‹ Précis de la déclinaison latineChapitre 263 sur 289 · DES SOURCILS · texte numérisé non relu

DES SOURCILS

Les Arabes appellent les sourcils v^Af;*L>, et les désignent aussi par les métaphores yj^lJsû (ceinture), V|j^ (niche de la mosquée où se place Pimâm officiant) ^, ^^^ (la lettre ^ 'aîn), ^MJ (fer à cheval), et J^ (croissant de la lune).

' Voy. sur ce poète, de Hammer, Oresch, der sch. Redek» Fers. p. 47.

' Voici comment on peut expliquer ce vers. Quand le front est dégagé, sa splendeur éclipse Vénus, tandis que s'il vient à se couvrir, on ne peut plus le comparer à cette planète; il lui permet alors de briller comme à Tordinaire, et de manifester sa joie de ce qu'elle n'a plus de rival à craindre.

^ Voici un vers de 8a* di {Qhaedtiyât-i Qotdhn)^ où cette comparaison est employée :

Je ne sais quelle sorte de mihrâb est ton sourcil impudent, pour que l'infidèle, sitôt qu'il l'aperçoit, se mette en prières.

Il y en a de deux sortes. Us sont Joûa^ ^se touchant^ ou JaoÂJU „ séparés*' ; on peut remplacer ces deux mots par iJimyfg^ ^ et iJUmm^ ^ , qui en sont les équivalents persans. Les sourcils rapprochés sont les plus beaux \ comme le dit le ▼em suivant:

Personne au monde n^est constamment agréable ; il n^y a que les sourcils de mon amie qui le soient constammefU^*

Les Persans accordent treize qualifkalifs (expressions métaphoriques) aux sourcils ; ils les nomment :

1 . vU (la lune), parce que, sur le ciel de la beauté, ils sont, ainsi que la nouvelle lune dans le firmament, Tobjet du désir des amants, et que, dès quHls apparaissent, tout le monde manifeste sa joie, et on se les montre les uns aux autres . Un amant sans cérémonie a dit :

^Ub ^ &44J cXÂjU lu hS ^ y ^A

Je montre à tout le monde ton sourcil arqué; car quiconque aperçoit la lune nouvelle la montre à tout le monde.

Pour s'assurer que la nouvelle lune a réellement apparu, il faut un regard très-perçant; et il en est de même pour les sourcils, car Tamante voile quelquefois sa beauté sous les nuages

' Parce que les Persans de race pure ont les sourcils complètement réunis au-dessus du nez, comme Ta d'ailleurs fait observer Polack.

^ Ou: qui soient agréables étant rapprochés; car Tauteur joue sur les deux sens du mot b^X^^aj,

^ L'apparition de la nouvelle lune est, pour les musulmans, un événement extrêmement important, puisqu'elle annonce le commencement du mois ; on comprend donc que le premier qui l'aperçoit se hâte de communiquer la nouvelle à tout le monde, surtout pour la nouvelle lune de Ghawwâl, qui met fin au jeâne du ramazhân.

de 866 cheyeux, comme dans ces vers d*iin amant qui reconnaît son impuissance à les apercevoir:

^O^O ^.y\jX^ **^ M ji\ jO «!>/

Une nuit montre-moi le coin de ton sourcil du milieu de tes cheveux noirs, quoiqu'on ne puisse voir la lune au milieu des nuages, quand elle n'a qu'une nuit d^âge.

2. o^) ^" persan qUI^ arc (comparé au croissant de la lune). Vers de Râmi ^ :

JuO aT ^^ jO v^ y c55; j=^

Qui a jamais vu le soleil dans le croissant de la lune ? Cependant ton visage, constamment placé entre les deux arcs de tes sourcils, en est un exemple.

3. Sadi compare les sourcils teints artificiellement à Varcenrciel ^j3 (j<^, parce quUls offrent l'apparence de deux couleurs:

Cet indigo sur l'arc de ton sourcil le fait ressembler à un arc-en-ciel sur ton visage aussi éclatant que le soleil .

