‹ Précis de la déclinaison latineChapitre 275 sur 289 · DES LÈVRES · texte numérisé non relu

DES LÈVRES

Les Arabes appellent la lèvre AàÂ. Les poètes persans ont comparé le tour circulaire des lèvres à untf boîte ronde (qui contient le philtre magique), parce qu^elles réjouissent les âmes affligées, ainsi que Ta dit Zéhîr Fâryâbi :

Gomme je cherchais dans la boîte que formaient ses lèvres, ce philtre que Ton tire de la tête du serpent ^ (les dents), ses tresses de cheveux se tordirent en anneaux, et m'o£Frirent un serpent, au lieu ^In talisman que je cherchais.

On les a aHSsi -oomparées à un perroquet, à cause de leur doux parler, comme dans ce vers:

Par suite de sa joie, mon Âme s^épanouira, comme un paon qui fait la roue, si tes lèvres, comme un perroquet, se mettent à parler.

La comparaison la plus élégante que puissent employer ceux qui souffrent de Tabandon de leur bien-aimée, c^est de nommer les lèvres ^JS* sucre, parce que ce sont elles qui guérissent les malades d'amour; quant à leur couleur, on la compare à celle du jus ou sirop de grenades q^«^^'i comme dans ce vers:

^ Le mot mohra, qui désigne une sorte de coquillages dont on se sert comme d'amulette, signifie encore une pierre magique que Ton croit trouver dans la tête du serpent.

^ Le sucre est considéré comme un remède à certaines maladies, et le nvtf^ de gfrenades comme un fébrifuge.

Il est temps que tes lèvres, en guise de potion ^, o£frent au malade d^amour le sucre et le sirop de grenades.

Les écrivains du Khorasan y ont trouvé de Tanalogie avec le lait, et le prince des poètes, Anvéri, a dit:

j9* iSk Ji>^ ji "^ J^ 'r^ ji J>* ^^o-

Le duvet sur tes lèvres semble des pattes de fourmis sur du lait ; tes boucles de cheveux sur ton visage paraissent une plume de corbeau sur le soleil.

Certains auteurs ont appelé qUûm ^^ (plantation de cannes à sucre) les lèvres de la bien-aimée aux paroles douces comme le sucre, ainsi que Ta fait un poète:

Que dire de ces perroquets de tes cannes à sucre? Que ce sont des faucons (à cause de leur cruauté).

Ceux d^entre les auteurs à la plume élégante qui se connaissent en joyaux, nomment les lèvres JuJ (rubb):

Tes lèvres de rubis limpide ont un charme qu^on ne saurait décrire^ lorsqu'elles s'ouvrent pour parler^.

La meilleure comparaison en ce genre est celle de la pierre précieuse ^^j^, (rubis), comme dit un poète :

* Sur le mot j3|j^, cf. Joum. As. 6® sér. t. V, p. 365. Jeu de roots sur les deux sens de ^^^^X^t \ù^>j^<\^ jO,

Ils me dirent: „Sa bouche est trop grande^ ; je répondis: „Un gros rubis n'en a que plus de valeur. "^

Les poètes de Samarqand appellent les lèvres j^^ ^ (grenade rouge), comme Ta fait un poète subtil:

Tes lèvres, à cause de leur ténuité, paraissent à mes yeux une aiguille couleur do grenade.

Les amants heureux les nomment \^J^ (chaton d'une bague) ; ce vers-ci est célèbre:

^ I JUaU si;^^ yiJ$^ y> ^ w

Si le chaton de l'anneau du bonheur (sa bouche) tombait entre mes mains, je ne donnerais pas la moitié d'un grain pour acheter les possessions de Salomon.

Les auteurs arabes éloquents ont comparé les lèvres à des

dattes fraîches v^^ î ^" persan, on n'a rien trouvé de plus beau que ce vers, qu'un amant a dit dans ce sens :

Une fois, je lui demandai mes présents du nouvel an ; elle me dit: „Je te donnerai les dattes fraîches de mes lèvres; mes regards tiendront lien d'épines."

On a comparé les lèvres des jeunes garçons aux dattes Uj>>, parce que ces deux choses sont également douces, ainsi que l'a dit Tâdj-eddîn Holvâï:

^ J'ai suivi dans cet hémistiche la leçon du Ms. B ; A donne, au lieu des deux derniers mots, ^UJLm. ^'L:> (l'anneau de Salo-

mon); quant à la leçon de C, ^UJLm he^JLo elle ne cadre pas avec le mètre, qui est un moâjtass.

