VJ NOTICE SUR MALTE-BRUN
heureuses dispositions que le jeune Conrad montrait dans ses études déterminèrent son père à le destiner aux fonctions de ministre du culte : il croyait ce parti d'autant plus sage , que Conrad était l'aîné de trois garçons et de trois filles , et qu'il paraissait naturel de le réserver pour une carrière qui en ferait le mentor de sa jeune famille. Maïs doué d'une imagination brillante, notre étudiant se lassa bientôt des subtilités et des arguties de la théologie, quoique cette science en renferme beaucoup moins chez les protestans que chez les catholiques.
A l'université de Copenhague , où il prenait ses degrés, Conrad, que nous appellerons désormais Malte-Brun , ne suivait ses études théologiques que par condescendance pour les intentions de son père , mais il s'en délassait par la littérature. Doué d'une grande facilité pour apprendre les langues et pour saisir les tournures et les degrés de finesse qui les distinguent , on sent déjà tout l'avantage qu'il dut en retirer pour ses délassemens favoris, et Ton prévoit même comment il devint capable d'écrire le français avec une facilité , u,ne élégance , une hardiesse que n'a jamais acquises aucune plume étrangère , et qui le placent même au rang de nos meilleurs littérateurs. Ses premiers pas dans la carrière des lettres furent marqués par des succès. Lliarmonie de ses vers et la force de ses pensées promettaient un grand poète au Danemark : bientôt la considération que lui attirèrent ses talens naissans le fît rechercher de tout ce que la capitale possédait de plus marquant en littérateurs^ en savans et en publicistes. L'influence que la révolution française exerçait en Europe commençait à se faire sentir en Danemark. Au sein de cette monarchie , où les prétentions de le. noblesse et la suprématie du clergé , après avoir long-temps fatigué la nation , l'avaient portée à renoncer à une représentation illusoire pour se confier au pouvoir despotique mais paternel de ses rois , les accens de la liberté commençaient à trouver des échos. Dans les réunions de jeunes littérateurs où ses talens l'avaient fait rechercher, on cessa bientôt de s'entretenir exclusivement de poésie 3 on éprouva le besoin d'y mêler la poUtique; et les idées nouvelles exaltant l'âme ardente de Malte- Brun , eurent en lui un de leurs plus chauds partisans.