CHAPITRE TROISIÈME
Des Ages.
L'exercice convient parfaitement à tous les âges.
I. Evrance.—L’enfant nous annonce par l'extrême mobilité que vient de Jui imprimer la nature, le besoin pressant de mouvement que son organisation réclame. Ne semble-t-il pas, en effet, que l'exercice soit destiné à rétablir le défaut d'équilibre qui existe dans l’enfance entre le développement prodigieux du systèmesensitifet la grande faiblesse du système moteur ? N'est-ce pas d’ailleurs dans la grande liberté de se mouvoir accordée aux enfants, qu’on doit trouver une des causes principales de cette forte constitution dont jouissent, le reste de leur vie, ceux d’entre eux qui longtemps ont habité la campagne? L'exercice qui convientle mieux à l’enfantestcelui qu’on luilaissera prendre sur une natte ou sur un vaste tapis étendu par terre. Que sur cette espèce d’hippodrome, le petit athlète s’agite tout nu, qu'il s'exerce de lui-même en se tournant et retournant à sa fantaisie; bientôt il trouvera des forces dans la série des efforts généralement répartis sur tous les muscles, à laide desquels il se soulève et se redresse. En peu de temps, ses reins et ses membres acquerront de la souplesse et de l’agilité. Cest enfin en se servant continuellement de ses forces qu'il s’en procurera de nouvelles et saura devenir adroit.
On peut envoyer les enfants au gymnase à sept ans, etl'exer= cice qu’on leur fera faire, consistera en mouvements modérés selon le tempérament, la constitution, le sexe, la force natu-
relle, etc.; mais cela ne veut pas dire pourtant que, confiés à des mains fidèles un grand nombre d'entre eux ne puissent ÿ être conduits beaucoup plus tôt.‘
Il. Anorescence.-—À l’âge de la puberté, l’exercice actif attire dans les membres, et pour leur profit, ces principes vivifiants dont un nouveau mode de sensibilité dirigeait déjà la marche impétueuse vers les organes reproducteurs et respiratoires. Et cette époque si inquiète de la vié, dans laquelle des émotions indéfinissables prennent soudain la place des joies bruyantes de l’enfance, trouve dans les exercices soutenus et actifs une égide protectrice contre les traits mortels de la vo: lupté.
III. Ace apucre,—Dans l’âge adulte, l'exercice offre l’avantage de distribuer dans les membres les forces de la vie, que nos pernicieuses habitudes concentrent continuellement sur certains organes, et notamment sur ceux de l'abdomen. L'exercice actif ou passif, selon le tempérament de l'individu, est d'autant plus nécessaire pour combattre cette direction vicieusé des phénomènes vitaux, qu'à cette époque les pièces du squelette, ayant acquis toutes leurs dimensions, ne détournent plus pour leur accroissement une certaine quantité de sucs nutritifs, et qu’une partie de ceux-ci devient alors superflue dans l’économie.
IV. Vimiscesse.—Dans la vieillesse, l’exercice est utile pour délivrerles principales fonctions, etsurtoutlesfonctionsdigestives, de ce sentiment de gêne et de travail dont elles sont accompagnées à cet âge. N'est-ce pas ce moyen hygiénique qui vient ranimér la chaleur dans les corps glacés, qui facilite la libre cireu-
lation des fluides, et conserve à nos vieux guerriers ce sentiment de bien-êtreet de vigueur, quiles faitsecroire encoreinyincibles à l'instant où la faux de la mort interrompt le récit animé de leurs anciens exploits? Et chez les hommes de lettres qui ont eu le bonheur d'atteindre à cet âge, quels moyens peuvent, avec plus de succès, s'opposer à lirruption des forces vers l’encéphale, conserver dans les organes moteurs le degré de ton nécessaire aux fonctions, ct tenir en haleine l’action des mouvements réparateurs, que la juste compensation des travaux d’esprit, par les exercices du corps? Nous ne spécifierons pas ici, quelle classe d'exercices est convenable aux vieillards, car bien que leurs forces décroissantes aient besoin d’être économisées pour leur conservation, les exercices n’en doivent pas moins être subordonnés à la constitution et au tempérament des individus; et si, par une crainte déplacée et sous prétexte de ménager les forces, on exempte des travaux un peu actifs auxquels ils étaient habitués, ces vieillards qui, malgré leur âge, conservent encore une disposition pléthorique bien caractérisée, l’apoplexie sera le résultat infaillible de cette infraction faite aux règles hygiéniques, aux lois naturelles.