DES DENTS
Les dents portent en arabe trois noms usuels, \^/o^ JlI et
^j**t. On emploie encore, pour les désigner, trois qualificatifs:
j^ (fleur), en persan &d^X&, s,aa> (globules), en persan qI*^, et Ojk (grêlons), en persan oo^jXj. La plus grande partie des poètes persans comparent les dents à la grêle ^^^ parce que cette comparaison, à cause du rapport plus étroit entre ces deux choses, est plus belle que les deux autres. On a dit:
^ Le Ms. 6 (f. 16 v.) donne ce vers comme étant de Khâdjah Selmâji, et le met à la place de celui qui commence par; |^jj Jat! p. 59.
^ Ce signe est sans doute un grain de beauté.
Une rosée est tombée des narcisses (tes yeux) comme la pluie, elle a arrosé les roses (ta joue) ; transformée en cette grêle qui réjouit l'âme (tes dents), elle a criblé les jujubiers (tes lèvres).
Kh&qâni a assimilé les dents aux larmes, et les lèvres au sang, quand il a dit, dans une pièce des Qcusds ^ :
si;A-i^O 04)"^^ O^J^ **^
Par mes larmes humides et le sang de mon cœur, qui ont servi à former l'intérieur et Textérieur de ta bouche
Certains poètes du Khorasan ont comparé les dents à des gouttes de rosée, comme dans ces vers :
Tes dents semblent des gouttes de rosée, qui tombent dans la bouche entr'ouverte d'un bouton de rose souriant (ton visage).
Medjnoun 'Amiri a comparé les perles des dents aux Pléiades; voici ses vers, traduits en persan par Kémâl-eddîn Ismâ'n :
Jj^ ^/ »U ;0 l,/ ^ jij:
Lorsque les perles de tes dents, rangées sur deux files, resplendissent entre tes lèvres, on croirait que les Pléiades se sont logées dans la Lune (le visage).
Les Pléiades [tJi se nomment en persan qJ^i^*
On compare encore les dents à une seule grosse perle
* ^ Notre auteur a déjà cité plusieurs vers de cette pièce, notamment pp. 14 et 30.
^Iv3 .O ; et Texpression ^^ (perles) est trèB-employée ; ainsi Atîr-eddîn Ai^mâni a dit, en parlant de sa maîtresse qui se mordait les lèvres (par moquerie) :
Je demande un baiser, et tu mords le rubis de tes lèvres avec les perles de tes dents ; c'est une réponse agréable ! Mais comment m'en étonnerais-je , puisque tu as la bouche pleine de sucre (tes lèvres)?
Notre maître Rokn-eddîn Bekrftni, choisissant parmi les trois qualificatifs énumérés plus haut, a dit :
Les perles de ses dents, dont Féclat semble à nos âmes celui des Pléiades, ce sont les larmes arrachées aux yeux de tes admirateurs et devenues des perles de belle eau.
Les poètes d'autrefois rapprochaient les dents des perles à cause de leur valeur ; et l'on a dit, sur une personne à qui il manquait une dent:
Dans la boîte de rubis que forment tes lèvres saurianieSy une perle qui en valait mille s'est brisée.
Un amant, pour excuser l'entrecroisement des dents de sa maîtresse, dit:
' Leçon des Mss. A et 6; C donne cet hémistiche faux: ^^ >S J-i >-J '*fc> ji.
Dans cette cassette de cornaline^ ces perles souriantes sont montées Tune sur l'autre à cause du manque d^espace ^.
Les joailliers de l'éloquence ont comparé la rangée des dents à des perles enfilées, parce qu'elles sont sur une même ligne; à rencontre de ces gens-là, 'Alî Fakhri Tatari a dit:
Une rangée de perles disait à la rangée des dents de mon idole: „Je suis exilée loin de toi, ô perle limpide et pure^!" — „ Tais-toi, répondit-elle en souriant et à mi-voix; autre chose sont des perles qu'on a enfilées, autre chose des perles qui poussent d'elle-mêmes. ^^
Ibn-Hosâm a dit, en employant la figure de rhétorique nommée yJiAjLÀ^ %^s>> (réunion et séparation') appliquée au duvet, aux lèvres et aux dents:
Tant que tu ne souriras pas, le rubis de tes lèvres ne saura pas que tu as, dans Teau qui baigne ces plantes verdoyantes (le duvet), une perle resplendissante (les dents).
Les poètes inspirés les comparent, à cause de leur éclat, aux étoiles, comme dans ce vers de notre maître Homâmi Tebrîzi :
' G'est-à-dire à cause de la petitesse de la bouche, ce qui est une qualité.
^ G'est-à-dire : ^Je ne fais point partie de toi alors que j'en serais digne."
* Voy. Garoin de Tassy, Bhèt. p* 97.
Ris, quoique je sache bien que, quand tu riras, le soleil ne me montrera pas d'étoiles en plein jour^.
Les poètes qui tirent leurs exemples des étoiles ont appelé les dents étoiles fixes; les anciens auteurs les comparaient aux coquillages, semblables aux perles, appelés SjfA, parce que les dents sont placées dans une sorte d'écrin formé par les lèvres; il n'y a pas, en persan, d'autre exemple de cette comparaison que ce vers:
Quoi d'étonnant que les Pléiades se dispersent (par confusion^), à la vue de l'éorin renfermant des coquillages que forment tes dents?
Ainsi, quoiqu'il suffise de décrire la pure nature des dents pour en faire sentir la beauté, sans recourir à des expressions figurées, cependant, en les considérant métaphoriquement comme des colliers de perles enfilées, on peut leur trouver quinze
comparaisons, dont sept en langue arabe, qui sont ; jjÀ (fieor),
w.as> (bulles), Oy (grêlons), li^ (Pléiades), ]ô (perle), ^^ (id.), (2;yM (la lettre **» «In) ; et huit en langue persane : ^Ss (grêle), ^Jjji. (rosée), ^^ (perle), ^^^^ (id.), o^.3/i (Pléiades), UjIl^ (étoile), VjfA (coquillages qui servent de talisman), ^iJùiym (larmes). Voici deux vers de SaMi sur les dents':
^ Ce qui veut dire qu'elle n'a plus de dents. ^ On dit des Pléiades qu'elles se dispersent \Xà^ ^ ftJJS\j^ quand elles paraissent à l'horizon.
^ Ces deux vers se trouvent dans les qacîdahs persanes, p. 39 desQoçâid dans le recueil des KouUiyàt publié à Bombay, et déjà cité.
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Si Ibn-Moqla (célèbre calligraphc) revenait une seconde fois au monde, et qu'il prétendît faire des miracles par une magie évidente^ y il ne pourrait, avec l'or liquide, tracer on nlif t aussi droit que ton nez, ni avec l'argent dissous, écrire un ^ «« plus régulier que tes dents.