‹ Précis de la déclinaison latineChapitre 274 sur 289 · DU GRAIN DE BEAUTE · texte numérisé non relu

DU GRAIN DE BEAUTE

Le grain de beanté i}\j> est bien connu et a été souvent décrit, comme formant rornement d'une belle personne et la perfection de la beanté. Le nom est arabe d^origine, mais il est très-nsité en persan. Une comparaison qui ne manque jamais, c'est d'indiquer le rapport qu'il y a entre le point noir du khâl de l'amante et la tache noire^ du cœur de l'amant, parce que tous les deux sont au milieu du feu (le I^âl au milieu de l'éclat du visage, et le cœur dans le feu de la passion). G*est ainsi qu'on a dit:

««3^ \jyà, «iaâi Q^iA** ^ji jà jj \j

En plaçant un point noir (sawda) sur la feuille de jasmin de ton visage, tu as enflammé la tache de mon cœur du feu de la passion (sawda) ^.

De la même façon on le compare à la me sauvage wXâxm* (dont on fait des fumigations contre le mauvais œil), qui brûle continuellement sous l'ardeur du feu de la joue, comme Ta dit un poète :

Le grain do beauté de ton visage a brûlé mon cœur ; prends garde ! cesse de jeter des graines de rue sur ce feu ardent.

^ Les Orientaux supposent une tache noire au milieu du cœur, laquelle est pour eux la marque du péché originel.

^ On voit que le poète joue sur les différents sens du mot

HiiArt, Anti el-*Oehoh&q. 4

Sous le point de vue de sa couleur noire, on Ta assimilé à Tincrédulité du cœur de Pharaon ; on a dit :

Ton visage est blanc comme la main de Moïse, et ton éphélide est noire comme . le cœur de Pharaon ; pourquoi as-tu placé cette marque d^incrédulité sur la main de Moïse?

Un grand nombre d^anciens poètes arabes ont comparé le grain de beauté à la pierre noire de la Ka'ba C^yJ)i\ ^^ ainsi qu'on l'a exprimé en persan :

Ton grain de beauté est la pierre noire de la Mecque, et nous sommes les pèlerins de Safâ ; comment, pendant la course, pourrait-on embrasser les amantes (mot-à-mot les gens du plaisir: safâ)^.

Les auteurs bien inspirés qui prennent les étoiles comme termes de comparaison Pont assimilé à une étoile éclipsée v^f^ vJumJ^JL/o, comme dit un poète:

Ce grain de beauté, qui forme un point entre tes deux sourcils, semble une étoile éclipsée entre deux croissants de lune.

Eémâl-eddin Ismà'îl^ a comparé Téphélide d'une beauté à Hârout (l'ange rebelle enfermé dans un puits à Babylone), dans ces vers':

^ Allusion à une cérémonie du pèlerinage : la course des pèlerins entre Safâ et Meroua. Or safâ veut dire aussi plaisir : de là le jeu de mots du poète.

' Né à Ispahan, était fils de Djémâl-eddtn Mohammed *Abd-onrraz2ftq ; il mourut en 635 (1237).

^ Écrits sur le mètre tnagharf akhrab; cf. G. de Tassy, WUtor. et Prosodie, p. 816.

^^j^ m:^^^^ ^L«5 ^J*^\^ ji >i \Mj

Ces boucles de cheveux sur ta joue semblent un serpent dans la main de Moïse; le grain de beauté sur ton menton, c'est Hârout dans le puits de BabeP.

Kémâl-eddîn Khftdjah, en décrivant le khéU, signe de bonheur, qui repose sur les bords de cette source de vie qu'on nomme //i bouclée, a dit :

Quelle heureuse tache noire que ton grain de beauté indien, qui a conduit Thomme à la bonne fortune sur la rive de l'eau de la vie!

Khosrau, ^c ^Hindoustan^ a appelé le khâl un Abyssin:

c>Mi»l s^Udl v^o^ .^Mk^ o^XU^ ,J Il est clair que le grain de beauté de ta joue est un Abyssin ; c'est un étranger survenu dans l'empire de la beauté^.

Les poètes de Bokhara l'ont assimilé à la pupille de l'œil, ainsi que le dit Chems-eddîn Serâï :

y, Il viiJL> M>^9 ^4-^^ ^;^'

0[:â 8iA|p yùôjA J[ym ^^ / ma maîtresse^! ton éphélide n'est antre que la papille de l'œil, tombée de la prunelle noire de tes yeux.

^ Voyez ci-dessous le Ghap. XII.

^ Voyez, sur ce célèbre poète de Dehli, Garcin de Tassy, Hist. de la LUtér. hindouie et hindoustaniey 1. 1, p. 299 (l^'® éd.), et de Ilammer, opua de quo supfàj p. ^29.

^ On peut encore entendre ainsi le second hémistiche : il produit un e£Fet étrange dans l'empire de la beauté.