' J'ignore s'il est question de Cheref-eddîn Râmi, l'auteur même de ce traité.

^ Ce vers fait partie d'une pièce des Tapyibât, L'édition de Bombay (déjà citée) donne une leçon différente au premier

hémistiche : «AJUio ^yS^jjl^ yi «41^3 qS »... Et cet indigo sur les

sourcils de celle qui ravit mon cœur " Le morceau dont

ce vers est tiré offre cette particularité que la rime ne se trouve qu'à la fin de chaque second vers ; et les trois premiers hémistiches riment entre eux. C'est ce qu'on appelle «.^Ud*^ ^JbÀ prose rimée en vers. Cf. Garcin de Tassy, RkéL des Lang. Mftëîdm. 2® éd. 1873, p. 157.

^ La même comparaison se retrouve dans un distique du Baûstân (liv. I) :

4. On appelle c5^I^J (vert-de-griB) les sonrak TerdAtres (c^est-à-dire de cooleur foncée) :

O^ ^J^J "^ri oy^ O^ ^)^) L53j#!;

Tes sourcils ans arcs de couleur foncée empêchent de voir (ton front), aussi bien que le ferait une draperie ; (car), tant qu'il y aura un croissant de la lune au monde, Jupiter n*aura pas d'éclat^.

5. Gomme les deux bouts des sourcils, quand ils sont relevés, les font ressembler à un arc, il semble que la belle tire constamment de Tare sur les amants. Un poète a dit:

Ses sourcils, constamment tendus, en forme d'arc, jusqu'à ses oreilles, sont une véritable magie ^.

Ceux qui se retirent dans la solitude auprès d'une belle aux sourcils arqués y sont retenus par les mèches de cheveux, que

La teinture de son sourcil qui aurait séduit même un ascète, semblait l'arc-en-ciel sur le soleil.

^ Le premier hémistiche de ce vers est obscur. ^^J\o j^ est une correction pour «jh^^ ji (0 <iu^ donne le Ms. Le poète veut dire que ces sourcils, attirant exclusivement les regards, empêchent de voir le reste du visage. Le croissant de la lune signifie encore sourcil, et Jupiter désigne le front, comme on l'a vu plus haut. (Voy. le Chap. précédent.)

^ Quoique ce vers soit ainsi donné dans le Ms., je ne doute pas que ce ne soit un vers de Sa'di {Tayyibâf, p. 66, éd. de Bombay) que Cheref-Râmi aura mal cité :

(Mètre heufo^f.) „ L'arc de tes sourcils, qui toujours s'allonge jusqu'à l'oreille, est une magie. ^

l'on nomme aocroche-ccBon (wÀi^ «^)» comme dans ce yen dn cheikh Imâd Faqîh^:

Mon cœur s'est retiré dn monde; mats c'est an solitaire qui est pris dans les liens d'une belle aux sourcils arqués.

6. On compare le sourcil à une voûte #J)^i parce qu'il semble couronner le belvédère du visage. Vers d'Ibn Sa

u;Ju> ^ih vJLâ^ ^Ujm ^aJUO 8iX,}<Ai

L'œil de l'amour architecte n'a jamais i vu de voûte double semblable à tes sourcils, qui sont à la fois doubles et uniques dans le monde ^.

7. On appelle encore les sourcils la Qibla ^ ^^J^ des amants et aussi le Mihrâb ^ Vlr^ parce que c'est vers eux que le regard des amoureux se porte : témoin ce vers du chéik Imâd :

^y v30 Opb yi j\yJ^^^ VJ4X v^^iX^O

vi^^jj^ U^l >> c53j^l ^^ y^r?- ^ La religion de mon cœur est ton œillade sanguinaire, et naturellement le coin de ton sourcil en est le Mihrâb*

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