ACCUSATIF PLURIEL DES THEMES EN / ET DES THÈMES CONSON ANTIQUES
132. Pour les thèmes en i et pour les thèmes à consonne la terminaison de Taccusatif singulier est em ou im; comme nous l'avons vu, la terminaison im n'appartient qu'à un petit nombre de thèmes en i, et encore la plupart de ces thèmes peuvent prendre également bien la terminaison em. Celle-ci est donc prédominante, et cela tient à ce que les deux sons ^ et m s'unissent volontiers. La terminaison de l'accusatif pluriel est es ou is : à l'époque classique, on choisit is très-souvent pour les thèmes en i et parfois pour quelques thèmes à consonne. La raison s'en trouve encore dans la phonétique : c'est l'affinité des deux sons i et s, qu'atteste en latin vulgaire la prosthèse de Vi dans des mots comme ispes, Isticho *.
133. La terminaison es est la plus ancienne^. — Néanmoins, la véritable terminaison de l'accusatif pluriel, et la plus ancienne^ soit qu'il s'agisse de la déclinaison en i ou de la déclinaison consonantique, c'est la terminaison 55. Ce n'est que pendant une période relativement récente de la langue, au septième siècle de Rome et surtout après le septième siècle, que la terminaison es se transforma en is; elle passa par la forme intermédiaire eis. C'est une erreur de nous représenter is comme la plus ancienne formation du latin, delà rapprocher de.xdXTç en grec ; ou bien de nous parler de « la forme en es, plus tard employée universellement». Cette doctrine est en contradiction non-seulement avec les monuments de la langue latine qui nous restent, mais avec le témoignage des dialectes congénères de l'Italie moyenne ; en ombrien en effet l'accusatif pluriel a trois formes avef aveifavif, qui, en ce qui concerne les voyelles, correspondent exactement aux formes latines aves aveis avis. Dès l'origine le latin a eu pour ses thèmes en i des accusatifs pluriels en es, hostes, pisces, dentés, imbres ; et tant de grammairiens n'ont pu, par leurs décrets, lui faire abandonner ces formes. Dès Torigine aussi, et jusqu'au bout, pour les thèmes à consonne,
i. Inscr. regni Neapolit. 2169 IspeSy nom propre. — Tr. 2. U en est de môme au nominatif pluriel; voir g 76.
— gales formes en es ont été employées de préférence aux formes en is, et Ton a dit indices^ hospites^ praeconeSj meliores.
134. Ces deux points sont hors de doute, et je ne les discuterai pas ^ Ce qui vaut la peine d*être examiné est la question que voici : dans quelles classes de mots et entre quelles limites s'étendit Tusage des terminaisons d'accusatifs pluriels eis et isf Pour la résoudre, il faut dépouiller les documents que nous possédons. — Dans le chant des Arvales on trouve, dans la même phrase trois fois répétée, deux fois pleoris et une fois pleores. Dans l'inscription de DuelUus (colonne rostrale), on lit clasesque navales y claseis Poenicas, enfin copias Cartaciniensis écrit avec Yi longa. Laissons de côté de pareils témoignages, car ils nous instruiraient mieux touchant l'époque impériale et les idées qu'on se faisait alors sur l'histoire de la langue qu'ils ne peuvent le faire touchant le latin réel du cinquième siècle de Rome.
135. Accusatif pluriel en eis. — Dans les inscriptions authentiques la terminaison eis se rencontre pour la première fois sur la pierre milUaire de Popillius, qui est de l'an de Rome 622 : ponrteiSy omneis *. Ensuite vient le bronze de Gênes (arbitrage des Minucius) de l'an 637, qui porte fineis, omneis, et Genuateis à côté de Genuates^ ; puis la lex agraria de l'an 643 :
1. Ce n^est pas là Tavis de M. Gorssen; il dit dans sa critique : i Quand môme la forme en es des accusatifs pluriels des thèmes en t se trouverait sur des inscriptions plus anciennes que la forme en tt, il faut bien considérer comme forme primitive i-iw, de même que primitivement Taccusatif pluriel des thèmes en a est a-ns, celui des thèmes en e e-ns^ celui des thèmes en o o-ns, celui des thèmes en « u-M, Le ns, dans ces formes, devenants par Tintermédiaire de ss, t'-iu est nécessairement devenu i-s avant de donner les terminaisons archaïques eis et es. ^ Gela semble clair, mais les accusatifs grecs comme itoXciç, iteXéxstç (et non woXîç, neXéxû;) prouvent que la qyestion n^est pas si simple. Les formes grecques attestent soit une confusion avec le nominatif, soit un renforcement de la voyelle thématique, et ces deux hypothèses peuvent également expliquer l'accusatif latin en es (pour le nominatif, cf. g 76). Il importe enfin de remarquer que Ton voit es se transformer en ù dans la décliuaison en t, mais non pas dans la déclinaison consonantique ; par conséquent, ou bien le es des thèmes en i se prononçait autrement que le es des thèmes à consonne, ou bien les thèmes en i admettaient dès l'origine deux terminaisons distinctes, tandis que les thèmes à con.*ionne n'en admettaient qu'une. — Tr.