‹ Précis de l'histoire universelle ou Tableau historique [microforme]Chapitre 8 sur 38 · LIGUE ACHÉENNE · texte numérisé non relu

LIGUE ACHÉENNE

Aratus. Prophétie d Agélas. Mort d'Aratus. La Grèce déclarée libre. Désintéressement de Philopémen;.sa mort. Injustice des Romains. Prise de Corinthe.

L'Acæaïe a été le centre de la plus longue ligue qui ait existé. Il faut que le génie de ses habitans et de ceux des pays voisins, il faut que leur positionres- . pective aient été bien propres à favoriser une associalion pour qu’elle ait commencé dès le temps de Gygès, leur dernier roi, c'est-à-dire au moment où finissent les temps héroïques. Cette ligue se maintint jusqu’au règne d'Alexandre. Détruite par ce conquerant , elle se reproduisit sous le nom de ligue achéenne , et ensuite se soutint avec éclat jusqu’au moment où elle succomba sous la puissance énorme des Romains.

Cette ligue embrassoit d'abord les provinces du continent , qu on appeloit la Grèce; savoir, l’Attique, le pays de Mégare, la Locride, la Phocide , la Bcotie,

4 LIGUE l'Étolie et la Doride. Elle sest ensuite résserrée entre la baie de Corinthe, Sicyonc et l'Élide.

D'une considération assez médiocre: l'Achaïe s'éleva insensiblement à un degré de pouvoir supérieur à celui des grands etats de la Grèce. Elle ne dut sa prcpondérance ni à la population ni à la valeur des Achéens, mais à la sagesse de-ses lois. Après avoir secoué le joug des rois, les Achéens se formèrent le plan d'un gouvernement démocratique, qu'adoptèrent toutes les villes de leur petite république; de telle sorte cependant que ces villes, ne formant qu'un seul corps, étoient n'anmoins indépendantes les unes des autres, Elles étoient unies par une-étroite alliance , gouvernées par les mémes lois; elles avoient la même ntonnoie, les mêmes poids, les mêmes magistrats; en uu mot il régnoit tant d'uniformité entre elles, que toute l'Achaïe ne paroissoit qu'une seule ville. C'est ce qui détermina plusieurs peuples de leur voisinage à adopter leur forme de gouvernement, et à accéder à leur ligue. Quand'il s'éleva une puissance à laquelle ils ne purent résister, comme celle d'Alexandre , l'association cessa d'elle-même.

Mais les Achcens, n'ayant pas encore eu le temps soùs ses successeurs d'oublier le prix de la liberte, résolurent de secoucr un joug aussi incommode que honteux. Les habitans de Patra et de Dima , deux assez petites villes, renouvelèrent leur ancienne association. D'autres villes voisines , qui n'étoiént pas beaucoup plus considérables, s’yjoignirent aprè avoir tué les tyrans qui les opprimoient. Le bon ordre qui

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ACHÉENNE 45 ré-noit dans cette petite république , dass laquelle la liberté et l'égalité se trouvoient réunies avec un amour sincère pour la justice et le bien public, engagea plusicurs autres villes à imiter leur exemple. Mais la ligue n'acquit une force remarquable de resistance et d'agression qu'à l’époque seulement où les conseils et les exp'oits d’A{ratus lui eurent donne quelque consistauce.

[2723.— 275.1] Il ctoit fils de Clinias, un des meilleurs Ads de Sicyone. Les habitans avoient choisi Clinias pour chef, et vivoient heurcux sous son gouvernement , lorsqu'un nommé #bandidas trouva moyen de s'emparer de l’autorite souveraine, Son prermicr soin fut de se défaire de Clinias et de toute sa famille. Jratus, quoiqu'il n'eût que sept ans, n'au roit pas été épargné, s'il ne s'étoit échapy€ à la faveur du tumulte qu'occasionnoit dans la maison le meurtre de son père. Après avoir errc quelque temps autour de la ville, il entra par hasard dans la maison de la sœur du tyran pour s’y cacher. Elle regarda comme une inspiration divine que cet enfant eût choisi sa maison comme un asile, et le fit conduire à Argos,

ot 1 fut élevé avec tous les soins possibles: par quelques amis de son père.

