‹ Précis de la déclinaison latineChapitre 283 sur 289 · CHAPITRE XVn · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVn

DE LA TAILLE (stature).

La taille (stature) se nomme ^. Comme le mot o^^id, qui a le même sens, veut dire aussi prière^, certains auteurs ont rapproché ces deux significations pour en tirer des jeux de mots. C^est ainsi que Auhadi^ Tunique de son époque''', a dit:

Passe devant la porte de la mosquée, et ceux qui font la prière {qâmai) se prosterneront devant ta taille (ganta/). La taille se nomme ^L en persan. Un poète a dit :

j^L ^ju jwy, *® «^/ y^^

Puisse la fumée de mon cœur (mes soupirs) ne pas atteindre à ta taille (&â/â), quoique la fumée tende à s^élever {mHl bebâlâ).

Les dignitaires de la cour de Tamour donnent à la taille de l'amante la supériorité sv le cyprès, parce qu'elle est plus droite et plus élancée, et à cause de cela ils la nomment bâld

^ Proprement se tenir debout pendant la prière.

^ Poète de Mérâgba, élève de Anhad-eddîn Kermâni, auteur du livre nommé Djâmi-Djam (la Coupe de Djemchîd), mort à Ispaban en 697 (1297).

^ Vaf^îd. Allusion au nom du poète, dérivé de la même racine.

(élevée). Les amants yictimes de la séparation de leur bienaimée l'appellent qL> ^^ib (affliction de l'âme ') , comme Ta dit Fakhr-eddîn Fath-AUah :

C'est un malheur {pél&) que ce que tu as nommé stature {hâlâ)\ voilà la vérité; il ne s'agit ni de ztr^ ni de hâlâ (de choses et d'autres^).

Les amants aux pensées élevées l'ont appelée jt^O l£53;^^ (désir long), comme l'a dit un poète :

Ma»

Mon cœur a désiré posséder ta taille haute; toi, vois ma main courte (impuissante), et mon désir long (intense, ou continu, ou encore, la hauteur de ta taille).

Ceux qui tirent leurs comparaisons de l'alphabet l'ont nommée wàit (la lettre éîif), parce qu'elle est debout comme cette lettre ; un poète a dit :

Ta taille s'est fixée, droite comme un élif, au beau milieu de mon âme ^ ; la droiture (c'est-à-dire ta belle taille) est le repos de notre âme.

^ Bélâ-i djân. Exemple de l'allitération nommée «Ajt^; cf. Garcin de Tassy, Itliét* p. 125.

^ ^1^^ ji\ veut dire en persan sev^ dessus dessous. De là l'expression: ^^y^ ^^^ jUj parler à tort et à travers.

^ Je lis ainsi par conjecture, au lieu de ;I^J^j«£ que donne

le Ms. C, les trois Mss. étant unanimes sur la leçon jJ^O {^^j)^ dans le vers cité comme exemple.

^ C'est-à-dire au milieu du mot qI^ âme.

Les aateurs qui se servent de la mer comme point de départ de leurs comparaisons, rappellent u^#^ (pin maritime). Un poète a dit:

'*^^ ^ >f^ 0>^ "^^^ j' ^-.-^ ^^ Ta taille est comme un pin sur le rivage de la mer; le

Toûba (Parbre du paradis) est jaloux de ta taille semblable au

port du cyprès.

Mais voici le plus singulier. Les gens à la vue courte ont

osé assimiler complètement la taille des belles personnes à un

tronc de cyprès, comme dans cet hémistiche;

C'est un tronc de cyprès non équarri.

Gea^ gens-là sont assurément le but de la flèche du reproche (parce que cette figure est déplacée); notre maître Homâmi Tebrîzi dit, pour excuser ce manque de bonnes manières :

Un jour on a comparé ta taille à un cyprès; il y a un siècle qu*il est honteux, à cause de ta taille si supérieure à son port.

