‹ Précis de la géographie universelleChapitre 7 sur 16 · NOTICE SUR MALTE-BRUN. XV · texte numérisé non relu

NOTICE SUR MALTE-BRUN. XV

se réalisèrent; à la suite des défections de ses alliés , s'écroula en i8i41a prépondérance de la France humiliée et resserrée, contre les intérêts d'une sage politique , dans des limites que Napoléon ne voulut point et ne pouvait point reconnaître.

Malte-Brun avait, comme tant d'autres , prodigué les éloges à ce génie extraordinaire , auquel on ne pouvait reprocher que la défiance qui l'avait porté à forger des fers à une nation généreuse , mais avide de gloire autant que de liberté. Louis XVIII, sentant qu'après une absence de vingt-cinq années, les princes de l'ancienne dynastie, inconnus à toute la jeunesse , ne pouvaient trouver de solides appuis dans cette portion nombreuse de la nation qui voulait des institutions basées sur l'abolition du pouvoir absolu et sur une véritable représentation nationale , Louis XVIII s'empressa , en rentrant sur le sol français , de proclamer une constitution dont l'exécution franche devait faire oublier le régime militaire et assurer la prospérité du pays. Malte-Brun , voyant s'établir en France un gouvernemenL dont il avait long-temps réclamé les avantages au sein de sa patrie, embrassa franchement le parti de la Restauration; et quoique le gouvernement de Louis XVIII eût commis des fautes qui préparèrent le 20 mars , et qui furent même publiquement avouées par ce prince, le consciencieux géographe , plus éclairé qu'un autre sur la marche probable des événemens et sur les résolutions de la politique , jugeant d'ailleurs, par les premiers actes de Napoléon, que son séjour à l'île d'Elbe ne l'avait pas rendu plus partisan des libertés publiques, manifesta hautement pendant les Cent-Jours son éloignement pour le despotisme et l'arbitraire , en publiant une Apologie de Louis XV III. Quelques personnes lui ont fait un reproche de cette conduite ; nous n^y voyons que la haine du régime militaire , dont on avait reconnu les infaillibles résultats; nous n'y voyons que la conséquence des principes qui lui avaient fait embrasser le parti de la Restauration; nous n'y voyons qu'un acte de courage , digne d'un esprit indépendant; nous n'y voyons enfin qu'un sujet d'éloges. Ce fut dans des principes analogues qu'il publia en 1826 un Traité de I la Légitimité. Il sentait qu'au moment où Louis XVIII terminait sa carrière , plusieurs partis pouvaient se montrer avec les

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mêmes prétentions : certaines défiances s'étaient déjà manifestées envers Charles X ; mais son but était de prouver que la légitimité est le dogme fondamental aussi indispensable à la liberté des peuples qu'à la conservation des pouvoirs créés pour la défense de la société. En cela ses intentions étaient sages et ses raisonnemens étaient justes 3 mais il ne voyait pas qu'en faisant dériver la légitimité du droit divin, il la plaçait sur une base dont l'histoire a trop souvent démontré la fragilité. S'il eût été témoin de la révolution de i85o, il eût reconnu que la véritable légitimité dérive de la souveraineté du peuple , exprimée par l'assentiment général , et que tant que le contrat qui les avait unis subsiste entre la nation et le souverain , l'ordre de successibilité au trône , établi par les lois , ne peut subir aucune atteinte.

Vers la fin de l'année 1821 , Malte-Brun acquit un nouveau titre à la reconnaissance des hommes instruits , en coopérant de tout son pouvoir à l'établissement de la Société de Géographie. Il en fut un des premiers fondateurs, et fut aussi l'un des rédacteurs des statuts de cette association , dans lesquels sont tracées les routes les plus sûres pour obtenir un succès durable. Ramené vers la science qu'il chérissait, et à laquelle il avait fait de trop fréquentes infidélités, il publia en 1826 le sixième volume du Précis. Ce volume contient les généralités sur l'Europe , un tableau des peuples européens anciens et modernes classés par familles et par langues , la description de la Turquie , de la Hongrie , de la Russie , de la Pologne et de la Galicie. Sa publication causa une agréable sensation dans le monde littéraire et savant ; on voyait avec plaisir approcher le moment où se terminerait un ouvrage commencé alors depuis plus de quinze ans , et sur lequel les jugemens de l'Europe savante sont fidèlement exprimés dans le passage suivant d'une éloquente notice faite par M. Larenaudière sur les travaux de la Société de Géographie , et sur les pertes irréparables qu'elle venait de faire en 1826 par la mort de quelques membres, et surtout de Malte-Brun.

ce La description de la terre , dit-il , est une œuvre vulgaire si l'on se borne au seul classement des faits observés. Ce n'est pas la géographie selon la pensée de Strabon , ce n'est pas celle

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