avoit trouvé dévaste par les orâges d'une longue anarchie.

Ses successeurs , nômunés:presque: tous comme Jui Ptolémée, ont eté distingués par. des surnoms: qui’ exprimoient leurs vertus'et leurs vices, et jusqu'aux: défauts naturels: À opt, dima ses. frères , ainsi: nommé par ironie ; Évergète ; bienfaiteur ;: Philopator, aimant son pèré, ainsi nommé par antiphrase; A piphane , illustre; Philométor, aimant sa; mère; Physcon, gros ventie; Lathyre, pois chiche; Aulète, joueur de flûte. Leurs épouses, qui, selon l'usage du pays, étoient presque toujours leurs sœurs, se nommoient Æ#rsinoé, Bérénice, Cléopatre. On croiroit que ces alliances , perpétuees dans la famille de race en race, auroient dû étre un gage permañent d'amitié et de concorde ; ce fut au contraire le germ

des haincs, qui non-seulement ensanglantérent le trône, mais qui firent encore le malheur des peuples, entraînés par leurs princes dans de fréquentes gucrres civiles. Il y eut aussi des gucrres étrangères, que nous crayonnerons; des crimes et des vertus, des actions d'éclat, de ces événemens politiques qui changent le sort des nations, et des catastrophes particulières que l'histoire, pourroit offrir également au pinceau du peintre et à la verve du poëte.

[27928.—270.], Ptolémée Soter associa au trône, deux ans avant de mourir, Philadelphe, son second fils, au préjudice de Céraunus, l'ainé. Il paroît, vu les mauvaises. qualité ; de celui-ci, que ce fut de la part du père moins un acte de prédilection que de sage prévoyance. Céraunus se réfugia en Macédoine auprès du roi Séleucus , dont il fut bien recu , et que le monstre assassina. Après ce meurtre, il épousa la veuve, nommée #rsinoé, qui étoit sa sœur, et étoit maîtresse de la capitale du royaume. Pour obtenir la main de cette princesse, comme on l'a vu, il lui promit des soins paternels pour sos enfans, et il les égorgea, le jour même du mariage, presque entre ses bras. L'indignation du peuple rendit #rsinoé encore veuve. On ne sait si elle attendit ces événcmens pour épouser son frère Philadelphe, à la cour duquel la princesse s'étoit refugiée en s'arrachant des bras de Céraunus. Elle étoit plus âgée que Philadelphe ; cependant elle prit et conserva jusqu’à la mort un empire absolu sur l'esprit de son époux. Le fil$ de Soter retraça une grande partie des ver-

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tus de son père. Il est renommé pour son habileté dans le gouvernement. Il régloit avec proportion les impôts et ses générosités. Toujours prêt à faire la gucrre, mais naturellement pucifique, il se contentoit de se mettre en mesure; il imposoit à ses voisins, dont il fut le conciliateur et l'arbitre, Il ctendit la navigation , fit fleurir le commerce, attira les étrangers par les privilèges qu'il crut propres à les fixer dans ses états, Alexandrie contenoit beaucoup de Juifs, auxquels un long séjour avoit fait oublier leur langue originaire. Pour leur rendre le séjour d'Égypte plus agréable , et leur faire, s’il se pouvoit, oublier la Judée, il fit traduire la Bible en grec, et c'est à ce prince qu'on doit la version des Septante.

Philadelphe protègea les sciences et ceux qui les cultivoient ; aussi se trouvoient-ils en grand nombre à sa cour : Æratus, chargé d’augmenter la bibliothèque d'Alexandrie ; ristophane, qui en avoit lu tous les livres ; Théocrite, Lycophron et cinq autres commentateurs , nommés les sept Pléiades ; Aristargue, grammairien sévère; Ménéthon, historien ; Conon et Hipparque, mathématiciens ; Xénodote , le premier commentateur d'Homère, et deux hommes qui ne méritoient pas d'être inscrits dans cette liste ; Sotade, poëte obscène, et Zoïle, satirique, dont le nom est devenu une injure. Philadelphe, en s'amusant quelquefois de la malice de celui-ci, ne lui marquoit ni considération ni estime. Ces deux poëtes moururent , l'un de misère , l’autre

de mott violente, chargés de la haine et du mépris public: On reproche à Philadelvhe de n'avoir pu pardonner à Démétrius de Phalère Le conseil donné par celui-ci à son père de mettre Céraunus, son fils aîné, sur le trône, et ne point accorder au cadet une préference que Démétrius regardoit comme injuste. Ses qualités de savant illustre , de ministre et de confident de Soter, furent inutiles à Démétrius auprès de Philadelphe. Ce prince confina l’imprudent conseiller dans une forteresse , et il alloit le condamner à mort, lorsqu'un aspic, qui piqua le, prisonnier, épargna un crime au monarque,

