CHAPITRE SIXIÈME
Enconvenients du Corset.
Les femmes sont dans Perreur, lorsqu'elles s’imaginent qué la beauté des formes et le maintien du corps sont les résultats
GYMNASTIQUE MODERNE. 21 d’un corset bien serré ; ce préjugé prédomine d’une telle manière dans les grandes villes, que les mères se croient forcées de mettre leurs filles, dès l’âge de huit ans, sous la compression barbare de la baleine ou de l'acier. D'ailleurs, malgré les récriminations des philosophes, malgré la voix toute puissante de la nature, qui s'élève chaque jour contre les usages absurdes du corset, l’on veut que les jeunes filles brillent et plaisent sous un accoutrement ridicule qui paralyse leurs mouvements, fait disparaître leurs contours élégants et leur fraicheur.
Certes, si les mères connaissaient les graves accidents et les funestes résultats d’une compression de la taille, elles se garderaient bien de faire faire usage du corset à leurs filles; car il est bon qu’elles sachent que sur cent jeunes personnes qui se serrent la taille, il y en a vingt-cinq qui meurent de la poitrine, quinze à la suite du premier accouchement, vingt-cinq qui deviennent difformes ou infirmes , et trente-cinq qui n’ont qu’une existence maladive.
Voici, au reste, l'opinion des plus célèbres médecins sur les inconvénients qui sont le résultat de la mode insensée de se serrer la taille : ce sont eux qui parlent.
La compression exercée chez les femmes à Paide d’un corset a des inconvénients graves. Son action s'étend à deux cavités très importantes. D'abord, les mamelles sont comprimées; de là, un développement moindre et l’aplatissement des mamelons. Souvent on leur imprime une direction plus ou moins contraire à celle qu’elles doivent avoir ; de là leur allongement, leur flaccidité précoce.
Les seins dont le développement commence avec la quator
zième ou la quinzième année, demandent, pour s'élever, qu’auune pression ne les contrarie, et si chez beaucoup de jeunes filles leur apparition est nulle ou tardive, les corsets en sont la cause. C’est un bouton flétri avant de naître.
La glande mammaire a été atrophiée dés l'enfance, et avec elle le tissu élastique qui l’enveloppait comme d’un léger coton, et qui n’attendait plus pour s’arrondir que limpulsion de la puberté. En même temps, la partie inférieure de la poitrine est contenue par une constriction circulaire, les côtes ne peuvent plus s'élever dans linspiration; les fonctions de la respiration sont incomplètes, d’où difficulté de respirer, toux, dispositions à l’hémoptysie, aux anévrismes. Ce n’est pas tout encore, l’abdomen est aussi comprimé, et d'autant plus fortement qu’il est chargé de plus d’embonpoint. Quels en sont les résultats? Les articulations de la colonne vertébrale et des os du bassin sont privées de mouvement, ce qui peut amener la paralysie, les déviations de la taille, et rendre les accouchements impossibles; il y a un surcroît de gêne dans la respiration, par la diminution de Paction du diaphragme ; la circulation est embarrassée, et se fait mal dans l’aorte ventrale et les veines caves inférieures, ce qui donne lieu momentanément à des syncopes, et, à la longue, au développement de varices, siégeant sur les extrémités inférieures. Enfin , l'estomac est soumis à cette pression prolongée, ainsi que tout le tube intestinal; aussi l’appétit est faible et promptement satisfait, les digestions laborieuses, les irritations gastriques habituelles.
Si les femmes chargées d’embonpoint ne mettaient des corsets que pour maintenir les parties molles, et si, en place de baleine et d’acier, elles avaient des élastiques en caoutchouc, les
inconvénients de la compression de la taille deviéndraient moins nombreux et moins graves; mais que d'accidents ne doivent pas résulter de cettecompression absurde, surtout chez les jeunes personnes dont la constitution faible encore, cède aux causes les plus légères? En effet, si un corset presse sur une partie jusqu’à produire la douleur, la poitrine se déjette du côté opposé pour éviter la souffrance de cette position, qui n’est plus naturelle. Cet état, ou s’entretient par la cause de la douleur qui est permanente, ou devient habitude, et produit ainsi une déviation qui s'aggrave ensuite d'elle-même, et d’après les lois physiologiques qui seront expliquées au chapitre des déviations.
Mais les difformités ne sont pas les suites les plus graves des corsets, leur usage peut changer en moins d’une année le témpérament d’une jeune personne ; au surplus, nous sommes convaincu de tout ce que nous avançons, car nous avons dans notre établissement un bon nombre de sujets difformes, qui ne doivent leur triste situation qu’à l’usage d'un vêtement qui fait peine à nommer.
Plusieurs de ces déviations ont déjà été guéries dans notre gymnase, en combattant la première cause, exerçant les parties faibles, et ensuite en augmentant la force musculaire qui vaut mieux que toutes les baleines et les accoutrements ridicules que l’on nomme corsets.
Parlons maintenant des jeunes personnes qui font usage d'acides pour diminuer leur taille, leur embonpoint, et pour avoir un teint blême ; cela se fait probablement par ignorance. Car en voici les inconvénients. Si lacide acétique qu’elles erploient est pur, comme le vinaigre debois, par exemple, celui-ci
ingéré dans l’estomac, cautérisera la muqueuse qui tapisse cet organe ; la portion absorbée, portée dans le torrent de la circulation, rendra le sang moins homogène par la coagulation de sa portion albumineuse ; il agira donc comme un véritable poison.
Lorsque le vinaigre sera étendu d’eau, son usage répété altèrera peu à peu les digestions en rétrécissant le calibre des vaissceaux qui tapissent la muqueuse digestive, en rétrécissant l’orifice des cryptes muqueux et celui des vaisseaux absorbants ct exhalants ; il modificra peu à peu également le sang, en diminuant les proportions des alcalis qui sont nécessaires à sa constitution normale.
