NOTICE SUR MALTE-BRUN. IX
les puissans du jour, intéressés à s'opposer aux réformes , signalèrent le jeune poète comme un esprit brouillon, comme un révolutionnaire dangereux. La fureur de ses ennemis le menaça de nouveau en 1799, à propos de la publication d'un écrit politique très-piquant intitulé : Tria juncta in uno. Prévenu par ses amis que les dépositaires de l'autorité seraient cette fois plus sévères envers lui qu'ils ne l'avaient été jusqu'alors , il n'attendit pas que le ministère public , saisi de cette affaire, eût dirigé ses poursuites contre lui 3 il se hâta de chercher un refuge en Suède , où sa réputation lui assurait des protecteurs , où ses talens étaient appréciés. L'accueil qu'il obtint sur cette terre de l'indépendance lui fit oublier un instant les injustes persécutions dont il avait été l'objet dans sa patrie. Mais bientôt il partit pour Hambourg, où il se chargea de l'éducation des enfans d'un riche négociant 5 il y apprit la nouvelle révolution qui donnait à la république française un chef dont on espérait que la fermeté étoufferait les factions sans enchaîner la liberté. Dès lors il conçut le projet d'adopter la France pour patrie. Ausurplus, il faut le dire, cette détermination, qui eut tant d'influence sur sa vie littéraire , ne fut prise qu'après que la sentence des tribunaux danois l'eut condamné à l'exil.
« Nous le vîmes , dit Bory de Saint-Yincent , arriver à Paris vers l'époque où le coup d'Etat du 18 brumaire venait de tuer ce que cherchait le patriote hyperhoréen, Malte-Brun se donna lui-même ce titre, en nous racontant un jour, peu après son arrivée, les vicissitudes politiques qui l'avaient jeté sur les bords de la Seine. Il professait alors une grande admiration pour l'homme que l'on regardait généralement comme le régulateur de la révolution , destiné à consoler l'Europe et des abus de l'ancien ordre de choses, et des fautes qu'avait provoquées une résistance maladroite et opiniâtre à la destruction de ces nbusj mais le consulat à vie dessilla bientôt les yeux de Malte- Brun , qui , toujours occupé de politique, fît insérer des articles hostiles dans plusieurs journaux. Ces articles , aussi vigoureux de style que de pensée, attirèrent l'attention d'une puissance usurpatrice et ombrageuse, et l'auteur fut condamné au silence. De cette époque date le ressentiment de l'écrivain danois contre Napoléon. Ce ressentiment se dé^ ersa de temps en temps