GENRES
13. La langue latine distingue les noms à sexe et les noms neutres ou sans sexe; les noms h sexe se divisent en masculins et féminins.
14. Variabilité des genres, — Quoique l'usage d'attacher aux mots une idée de genre soit aussi vieux qu'Adam et Eve ^ et que beaucoup d'objets soient considérés exclusive-
seulement : le j^rec et le sanskrit confondent aussi le nominatif et le vocatif, et le sanskrit comme le latin no distini^ue pas le datif et Tablatif du pluriel. — Tr.
i. On ne peut laisser [»asser sans la relever, cette plirase, qui porterait à considérer comme le résultat d'un besoin inné et impérieux de Pesprit humain, ce qui n'a pu être fondé que sur un accident de la vie du langage. « Personn(» ne perd plus son temps aujourd'hui, » dit M. Gurtius, c comme c'était la pratique universelle il y a cinquante ans, à faire dériver Tusage d'un cas ou d'un mode d'une idée fondamentale qu'on supposait toute formée dès le début et qu'on cherchait à
découvrir philosophiquement par l'emploi do catégories — Le temps
où le langage a reçu une empreinte logi([ue plus précise, le temps de la différentiation et de l'exacte délimitation de l'usage, est sans contredit infiniment postérieur à celui de la création des formes. » (Chronologie des langues indo-germaniques, trad. Bergaigne, Bihlioth. de V école des hautes études fascic. 1 p. 44 sq.) Sans parler des langues telles qu'on dit qu'est le chinois, et qui ne connaissent pas le genre grammatical, l'attribution d'un sexe aux objets inanimés (*st chose relativement récente dans la famille indo-euroi)éeiine. Les substantifs et les adjectifs dont le thème se termine par une consonne ou par l'une des semiconsonnes i et « ont la même forme qu'ils soient masculins ou féminins; et quant aux autres thèmes, originairement terminés en a, on remonte sans peine par l'analyse philologicpie à un'? époque où rien n'en marquait le genre. Je parle non seulement de l'époque où le thème s'employait à l'état libre <»t sans désinence r^suelle, mais aussi de l'époque qui suivit la formation de la déclinaison. C'est lorsque déjà la déclinaison avait pris tout son développement que certaines formes casuelles subirent le phénomène du renforcement (v. la note § 75); on eut à la fois des nominatifs pluriels comparables à ixô-u-e;, d'autres compara})les à nfii-BV-zi. Le même fait eut lieu dans la déclinaison en a, et l'on eut des formes où l'a du thème restait sans altération comme l'v do lyW^? » d'autres où il prenait le renforcement et devenait aa ou ri, comme Pu devient eu (eF) dans ittqxsFs;. Mais timdis que dans la déclinaison en u on n'attacha pas de siumilication grammaticale à la présence ou à l'absence du renforcement, les formes infiniment plus fréquentes de la déclinaison en a obéiront à la loi de la dissimilation ; les noms qui désignaient des êtres mâles conservèrent en général Va non renforcé, ceux qui dési-
ment comme masculins, féminins ou neutres, le latin a oublié la tradition (Commune, et s'est souvent écarté des autres idiomes ses parents ; pai' exemple le Romain a perdu le respect que l'Hellène ou TAllemand porte encore à Tênergie toute masculine du vin, et il en a fait un neutre. Dans l'intérieur même de la langue il y a eu bien des oscillations ; le paysan de Pétrone se dit : vinii,s raihi in cerehrum abiit *. Ces perturbations sont surtout fréquentes dans la langue archaïque et aussi dans la langue vulgaire, car Tune suivait l'autre fidèlement par tous chemins ; comparer rameuta et rament um ^, caeuienta ^ et caet/ientum; terminus et terminum * dans l'Arbitrage
gnaient des titres femelles adoptèrent de préférence Va renforcé (à) . Dès lors il y eut un masculin et un féminin ; et quand ces deux catégories grammaticales furcMit une fois nées, les divers noms inanimés en a rentrèrent dans l'une ou dans l'autre, suivant la nature do leur terminaison. Les autres noms, peut-être simplement par la contagion des adjectifs en a avec lesquels ils étaient construits, y rentrèrent à leur tour. Voilà en gros Texplication la moins improbable des milliers de métaphores qui dans les langues indo-eumpéennes prêtent une personnalité et un sexe *aux choses, métaphores qui se contredisent d'une langue à l'autre suivant le hasard des circonstances (ainsi en sanskrit le soleil et la lune sont mâles, en latin et en grec le soleil est mâle et la lune femelle, en allemand c'est l'inverse), et dont l'esprit humain peut se passer, car l'anglais les a à peu près radicalement supprimées. L'attribution du genre aux mots n'est donc pas « aussi vieille qu'Adam et Eve », non plus que la déclinaison, c'est un phénomène qui s'est produit quand la structure de la langue indo-européenne était déjà d'une haute perfection, (\m a duré trois ou quatre mille ans, qui pour l'anglais est arrivé à sa lin, et qui peut-être doit disj)araitre aussi des autres idiomes comme la déclinaison, comme le nombre duel, comme la voix moyenne ; il n'était pas évident a priori qu'il se produirait. Sans nier l'influence de Timairinationsur le langage, il faut bien se garder de l'exagérer. Voir le g 15, oii M. Bïicheler lui-même reconnaît l'influence de la forme extérieure des mots sur les idées que nous nous faisons des choses. — Je me permettrai de renvoyer sur ce sujet à un travail publié dans les Mémoires de la société de linguistique de Paris t. 2 fascic. l . — Tr.