Le résultat de ces deux facons d’agir sera toujours la perte de la santé des jeunes personnes, dans une période plus ou moins longue, qui dépendra de la concentration et de la dose journalière du vinaigre dont elles font usage. C’est une opinion commune partagée par tous les médecins que l’abus des acides à Pintéricur détermine d’abord l’altération des digestions, cause première de la maigreur qui en est le résultat, et enfin des gastrites incurables qui entraînent les individus au tombeau.
D'ailleurs, quoi de plus barbare, disons mieux, de plus criminel, que de vouloir détruire ceque Dieu a fait pour Je bonheur de l’espèce humaine. En donnant à la femme’une constitution robusie, il a voulu la soustraire à (ous les maux qui désolent son sexe ; mais vous, femmes, sachez donc que vous portez dans votre charpente osseuse les organes de la perfection du Créateur
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du monde, et si vous comprimez ces organes, vous êtes coupables de l'infraction faite à son œuvre, et plus encore la société vous demandera compte de la triste situation dans laquelle vous l'aurez plongée par votre insouciance à cet égard.
Le corset ne fut pas de tout temps un vêtement indispensable pour les femmes : les Grecques, les Romaines et les dames du moyen âge, ne portèrent que des camisoles et des robes faites en peignoir, légèrement serrées au-dessus des hanches au moyen d’un cordon, d’un ruban ou d’une chaîne; d’autres se servaient de bandes d’étoffe sur lesquelles elles étalaient leur luxe et leur richesse, et cependant l’on changeait les modes à l'infini, mais Jamais elles ne comprimaient aucune partie de leur corps; aussi voyait-on chez ces femmes une taille élégante , remphe de grâce etdesouplesse, unie à une constitution forte et robuste et à des proportions harmonieuses; tout leur physique enfin nous présenlait le type du beau, le type parfait d’une femme, ct elles étaient en outre étrangères à toutes les maladies qui désolent aujourd’hui notre société.
Le corset prit son origine en 1385, pour cacher les difformités de la taille, et pour soutenir le torse des femmes corrompues par les vices. Isabeau de Bavière fut la première qui en porta; ce vêlement nous conduisit à l’usage des corps, espèces d’élui d’une seule pièce où se moulait, suivant les formes adoptées par Ja mode, le buste des femmes, en quittant ses proportions naturelles. Ce ne fut que vers le milieu du dix-huitième siècle, que la mode, cédant à empire de la raison, s’écarta du ridicule de ces formes factices, pour s'approcher du beau naturel des femmes grecques, qui avaient conservé dans leurs costumes une
aisance qui n'altérait en rien leurs grâces; mais, en 1810, la coquetterie des femmes fut poussée à Pextrême, et l’on chercha de nouveau dans les formes du corps des moyens séducteurs. Alors des hommes insensés, voulant la faiblesse des femmes pour en faire des esclaves de leurs besoins, leur firent croire que les corsets étaient du bon ton et décidaient de tout leur extérieur. Aussi, depuis cette époque, on a fait d’une jeune fille qui pouvait devenir une beauté, une abeille ou bien une poupée décolorée et sans mouvement.
Je conçois très bien que beaucoup des femmes qui ont eu Île bonheur de survivre à une pareille violation des lois de l’hygiène, ont tellement modifié leur charpente osseuse et affaibli leurs muscles, qu’elles ne peuvent plus maintenant, sans corset, maintenir leur torse dans sa rectitude naturelle, et qu'elles ont besoin de tuteurs pour soutenir leur corps débile; dans cette circonstance, je les engage à ne plus serrer leur taille, à prendre une nourriture tonique et de l'exercice.
Quant aux jeunes filles, il faut entiérement leur défendre l’usage du corset; c’est dans une robe bien faite que l’on pourra remarquer leurs grâces et leur beauté. Si la tailleuse veut bien confectionner l’habillement des femmes, qu’elle se donne la peine de lire ce chapitre, d'examiner les formes et les mouvements. d'une femme bien faite et clle pourra faire ressortir alors même dans une toilette simple, les charmes et l’essence d’une Vénus nouvelle.
Toutes les robes ajustées doivent prendre la forme du corps, toujours sans comprimer le buste et laisser la liberté aux arti-
culations des épaules et des bras avec les avant-bras. Les seins doivent rester dans leur état normal, et être soutenus dans leur position, au moyen de goussets pratiqués dans la doublure du corsage; cette doublure doit être d'une étoffe solide; elle sera détachée de la robe sur la partie antérieure du corps, et agrafée en cet endroit ayant de fermer la robe.
Pour les robes non ajustées, on pourra faire usage d’une ceinture de maintien, en observant de ne comprimer aucune partie du corps, et j’ajouterai de plus que les jeunes filles ne doivent nullement en porter jusqu’à dix-huit ans; enfin, les personnes qui voudront connaître la forme de cette ceinture pourront s'adresser au Gymnase de l'Observatoire, où l’on en conserve un modèle bien fait.
Enfin, pour que les familles puissent se rendre compte de la beauté de la nature, qui ne veut être contrariée dans aucune circonstance, nous leur exposons ici le buste de deux créatures, l'une qui n’a jamais fait usage du corset, et l’autre que ce dernier a précipitée au tombeau.
La figure I représente une demoiselle qui a voulu être mince au delà du vœu de la nature, et a moulé sa taille dans un corset.
La figure II nous montre la triste position de sa charpente osseuse qui a été examinée après sa mort.
Les figures II et IV représentent la Vénus de Médicis qui, à juste titre, est considérée comme une des plus parfaites ex-
pressions de la beauté d’une femme; le squelette laisse voir les os dans leur position naturelle.
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