DES CILS
Les Arabes appellent les cils v^AX^, et les paapières ^U>t (pi. de ^JL>). Toutes les fois qu'on dépeint l'ceil comme on Turc qui fend le cceur, placé au milieu de la cavalerie des cils, on désigne alors ceux-ci par les mots : une armée innombrable ; mais cbez les principaux poètes, ils se partagent en douze qualifications, prises de leur acuité, et énumérées ci-dessous ; on compare alors les cils à des pointes de lance aiguisées. Comparez ce vers célèbre :
Tes cils traverseraient une cuirasse, comme la lance de Ghîv à la bataille de Péchèn ^
Certains poètes les nomment rP^^ (épée), comme dans ces vers :
Tes cils, comme une épée, ont versé le sang de tout un monde ; et tes yeux, qui dirigeaient cette épée, se sont souillés du sang du cœur (de Taffliction profonde) de tes victimes.
^ On sait Thistoire de ces vers. Firdausî, se présentant à la cour de Mahmoud, est rencontré à Ghazna par trois poètes, qui, voulant éprouver leur jeune compétiteur, lui proposent de composer impromptu le dernier vers d'un quatrain, pour lequel ils avaient choisi la rime ^^, très-rare en persan. L'érudition de Firdausî, qui connaissait à fond les anciennes chroniques, loi fournit le nom propre de Péchèn pour la quatrième rime. — Il » est inutile de relever Terreur de nombre de traducteurs qui ont pris Péchèn pour un nom d'homme. Voyes à ce suget, ainsi que sur Ghîv et la bataille de Péchèn, une note de M. de Schlechta-Wssehrd dans sa traduction du BMkistan de Djftmi, p. 149 (FriMingsgarten, Wien, 1846).
Certains auteurs ont comparé la pointe aiguë des cils à la pointe d^une épée %fSi ; ainsi on a dit :
Le sort a donné une épée à tes yeux enivrés; sans cela, jamais on n'aurait vu une épée passer par l'extrémité d'un poil.
D'autres ont assimilé les cils à la flèche nommée u^Jb, parce qu'ils sont continuellement dans la maison des sourcils, à l'afPût des amants, dans la même position que la flèche par rapport à l'arc ^ ; par exemple :
Tes cils sont des flèches dans l'arc formé par tes sourcils, et qui toutes atteignent le but.
Quelques écrivains ont fait usage d'une comparaison entre l'extrémité pointue des cils et la flèche nommée li^^lî, en disant que pénétrant par la fenêtre de l'œil elle répand le sang des cœurs, comme l'a dit un poète:
Les flèches de tes cils, à force de verser le sang de mon cœur en pénétrant par mes yeux, ont rendu le monde tout noir devant mes regards ^.
^ Le mot «jL^ (maison) signifie aussi le milieu de l'arc, l'endroit où s'appuie la flèche. Par conséquent le cil est dans la maison des sourcils comme la flèche sur le milieu de l'arc.
^ Soit parce que les cils de l'amante sont noirs et que l'amant les contemple incessamment ; soit que l'auteur ait voulu dire: „ m'ont rendu aveugle en me perçant les yeux;^ soit encore que le sang répandu fasse voir à l'amoureux tout en noir. — Le mètre est une variété de monsarih, sur laquelle on peut voir la Prosodie des Lang. Musulm. de M. G. de Tassy, 2* éd. p. 306.
HoHrt» Anli tl-*Ooholiâq. 8
On a comparé les plus grands d'entre eux à une lancette yô; Ehftqftni a dit:
Ta as frappé mon cœur de la lancette de tes cils avec tant de force, que l'extrémité de cette lancette s'y est brisée.
Considérant les cils comme une série continue de sentinelles qui garderaient un camp, certains auteurs les ont appelés les braves qui fendent le cœur; et un amant, décrivant l'état de sa bien-aimée, dit:
Tes cils sont deux lignes de cavaliers rangés pacifiquement en face les uns des autres; mais le sang coule chaque fois qu'ils en viennent aux mains ^
Sous le rapport de l'acuité, on a assimilé les pointes des cils aux pointes aiguës des éclats du diamant, comme l'a fait Emir Moazzi en décrivant les larmes de l'amante:
Ses yeux sont pleins de mille diamants, dont les pointes paraissent sortir d'une perle de belle eau^.
' Telle est la leçon de quatre manuscrits que j'ai consultés : mss. 620 (supplém. pers. Bibl. Nat.), f. 207 v. ; 621, f. 207 r. ; 622 et 623 (ces deux derniers ne sont pas paginés); le Ms. G lit ^^ au commencement, et J^ jO à la fin de cet hémistiche.
* G'est-à-dire lorsque les cils se rapprochent, parce qu'on ferme à demi les yeux pour lancer une œillade.
' Les cils sont comparés à des diamants, lorsque l'amante pleure, parce qu'alors il y a une larme brillante au bout de ohaqne cil. Les yeux sont ici assimilés à une perle.
D'anciens poètes ont appelé les cils : esclaves Indiens tenant un miroir (qui est Tœil). Exemple :
Les jacinthes (le duvet) de ta joue sont des Éthiopiens adorateurs 'du feu (c'est-à-dire du visage) ; les narcisses de tes cils sont des Indous qui tiennent un miroir.
Des auteurs ingénieux et subtils ont comparé l'extrémité des cils à des pattes d'araignée qui blesseraient les amants, en partant de l'œil, qui est alors comparé à la toile de l'araignée
'^ySJjc. ïO^ à cause de (l'apparence que présente) l'iris; ainsi Séïf-eddîn Aradj a dit:
t^^ yi o*^/^ "^y^ "^ J^ s^
Sortis de la toile de ton œil, tes cils, comme une araignée, ont enfoncé leurs griffes dans mon cœur.
On a dit que les cils étaient une armée de fourmis rangée en cercle autour de l'amande de l'œil, ainsi que l'a fait Sihr- Aferîn dans ce vers:
Des fourmis, attirées par le désir de baiser tes lèvres sacrées, se sont formées en cercle autour de tes yeux.
L'emploi de ces expressions par les princes de la parole est une preuve convaincante de leur légitimité, en vertu de cet adage: >«^^t k6jL» k6jii\ y^iS „Le langage des rois est le roi du langage. ^ La plupart des écrivains arabes éloquents ont comparé les cils à des pointes de lance ou au bec taillé d'un roseau à écrire {qalani) ; mais voici ce que dit le cheikh Hasan dans son Traité de la Beauté: „ Lorsque sur la page de la beauté il (Dieu) traça le notm ^ que forme le sourcil des belles,
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des fils tombèrent de rextrémité de la plume qui traçait les destins, se fixèrent sur les yeux de ces belles personnes et en devinrent les cils.