Aratus n'avoit que vingt ans lorsqu'il forma le projet de rendre la liberté à sa patrie. Malgré l'attention de Vicoclès, successeur d'Æbandidas, qui survellloit touies ses démarches, le jeune Sicyonien trouva moyen de lever des troupes. Il escalada la nuit les murailles de Sicyone. Le tyran Vicoclès ,

successeur d'Æbandidas, s'enfuit. Les habitans, réveillés par le bruit, s'assemblèrent, Un héraut parut, et fit la proclamation suivante : « Æratus, fils de » Clinias , invite tous les citoyens à reprendre leur » ancienne liberte. » Cette invitation fut reçue avec de vives acclamations de joie. Il n'y eut dans cette révolution pas une goutte de sang répandue. Mais Wicoclès, ne voulant point renoncer à sa puissance, eut recours, pour la recouvrer, à Æntigone , roi de Macédoine. Pour lui résister, Æratus ne trouva pas de meilleur moyen que de joindre Sicyone à la ligue des Achéens, qui se relevoit. Lui-même l'augmenta de la ville de Corinthe , dont il enleva la citadelle aux Macedoniens. Elle devint un point d'appui important pour la ligue , à laquelle se reunirent plusieurs villes considérables, dont les rois, qu'on nommoit tyrans, résignèrent volontairement leur autorité. C’est à peu près de ce temps qu'on doit dater l'établissement des lois que cette ligue s'imposa.

Toutes les villes ctoient soumises à un grand conscil qui s'assembloit deux fois par an. Chacun y envoyoit un nombre de députés élus par leurs concitoyens à la pluralité des voix. Ce conseil décidoit de la paix et de la guerre, et disposoit des places vacantes. Le président étoit élu dans l'assemblée gencrale à la pluralité. I} pouvoit réunir la présidence et le commandement de l'armée. Il avoit une grande puissance , mais il etoit comptable et responsable. On Jui choisissoit pour conseil dix magistrats qui s'appeloient demiurges. Ils étoient charges de la direction

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ACHÉENNF. 47 des affaires en l'absence du président, et pouvoient, même , dans des cas pressans, assembler le conseil ecneral. Lorsqu'une ville de Ja ligue n'acquiesçoit pas aux résolutions de l'assemblée, ou refusoit de fournir son contingent en temps de guerre, on pou= voit l'y contraindre par la force des armes. On ne pouvoit être incorporé à la ligue que du consentement de ceux qui la composoient. Nulle proposition des étrangers ne sera faite à l'assemblée qu'elle n'ait été auparavant communiquée par écrit au président. Defense aux membres du conseil de recevoir des présens, sous quelque prétexte que ce soit. L'assemblée gcnérale ne durera jamais que trois jours.

[ 2778.—220. | La première guerre importante de la ligue fut contre les Lacédemoniens, suscitée par Cléomène , leur roi, qui avoit besoin d'occuper ses sujets; ils curent aussi à combattre contre les Étoliens. Les succès de ces deux ennemis forcèrent la ligue d'appeler à son secours Æntigone avec les Maceédoniens. Ces forces réunies écrasèrent C/é0mène, Les Etoliens, privés. de l'appui de Lacédemone, furent forcés de se tenir tranquilles. Les Éto-

à liens vivoient sur terre comme les corsaires sur mer,

c'est-à-dire de rapines. Ils s'ennuyèrent du, calme qui avoit succede à la guerre de Cléomène. Las d'une paix qui les ruinoit, ils attaquèrent les Messéniens. Ceux-ci étoient du corps de la ligue qui prit leur défense. Mais dratus, qui commandoit les troupes achcennes, essuya un échec considérable. Il conseilia d'appeler encore les Macédoniens. Philippe, succes-

48 LIGUE seur d'Antigone, vint au secours de la ligue. Pendant qu’il ravageoit l'Étolie, les Étoliens pillérent la Macédoine, et tout étoit en feu dans le Peloponèse. Une intrigue de cour hâtoit ou ralentissoit les ruines et les massacres. Philippé, jeune prince tout entier à la gloire des armes, se reposoit de la conduite des affaires sur Æpelle, son ministre. Celui-ci p:it ombrage de l'estime que son maître montroit à Aratus. I fit entrer plusieurs grands dans ses sentimens, ct en forma une cabale qui s’efforcoit par tous les moyens de renverser le crédit de l'étranger. Il y eut des entreprises manquées , des projets bien combinés qui Cchouèrent, parce qu’ AÆratus les avoit conseilles. Philippe n’en persévéroit pas moins dans son attachement. Le roi remarqua dans son ministre des perfidies si claires qu'il résolut de le punir. Il essaya de le disgracier. Æpelle revenoit d’une expédition qui avoit té heureuse, parce que, la conduisant luimême, il étoit de son intérêt de la faire réussir. A son retour, tous les courtisans coururent au-devant de lui et l'accompagnèrent comme en triomphe jusqu'au palais; mais lorsqu'il s'attendoit à être reçu avec les marques de la plus grande faveur, la garde lui refusa l'entrée. Aussitôt la foule des flatteurs disparoît, ct le ministre gagne tristement sa maison. Mais comme il avoit de la capacité, après ce leger châtiment qui auroit dà le corriger, le roi lui rendit sa confiance. Apelle en abusa de nouveau. Ses manœuvres soulevérent l'armée, à laquelle il persuada que de pretenducs injustices commises dans le partage du butin

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