CROYANCE RELTG. BASE DES LOIS
être soutenue avec succès, on a voulu ériger en principe qu’une croyance religieuse quelconque pouvait-étre la base des lois ; que peu importait qu’on adoptât tel ou tel culte, qu’on adorât Fôt, Boudlia ou Jésus, que l’essentiel était qu’on eut une religion , qui devenait alors la base de la morale et des lois. Cette opinion a trouvé un grand nombre de partisans dans les différentes contrées, et particulièrement en Angleterre. Elle est cependant critiquée amèrement par M. Comte , qui prétend que ce système, réduit «à sa simple expression, peut se traduire en ces termes : « Les hommes ont besoin de bonnes mœurs et de bonnes lois; ils ne peuvent obtenir ni conserver les unes et les autres qu’en adoptant un certain nombre d’erreurs convenues , et en chargeant un corps' nombreux de les enseigner. »
Nous croyons que ce savant publiciste n’a pas parfaitement saisi la pensée des partisans de cette opiuion ; ils ne voient dans toutes les religions qu’un moyen plus ou moins parfait de mettre la créature en présence du Créateur, d’établir des rapports
entre l’Être suprême et l’homme, et de lui inculquer ainsi cette conviction bienfaisante que le Maître de l’univers veille sur lui , et qu’il le jugera suivant ses mérites. C’est donc le sentiment religieux mis en action avec telle ou telle pratique extérieure qu’ils considèrent comme le fondement des lois naturelles et de la morale. Suivant les principes que nous développerons bientôt, leur erreur n’est que partielle ; nous tâcherons d’établir que le sentiment religieux est un des principes de notre être, mais qu’il existe en nous d’autres motifs d’action auxquels il ne sert que de sanction.
Art. VI. — Pensée des Stoïciens sur le droit naturel. — Observation.
Les Stoïciens , dont les opinions en philosophie différaient peu , ainsi que nous l’avons vu , de celles des disciples de Socrate, ^e Platon et de ceux qui suivirent les maximes de l’Académie, ont le mieux dévoilé les véritables principes des lois. Tout en niant, avec raison, les idées innées, ils ont cependant reconnu des facultés élémen-
PENSÉE DES STOÏCIENS. 6l
taires , des faits primitifs de l’entendement qui impriment aux vérités qu’ils révèlent la certitude qui résulterait de la conviction, fruit de l’expérience. L’observation . leur ayant démontré que le monde formait un tout, dont les parties avaient des rapports généraux entre elles , ils avaient pensé que le droit naturel n’était pas un assemblage de lois spéciales à l’homme, mais bien le résultat des facultés dont la nature avait accordé l’usage à tous les animaux. Ils bornaient donc le droit naturel à la défenâe de soi-méme , à l’union des sexes , aux soins des enfans et aux autres effets de l’instinct. Cette théorie, qui nous semble fondée sur la nature, n’avait besoin que d’étre développée pour assurer à ce système la prééminence sur tous les autres ; mais ces développemens n’ont pas encore été tentés, et quoique les facultés élémentaires des Stoïciens, ce qu’ils appelaient les faits primitifs de l’entendement, eussent dû mettre la science dans la véritable voie , il a fallu plus de deux mille ans, le génie de Kant et l’esprit si profondément observateur du docteur G ail , pour découvrir et signaler les dispositions innées
fia SYSTÈMES SUR LE DROIT NATUREL.
qui circonscrivent le domaine de l’intelligence dans les vastes limites où le Créateur a 'voulu la renfermer, par la constitution même de notre être.
Art. VII. Système de Montesquieu. — Obser- • • vation.
Montesquieu , cet homme de génie qui , le premier en France, a porté la lumière au milieu du chaos des lois, a saisi avec cette admirable sagacité qui caractérise un esprit profond l’idce première des sectateurs de Zénon, et s’en est emparé. La loi naturelle n’est pour lui que le dictamen de l’instinct ; suivant ce principe, il réduit au nombre de cinq les lois primitives de la nature humaine.
La première , par son importance dans l’ordre inoral, est celle qui, en imprimant en nous l’idée d’un créateur, nous porte vers lui.
^ La seconde est celle qui porte l’homme à la paix.
\ La troisième est celle qui porte l’homme À se nourrir.