NOTICE SUR M\LTE-BRUN. VIJ
Autant il était timide et réservé dans la conversation , autant il était hardi el passionné dans ses écrits. Il le prouva dans la première feuille qu'il publia sous le titre de FFakkeren (le Réveille-Matin), dont la tendance politique attira une condamnation fiscale à l'éditeur. La réputation qu'il s'était acquise était un motif plus que suffisant pour le déterminer à abandonner la carrière ecclésiastique , à laquelle d'ailleurs il préférait celle du barreau. L'étude des lois ne fît que développer en lui l'indépendance des opinions et l'enthousiasme de la liberté En 1796 et 1796, il rédigea une feuille périodique qu'il appela /e Catéchisme des Aristocrates^ et dans laquelle l'autorité trouva matière à lui intenter un procès et des poursuites qui l'obligèrent à se réfugier dans l'île de Hven , ippartenant à la Suède. Le séjour qu'il fît dans cette célèbre résidence de Tycho-Brahé inspira sa muse : il y composa deux poèmes, l un en l'honneur d'un combat naval que les Danois , ous les ordres de Bille , avaient livré aux Barbaresques; l'aufre est une ode à l'occasion de la mort du comte de BernstorfF, ministre qui, comprenant la marche des idées, dirigea Frédéric VI vers de sages réformes. Grâce aux lumières de cet homme d'Etat, en moins de douze ans le Danemark avait changé de face^ les paysans danois, rendus à la même liberté civile que leurs frères de Norvège, supportèrent avec joie le fardeau de la conscription militaire j et les seigneurs, qui s'étaient opposés à cet affranchissement , furent étonnés de voir ,ue leurs terres avaient doublé de prix et de revenu. «Le ïnéme esprit d'humanité , dit Malte-Brun (0 ^ dicta de sages règlemens, qui dans les colonies danoises changèrent l'esclavage des nègres en une douce domesticité. Une neutralité parfaite ouvrit au pavillon danois toutes les mers du globe. On bandonna , comme peu approprié aux localités du pays , le système d'encouragemens directs, de règlemens et de prohibitions , au moyen duquel les gouvernemens précédens avaient essayé de forcer les progrès du commerce ou des manufactures : on comprit qu'un petit pays situé entre deux mers devait
(0 Notice historique sur S. M. Frédéric VI , etc. ( Journal des Débats, avril 1808. )
Viij NOTICE SUR MALTE-BRUN.
suivre d'autres principes commerciaux que les grands États manufacturiers^ en conséquence, on laissa au génie de la nation un libre essor , et aussitôt l'industrie profita de ses ressources naturelles; on facilita le transit des marchandises étrangères 5 on diminua le tarif des douanes, et aussitôt leur produit doubla. De nouvelles villes de commerce s'élevèrent jusque sur les stériles rivages de l'Islande. Peut-être dans les mesures relatives aux finances respecta-t-on trop la liberté du commerce | du moins il semble singulier qu'avec l'ordre et l'abondance , établis dans le trésor public au moyen d'une caisse d'amortissement, on n'ait point réussi , par quelque mesure de rigueur, à s'affranchir du joug d'une petite république marchande, et que les agioteurs de Hambourg aient de temps en temps ressaisi leur ancien privilège de fixer à leur gré le cours des papiers danois. Dans tous ces changemens , Frédéric VI et son fidèle ministre soumirent leurs projets à des discussions publiques , et surent ainsi exciter et armer l'opinion publique elle même contre les abus et les préjugés qu'il fallait combattre. Cependant le bien est toujours accompagné de quelques maux. La liberté accordée aux écrivains, liberté dont les bornes sont si difficiles à fixer d'une manière claire et uniforme, fut la source de c|uelques chagrins intérieurs dans la
famille politique »
Il était naturel que , sincèrement dévoué à son pays , Malte- Brun sentît vivement la perte que faisait le Danemark par la mort du sage BernstorfF. Aussi l'ode qu'il composa sur ce sujet passe-t-elle pour un des plus beaux poèmes lyriques dont se glorifie la littérature danoise : on assure même qu elle fut couronnée par l'académie royale de Stockholm (') • mais ce qu'il y a de certain, c'est qu'il reçut de cette société les encouragemens les plus flatteurs. Après un court séjour sur la terre d'exil , il obtint l'autorisation de revenir à Copenhague. Son premier soin fut de publier ses essais poétiques. Ce recueil eut tout le succès qu'il pouvait en attendre ^ mais comme il ne cessait de réclamer pour sa patrie les libertés que sous le nunistère de BernstOiiF elle paraissait être sur \e point d'obtenir ,
(0 Voyez la Notice sur Malte-Brun, publiée par M. Boiy de Saint- Fine eut , dans la Revue encyclopédicjue du mois de décembre 1827.