* Dans la poésie mystique, et surtout chez Hftfizh, le mot ^j Seigneur, qui ne s'emploie ordinairement que pour désigner Dieu, signifie fréquemment la bien-aimée.

On n'ji pas décrit pluH élégamment le khâl que dans ce quatrain :

oiç?- ^^ ji" *ufly I^^ ^j

Ce grain de beauté que j'aperçois sur ta joue, c'est une corneille qui ne se pose que sur les roses ; non, non, je me trompe, c'est plutôt, dans le jardin de ta joue, un enfant éthiopien tout nu qui cueille des roses.

On a comparé le hhâl d'une certaine grosseur aux points diacritiques de l'écriture arabe, comme dans ces vers d'un poète :

o^ j^ ji ? y^ ;' ^"^^ o>^ ^^^^-^

Ton grain de beauté, à côté de l'arc de tes sourcils, semble un point d'ambre liquide sur un noûn q.

Les amants fidèles l'ont comparé à une mouche, comme dans ces vers:

Ce khâl, qui cherche tes lèvres douces, c'est une délicate mouche posée sur le sucre de ta bouche.

Atîr-eddîn Akhsîkcti* l'a assimilé à un pépin de coing

jûli3 M , en considérant le visage comme étant un coing tout entier :

Ne montre pas à tout le monde le pépin de coing qui orne

* Voy. p. 11, note 2.

la commissurti de tes lèvres, de peur que, (en faisant cela) tu ne montres à ton amant un visage pareil à un coing (triste).

^^\^X^J ji v^ylXi\ v^L> c>.Mut lib lu

w Ton grain de beauté est un pépin de coing tombé sur ton

menton; aie foi en lui contre Tadversité de la fortune.

Les métapbores dont on s'est servi pour désigner le khâl

sont au nombre de vingt-cinq , parmi lesquelles huit sont

arabes, les unes usitées et les autres inusitées, telles que :

y^ymi\ ^ (la pierre noire), sJot* J^ kA \^^ (étoile éclipsée),

«Jafti (un point), o^y^L^ (Hâroût), J^ (poivre noir), (jô^a^ (Abyssin), jaâc (ambre), \éS*>m^ (musc).

£n persan, on emploie aussi ce dernier mot sous sa forme

toi qui as laissé tomber exprès une goutte de musc sur le jasmin ! Mon pauvre cœur, en voyant ce grain de beauté, est tombé en extase ^.

Les dix-sept autres manières sont spéciales aux Persans, telles que : ^lAÂP (Hindou), f^\ (Éthiopien), sUam (noir), i)o

(cœur), »Jis>yM Qj^ (sAiig brûlé), {^\ iii^A^ (plein de musc), (jÀ^^ jiJ^ (marchand d'ambre), ^^yà luilà et ii^^ ^1^ (qui a Todeur ou la couleur de la civette ou du parfum nommé ghâliya ^), *jlv3 (grain), gj^ (corneille), ,j*^ (mouche), ^yy^j^ Jv>

^ Il y a dans ce vers un jeu de mots entre JL^» et JL^, par le procédé nommé v^ftAjgUoj, qui consiste à remplacer une lettre surmontée d'un point diacritique par une lettre qui en est dépourvue. Voy. Garcin de Tassy, BhéL p. 182.

** C'est une composition de musc, d'ambre, de camphre et d'huile de hân.

{noir comme le cœur de Pharaon), j^ (cacbet), [j^ (anneau), 9s>^ k6jjyjS (pupille de Toeil), «JtO lu (pépin de coing).

Puisque Ton considère le kfèâl comme récriture de la page de la beauté, les belles personnes, pour repousser le mauvais œil, se font un khâl artificiel avec de Tambre liquide, comme si elles écrivaient sur leurs joues ; voilà pourquoi un connaisseur qui simule Tignorance ^ fait cette question :

Ce grain de beauté, est-ce une goutte d'encre échappée à la plume du Maître de rétemité, et tombée sur les roses de ta joue, ou bien Tas-tu fixé à dessein?

Il n'est pas permis de dire la véritable nature du ffrain de beauté; les gens doués d'intelligence savent seuls ce secret, car eux seuls sont agréés (de la Divinité), et reçoivent les secrets de l'amour (divin), ainsi qu'on l'a dit dans ce vers^:

Seuls, tes amants savent ce que sont tes secrets; ce n'est point un grain de beauté noir, mais un secret divin.

^ Sur cette expression technique, voy. ci-dessus, p. 46.

^ n* y a évidemment dans cette phrase énigmatique un jeu de mots entre i3l:> éphélide et JL^ extase, par tashif (voy. p. 53, note 1). L'auteur veut donc dire que grâce à ce procédé de rhétorique on peut comparer l'éphélide à l'extase, par laquelle les mystiques pensent parvenir à la contemplation de Dieu même.

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