La fête est venue, c^est la fête des feuilles (le printemps) ; envoie-moi comme présent les dattes de tes lèvres, d^où s^exhale une odeur de lait.

Les amants infortunés et déçus les comparent à une salière, parce qu^elles sont salées (amères) et inhospitalières (u^-iiu ) ^, ainsi que le dit le plus piquant {salé) en paroles, Djémâl-eddîn Selmân :

^jMé sX& Jui/X^\j itf^ O^ \jjj

Ta fraîcheur a disparu sous la poussière du sel (de Thospitalité); mille individus sont les hôtes du duvet de tes lèvres salées (inhospitalières pour moi).

On a dit que les lèvres étaient animées de PEsprit divin «Ut ^^1 par exemple dans ce vers:

Tes lèvres de rubis, qui donnent la vie, sont le souffle de Dieu; on dirait que c'est ce souffle même qui a vivifié tes yeux languissants qui ressuscitent les hommes.

Ceux qui ont soif de la boisson de Khizr^ nomment les lèvres t^U^ v' (e^u de la vie, de Timmortalité) ; et bien plus.

^ Littér. sans sd, le sel étant le symbole de Thospitalîté.

^ Les musulmans donnent ce nom à Jésus- Christ, dont le principal miracle, à leurs yeux, consistait à ressusciter les morts. Cf. Abd ar-BoJseâq et son Traité du Ubre arbitre^ par M. St. Guyard, J. As. 1873, t. I", p. 54 du tirage à part.

^ D'après les légendes musulmanes, le prophète Khizr et Zou-'l-Qaméïn (Alexandre) -étaiient partis ensemble à la recherche de la source de la vie étemelle (la lontanie de iowvenoe) ;

OD peut dire que cette eaa même en découle; mais les mortels, que connaissent-ils de cette eau ? lie même poète dit à ce siget :

Qu'importe à tes lèvres de rubis que nos yeux versent constamment des larmes de sang à cause déciles ^; quHmporte à tes yeux languissants qu'ils brûlent nos cœurs dans nos poitrines ?

Les écrivains subtils "se sont donné toutes les peines possibles pour trouver vmgt-neuf comparaisons applicables aux lèvres, selon leurs différentes manières d'être ; dans ce nombre, seize sont particulières aux Arabes, parmi lesquelles onze très-usitées, teUes que: ^ji O^y^ (fontaine de Kauter'), m\j (vin), ^^^ (esprit), o^t (corindon), JjJ (rubis), q^j^ (corail), ^^^jè)

(émeraude, ou topaze), ouS r (cornaline), %X^ (miel), v^

(jujube), ^^; (dattes fraîches); les cinq autres sont inusitées,

ce sont: M^ (anneau), aX> (boite), wXâS (sucre candi), oui (plantes*), Jjb (cadenas).

Treize sont d'origine persane ; les voici : ^jf*^ (chaton), q^

Oi}^ (douce vie), oL^b» \^ (eau de la vie éternelle), ja«» (lait), ^^^ (vin), f>^ (coupe), ^^^^^ (sang)» o^»^^^ (sirop de grenades), ^IcXX^i (salière), SJi (sucre), ^^./^ (sucré), qUuXû (lieu planté do cannes à sucre), jjr^^^ (perroquet).

mais le premier l'atteignit seul. Cf. D'Herbelot, Bibl. Or., p. 40, 318, 992, 993; le Commentaire de Surouri sur le Gulistan, opud ^Gaspari, Oramm, Ar. p. 381 (Leipz. 1859).

^ C'est-à-dire : tes lèvres, qui pourtant sont la source de l'eau de la vie, versent notre sang.

^ Une des sources du paradis. *

* Le mot oLi a en persan un sens particulier, celui de sucre raffiné. Peut-être est-ce ainsi qu'on doit l'entendre ici.

Un poète ^ a dit:

Cette eau de la vie, qu'on a si longtemps cherchée, ta bouche la donne ; voici, sous tes lèvres , un signe qui nous l'indique ^.

Zéhîr (Fâryàbi) a encore exprimé une autre idée à ce sujet, quand il a dit :

Pourquoi le désir de (posséder) tes lèvres fait-il bouillonner mon sang, si calmer le sang est une propriété de la jujube (les lèvres)?

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