La prévoyance de Philadelphe lui fit entrevoir la grandeur future ‘des Romains. Il leur envoya des ambassadeurs, et il en recut de ce peuple. Ceux-ci étoient Quintus Fabius Gurgès, Quintus Ogulinus, et Cnétus Fabius Pictor. La memoire de leur conduite noble et adroite mérite d'être conservée. À la fin d’un repas splendide , le roi leur offrit à chacun une couronne d'or. Ils acceptèrent , et le lendemain on vit ces couronnes posées sur les statues du roi qui étoient dans.les places publiques. Ce désintéressement ét cette manière délicate de faire sa cour donnèrent aux Égyptiens une haute idée des Romains. Philadelphe leur fit de nouveaux prisens , et voulut qu'ils les emportassent ;. mais, en arrivant à Rome, ils les déposèrent dans le trésor de la république. La politique de l'Égyptien le tint toujours en. équilibre entre les Romains et les Carthaginois. Ceuxci lui. demandérent de l'argent pour soutenir la gucrre

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çontre les premiers. Il repondit : « Je ne puis assis- » ter un ami contre un ami. »

En général , on remarque une sage circonspection

davs le gouvernement de Philadelphe. On ne l'ap-

prouvera pas d’avoir pousse les précautions tendantes à la paix jusqu’à se défaire de deux de ses frères qui

pouvoient la troubler. Cette action lui a merite ironi-

quement le surnom d'ami de ses frères. Un troisième, nommé Magus , échappa à sa cruelle prévoyance en s'emparant , à titre de roi , de la Libye et de la Cyrénaïque, dont il étoit gouverneur. Sous ce diadème il brava les menaces et les efforts de son frère. PAiladelphe est reconnu pour avoir été le fondateur d'un sombre de villes. Il érigea beaucoup de mo- ::: si magnifiques, que dans la suite les ouvrages d'une grandeur extraordinaire et d'un goût précieux furent nommes Philadelphiens. 1 entretint des flottes considérables dans la Méditerranée et sur Ja mer Rougc.

Ce prince fit un canal qui joignoit la mer Rouge au Nil, sauf un petit intervalle qu'on franchissoit sur des chameaux. Par là se transportoient les productions de l'Arabie, de l'Inde , de la Perse et de l'Éthiopie. Elles aboutissoient à Alexandrie, qui a conservé pendant dix-sept siècles le plus grand commerce du monde : commerce qu'il seroit aisé de lui rendre, si l'Égypte passoit sous la domination d'un peuple moins barbare que les Turcs. On doit aussi à ce Ptolémée l'idée de faire tenir un cercueil suspendu par l'aimant à la voûle d'un temple. Il avoit dessein

de tenter cette expérience dans Alexandrie en l'honneur d'A/rsinoé, cette sœur et épouse si cherie; mais la mort le prévint. Ce prince, très-peu belliqueux , avoit cependant toujours sur pied une armée de deux cent mille fantassins , de quarante mille chevaux, trois cents cléphans , deux mille chariots de guerre , un arsenal pour armer trois cent mille hommes, et un trésor capable de faire face à ces dépenses. Toutes ces troupes , dit-on, ctoient mal disciplinées, ct, comme leur roi, livrées à la mollesse dans le sein des villes. Il s'énerva de bonne heure, et, encore assez jeune , mourut de vieillesse dans les plaisirs. [2785.—213.] Le règne d'Évergète, son fils, commença par une gverre heureuse contre la Syrie, Il rapporta de ce pays beaucoup d’idoles que Cambyse avoit ravies aux Égyptiens, et les replaça dans leurs temples. Cet acte religieux lui gagna l'affection du peuple, et le fit surnommer Évergète, bienfaiteur. Une inscription qui s’est conservée lui donne, avec la souveraineté d'Égypte , celle de Syrie , de Libye , de Phénicie, de Chypre, de l'Illyrie, de la Carie, des Cyclades , lui fait soumettre les provinces au-delà de l'Euphrate , la Cilicie , la Pamphylie, la Thrace, la Mésopotamie, la Perse , la Médie, jusqu’à la Bactriane. On y ajoute les deux ives de la mer Rouge ct des provinces d'Éthiopie. Si cette énumération est exacte , peu de monarques ont été aussi puissans. Doit-on après cela être surpris qu'il ait été exposé aux ruses de l'adulation.

Bérénice; son épouse, le voyant partir pour son

exp'iui sauf, d très-be Fidèle :

cheveu:

témple neur d après , cheveu) faire pt au déc!

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