DE LA JAMBE
Le mot .'•X*'» (jambe) est un mot arabe, mais qni est usité également en persan. Quoique les jambes soient, quant à leur forme, au nombre de deux, cependant, quant à leur essence, elles ne forment qu'une seule chose (parce que Tune n'est que la répétition de Tautre; voilà pourquoi le mot /^iX^ s'emploie au singulier).
Autrefois on comparait les jambes à deux lignes perpendiculaires (c:;y^'S), parce que le corps se tient {^) sur elles.
Les jambes, au point de vue des comparaisons qu'on leur applique, peuvent se diviser en deux espèces ; les rouges (roses) et les blanches.
Les rouges étaient très-estimées chez les Arabes. Farid Ahval^ les a comparées à la jujube dans ce vers;
«A*«>j5 O^jl jO bj \jA jj OU.
Ta jambe m'a renversé à terre et abattu (par la passion qu'elle m'a causée) ; jamais je ne quitterai plus cette colonne de jujube (afin qu'elle me soutienne).
Séif-eddîn Aradj (le boiteux) les a comparées au bois de Brésil ^ :
c^^â^ ô\jâ\ ijjCrf ^ôUj ^^\^ ^ lyy
Quiconque laisse tomber un regard sur ta cuisse et ta jambe, s'écrie; L'ivoire s'est uni à une branche de bois de Brésil.
^ Farîd-eddîn Ahval (le louche), d'Ispahan, contemporain d'Imâroi, dont quelques-uns ont prétendu qu'il était le fils.
Aujourd'hai ces comparaisons ne sont plus en usage, et seraient même de mauvais goût, mais „I1 n^y a point de faute de la part de Paveugle, ni du boiteux^.*'
Les Arabes recherchent la couleur rouge, et les Persans la blanche. On compare la jambe au cristal, comme l'a dit Farrokhi en décrivant la jambe d'un échanson :
Une beauté turque enivrante, aux bras et aux jambes de cristal, se tenait derrière nous, la coupe à la main.
Les poètes persans modernes 1 ont comparée à Targent, comme dit Modâmi':
L échanson m'a égaré (m a rendu fou) par sa jambe dWgent; et qui donc ne courrait pour de Targent^ ?
* Qor., sour. XXIV, v. 60, et XL VIII, v. 17. C'est une allusion aux noms des deux poètes cités ci-dessus.
'^ Modâmi d^Isfahan, dont le nom est cité dans VAtech- Kedèh de Lotf-'Ali-Beg.
^ J'ai suivi la leçon du ms. B ; A donne (.^La^^ ji ; C omet ^ dans ^^y
^ Il y a là un jeu de mots intraduisible entre qa9^ 9j jt
et qO;J 9j\l