‹ Précis de la déclinaison latineChapitre 278 sur 289 · DU MENTON · texte numérisé non relu

DU MENTON

Les Arabes appellent le menton ^^^t et le comparent à

une pomme ^lij, qui se nomme en persan v*^^. On Tappelle encore tutU-^ (pastille parfumée), et Texpression j^JuûmO (pomme odoriférante^) qui sert à le désigner est bien connue. Le distique suivant contient ces deux sortes de qualificatifs:

La pomme de son menton répand Todeur du parfum destembou; je voudrais qu'elle fût perpétuellement dans ma main (ber seri destem bou).

Âtir-eddîn Âumâni dit, en décrivant le menton de sa maitresse :

JJ^\Jj cr J^y J^J ^f^^

c^ C5-H c^:)' U^ "^^ ''^^^ O^ La pomme de son menton a mis le feu dans mon cœur ;

Podeur du coing (ou du bonheur) ne viendra plus jamais de

ce cœur brûlé.

Les poètes du Khorasan comparent le menton de la bien-

aimée, dont le duvet conmience à pousser, à un coing «j, parce

qu'il semble couvert de poussière ; un poète a dit :

JS ik^L gjj o/ /! iu vXùL

^ Ce mot désigne une sorte de petit melon parfumé que Ton tient à la main en guise de bouquet, à cause de la bonne odeur qu'il répand. Voyez le Mémoire de M. Defrémery sur la famille des Sadjides, Joum. Asiat. 1847. 1. 1, p. 434 — 435 noie.

* Pour «3^.

Ton daret est de la poussière, et ton menton an coing; il vaudrait mietix^ que ta essuyasses ton menton.

Les lexicographes ont appelé le tour du menton \^Aiug (mot qui désignait primitivement le fanon du taureau); on Ta nommé aussi v^Uc (grappe de raisin). Un poète a dit :

Tu écartes la main de Torange de son menton; oui, tu as renoncé à désirer la possession de eette pomme.

Les rois de la parole ont pris le menton pour une boule d'argent ^i^ih^-ty^ l5>^) ^^^^ le sultan Mahmoud-i Saboktéguîn' (le Ohaznévide) [Que la miséricorde de Dieu soit sur lui!], pour s'excuser d'avoir pris le menton de la maîtresse d'un chirurgien, a dit :

viî^-*^ j^iXfj ^,j er o>^

J'ai pris ton menton par manière de caresse, et tu as versé mon sang (tu m'as causé de la peine) ; voici mon excuse : Au moment de pratiquer la saignée, il est d'usage que' le patient tienne dans la main une boule d'argent^.

Ceux qui sont dévorés de la soif dans le désert de l'amour, comparent la fossette du menton à un puits «L^, parce qu'elle est humide. Un poète a dit dans ce sens:

^ Il y a un jeu de mots entre «j coing et aj bon^ meiUeur.

^ C'est-à-dire Mahmoud fils de Saboktéguîn. On sait que dans les noms persans Vieâfet remplace souvent le mot ^t fils,

^ Ces deux vers sont écrits sur le mètre khafif; la première syllabe du premier vers est brève, c'est un pied makkboûn (cf. Garcin de Tassy, Prosod. p. 310), à moins qu'on ne redouble le Q de v£>i^ par le teehâîd.

v:>3LAi M ftUl^ \0 iOuMj méat .AÂXmw Lmaj

Que d'Alexandres, voyageant dans ce monde, n*pnt pas trouvé de traces de Peau de la vie^ dans le puits de son menton!

En considérant cette fossette comme un puits magique, parce qu'elle ravit les cœurs, on Ta comparée au puits de Babylono'; ainsi Ton a dit, dans une dispute d'amants au sujet du visage de leurs maîtresses :

Si l'œil de Mâroût, aussi bien que celui de Hâroût, ô mon garçon, avait vu ton menton, ces deux anges rebelles se seraient précipités dans ce puits la tête la première^.

Douze métaphores qui servent à désigner le menton sont bien connues; de ce nombre, quatre s'emploient indifféremment

l'une pour l'autre, à savoir: ^^'1 «r^^^» t^U^, ^^aJuUO. Les huit autres sont d'un usage commun, telles que: au (coing), gôjj (orange), (^^^ (boule), c^^r**^^ {S^^ (boule d'argent),

*^ (puîts), vV^L bL^ (puits de Babylone), sJiJL&A ot (eau suspendue)^ et jjjfi o^ (chère âme), comme dit un poète :

v^>^^ qU#Ï ^^yùÀio MiKàtt^ ^^ji qI^

La main de tout le monde n'atteint pas ce menton, car tenir l'âme dans la paume de la main n'est pas chose facile.

Les Persans n'ont pas composé do quatrain plus beau que celui-ci, touchant la description d'une belle personne :

^ Sur Alexandre et l'eau de la vie, voy. p. 58, not. 3.

^ Sur ce puits, voy. la note 3 de la page 15.

" Mot-à-mot ils auraient donné un baiser à ce puits, etc.

J^ai pris dans ma main, comme par mégarde, la pomme de son menton, qui est Vâme elle-même^.

La belle, avec menaces, m*a dit: „Toat doox! tu places Vâme dans la paume de ta main; tu es donc un ignorant P'^

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