‹ Précis de la gymnastique moderne, et application de cet art aux déviations de la tailleChapitre 7 sur 18 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

Des Sexes.

Îl existe entre l’organisation de l’homme et celle de la femme une différence manifeste et indépendante de toute espèce d’institution. Cette différence se fait même remarquer dès cet âge tendre où les organes qui distinguent les sexes sont encore dans

l'enfance. On la trouve, et chez les nations civilisées et chez les peuples dans la constitution desquels nos coutumes sociales n’ont encore apporté aucune modification. La différence dont il s’agit ne va pas cependant aussi loin que nous pourrions l’imaginer, si nous m’ayions à comparer à l’homme, que ces idoles fragiles et délicates élevées au sein du luxe énervant de nos vastes cités, où elles semblent étouffées sous le poids de tout genre de jouissance.

Examinons donc l’homme et la femme formés par une même éducation, nous les verrons alors plus rapprochés par leur constitution physique et leurs penchants moraux. Considérons cette Américaine, encore sauvage, non moins intrépide que les valeureuses guerrières du Tanaïs, partageant les périls et les travaux de son compagnon, errant comme lui au milieu des forêts, et y disputant à ses côtés, contre les animaux les plus féroces, tantôt la misérable hutte qui doit les garantir des injures du temps, tantôt quelques pièces de gibier dont ils veulent faire leur nourriture. Jetons les yeux sur cette active et laborieuse villageoise, brunie par les feux au soleil et endurcie aux travaux de Cérès et de Triptolème, et nous serons bientôt convaincus que l’habitude des mêmes exercices parviendra, non pas à détruire la variété que la nature elle-même a voulu établir entre les deux sexes, mais, au moins à diminuer cette différence immense qui existe entre la femme et l’homme, différence à laquelle ont donné naissance, pour le malheur de la première, les coutumes des nations modernes, si enorgueiilies du degré de civilisation qu’elles croient avoir atteint. La femme, exclue de toute espèce d'exercice, doit-elle donc être réduite aux occupations sédentaires, et nos frèles citadines, passant leur

printemps dans les langueurs de l’oisiveté, jouiront-elles d’une santé plus constante? Ce n’était pas lopinion du législateur de Sparte; bien pénétré de l'influence dangereuse d’une vie inactive, même chez les femmes, il voulut qu’elles prissent les mêmes exercices que leshommes. Je veux bien croire qu’il avait pour but principal de donner à la république des nourrices capablés d'élever de robustes guerriers; mais j'aime à lui supposer aussi l’intention non moins louable d’écarter des Lacédémoniennes une infinité de maladies, dont il voyait les femmes accablées dans les autres pays. Puisque chez les femmes, comme chez les hommes, l’inaction physique et la mollesse sont une des causes de cette irritabilité de l’organe sensitif, de cette facilité étonnante à percevoir les impressions de toute espèce, éloignons de cet organe et dirigeons vers ceux de la locomotion ce superflu de vie qui exalte ses propriétés. Rendons également moins redoutables, par des exercices appropriés, ces deux époques, éloignées l’une de l’autre, et à chacune desquelles la cireulation, dépassant ou restreignant ses limites ordinaires, semble subitement régie par des lois nouvelles.

L’utilité des exercices corporels étant reconnue, tant pour Ja femme que pour l’homme, pourrons-nous indiquer quels sont ceux dont la première devra faire usage; dirons-nous que les exercices passifs sont plus appropriés au sexe féminin, parce que son Système locomoteur plus faible se prête moins aux exercices actifs? Nous ne saurions partager cette opinion. Nous ne prétendons pas non plus, partisan outré deslois lycurgiennes, exiger du sexe le plus faible ces luttes pénibles qui donnant tout à coûp aux muscles un grand développement font disparaître ces contours élégants, que forme l'expansion du tissu lamineux ;

nous sommes même très fort d'avis que des mouvements modérés conviennent mieux aux femmes, mais aussi nous pensons que ceux-ci doivent être choisis comme pour les hommes, parmi lesexercices actifs, passifs ou mixtes, d’après les constitations ct les tempéraments.

Que l’on se rassure, les femmes auront toujours au physique un degré de faiblesse suffisant pour conserver leurs grâces naturelles, à Pexception cependant qu’elles les auront développées et augmentées par des exercices bien dirigés et appropriés à leur sexe. D'ailleurs, la disposition de leurs formes, leur beauté, les rendront toujours des objets d’admiration, alors qu’elles auront cessé, en diverses circonstances, d’être des objets inutiles.

Il est affreux pour une mère, et c'est un motif de désespoir et d’éternel malheur pour une femme, que de voir périr dans un fleuve, dans les flammes, ou de quelque autre manière analogue, des êtres qu’elle chérit, des êtres issus de son sang, et que par une bonne éducation physique, elle eût pu se mettre à même d’arracher à la mort, à moins que d’insurmontables obstacles ne l’en eussent empêchée : au lieu de cela , et faute d’une éducation physique convenable, qu’arrive-t-1l? Poussée souvent par Pamour de la famille, par un courage impuissant, par un héroïsme fatal, elle s’élance vers la victime et disparaît en mêmetemps!.…

Ensuite, comment peut-il naître robuste, l'enfant que recèle un sein agité par les continuels ou fréquents frémissements de la crainte? Que l’on se représente ce prince que toute arme blanche effrayait; il avait apporté, dit-on, cette terreur du sein de sa

mère, épouvantée à la vue de cette même arme, L'enfant Gent

évidemment plus de sa mère que de son père. Les femmes ont donc besoin de tout le développement de leurs forces physiques et morales; car plus leur organisation générale sera faible, plus celle de Phomme tendra vers la dégénérescence.

Mais comment conduit-on l’enfance des femmes? On soigne leur délicatesse, ou plutôt on entretient leur faiblesse; en leur montrant un danger où il n’y en a pas, on les faconne à la pusillanimité, comme si cela pouvait ajouter à leurs grâces naturelles..….

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