Touchant la préférence donnée à la taille sur le cyprès, voici une pensée parfaite qu'a exprimée le cheikh 'Imâd-Faqîh:

Je ne t'appellerai pas cyprès y parce que le cyprès, de sa racine à son faîte, n'est qu'un corps, tandis que toi, tu es tout entière une âme.

Il est impossible de trouver un vers meilleur que celui-ci, sur la question de savoir si Ton peut appeler la taille cyprès^ on non:

^;>^îlX5 ^^wX3 ij ^J\^\ sSi O^^ ^jm

Le cyprès s'est vanté d'être libre ^, mais il n'avait aucun mérite pour cela; car ce qui a rendu célèbre le cyprès, c'est qu'il s'est mis au service de ta taille (s'est humilié devant elle).

En arabe, on a comparé la taille de la bien-aimée à des arbres de différentes sortes, tels que : ,3>^ (l'arbre du paradis), qU (l'arbre Wn'), -.U# (teck), JJ^' (palmier), ji^^ (pin), f^^ (genévrier). Les lexicographes prétendent que les deux mots •jm et j^j^ ne désignent qu'une seule et même plante ; que c'est le nom d'un arbre qui s'appelle en arabe jCjC et en persan 3.^; il n'y a rien de contradictoire en cela^.

Parmi les poètes persans, Sadi, dans ses Molamma'ât^ compare la taille au hân ; et la différence qu'il y a entre les deux termes de hdn et de cyprès offre une piquante antithèse, dans ce vers * :

rameau de saule ! Quelle est cette contenance, si tu veux faire le contraire do ce que fait le cyprès, en te balançant dans ta marche^?

^ Allusion à l'expression connue oM 3^.

^ HyperantJkera Morunga, Spreng. apud Vull. Lex. Pars.

^ Parce que le cyprès et le genévrier sont des genres vobins. Mais, malgré l'assertion de Gheref-Râmi, les lexicographes distinguent bien ces deux sens.

* On nomme ainsi un poème dont les hémistiches de chaque vers sont alternativement en arabe et en persan.

^ Yoy. l'éd. des KoulUyât de Bombay, p. 59 des Qaçdid, V. 8 de la première molammda,

^ L'antithèse consiste dans l'opposition entre la branche flexible de saule et le cyprès rigide.

Les Persans, outre qu'ils peuvent choisir entre toutes ces comparaisons tirées de Tarabe, en ont d'autres qui leur sont particulières, au nombre de sept : ^jam (cyprès), q»j^ (orme), oUx«J^ (buis), QjiiS (rosier), jxj (flèche), J, (roseau), v^t (la lettre \ élif).

Des treize comparaisons que nous venons d'énumérer, aucune ne dépasse celle-ci, qui consiste à comparer la taille d'une belle personne à la forme du pin, qui semble taillée au tour, et à considérer le cœur comme une pomme de pin, à cause de sa formel Le plus digne des compagnons de ce temps ^ a dit:

c;^{ 203/ y ^o >» 03 w>Lu ^UU

Selmân a pris dans sa poitrine, en souvenir de ta taille (qui est droite comme un pin), cette pomme de pin qu'on appelle le cœur.

Tous les arbres peuvent donc être assimilés à la taille; mais il est assez malaisé de comprendre la comparaison avec un rosier, dont les épines offrent une difficulté à Tesprit du poète ^ ; car quel rapport y a-t-il entre des broussailles et une figure droite et rigide, telle que la taille?

Khâdjah Selmân a dit encore sur la taille:

Le Créateur demanda une forme (un type) à l'Ame uni-

* Cf. une note de M. Guyard dans son travail sur Abd-ar- Razzâq, Joum. As. 1873, note 3, p. 63 du tirage à part.

^ Khâdjah Selmân.

^ Sa'di n'a pas craint d'employer cette métaphore ;

Son visage était un soleil; son corps paraissait un rosier {Binistân).

verselle; il en retira lo modèle de ta taille, et par cela même elle devint droite^.

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